‹ La vie parisienneChapitre 20 sur 34 · Eslher (28 février). — Laodie de Nicomède (9 avril · texte numérisé non relu

Eslher (28 février). — Laodie de Nicomède (9 avril

1840. Pauline (15 mai). — Marie Stuart, dans la Marie Sluarl de Lebrun (22 décembre).

1842. Chimène (19 janvier). — Ariane (7 mai). — Frédégonde, dans la Frédégonde de Népomlcène Lemercier (5 novembre).

1843. Phèdre (24 janvier). — Judith, dans la Judith de Mme de Girardin (24 avril).

1844. Bérénice (6 janvier).

1845. Virginie, dans la pièce de Latour St-Ybars (5 avril) — Electre d'Oresle (6 décembre).

1846. Jeanne d'Arc dans la Jeanne d'Arc de Soujiet (4 mars).

1847. Alhalie (5 avril).

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son propre fantôme, les yeux rougis dans son masque de marbre, les bras dénoués et morts, le corps inerte sous sa belle draperie à plis droits, il nous a semblé voir non pas Mlle Rachel, mais bien Phèdre elle-même, et notre surprise a été profonde lorsque nous avons entendu tomber de sa bouche aux coins arqués, non pas un iambe grec mais bien un alexandrin françiùs. » Et il constate dans le môme feuilleton que le succès a été » immense ».

Autoritaire et peu aimable, jalouse de tout ce qui pouvait menacer son écrasante supériorité, Rachel de chacune de ses camarades avait fait une ennemie. A vrai dire, toute la troupe du Théâtre- Français la détestait (1). Sa réputation aurait suffi pour exciter cette haine, elle y ajoutait un intolérable orgueil.

On essaya, en \8!i\, de lui opposer une rivale mais on n'eut pas la main très heureuse.

Cette très insuffisante rivale, Mlle Maxime,

avait de graves défauts dont elle ne put, malgré

tous ses efforts, complètement se corriger : une

physionomie assez vulgaire, une voix grêle et une

diction embarrassée. Ses qualités qu'elle développa

par un labeur infatigable, par d'incessantes études,

(1) Même ses coreligionnaires. A quelqu'un qui s'étonnait d une antipathie peu conciliable avec l'instinct de solidarité de la race, Judith répondit : « Moi je suis une juive, mais Rachel c'est un juif.

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étaient une vive sensibilité — qui manquait à Rachel — et un jen plein de spontanéité et d'ardeur. Elle se distingua, à ses débuts, dans les rôles d'Emilie et d'Aménaïde (de Tancrède). Elle osa aborder avec un courage dont elle n'eut pas à se plaindre ce rôle de Phèdre devant lequel Rachel hésitait. C'était assurément une bonne actrice, intéressante et consciencieuse, mais qu'on avait tort de comparer à celle qui défiait toute comparaison.

Mlle Maxime se résigna au second rang, pour lequel elle était née, mais elle continua longtemps à bénéficier du fidèle appui des adversaires de V Invincible (1).

L'engouement des salons, et surtout des salons du faubourg Saint-Germain (2), avait beaucoup contribué à donner à Rachel, dans la troupe du Théâtre-Français, une situation exceptionnelle. Au mois de décembre 1838, Louis-Philippe qui lui savait gré de cette résurrection du répertoire classique, était allé la complimenter dans sa loge. Depuis cette époque, la bonne société, la plus accessible à tous les genres de snobisme, l'avait admise et en quelque sorte adoptée. Ce privilège,

(1) Elle obtint assez vite le titre de pensionnaire.

(2) n De nobles demoiselles recherchaient son intimité, et comme pour la duchesse de Berry, en 1823, des champions titrés répondaient de sa vertu. » Comte d'ALTON-SiiEE, Mémoires. Paris, 1869, t. II, p. 122.

comme le remarque trôs justcmont Mme de Girardin (1), n'était dû ni à son talent, ni à son caractère, mais à son rang. On la traitait en reine, en reine de tliéàlre (2). 11 y avait une autre raison. Plusieurs de ces grandes dames qui Taccueillaient si aimablement espéraient la décider k embrasser le catholicisme. C'eût été une glorieuse conquête, mais Ixachel, en fait de conversion, ne connaissait que les conversions de rente.

Avec les amis de la première heure, le peintre Auo-uste Charpentier, qui fit deux portraits d'elle (3), Mant^l, etc., l'actrice déguisée, mal

(1) Lettre parisienne du 28 mars 18-iO.

(2) 11 ne lui manqua même pas la couronne. En 1810, le conseil municipal de Lyon lui en offrit une en or massif, une couronne de lauriers qui valait 6 à 7.000 francs.

(3) Le second de ces portraits a une histoire, racontée par Mantel dans sa biographie de l'actrice (p. 70).-

« Le prince de"' (Joinville) qui partait pour l'Amérique du Sud (en 18i3), avait demandé à Rachel ce souvenir ; ele pria donc le peintre de la représenter en pied, sur une toile de cinciunnle centimètres, vêtue d'une simple camisole bkiiiclie, au milieu de chinoiseries que le prince lui avait rapportées du Céleste Empire.

Huit jours suffirent à l'artiste pour peindre ce portrait. La toile fut richement encadrée, emballée et expédiée le | huitième jour pour la frégate la... qui allait appareiller et j porter le prince à sa destination.

On avait dit au peintre que le prince rétribuerait lui-même son travail. Un an se passa. Le prince était revenu, il était marié et tout à sa lune de miel. Charpentier pria l'actrice de faire régler le prix du portrait. Elle répondit (ju'elle s'en chargeait, puis se récria sur le prix, qui était pourtant fort raisonnable. On échangea une correspondance qui devint

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déguisée en femme du monde, recevait dans son salon, la duchesse de Berwick, une de ses meilleures amies, le duc de Noaiiles, le duc d'Osuna, le marquis de PasLoret, le marquis de Custine, le comte Gorowski, M. Gavé, directeur des Beaux- Arts, etc. Elle était reçue chez ISI. Duchâtel, ministre de riutérieui-, chez Mme Recamier, à l'Abbaye-aux-Bois, et dans les salons les plus aristocraliques.

Elle s'y trouvait un peu dépaysée. Sa tenue ne donnait pas trop prise à la critique, mais son langage n'était pastoujours aussi correct que satenue. A un de ses amis qui blâmait Mme de Girardin d'avoir trop insisté pour qu'elle récitât dans son salon les imprécations de Camille : « Que voulezvous, répondit-elle, elle s'y est crue obligée comme dame de maison (1).»

Elle avait une très faible instruction et elle ne chercha jamais à la compléter. Elle avait surtout la haine de toute contrainte et, en dépit de ses tragiques attitudes, une âme de grisette, mais de

un peu aigre par sa faute à elle, et que termina une transaction dont une des clauses fut que le premier portrait, la Rachel en robe de velours, serait laissé au peintre... •>

(1) Mémoires du comte d'Allon-Shee. ., t. II, p. 124. Elle avait de qui tenir. Sa mère disait en parlant du salon aristocratique où elle l'accompagnait : « Je ne me fais pas illusion... Je sais bien qu'ils ne m'invitent dans leurs salons que pour y faire da la tapisserie. »

grisette très intéressée ; on pourrait presque dire qu'elle avait une âme de gamin.

En digne fils de l'auteur du Mérite des Femmes^ Legouvé se montre pour elle plein d'indulgence, mais il note également ce trait de caractère que signalent également tous ceux qui l'ont vue de près.

« Mlle Rachel, dit-il (1), avait des qualités de cœur incontestables. Pas de fille plus alFectueuse, pas de sœur plus tendre, pas de mère plus dévouée. Tous ceux qui "dépendaient d'elle, tous ceux qui était au-dessous d'elle, domestiques, petits employés de théâtre l'adoraient. Je l'avais vue, à Londres, fondre en larmes en apprenant la mort d'un jeune prince napolitain, enlevé à vingt-trois ans... iNIaisje me rappelais aussi l'avoir surprise un jour dans sa loge, en costume de Virginie, et dansant un pas de Mabille. « Oh ! Mademoiselle Rachel ! m'étais-je écrié, pas dans ce costume ! C'est affreux 1 » — « C'est précisément parce que c'est affreux, que c'est charmant, niais que vous êtes ! répondit-elle en riant. Voyez-vous, mon cher ami, au fond, je suis une petite saltimbanque! »

Elle disait vrai et elle disait faux. Elle était une petite saltimbanque et elle était une Virginie. Tragédienne par le visage, parla voix, par la démarche, par l'intelligence, elle était comédienne (1) Soixante ans de souvenirs, t. IV, p. 31.

par Tàme et jusqu'au fond de l'âme. Un jour, au sortir d'une réunion aristocratique, où elle avait pris tous ses airs de grande dame, elle éprouva le besoin de se desenducailler, et se livra devant quelques amis à une pantomime de Gavroche. Voilà le signe étrange caractéristique, de cet être multiple. Tout ce qui Jurait lui plaisait. Il y avait en elle, mêlé à tout, et surnageant toujours, un fond de titi gouailleur, qui parlait tous les langages, changeant de dictionnaire en changeant d'interlocuteur et ne connaissait pas de plus vif désir que de rire des gens et de les attraper... »

Et, quelques pages plus loin, Legouvé donne un exemple tout à fait significatif à ce besoin d'échapper, dès qu'elle en trouvait roccasion, à l'ennui que lui causaient les obligations mondaines.

Une grande dame qui affectait de sacrifier à l'art, les préjugés de la naissance, avait emmené dans sa voiture avec sa fille, aux Champs-Elysées, l'actrice très répandue alors dans la bonne société.

« Au retour de cette promenade, Mlle Rachel, en rentrant dans le salon, plia le genou devant la duchesse, et, avec un mélange' de nints inachevés et de larmes, elle lui dit : « Oh ! madame ! une telle preuve d'estime m'est plus précieuse que mon talent !... » L'émotion delà mère et de la fille se devine. On la relève, on l'embrasse, et, après

quelques instants donnés à l'eiïusion, on se quitte.

Ce salon, fort grand, était précédé de deux autres plus petits, qu'on traversait pour y arriver. Mlle Racliel, en s'éloignant,, retraversa ces doux pièces, sans s'apercevoir que la jeune fille Pavait accompagnée de quelques pas, par un sentiment de différence et de sympathie ; arrivée à la dernière porte, Mlle Racliel l'ouvre, se retourne, et, se croyant seule, lance du côté du grand salon un de ces gestes de gamin qui fait la nargue aux gens et aux choses.

Par malheur, cette dernière porte avait des panneaux de glace ; ces glaces réfléchissent le geste de l'artiste dans le second salon où se trouvait encore la jeune fille. Elle le voit et rentre éperdue auprès de sa mère, en se jetant dans ses bras, suffoquée d'indignation. »

On ne représente guère Andromaque dansant le cancan. C'est pourtant le spectacle auquel assista Villfmessant, et il le raconte dans ses Mémoires d'un joiirnalisle (1) :

« Vers 18/i'2, Sainsonjl'excellent comédien, donnait chez lui, rue de Richelieu, des soirées et des bals fort recherchés, mais où l'on n'admettait en fait d'artistes que ceux qu'on n'eût reçus que dans les meilleurs salons.

(1) T. IV, p. 58.

Quoique je n'aie jamais aimé la danse, bon gré mal gré, il me fallait participer au bal, et je me demandais qu'elle serait ma victime, lorsque Rachel vint à moi et m'invita à danser avec elle.

— Mais, lui dis-je^ je ne sais pas mettre un pied devant l'autre.

— C'est justement pour cela que je vous choisis, me répondit-elle en riant.

— En eiïet, nous regarderons d'abord ce que feront les autres et nous tâcherons de les imiter.

Nous entrâmes dans un quadrille où, au bout de deux minutes, nous avions jeté le désarroi le plus complet. Je me rappelle surtout les reproches et les éclats de rire d'une dame du monde fort jolie, qui nous faisait vis-à-vis. Elle s'appelait Mme de Launay ;jela vois encore quelquefois et je la trouve toujours charmante. C'est elle qui m'a rappelé que ce soir-là Rachel était vêtue d'une simple robe de crêpe blanc garnie de ruches déchiquetées ; une petite guirlande de roses blanches composait sa coiffure.

Tout en suivant au hasard les ligures du quadrille, il me vint une idée. Je la confiai à Samson.

— Vous avez, lui dis-je, des sergents de ville en bas pour organiser la file des voitures ?

— Oui ; eh bien ?

— Faites-en monter un ; je vais faire dansera Rachel un pas de cancan; à peine aura-t-elle com-

mencé qu'il faudra, sur un signal de vous, qu'il la mette en état d'arrestation.

Samson disparut ; je revins à ma danseuse.

— Tout le monde se moque de nous, lui dis-je, nous n'avons qu'un moyen de nous réhabiliter; attaquons franchement un petit pas de cancan.

— Maisje ne le sais pas plus que le reste.

— Oh ! ce n'est rien, fis-je en insistant, on lève un peu le bras, un peu la jambe, on improvise, et tout est bien.

Ce qui fut dit fut fait.

Je m'élançai devant mon vis-à-vis et je commençai un balancé quelconque. Aussitôt Rachel, pour n'être point en arrière, leva gauchement une jambe en étouffant de rire.

A peine avait-elle indiqué ce mouvement, qu'un sergent de ville lui frappait doucement sur l'épaule de sa main gauche de coton blanc.

— On ne danse pas comme ça, madame, chez les personnes ! lui dit sévèrement le représentant de l'autorité.

On devine les rires qui éclatèrent autour de Rachel.

Elle s'amusa encore plus que les autres de la mystification, et le sergent de ville la trouva d'autant meilleure qu'elle se termina pour lui par un grand verre, de punch et un énorme morceau de brioche. Nous trinquâmes tous trois, et jamais

le brave homme ne s'est <lo;it;; qu'il avait bu avec Hermione, Phèdre, et Alhaiie en une seule personne. »

A l'époque où la grande actrice faisait ses débuts dans le cancan, Sainte-Beuve, dans une lettre à ses amis de Lausanne, M. et Mme Juste Olivier, lui reprochait de se conduire très mal, de mener une vie très peu simple et d'avoir «toutes sortes d'amants (1) ». Il écrivit plus tard dans une de ses Causeries du Lundi (t. XI) : « Rachel n'a jamais été mieux que dans la première manière et pendant les toutes premières années. Bientôt la femme nuisit à l'artiste ; je veux dire que son genre de vie, au lieu d'aider à son talent, y nuisit. Sa fureur du plaisir lui retirait de ses forces. C'était un Alfred de ^lusset dans son genre. Elle se tua en dehors de son art : les facultés physiques, excepté aux beaux et sublimes endroits, la trahissaient dans la continuité de son rôle. »

Elle eut en effet beaucoup d'amants et des amants de tous les mondes, môme des pires, et les moins dignes d'être aimés furent ceux qu'elle préféra. Elle joua trop souvent la comédie de la passion (2), et c'est la seule comédie où elle se soit

(1) Cité par Léon Séché. Alfred de Musset. Paris, 1907, t. II, p. 122.

(2) « Ne laissez pas votre cœur s'enflammer à l'explosion soudaine des coquetteries et des tendresses dont la tragédienne se plaît, par caprice, à étourdir le premier venu

montrée vraiment supérieure, mais elle trouva parfois sur son chemin des hommes peu faciles à ♦.rompcr, le docteur Véron par exemple.

Le docteur Véron était très riche et aussi peu séduisnnt que possible. Qu'une femme pût l'aimer pour lui-même, la chose lui paraissait invraisemblable.Leslettres très tendres de Rachel, au lieu de le convaincre, le mirent en défiance. Pour savoir à quoi s'en tenir, il employa un moyen qui n'était pas très délicat mais qui devait être très efficace. Il fît surveiller les prétendus amoureux par la police, et il apprit bientôt que dans deux ou trois maisons, affectées à ce genre de commerce, elle allait périodiquement — les cent mille francs qu'elle gagnait au théâtre ne lui suffisant pas — tirer bon parti de ses charmes.

Véron s'attendait sans doute à être trompé^ mais non pas à être trompé aussi copieusement. Pour se venger, il invita quelques amis à déjeuner, et, au dessert, il leur lut la lettre enflammée de l'actrice et le rapport du policier qui mettait les choses au point. Ce fut un déjeuner très gai.

Comme l'histoire était scandaleuse, elle fît le

tour de Paris. Le public, qui a ses heures de

vertu, accueillit très froidement, quand elle reparut

Elle ne se souviendra pas, le lendemain, de ses paroles engageantes, de ses avances de la veille; elle se rit parfois des passions qu'elle inspire. » Véron, Mémoires d'un Bourgeois de Paris, t. IV, p. 233.

sur la scène (1), celle qu'il avait si souvent acclamée. Ses amis, les Crémieux, se brouillèrent avec elle (2). Les salons du faubourg Saint-Germain lui fermèrent leurs portes.

Frappé dans son lionneur, et, ce qui lui était peut-être plus sensible, menacée dans ses intérêts, Racliel eut un accès de désespoir. Elle écrivit à son ancien maître Samson :

«... Je pars, un misérable m'insulte. J'abandonne tout ; je n'ai pas le courage de me donner la mort, et pourtant le désespoir est dans mon âme. 11 n'y a plus de Dif3u, je ne crois plus. C'est le monde qui me tue. Bientôt peut-être Dieu connaîtra mon cœur. J'ai été folle, mais jamais je n'ai appartenu à personne. »

Elle ne se donna pas la mort, elle ne partit pas,

(1) Elle était revenue de sa tournée en Angleterre au début de septembre 18-11.

(2) Mme Crémieux lui avait écrit d'Enghien, le 5 octobre : « Rachel, ma cbère enfant, si mes prières ont quelque pouvoir sur vous, répondez-moi et dites-moi que vous ferez ce que nous vous demandons. Vous ne voudrez pas être à Paris et à Londres la femme que l'on va voir seulement comme actrice au théâtre pour son talent supérieur, vous qui avez été jusqu'à ce moment l'enfant si pure et si charmante qu'appelaient avec bonheur dans les salons et dans les palais les reines et les plus hauts personnages; vous ne voudrez pas que les jeunes fdles vous évitent, vous à qui les jeunes fdles de la plus haute distinction donnent et demandent le titre de sœur

Rachel fut blessée de cette lettre et n'y répondit pas. Il en résulta une brouille qui dura plusieurs années.

GRANDES ACTRICES 21o

et elle continua à avoir des amants, sans les aimer. Elle avait commencé depuis déjà longtemps. Elle disait à Samson qu'elle ne se souvenait pas d'avoir jamais été vierge. C'est ce qu'elle appelle sans doute, dans la lettre que nous venons de citer, n'avoir appartenu à personne.

Aussi dépourvue, seml)le-t-il,de sensibilité que de délicatesse morale, elle n'appréciait guère que les petits jeux — et les gros profits — de l'amour.

« Elle aimait beaucoup les déclarations d'amour, et s'amusait, dans son intimité, à nommerles soupirants, et souvent à rire de leur passion... Les déclarations d'amour écrites ne lui manquaient pas. La plus originale que j'aie lue était celle de notre élégant poète, Alfred de Musset,qui y avait joint uneinvitation à venir orner de sa présence un punch qu'il donnait en l'honneur de la grande tragédienne à quelques amis. Elle refusa (1). »

Dès ses premières années de théâtre, elle avait eu, pour essayer de se soustraire à la tutelle paternelle, des velléités matrimoniales. Elle y renonça assez vite.

Le comte Walewskiqui,enmatièrede sentiment, était, comme beaucoup d'hommes de valeur, un imbécile, l'aurait épousée, mais il l'ennuyait, elle le trouvait trop aimable et trop distingué. Elle le

(1) Mantel, Rachel, pp. 43-47.

découragea par ses accès de mauvaise humeur.

Il considéra comme sien et il reconnut l'aîné des deux fils de Rachel, Alexandre, qui porta le titre de vicomte.

Ces deux fils avaient été baptisés. Lorsqu'ils firent, à Sainte-Barbe-des-Champs, leur première communion, Mgr Darboy félicita Rachel d'avoir élevé ses enfants dans la religion catholique :

— C'est bien naturel, répondit-elle, leurs pères étaient chrétiens.

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