LIVRES NOUVEAUX
Les deux Filles de M. Plichon, par André Léo.
Le Jien et le juste existent, et, si vous ne les avez pas, c'est peut-être que nous avons la volonté de les recevoir plutôt que de les gagner.
L homme est encore sous l'influence des idées de la Genèse: il accepte iJ °'T C°Tne U",e VunUion au Heu de voir en lui l'instrument de ses conquêtes et la condition de son bonheur. C'est à ce point de vue que les obstacles, si naturels qu ils soient, l'irritent et le découraqenl - Le but de notre existence est de créer nous-même ce que nous rêvons.
rn™LP,p^Ci,P-V0mbé da,ns **? conversation entre deux des héros du roman est 1 idée mère de ce livre.
La réalisation de l'idéal; la poursuite de l'exercice du bien et du 'K;,wl, r?"8 a Vle, de. convention et de l'iniquité acceptée; le vr,io l fur)le"-b,ucces,Ja divinité d'aujourd'hui, voici la seule voie vraie, logique de 1 honnête homme.
Et ne croyez pas à une série de tartines philosophiques. Non. Rien ^^•ri11116 aCî-°n q,ui marche lentement, c'est vrai, mais pleine îtZ , cai'acteres d un intérêt extraordinaire; des personnages vigoureusement dessines; pas de monstruosités psychologiques non ! Les gens que nous connaissons tous, vous, moi, peut-être.
p» TO.«ÏÏ r^r^V0^8 eilricni> est orné de deux filles : Edith et Blanche. William de Monsalvan, un jeune homme en train de jeter pL LTr?S épaves de son patjimoine par les fenêtres, devient amouîeux de la jeune. Il se décide à se présenter, est agréé, quoique ruiné, et emmené au château de Fougère où il restera dans la famille de sa fiancée jusqu au moment où ses amis lui auront trouvé une position sociale qui lui permette d'entrer en ménage
Blanche est bien la plus adorable petite poupée que la société ait foi mee pour son plus bel ornement: naïve, pure, charmante, gracieuse, dune élégance et d'une distinction irréprochables. Sachant son monde sur le bout du doigt; un exemplaire de cette inépuisable édition de jeunes filles, qui, depuis qu'on a inventé les salons, fait tourner la tete aux jeunes gens.
Edith, au contraire, une grande fille de vingt-quatre ans', brune et irele au galbe et a la toilette sévères, vivant comme un ours dans sa chambre, est la pour faire ressortir toutes les brillantes qualités de sa jeune sœur. ^
L'idylle commence et William devient tous les jours de plus en plus amoureux. C est un rêveur que ce William. Bien de positif dans le caractère, poursuivant sans cesse la chimère et causant le désespoir çle son ami Gilbert de Valencin, sous-chef à un ministère. Il s'agit bien de trouver une position! Qu'on la lui cherche! Il ne s'est même pas dérange pour sauver les trente mille francs qui lui restent. Il contemple et donne carte blanche à la folle du logis. Son imagination se monte se monte, et sa fiancée est le clou auquel il accroche toutes les vertus qu il a pu rêver.
Las! chaque jour l'atroce réalité est là qui arrache une plume de t aile du séraphin et pendant ce temps cette sombre Edith se détache de plus en plus lumineuse du cadre noir. Si bien qu'au moment où il est mis en demeure d'épouser, le pauvre garçon s'aperçoit que. sans s en douter, son amour s'en est allé s'installer à côté. Il est trop tard, sa parole est donnée. Mais dans une sortie, Blanche laisse échapper un regret, il prend acte de cette rupture et tout s'arrange. — Voici 1 intrigue. °
Ce n'est ni neuf ni compliqué, et c'est en lettres. ■a- t0Ut Cela est d'une originalité, d'un intérêt dont on n'a pas
Ce caractère d'Edith est tracé de main de maître. On n'aperçoit d'abord qu une silhouette informe, qui, peu à peu, s'avance de plan en plan et n arrive qu à la fin en pleine lumière. Elle est pieuse à sa façon, bon père a sans cesse dénigré devant elle les choses de la religion,— c est un Voltainen qui trouve cela bon pour les femmes et le peuple. Isa sœur qui pratique ne peut aller à la messe parce qu'elle n'est arrivée que de la veille et que ses toilettes ne sont pas encore déballées. — Uu est Dieu dans tout cela? Est-ce ce croquemitaine qui fait peur a la petite femme pourra l'empêcher de mal faire, et à ce meurt-detaim qui aurait envie de manger? Est-ce l'hôte misérable de cette grande sa le ou 1 on chante, l'on brûle des parfums et l'on fait assaut ne dentelles et de bijoux ? Non, ce n'est rien de tout cela. Elle le cherche et elle le trouve dans la création, dans le travail, dans la vérité dans la science, dans fart, dans tout ce qui est beau, grand et juste!
tout cela est écrit d un style ferme et nerveux. Le côté féminin ne se trahit que par certaines finesses dans les détails, entre autres dans celui-ci : William surprend Blanche en train d'écrire sur une feuille de papier le nom qu'elle doit porter un jour. — Tout joyeux de cette petite équipée d amoureuse, il saisit ce papier. Mais il y a une telle recherche, une si grande prétention dans cette signature Blanche de Monsalvan, qu il retourne la tête avec tristesse en s'apercevant cm'on essaie son nom comme on essaierait un bijou. Elle tombe mal cette petite : Un comte ruiné et démocrate comme il le dit lui-même
Bans cette bataille de la droiture, du beau, du rêve si l'on vont contre les capitulations sociales, le convenu, la réalité — ce sont ces
17 décembre 1864. LA VIE PARISIENNE 721
derniers qui succombent et'ce n'est pas là le plus mince mérite de ce livre remarquable à tant de titres.
Oui, le monde avec ses routes tracées à l'avance, avec ses poncifs de conduite pratique, reste battu à plate couture.
Deux rêveurs édifient lentement et peu à peu leur idéal, le rendent palpable, lni donnent la vie et en jouissent, pendant que ce qu'on appelle les gens pratiques trébuchent au moindre caillou qui se trouve sur la route et se cassent la tête.
Le moraliste Gilbert, l'homme d'expérience, le sous-chef au ministère, est heureux d'accepter à la fin une place d'instituteur dans la ferme de ce bailleur aux étoiles qu'on appelle William de Monsalvan.
^ Bravo ! Dans notre temps de capitulation de conscience, de fièvre d'argent, de fonctions, d'embrigadement; il est beau que de temps en temps une plume vigoureuse et libre vienne prouver que la logique de la vie n'est pas là et que le bonheur complet ne se trouve que dans la dignité, la conscience et le devoir accompli.
Edouard S.