LA BELLE HÉLÈNE
Enlèvement Bouffe on trois Actes.
PAlilS-DUPUlS ET SA GONDOLE.
Tableau du plus pur archaïsme! C'est ça qui enfonce l'Œdipe de il. JJoreau.
On aurait tort da croire que ce groupe est emprunté au tableau que M. Gùrome doit envoyer au prochain salon. Il ne s'agit ici que de la belle Hélène-Senne der, qui se laisse séduire par les Tyroliennes du berger Pàris- Dupuis, les boucles insensées de l'augure Calchas Grenier, le cancan d Agamemnon-Couder et la botte à musique d'Achille-Guyon. Un franc succès, des airs charmants d'Ofl'enbach. et du rire à pleine bouche; malheureusement, on en dépense tant au premier acte, qu'il n'en reste guère pour les deux autres.
JECXE FLLE APPORTANT SON OFFRANDE.
Des Heurs! dit. Calchas! Quand vous pourriez m'offrir niieus que ça
24 décembre 1864.
Ah! bah! loin de nous cette pensée !
Au dessert, — les enfants font table rase des figues, des fruits et des gâteaux, jetant les fondements d'une future indigestion avec une persévérance digne d'une meilleure cause. Mais là, en toute conscience, il me semble que je tourne décidément au tendre, que ma voix a pris une douceur d'inflexion au moment où je demande à ma belle brunette si elle veut me permettre de — peler une poire pour sa gracieuse personne.
— Non, merci !
Je reviens à la charge.
— Eh bien! la partagerons-nous entre nous deux?
— Merci, oui.
Le succès accompagne toujours la bravoure — aussi la poire est pelée et partagée par moitié.
Est-ce que ma belle voisine penserait — comme moi — à la pomme cueillie à la dérobée par les premiers voleurs de fruits ? Et, d'ailleurs, fruit partagé n'implique-t-il pas l'idée du sentiment partagé?
Mais je m'aperçois que l'hôtesse fixe sur moi un regard scrutateur. Je connais ce coup d'œil significatif, et aussitôt je reprends la réserve commandée.
La maîtresse de la maison met ses gants; à ce signal, les dames nous quittent. Les hommes se rapprochent de l'hôte, comme des soldats qui viennent remplir les brèches faites dans les rangs Je m'empare du siège tout à l'heure occupé par ma belle brunette, et si nous ne buvons pas à la façon de nos grands-pères, cependant nous buvons. Le porto est notre vin favori; et ce n'est pas mon moindre étonnement — en tout temps — de voir que des hommes de goût, — qui apprécient les vins à leur vraie valeur, — peuvent se gâter le palais et se ruiner l'estomac avec d'aussi mauvaises drogues que le curaçao, le marasquin et toute la pharmacopée des liqueurs !
Nous allons retrouver les dames : — on cause et l'on fait de la musique. Laura, — son nom est Laura, — touche du piano d'une manière charmante et chante divinement.
Observons, à ce propos, — que toutes les brunettes chantent bien.
Puis vient la danse, — où je conduis Laura, et reste son cavalier assidu jusqu'au moment où notre aimable hôtesse me l'enlève au profit d'autres danseurs.
Le fils aîné de la maison annonce alors le « Snap dragon! »
On nous conduit dans une chambre obscure, n'ayant d'autre lumière que les reflets tremblottants et capricieux d'un grand l'eu de bois. Sur la table est placé un grand bol d'argent rempli de cognac et de raisins secs. On allume le punch, la flamme bleue s'élance, et la danse fantastique, de ses langues produit un effet à la Freischùtz. Alors commence le jeu du « Snap dragon. »
Chacun ou chacune tente avec ses doigts d'arracher un raisin du milieu des flammes bleues de l'eau-de-vie brûlante. Les messieurs se sacrifient avec le plus grand dévouement, et les dames laissent échapper de petits cris aigus et des exclamations exprimant à la fois la crainte, l'enchantement, une brûlure ou la prise d'un raisin. Je me trouve aux côtés de Laura dont les yeux lancent un éclat fulgurant : c'est une charmante sorcière!
Après le « Snap dragon » on reprend la danse à laquelle succède le souper.
Le souper? Comment peut-on souper après avoir dîné à six heures? C'est cependant ce qui a lieu, tout comme si l'on avait dîné à deux heures .
Le souper fini, — troisième reprise du bal qui finit par une contredanse. En province, les domestiques de la maison se mêlent aux hôtes et tous dansent ensemble. Ducs et cuisinières, lords et femmes de chambre, comtesses et valets de pied. Il va sans dire que ce fait ne se passe que dans les bonnes familles pur sang. Nos parvenus, nos « snobs, « sont naturellement trop orgueilleux pour frayer avec la u valetaille. »
— Maman, — disait une petite lady de huit ans, fille de duchesse, — maman, j'espère que Henry me demandera de danser avec lui.
Henry était son valet de prédilection.
La gaieté augmente, les plaisanteries s'entrecroisent, — c'est un furieux feu de peloton. Mais tout doit avoir une fin, même une soirée de Noël.
J'ai le bonheur de draper le châle sur les épaules de Laura.
— Bonne nuit.
— Bonne nuit.
— Charmante soirée!
— Je ne l'oublierai jamais.
— J'espère bien vous revoir chez les Pallingston ?
— Je l'espère aussi.
Mais suis-je bien moi-même. N'étais-je pas le jouet de mon imagination surexcitée ? Ne m'a-t-elle pas rendu de sa douce et timide main la pression des miennes? Mais, je l'ai bien senti, ce frémissement, ce courant électrique, qui remontant le long du bras, est venu me frapper aux tempes! La fatuité ne va pas jusqu'à imaginer de telles sensations.
Impossible de trouver un cab. Mais qu'importe? La nuit est claire, et la gelée a durci le sol.
Sur son chemin, on rencontre d'autres hôtes revenant de soirée. En passant, ils vous lancent le joyeux souhait : « A merry ehrislmas and a happy new year. »
Un policeman, à l'air renfrogné, s'en vient vous souffler : « A merry ehrislmas and a happy new year. »
Une mendiante vous demande l'aumône, vous la lui donnez, et, en guise de remerciement, elle vous marmotte : « A merry christmas and a happy new year! r
Sur le seuil de votre porte, vous trouvez un homme accroupi. Il est ivre et presque insensible.
Au conseil que vous lui donnez de s'en retourner chez lui, il répond avec force hoquets : « AU Hght ! A merry ehrislmas and a happy new year. »
Allons ! c'est une bonne vieille coutume. Ainsi donc, ami lecteur : « A merry ehrislmas and a happy new year and many of them to you. »
WILLIAM FITZ1UHLOW.
Il est doux d'être Anglais! et de suivre à St-James, Sur un cheval pur sang, une miss aux yeux bleu?, Assise en sa calèche entre deux vieilles dames Dont les dents de devant ont un aspect hideux !
Il est doux d'être Anglais ! et de suivre une blonde Aux cheveux abondants, roulés dans un filet, D'une carnation « à nulle autre seconde » : Trois gouttes de carmin dans un vase de lait!
Il est doux d'être Anglais! et de tailler sa barbe Comme un joli jardin, triomphe du râteau ! Il est doux d'avaler la tartre à la rhubarbe, La soupe à la tortue et le vin de Porto !
Il est bon de griser des électeurs intègres Qui changent tout à coup d'idée et de couleur; Il est beau de former des meetings pour les nègres Devant des ouvriers à la sombre pâleur!
Qu'il est doux d'endosser la blanche « inexpressible » Dont le col fait rougir la cangue ou le carcan! Qu'il est doux de marcher, sec et raide au possible, « Comfortable » et discret, soumis aux lois du Cant !
Et, de par la Bank-note, et, de parles Gainées, Qu'il est doux d'être libre et d'être appelé — Lord ! Après avoir hanté dans ses folles années Les collèges d'Eton, de Cambridge ou d'Oxford!