UN MOT A CES DAMES
Je ne veux pas terminer l'année sans vous adresser, chères lectrices, une prière à deux genoux. Voici ma prière :
~ Pour l'amour du bon Dieu, allez voir Maître Guerm et considérez avec attention les toilettes de Mme Plessy. On a déjà levé ce lièvre dans la Vie parisienne, mais l'heure est solennelle, le danger est grand , n'hésitons pas à remettre Mme Plessy sur le tapis; point de faiblesse.
Les sauvées accoutrements de la grande actrice lont rêver le philosophe • ils tendent à faire pénétrer dans vos modes, Mesdames, le culte du bizarre, de l'étrange, de l'impossible, qui n'y a déjà que trop de succès Avec des détails adorables, dos coiffures souvent charmantes des jupes délicieuses vous arrivez cependant à composer des ensembles qui permettez-moi de vous le dire, touchent à la folie et frisent la mascarade, Oui, les femmes élégantes et jolies peuvent se permettre des excentricités de mise, des étrangetésde coupes et de couleurs mais à une condition : c'est que toutes les parties de leurs costumes soient réunies dans un ensemble harmonieux et bien entendu. Prenez au hasard les ajustements les plus exaltés du règne de I ouis XVI et vous verrez qu'ils ont tous été tracés par un crayon d'artistes - ils ont été composés dans des données folles, je vous 1 accorde mais enfin ils ont été composés. Et cela n'est pas seulement vrai pour les modes, cela est vrai pour les monuments et les caresses la littérature et les ameublements. Il y a dans toute cette énoemê pourtant singulièrement fantaisiste, une harmonie un ensemble un lion. Ce n'est point un amas farouche d'ornements hurlant d'être cote à cote, une. exhibition parfois grotesque de rêves insensés.
Je mets au défi une intelligence saine d'examiner avec attention vos seules boucles d'oreilles sans se sentir atteinte de malaise. Vous vous pendez aux oreilles, mesdames, des cors de chasse, des etners, des mortiers, des canons avec leurs affûts... que sais-je des cornes immenses, des roues de voitures avec leur essieu, des vases, des meubles, des lustres... j'ai vu jusqu'à des tambours de basque; demain on se suspendra une paire de bottes à une oreille et un petit colonel de carabinier à cheval, à l'autre. C'est fou, fou, fou. Hier, le cuir "ami de clous cl acier était à la mode et l'on s'étalait cette quincaillerie depuis les pieds jusqu'à la tète. - J'attends, en vérité, qu'on s'atta-be dans le dos des morceaux de fer-blanc, quon s'entoure de sonnettes qu'on se coiffe de cimbales dissimulées dans une touffe de légumes.'.. Vous le voyez, nous entrons à toute voile dans le royaume de. la démence.
N'y aurait-il pas un homme de goût, un artiste intelligent qui pourrait mettre son crayon au service d'une aussi jolie cause ? - En vérité,
sauvons la mode ! ,
Faut il que la Vie parisienne se fasse journal de modes, émette des idées, dessine des toilettes? Que faire pour qu'un peu d'harmonie s'introduise dans ce chaos?
Oui en vérité, j'aperçois dans 1 avenir les femmes les plus respectables'se perçant les narines pour y accrocher l'image du souverain et ,*p neitmant, sur le visage, des croix d'honneur et des soleils couchants. T'-iuercois les femmes les plus respectables se promenant sur le boulevard en culotte de peau collantes, avec des prières brodées en rouge sur les coutures; car les pratiques religieuses me paraissent augmenter à mesure qu'augmente la folie de l'impossible.
t ps femmes je vous le dis, porteront des bottes a chaudron, des éperons de matamor, des maillots couleur de chair et des bonnets à poil a mnsioue De leurs oreilles pendront des chenêts de cheminée ou des Li-tam' chinois, ou une paires de pelles et pincettes et tout le monde lira • Quelle élégance! à la bonne heure! et les cafés seront de plus en plus pleins de commis voyageurs étrangers venus tout exprès pour contempler ces choses, et ces braves gens se retiendront des deux mains aux tables de marbre pour ne point s élancer sur les élégantes
PTeceeatemps-là, qui n'est pas loin, Mme Plessy figurera dans les pièces d'Emile Augier, habillée en zouave de la garde, avec une fausse barbe rousse et bouclée. Ses gros bras nus seront tatoues de signes
décembre 1864.
SS'!i^U TèS d6 Mme PleSS>' sera ^emont sincère et national que M. Emile Augier sera trop heureux d'en passer par à \oila, chère lectrice, soit dit sans vous blesser ce m o L i de notre siècle me fait pressentir. On dit c rue ces môdes^nô • 8'°Ut de haut lieu - rien n!est plus faux. Les' femme™ e au H uTsœn pas de haut heu pour rien, et nous pouvons dire avec eô ?, de cause pelles font mieux que f^ZwL™m™^
rible SErqu~;.meXrll'iqUP 6t U,'° ^ t0il6Ue ™« hm- , j quaiul même> les princesses et les duchesses accepteraient elles dans un moment d'aveuglement coupable toutoT ces S« horreurs, elles savent les porter, elles savent v ajou r un rie é, retrancher un ruban par-ci, une broderie par-là, qui en chmZ L'nT tare et fiai qu'on devine la grande dam!, sous VaccouSent Z
M™ t! Gt 1011 rit LieU eil"rC "n ',eu llps trente-cinq perruques de Mme Talhen,a vingt-cinq louis la pièce; eh bien, madame il es hors débute que vous touchez a cette extravagance. Je m'explique
Beaucoup de femmes aujourd'hui se font teindre les cl ô veux en rouge; demain, cette mode qui est une exception deviendra ^, |
. % P,0l'r, teind''0 les choveux ™ rouge, voici ce que l'on fait ■ nn imbibe la chevelure avec une certaine eau 1 de i'eau d o e c oi; et 1 on passe ensmto à une petite distance un fer chaud puis on ,1
Us.1'6'?86 fei' ChaUd et ainS1 d° S uemi journée II est certamqu après ce travail on a les cheveux routes
Ils ont é t l'Jr ' S 18 "e t0mbent pas' s'éliolent- se bris»
011611 bluk's' ronges, et la tète de la fausse rousse a l'air d'une tete de nègre tombée dans de l'eau de javelle
lue restera qu'une ressource, on le comprendbien, aux malheureuses femmes qui auront eu une faiblesse pour le rouge ■ 5 ressource sera de se faire couper les cheveux et de p2 Jo ,™ Cette perruque nécessaire se cachera sous une appareneTdSance fantais.ste et 1 on changera de perruque à tous les ehangeme de e et 1 on armera, par une pente insensible, à la perruque verte or, ée
DeSdeux S?* S *° ^™ls « cEerShS.
JJepuis deux ou trois hivers, je suis pris de fou-rire à l'énumération destravestussements exhibés dans le meilleur monde. Pâle "ho s „" espr, et sans gaieté des désopilantes fantaisies de Gavarni
Autrefois, on se déguisait en tuyau de poêle qui fume avec une botte de persil dans le nez, et l'on était drôle. Aujourd'hui on se m J 1! en Ventée la nKntaM,, en Espoir déçu, en Ua^7a2Z»TZ tcmps de ne.ge feo un petit vent frais. On se déguise en o ceï e 1 on se trouve charmant. J'entendais dire hier qu'un de nos k e é£ gants gentilshommes avait déjà conçu le costume qu'il rendra t t prochain bal. Il voudrait, m'assurait-on, se travestir en Sine Le" noir a double percussion, et sa femme, plus simple dans
cane™ 6n WS * m "mnt re'r0UVé S0>l bras- vSSeÏ'dS 0 femme sauvage, princesse, des Caraïbes qui porte des bracelets e dents de rhinocéros, qui mange à ton déjeuner une démi-1 vre de be le viande fraîche, qui te chausses en peau de serpent à son è te et te fais peindre dans le dos des paysages couleur de feu, que tu tenais heureuse a la vue de nos modes, et quel succès tu aurai *
cette "e^ïtite I*7;rdûnnei'a ^ ^ ™ ^' en ^'*ï *
l ^™ÏÏt!'»rir t0Ut dire \ïa seule con,lition d'être bien élevé,' et
rïtSh Z!TV qn" S6ra im)lrim6 ■> où lon-st tour à tôt tomiquejusqu a la bouffonnerie, et touchant jusqu'aux larmes- on l'on e moque des autres volontiers et de soi-même1, si b om est où à côte d études morales, vraiment profondes, on trouve m e caS ri do
■ î 15 ' Toï s* 011 r jugement si panieuii-
juste, si ose et en même temps si vra que l'on se dit • TvhU n,',
somTons"110118' a éCrit «*■ est-ce tèfam est- boulbn /gue \ h , °^, "0mSiqU1':R cache»ls°^ toutes les lettres de ËimSS A tout ce a, mon cher Marcelin, vous répondez comme toBhZ T avec vet e petit sourire : cherchez. Je le veux bien; mais quel S é tr le public qui correspond à votre journal? Quels peuvenUdre les lecteu s
ett , nl'i P°Ut SaiSlr H S°,Uer à la fbis lan^isie eharn an cette boulîonner.e, cette franche gaieté et en même temps ces cri ia ,e«
Etempl^6111 à ~8 ^ «»» «jffîSSSS
femmes Lstf '°rt. sin«u,iùre à «"B'ater : c'est un public de U mmes - pas les premières venues, il est vrai - qui a fait à la Vf,
&Sr0C„f aU<IUel iG 116 °r0JaiS l,as- te -uLfemm qm m,i f,^ ' V" qU8 G6 " ,!tait Pas là un journal ou une revue ma, une conversation, une causerie hebdomadaire, line ra i leuse ôu
tendu émettre les opinions les plus opposées. ' ''
— Lisez-vous ce petit journal? m'a-t-on dit souvent,
— Oui, quelquefois.
— Qu'est-ce que, vous en pensez ?
sérieux'681 genti1' maiS d'Une ^ ^nible. Jamais rien de
p^SîSïP nous >- ~
déc^uvÏtT'bten iSS^^r'êrie^^- " jaMai™ petit journal-là ne l'est ms Tn etrfl.le8er' a coup sur ce
nulelinissable : violent ou indulgent, indifférent ou^ss ô, mê 2 queurouemu, dose toujours dire naïvement ee qu'il éprouve e niZl ,ln éprouve rien, il ose encore se tnirn T^„ „ ' P"H'vt, et quand refis. Mais je m'aperçois qui fn'S l's'So^^î^ f Pa" baisse. Dieu mepardonne/il est deux hLrïs cîu matin!1 " M lamP6
Excusez mon long bavardage, chers lecteurs, etbonsoir.
31 décembre 1864.
Madame et Mademoiselle de Modenville
Quinze printemps, — un chapeau-cloche , L'air timide de R'golbocbe, Un paletot, un pantalon Et des bottes a haut talon ; L'en-tout-cas planté dans la poche, Uue courroie en ceinturon !
Est-ce une fille? Est-ce un garçon?
Quelques étés — plumes, aigrettes
Perçant le ciel ; des aiguillettes
Sur un habit brodé d'acier;
Des favoris à l'officier,
Des brandebourgs, des épaulettes,
Un charmant petit, air troupier :
Est-ce une femme? Est-ce un lancier?
Acrostiche
Combien de temps m'aimcra-t-on?
Oh! le vilain souci morose!
Regarde, mignonne la rose p>u vent livrant un Irais bouton.
Oomme elle se donne pâmée, Oublieuse du lendemain, Jtfavie, en pleurs, aimant, aimée! >mour c'est hui, non pas demain.
A l'Amour (Ballet de Néméa.)
Amour, pourquoi ces diamants Dont le large collier te pare?
Serait-ce pour montrer à deux pauvres amants La rivière qui les sépare ?
Un Fauteuil vacant
Prendront-ils Doucet ou Janin, La camomille ou le jasmin ?
Prendront-ils Jules ou Camille ?
On prétend que le médecin — Le fait paraît même certain, Leur a prescrit la camomille.
Sur le Boulevart
Qu'a donc, disait Chose à Machin, Ce laideron qui passe Et repasse?
— Du chien.
C'est donc pour cela qu'elle chasse Si bien !
Bouquet à Célimène
Le ciel vous a traité, madame, En véritable enfant gâté; Pas un pli dans la blanche trame De votre éternelle beauté ; A votre front pas une ride.
Point de piqûre à votre nez, Ni de cor à vos petits pieds ; Pas un pleur dans votreœil limpide.
Vous jouez de bonheur vraiment, Sousvotre beau sein que Giorgione Eut rêvé pour une madone, Pas le plus léger battement !
La Lionne
a Madame la comtesse de ""
Cet été vous donniez le ton Aux merveilleuses de la plage Et l'on dit même qu'un triton
— Le croirait-on ! — En vedette près du rivage, Sur un album de coquillage, Eu triton très fort en dessin, Croquait vos costumes de bain, Qu'il expédiait au plus vite A sa souveraine Amphitrite...
Cet hiver, — heureux coup du sort - A la cour autant qu'à fa ville.
Partout vous brillez entre mille; Vous êtes la LIONNE, et Worth, D'une estampille fashiounable, Signe votre habit d'incroyable.
Vous êtes la reine du sport.
Vous jargonnez comme un turfiste, Jouez, fumez comme un clubiste, Et comme un jockey vous montez, Vous tirez le sabre et l'épée, Et cliez Caron vous abattez A chaque coup une poupée; Vous cliassez comme un garde-chasse,
Vous boxez sans doute et qui sait !
Vous jouez peut-être aucriket.
Vienne la gelée et la glace, En véritable hollandais,
Vous patinez, Et, d'honneur! je manque de place Pour enregistrer vos hauts faits Et vos mille prouesses — mais Un souci pourtant m'inquiète; Si vous tirez le pistolet, La carabine et le fleuret Et la latte et le carrelet, Le canard et la grosse bête,
— Que tirera votre mari ?
Si vous portez guêtres et bottes, Favoris', faux-cols et culottes,
— Que portera ce beau chéri?...
louis v.
décembre 1864.