UNE JOURNÉE DE PLAISIR
« Une jeune dame, de la plus haute honorabilité » (où en sont les preuves ? ) « et ayant reçu une excellente éducation n (ce que démontre clairement l'annonce), « désire voyager avec un gentlemen, — à f ais rommuns. »
^3 (Je ne l'aurais pas cru... offrir de par-
tager les frais !) ■ j c.Nsc«v«oi»r , S'adresser à M""
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« Visible de 1 h. à
de K.
Terminons par cette juste réclamation, Monsieur,
A l'instant on me présente vitre très-spirituel article du 23 janvier dernier et j'y vois avec grand plaisir que vous avez la bonté de vous occuper des huissiers du Gorp ^-Législatif.
Je n'ai qu'un regret, Monsieur, c'est que vous ne soyez pas une jolie femme mais hélas !...
Et cependant, Monsieur, permettez-moi de vous faire remarquer sans vanité qu'aucun de nous, pas même notre clW, ne porte perruque, comme vous le dites par erreur. Autre erreur pour nos chaînettes, elles ne sont pas en argent fi donc! vil métal! Elles sont fièrement en pur acier comme nos innocentes épées.
Quoi qu'il en soit, Monsieur, pour mes collègues et pour moi, je vous remercie de votre aimable critique, et j'ose espérer voir dans votre prochain numéro, la preuve que vous avez bien voulu tenir compte de mon humble réclamation, au moins à l'endroit de nos cheveux.
Veuillez, Monsieur, agréer mes civilité? empressées. n
Huissier au Corps-Légi latif.
PASCAL D
Propriétaire -gérant, MARC ELIT
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Paris. — Imp. VALLEE. 15, rue Breda.
Un ami nous adresse, sur In guerre d'Amérique, une curieuse collection de notes prises par lui pendant la dernière campagne. En voici un premier extrait. Bien que Les faits racontés ici aient eu lieu il y a déjà près d'un an, ce récit n'en reste pas moins poignant et typique. Voilà vraiment la guerre. Il y a loin de ces notes brutales aux pimpants élats-majors que nos peintres font caracoler dans les tableaux officiels du Musée de Versai les. M.
QUARTIER-GÉNÉRAL DE L'ARMEE DU POTOMAC. — C aancellorvilld (Virginie), 1er mai I8IW. — Midi.
... Imaginez-vous une grande salleau rez de-chaussée, longue de six mètres a peu près, sur autant de large, éclairée par deux fenêtres donnant sur la grande route; c'est là que nous sommes installés aujourd'hui 1er mai 1 863, dans la maison de M. Chancellor.
Une sorte d'antichambre, encombrée d'officiers d'ordonnance, nous sépare du salon occupé par le général Hoocker et son état-major. Au bout de la grande table où nous mettons au net nos plans pour le général, et où je rédige ces notes, des chirurgiens ont établi leur abattoir. En ce moment même un pauvre diable, se tord, hurle, sous les dents grinçantes de la scie; un deuxième patient vient de pousser son dernier râle à quatre pas de moi sur le parquet.
—A un autre, crie l'exécuteur, et le mort est, s ns cérémonie, jeté par la fenêtre par deux aides, déjà rouges des pieds à la tête; le corps, en tombant, rend un son mat.
Nous sommes arrivés ici ce matin, après avoir franchi hier le Rap-
dahanonck et le Rapidan, sans presque coup férir. Aussitôt Hoocker a lancé sur la route à gauche qui mène à Frédéricksburg une forte reconnaissance que l'ennemi a repoussée avec énergie; c'est ce qui nous vaut cette invasion de blessés.
La colonne d'attaque repasse sous nos fenêtres, les caissons sonnent sur les cailloux de la route; le bruit du canon se rapproche sensiblement ainsi que celui de la mousqueterie.
1 heure.
Les batteries se construisent à la hâte à gauche de la maison; les canonniers préparent leurs pièces, devant lesquelles une division se couche à plat ventre.
Les troupes qui formaient l'arriôre-garde de la reconnaissance sont à peine rentrées, que les bois retentissent de cris sauvages; ce sont les Seceshz qui s'approchent ; la ligne entière de nos canons fait feu; mais l'ennemi continue d'avancer, et sort avec impétuosité. La mitraille le repousse trois fois, trois fois il revient à la charge; enfin donnant un élan suprême, sous le fer et le feu qui dévorent ses rangs, il rampe, il grimpe, il va déborder... Nos canons se taisent tout à coup et une clameur immense retentit; ce sont nos hommes couchés à terre, qui se dressant subitement, comme une avalanche, se précipitent sur les assaillants surpris, qui plient, s'enfuient en désordre, et disparaissent dans les bois au milieu de nuages de fumée.
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3 heures.
Notre chambre est devenue impossible, car de tous côlés arrivent de nouveaux blessés, sanglants, hérissés, les yeux hagards; nous émigrons avec nos cartes sur la terrasse de la maison Cbancellor que l'ennemi commence à bombarder et à trouer d'une façon désagréable.
Dans l'escalier, des femmes et des enfants se lamentent et se désespèrent; ce sont les propriétaires de la maison que nous occupons. Ces malheurenx habitaient Fredericksburg, mais croyant que nous allions attaquer de ce côté, ils se sont enfuis pour éviter la bataille et se sont réfugiés juste là où elle fait rage. On cherche à les rassurer, mais moi, je leur donne le sage conseil de s'en aller au plus vite.
On creuse, on fait des retranchements, on n'entend plus que quelques coups de feu insignifiants et la nuit se passe assez tranquillement.
•2 mai.
An point du jour, les troupes sont sur pied, les unes en ordre de bataille, tandis que les autres vont prendre position. Hoocker avec tout son état -major, passe sur le front de l'armée. Vivats, acclamations, on attend l'ennemi, le champ de bataille est complètement hérissé de redoutes, de batteries et de retranchements ; on n'a certes pas été paresseux pendant la nuit.
3 heures.
On lance une colonne d'attaque comme la veille, sur la route de Fredericksburg, mais depuis hier l'ennemi s'est rapproché de nous et s'est aussi retranché; les bois dérobent la vue du combat; on entend seulement les cris forcenés des combattants, et l'on voit arriver aussi le long cortège des blessés; nos hommes sont ramenés à la lisière du bois.
Les boulets et les balles commencent à éclaircir les rangs des amateurs de lu terrasse, les arbres tombent fauchés par la mitraille ; la maison reçoit bon nombre de nouvelles brèche-, la place devient peu amusante. ■
5 heures et demie.
Une violente fusillade s'engage brusquement à notre extrême droite, et le canon ne tarde pas à se mêler au concert; le bruit de la bataille se rapproche avec une effrayante rapidité; une foule de fuyards se précipite de notre côté, la route s'encombre de voitures, de caissons, dé canons, de bœufs, de mulets, de chevaux; les signaux s'agitent en délresse ; le desordre augmenle à chaque inslant; la plaine présente la véritable image du chaos.
Cetle catastrophe s'explique enfin; c'est le onzième corps qui, attaqué à l'improviste, donne passage à l'ennemi, dont les masses serrées se ruent comme des légions de damnés sur les nôtres. Brandissant leurs armes avec frénésie, et faisant retentir les airs de vociférations discordantes, les Seceshz sont épouvantables à voir. Les uns, pieds nus, recouverts de sordides guenilles rousses, sont coiffés de mauvais feutres troués, déchiquetés ; d'aulres , sonl affublés de couvertures grises en loques et ont les cheveux épars ; la plupart, blêmes, l'écume aux lèvres jettent leurs fusils et se précipitent en avant la bayonnette à la main ; tous rugissent comme des bétes fauves.
Cet océan de furieux monte, monte, inondant, broyant tout devant lui; nous frissonnons dans la moelle de nos os, devant l'imminence du danger.
Hoocker saute h cheval, se fraye passage à travers les fuyards à coups de plats de sabre, et arrive devant le flot ennemi qui se rapproche ■' avec une rapidité terrible. Alors contemplant son aile droite écrasée, fuyant dans les bois, éperdue, pendant que son cheval se cabre sous les cailloux que font sauter les éclats de mitraille, le général en chef, mâchemélancoliquement une pincée de tabac et prend une goutte de weskey.
En ce moment, le deuxième corps s'élance au pas de course du côté du désastre. Nos hommes poussant des hourras formidables qui
couvrent les hurlements de l'ennemi, se portent au-devant des vainqueurs, et les chargent avec impétuosité. Une fusillade épouvantable éclate; l'ennemi tient bon, mais ne gagnant plus un pouce de terrain il se venge avec son artillerie qui fait d'affreux ravages dans nos rangs.
9 heures.
Le onzième corps essaye de se reformer, mais la majeure partie de ses troupes est dispersée dans les bois.
il heures.
.le remonte sur la terrasse du quartier général, c'est encore la seule place poesible; toutes les chambres sont encombrées de morls et de mourants, toute la maison retentit de cris de douleur. Nos troupes se forment dans la plaine à droite.
Minuit.
Cette colonne, que l'on voit comme une tache sombre sur la terre éclairée par la lune, se met en mouvement. L'ennemi s'est disposé de la même manière, et les deux masses humaines s'avancent l'une centre l'autre.
De droite et de gauche, des bois et du haut des collines, des éclairs sortent rapides, éblouissants; les boulets sifflent, les obus éclatent ; on sent que le fer fouille les rangs épais de part et d'autre avec un égal acharnement, on dirait deux tempêtes qui s'entre-choquent.
C'est une chose horrible que cette lutte dans l'ombre, qui dure près d'une heure avec une fureur indescriptible. Enfin nos troupes se replient lentement, l'ennemi en fait autant, la canonnade s'assoupit, la fusillade se tait, la nuit redevient affreusement silencieuse.
Des incendiesVallument dans les bois où l'on s'est battu; ce sont des obus qui ont mis le (eu aux branches sèches. Les flammes, avivées par un vent violent , dévorent des forêts enlières, et avec elles une foule de pauvres blessés des deux partis, sans que personne puisse leur porter secours; leurs cris déchirant troublenl seuls le calme de la nuit.
.3 niai, 4 heures du matin.
Hoocker se promène devant le quartier général; il est plus animé que de coutume; il redresse sa haute taille, fourre dans sa bouche une nouvelle chique, avale encore un verre de weskey et monte à cheval. L'ennemi s'avance toujours sur notre droite, qu'il cherche à tourner. Nos troupes défilent en colonnes derrière une rangée de canons, qui balaye la plaine dans toute sa longueur; les boulets et les obus font aussi leur ouvrage parmi nous ; le quartier général est en feu.
Hors de la maison les cadavres se comptent par centaines ; on y voit des monceaux d'hommes mutilés, boueux, sanglanls, hideux ; des chevaux, la panse crevée, qui nagent dans leurs entrailles, et menacent le ciel de leurs pattes roidies. Parlout gisent des débris, des loques sanglantes ; dans tous les coins, c'est un pêle-mêle de fusils tordus, brisés; de détritus de gamelles, de bidons, de sacs, au milieu duquel des agonisants hurlent, se traînent, se tordent.
Des gens hâves, déguenillés, affreux, demi-nus, se pressent autour d'un puits, où chacun de ces malheureux lave ses blessures; on piétine là dans une mare rouge.
Dévoré de soif, et dégoûté do cette scène, je m'approche d'un tonneau situé près de la maison et destiné à recevoir des gouttières les eaux de pluies; espérant y trouver une goutte d'eau non souillée, mais je recule d'horreur, car il est rempli de membres coupés : c'est le charnier des chirurgiens.
En ce moment, une partie de la maison Chancellor s'écroule, des cris de désespoir en sortent; ce sont ceux des propriétaires, réfugiés dans la cave. On s'empresse de tirer des décombres fumants ces femmes folles de terreur. Une d'elles, grande, brune et belle, a l'œil fixe et immobile; elle est pétrifiée d'horreur; on lui donne la main pour enjamber des cadavres.
Nous sommes en pleine retraite, l'ennemi s'avance rapidement ; nous nous replions sur une nouvelle position , un demi-mille en arrière.
4 heures.
L'ennemi attaque, mais mollement cette fois, aussi est-il facilement repou sé. Nos hommes travaillent sans relâche aux redoutes.
4 mai , 3 heures du soir.
La .journée a été assez calme, Hoocker lance nos troupes pour reprendre la position Chancellor; mais l'ennemi, qui s'est fortifié, nous repousse après un combat assez vif.
7 injures.
Nous entendons une assez forte canonnade du côté de Fredcricksburg, mais malgré quelques attaques à droite et à gauche, la nuit est presque paisible.
S mai.
A dix heures, attaque assez sanglante sur notre gauche , l'ennemi est enecre maintenu. Nos voitures se dirigent vers Rappahatiock ; nn long cortège de blessés et de civières se traîne de ce côté, car nous recevons l'ordre de repasser le Rappahannock. La retraite s'effectue pendant la nuit avec le plus grand ordre au milieu d'un orage, épouvantable, par une ploie torrentielle, sans que l'ennemi inquiète cette opération, complètement terminée à la pointe du jour.
UN VOLONTAl IÎE.