‹ La vie parisienneChapitre 10 sur 34 · THÉÂTRE-HISTORIQUE · texte numérisé non relu

THÉÂTRE-HISTORIQUE

Le ih mars I8/16, Aloxandre Dumas avait obtenu, grâce à l'intervention du duc de Montpensier, le privilège d'un théâtre (1) dont le directeur de vait être Hostein. Une société fut formée le 2/1 mars pour l'exploitation de ce privilège. Elle comptait comme membres Védel, le banquier Bourgoin, fils de l'actrice, Ardoin, Hostein et Dumas.

La société fit aussitôt l'acquisition de l'ancien hôtel Foulon, aun° 88 du boulevard du Temple, et de l'estaminet de l'Epi-scié qui servait de lieu de réunion à un certain nombre d'escarpes, de forçats en rupture de ban, auxquels se mêlaient des marchands de contre-marques.

L'achat du terrain coûta 600.000 francs et la construction près d'un million. Les architectes

(1) On avait d'abord eu rintention d'appeler celte nouvelle salle Théâlre-Monlpensier. Le roi s"y opposa. Vedel trouva le litre de Thcâlre-IIislorique, qui fut adopté.

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furent Bellu et Daunay, le décorateur, Sechan.

L'entrée était remarquable. Deux cariatides de Klagmann supportaient une galerie en forme de balcon à balustrade sur laquelle s'ouvrait une voûte en cul de four, peinte par Guichard. Au-dessus un fronton était dominé parle Génie des Ai'ts et chaque côté deux groupes, le Cid et Chimèue, Hamlet et Ophélie, personnifiaient la tragédie et le drame.

Au lieu de former un demi-cercle, la salle par une innovation heureuse, offrait la forme d'une ellipse, ce qui permettait de voir de partout. Il y avait 1.700 places pour lesquelles on payait de 0 fr. 75 à 6 francs

La scène était très grande, très bien disposée. Le rideau, or et rouge, passait pour le plus beau qu'il y eut à Paris.

Sous la direction de Hostein, la troupe comprenait Mélingue, Laferrière, Bignon, Lacressonnière, Rouvière, qui fut un remarquable Hamlet, Colbrun, Boutin, Mmes Perrier-Lacressonnière, Atala Bcauchêiie, Person, Lucie Mabire, etc.

L'inauguralion eut lieu le 20 février 18/i7 avec la Heine Margoi, drame en cinq actes, par Dumas et ÏNIaquet (Henri de Navarre : Mélingue — Charles IX : Rouvière — La Môle : Lacressonnière — Coconnas : Bignon — Catherine de Médicis : Mme Person — Marguerite de Navarre;

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Mme Pcrrier-Lacrcssonnière — Mme de Sauve : Atala Boauchcnc) (1).

Ce fut un grand succès et ce fut un événement très parisien. Depuis la veille, on faisait queue. Un marchand de chansons eut l'idée de quitter sa place et d'aller à son imprimerie, rue de la Harpe composer et imprimer ces couplets de circonstance, qui ne valaient pas cher mais qui lui rapportèrent beaucoup d'argent :

LE THÉATIŒ DUMAS

Sur l'air: Venx-lu flaire.

On dilqu'au théâtre Dumas On pourra prendre ses ébats; Vive Tau leur des Mousquelaires, Veux-lu flaire, veux-tu flaire.

Bavard, veux tu flaire.

(1) On joua au Théâtre-Historique :

Le 20 mai lSi7 : VEcole des Familles, comédie en 5 actes et en vers, par Adolphe Dcmas.

Le 25 mai : le Mari de la Venue, comédie en 1 acte, par Alexandre Dumas, Anigêt Bourgeois et Eugène Durieu.

Le 11 juin : Intrigue et Amour, drnmo i-n 5 actes et en vers, traduit de Schiller, par Dumas (et Maiji i/r).

Le 3 août ; le Chevalier de la Maison Rouge, drame en 6 actes, par Dumas et Maquet.

Le 15 décembre : Ilamlet, drame en 5 actes et en vers, d'après Shakespeare, par Dumas et Paul Maurice.

Le 3 février 1848 et le 4 février, en deux représentations ; Monte Cristo, drame en dix actes, par Dumas et Maquet.

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Le chitTonnier philosophe.

L'théâtre ouvert, aussitôt On y jouera la ReinMargot Fureur bien sûr elle va faire.

Veux-tu, etc.

Dans les pièces de poison On y mourr'ra pour de bon Au public ça pourra plaire.

Veux-tu, etc.

De son bonnet d'coton Faudra s'munir, dit-on.

Car séjour il faudra faire.

Veux-tu, etc.

Celui que lappétit prendra Table d'hôle trouvera ; On mangera bon et pas chei.

Veux-tu, etc.

Les Funambules, les Français Ne feront plus pour leurs frais.

Debureau se désespère. Veux tu, elc.

Les directeurs de Paris De c'ia ne sont pas ravis Us seront forcés d'mieux faire.

Veux-tu, etc.

Pendant que cet ingénieux camelot débitait sa chanson, le théâtre se remplissait.

« En attendant le lever du rideau, on se racontait à demi-voix dans la salle, une anecdote assez

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invraisemblable, mais qui n'en serait moins piquante si elle était vraie. La voici telle qu elle est parvenue à nos oreilles, à travers les premiers préludes de l'orchestre.

Quelques jours avant son ouverture, le Théâtre- Historique avait eu à subir ses épreuves de solidité. Il s'agissait d'entasser quinze cents personnes, pour voir si rien ne fléchissait dans l'architecture.D'ordinaire on charge un régiment de cette corvée, mais au Théâtre-Historique tout doit être original et nouveau. On a envoyé, dit-on, deux ou trois mille invitations aux Parisiens toujours si avides de spectacles inédits: M. et Mme- et sa famille sont priés de venir, tel jour, à telle heure, visiter le Théâtre-Historique. Et nos badauds' d^accourir en masse, croyant jouir d'un grand privilège et recevoir un grand honneur. Le privilège et l'honneur étaient tout simplement de jouer le rôle des fardeaux dont on chai-ge les ponts neufs, et de risquer d'être les premiers, dans l'intérêt de la sécurité publique, si par malheur le théâtre avait croulé sous leur poids. On a d'abord répandu tous les amateurs dans la salle pour essayer l'ensemble ; puis, sous prétexte d'examiner tel ou tel ornement, telle ou telle loge princière, on les a réunis sur divers points de l'édifice pour s'assurer de la solidité des endroits douteux. Le régiment de curieux a exécuté ses évo-

lutions avec autant de confiance que de docilité, le tout à la grande satisfaction de l'architecte, des inspecteurs civils, et du directeur, qui a reçu à l'instant même l'autorisation d'ouvrir son théâtre à la foule. Les privilégiés n'ont appris qu'en sortant, par l'indiscrétion d'une ouvreuse, la grave mission qu'ils venaient de remplir, et le péiil glorieux auquel ils avaient échappé (1). »

Le Théâtre-Historique ne survécut pas aux journées de février.

THÉATRE-LYP.IQUE OU TIIÉATRE-NATIONAL

Le privilège en avait été donné au compositeur Adolphe Adam, Le Théâlre-Lyri/jne, plus tard NationaL installé dans la salle du Théâtre du Cirque, ouvrit le 15 novembre 1S/|7, avec Gaslibeha, opéra en trois actes de Dennery et Cormon, musique d'Aimé Maillart.

La Révolution de 18^8 fit sombrer cette entreprise, renouvelée en 1851.

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