‹ La Vie parisienneChapitre 78 sur 662 · UNE CLASSE D'ORTHOGRAPHE · texte numérisé non relu

UNE CLASSE D'ORTHOGRAPHE

Depuis dix minutes l'heure est sonnée. Les élèves causent, s'agitent, changent de place. — Le professeur assis dans sa chaire frappe de sa règle sur le bureau et manifeste la plus vive impatience.

le professeur. — Sac à papier, mes enfants, un peu de silence ; à vos places, à vos places ! Encore le banc de gauche ! (Levant les yeux vers le ciel) Quel banc ! (Rumeur sur le banc de gauche) J'ai dit : quel banc ! je le maintiens, un banc de tapageurs, d'indisciplinés, de turbulents. Encore un coup, du silence ou je sors de mes habitudes, (l/èleve Bêtisoin lève la main) Allons, voilà Bêtisoin qui a encore besoin de sortir. Ça sera donc toujours la même chose ! mais sortez donc une bonne fois et ne revenez plus (on rit). Vous, l'Ébourriffé, vous êtes un gros garçon réjoui que j'aime beaucoup, mais vous êtes tapageur et vous vous étalez .sur votre pupitre d'une façon inconvenante. Si vos parents vous voyaient! Bêtisoin, quand je vous dis d'Oter le verre que vous avez devant l'œil, c'est déplacé !

bêtisoin. — Monsieur, j'ai froid à l'œil, ça n'est pas déplacé d'avoir froid à l'œil.

le professeur. — Je vous dis que ça l'est, et je vous somme de vous taire.

l'Ébourriffé. — Si on ne peut plus se protéger le regard, c'est un peu fort. — C'est tout bonnement de l in., qui... si... tion.

l'élève jules. — On méconnaît les devoirs les plus sacrés de l'humanité.

le professeur. — Où avez-vous appris celle phrase-là? l'élève ju es — Dans mon cœur.

plusieurs du banc d'en haut. — Oui, on méconnaît les devoirs les plus sacrés, ça ne souffre pas l'ombre d'un pli, on les méconnaît. une vois. — On fait plus on marche dessus.

UN TAPAGEUR, en train île lire un roman de Paul de Roik. — A son vois n. — Sur quoi est-ce qu'on marche ?

le voisin. — Sur des devoirs les plus sacrés.

LE TAPAGEUR. — ÛC qui.

le voisin, — Je ne sais pas.

le tapageur. — Ah on marche dessus ! c'est une infamie ! des lampions, des lampions. — Si on marche encore dessus, j'écris à ma fa-

mille et je lui écris avec mon sang (à son voisin); moi je saigne du nez comme je veux, j'ai la ficelle.

le professeur. — Qu'est-ce que vous dites ?

le tapageur. — Je dis que c'est une injustice.

le professeur. — Quoi?

le tapageur. — Est ce que je sais, moi ! J'étais en Irain de lire on me dérange et vous voulez que je vous donne des explications (des pprobation générale).

le professeur. — Vos condisciples font justice de vos inqualifiables paroles. — N'est-ce pas. messieurs, que vous en fuites justice?

les condisciples, moins le banc. — Nous en faisons justice?

l'élève bêtisoin, levantin main. — M. je demande à protester.

le PROF£SSEUR, à p»rt, — Ça n'est pas celui-là qui serait malade pendant seulement trois ou quatre mois! (H»u') Vous voulez protester ? He bien? vous me copierez 300 fois le verbe je proteste, et vous y ajouterez l'adverbe obstinément. (Marques féaè'ales d'approb.tion, rumeur sur le banc, de gauche).

le PROFESSEUR, après un instant. — Maintenant, messieurs, nous allons nous occuper de la diclée d'hier.

LA CLASSE (moins le banc). Avec plaisir, Monsieur (r. meurs sur le banc de gauche) .

le professeur. — Et je vous dirai même à ce sujet que tous vos devoirs sont horriblement mauvais. Messieurs les tapageurs , vous ne vous doutez pas de ce que c'est que l'orthographe.

l'élève jules. — L'orthographe est l'art de courber le front sous le joug de la convention. C'est l'art de fouler aux pieds. . .

le professeur. — Patatra ! Voilà encore qu'il soulève son poids de 48.

LA CLASSE (moins le banc). Palatra!

LE TAPAGEUR (en train de lire un roman). — Qu'est-ce qu'on foule encore aux pieds?

le voisin. — L'orthographe.

LE TAPAGEUR. — J6 foule — des lampions, des lampions — je foule.

le PROFESSEUR (s'adressant au banc de gauche). — Vous méprisez l'orthographe et cependant vous en avez une, qui vous est parliculière il est vrai, mais vous en avez une, car vou tous qui êtes sur ce banc, vous retombez dans les mêmes erreurs.

la classe (moins le banc). — Les mêmes erreurs!

le professeur. — On croirait, ma parole d'honneur, que vous copiez les uns sur les autres; et pour vous en dentier la preuve (il parcourt les copies), comment se fait-il que vous écriviez tous le mot adresse avec un seul S. Il est vrai que le reste de la classe, pur un excès de zèle sans doute , en a mis trois. — Trois c'est trop, un ce n'est pas assez. Quant à la conjugaison des verbes, vous n'y entendez rien absolument. C'est pourtant bien simple. — La question de temps est une des bases fondamentales de la langue, et je ne comprends pas qu'à votre âge vous confondiez encore le présent avec le passé, le futur avec le conditionnel, le parfait avec l'imparfait. La plupart de vous, messieurs, ne font pas de différence entre le présent et le parfait, tandis que le banc d'en haut s'obstine, à mettre tout au conditionnel, à l'exception cependant de votre nouveau camarade, le jeune Petit- Quart, qui, malgré son intelligence, abuse un peu trop du passé. Mais puisqu'il est question de Pelit-Quart , je lui demanderai ce que signifie, dans son devoir d'hier, une ligne presqu'illisible que j'ai là sous les yeux. J'aperçois sous les ratures ces mots : L'entant sage conserve sa poire pour la soif. - Cette phrase, a été effacée et remplacée par celle-ci : L'enfant sage ne ramasse pas les poires tombées. Laquelle de ces deux phrases est la bonne? Après les succès que vous avez eu déjà dans celte classe, mon petit ami, je ne comprends pas que vous commetliez de semblables négligences. On dit franchement sa pensée et on efface sans hésilation ce qu'il faut effacer.

petit-quart. - Mais, monsieur, c'est l'encre. Je n'ai pas l'habitude d'écrire avec l'encre que nous avons ici.

UNE PROMENADE DANS LES NOUVELLES SALLES DE L'ÉCOLE FRANÇAISE, AU LOUVRE

a Un peu légère, cette École française, mais ti spirituelle et si jolie '■ »

L'entassement des pe- Et ces catacombes en planches de l'entrée? Il suffit de tits tableaux dans les frotter une allumette sous le fond de la boite pour en • raais tout le grand si"le est coins est-il bien heu- flammer le tout, reux? On ne songe même pas à les regarder. Après tout, c'est toujours ça de moins à voir.

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