‹ La vie parisienneChapitre 26 sur 34 · A M. EUGÈNE SUE · texte numérisé non relu

A M. EUGÈNE SUE

La Marine française reconnaissante Et plus bas, une petite ligne imperceptible, qui semblait à première vue un trait de gudlochage, et qui cependant portait celte petite conclusion à l'affau-e :

De ce qu'il ne fait pas l'histoire de la marine ».

pâle et dont l'œil sait être mélancolique, s'en va faire du problème vivant dans les salons où le portent ses hauts talons de chaussure...

Les succès littéraires, la camaraderie, les séides, ont quelque peu gonflé l'auteur de la Salamandre, qui parfois veut oublier la condition roturière d'où il sort. Un jour, interpellé par une belle et noble dame sur la rareté de sa présence dans le monde, il minauda quelques excuses qui, ayant pour but de l'excuser aux yeux delà dame, eurent pour expression des termes peut-être un peu pèdantesques, avec un air fort important par dessus tout.

— D'ailleurs, je ne fais pas de visites ! — dit en terminant M. Eugène Sue, d'une façon affectée, et après une longue tirade sur sp:s liaisons particulières avec tous les ducs et les barons du jour.

— Vous ne ressemblez donc pas à monsieur votre père ! — répondit la dame — lui, il en faisait beaucoup ».

Après Eugène Sue, défilent, traités avec plus d'indulgence, Emile Souvestre (1), auquel on attribue une large part de collaboration dans Anlony, et « l'homme d'esprit par excellence », Méry (2), « fort laid, mais d'une laideur si pétillante, si spi-

(1) Emile Souvestre ne publia son œuvre la plus connue, le Foyer breton, qu'en 1844.

(2; Les satiies publiées, avec Barthélemj', par Méry, dans les dernières années de la Restauration, — la Villéiiade. la Corbiere'ide, la Peuronneïde, etc. — lavaient rendu très po-

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rituelle, que cette laideur lui vaut toutes les beautés de tètes de coiffeurs possibles. »

Pendant que VanEgelgom contemple ces deux demi-grands hommes, une voix tout à coup, sur le péristyle appelle M. Jules Janin :

« Nous nous approchâmes promptement pour voir. C'était la voiture de M. Janin (1) qui atten-

pulaire. Il fit paraître, cette année 1837, des Scènes delà Vie italienne.

« J'ai vu chez M. McMy, écrit plus loin Jules Lecomte, une collection très curieuse et de fort bon goût certainement; c'est la réunion complète de tous les costumes originaux de la Suisse, de l'Italie et de la Turquie. Il y a là pour cinquante mille francs de velours, de laine, de soie, de broderies et de tissus précieux. Le cabinet de M. Méry est sans contestation une des curiosités de Paris pour un artiste; et tel peintre achèterait foit cher la faveur d'y dessiner tout un jour. C'est que rien ne manque à ces nombreux costumes : l'escopette du bandit calabrais est en sautoir sur le costume complet, qui commence par des guêtres de cuir et finit par des plumes de coq; les sandales, les dolmans, les basquines, les écharpes, les feutres emplumés, les résilles, les turbans, les genouillères, les fustanelles, les armes de toutes sortes, les ajustements de toutes couleurs, se confondent dans ce salon oriental. Mais une idée fort heureuse qu'a eue M. Méry est, à mon avis, celle d'avoir acheté ces divers costumes à des gens qui en faisaient journellement usage; de façon que chaque ajustement est accompagné de sa petite notice biographique, et de son certificat d'origine. J'ai vu plusieurs costumes grecs tachés du sang des officiers qui les portaient à Missolonghi. »

(1) Critique dramatique du Journal des Débals, depuis 1830, Jules Janin avait publié en 1829, l'Ane niorl el la Femme ç/luIlolinée, en 1830, la Confession, en 1831, Barnaue, en 1832, les Contes fantastiques, en 1833, les Contes nouveaux, et en 1836, le Chemin de traverse.

duit son maître. Sa livrée est marron et or. M. Janin paraît... un petit homme rond assez jovial, sans distinction dans sa tenue ni dans le choix de ses vêtements. Un jour, je le vis passer de ma fenêtre, rue Montagne-aux-Herbes-Potagères, il avait une canne d'un florin et un pantalon de nankin qui laissait voir ses chevilles ; il était sans gants ! Cette fois-ci il ne se montrait pas plus raffiné, mais ce qui le relevait peut-être, c'était la belle dame qu'il conduisait par la main vers le marche-pied abaissé de son landau. Cette dame, petite, blanche, d'une minauderie assez gracieuse, s'appelle la marquise de la Carte, c'est la fille de M. Bosio, sculpteur français qui a une réputation. Cette jeune dame habite le môme hôtel que M. Jules Janin... Le marquis de la Carte vit toujours ; on m'a assuré qu'il envoie quelquefois les mémoires de ses fournisseurs chez sa femme. Jules Janin était suivi de quatre ou cinq jeunes gens, apprentis écrivains que j'appellerai des jeunes gens de Mires. J'ai remarqué que toutes les célébrités de la littérature française avaient ainsi leur petite cour de séïdes et de Trissolins. M. Janin congédia les siens à la portière de sa voiture... »

Enfin, à onze heures, invités par George Sand, Yan Egelgom et son ami vont passer la soirée chez elle.

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« L'autour d'André (l) habite rue Laflite. Vous avez vu dans les journaux le compte rendu d'un procès que l'illustre femme a soutenu dans le Berry, contre M. Dudevant, son mari, procès en séparation qui s'est terminé tout à l'avantage de celle qu'un critique a appelée : « Reine parmi les hommes, Roi parmi les femmes. » Il y a peu de temps que George Sand est de retour de son voyage et elle habite encore un hôtel de la Chaussée-d'Antin, c'est là qu'elle nous a reçus.

Elle était rentrée avant nous ; nous la trouvâmes en pantalon à pieds de cachemire rouge, enveloppée dans une robe de chambre en velours brun et coiffée d'un bonnet aussi de velours, de forme grecque et richement brodé. Elle était à demi couchée dans une ganache de maroquin ; ses petits pieds jouaient avec les petites mules chinoises qu'elle perdait et retrouvait sans cesse sur le tapis. Elle était gantée et faisait adroitement un cigarrilo. A notre arrivée elle nous offrit la boîte au délicieux tabac de Smyrne et le papel...

Les invités de ce thé sans façon étaient M, Charles Didier, M. Emmanuel Arago, de la famille de tous les Arago possibles ; M. Alphonse

(1) André. Paris, Bonnaire, 1835. — George Sand publia en ]8;i7 Mauprat, le Secrétaire intime et les Lettres d'un voyageur. Son premier livre, en collaboration avec Jules Sandeau, Rose et Blunclie, avait paru en 1831, chez Roret. Il était signé Jules Sand.

Pioyer,le spirituel auteur des Mauvais Garçons {!); M. Calamatta, jeune graveur, qui vient de faire un beau portrait dont on a orné les œuvres complètes de George Sand ; puis enfin mon ami, et moi.

George Sand avait toute l'attitude d'un bon petit jeune homme qui babille avec ses amis. Chacun l'appelait tout simplement : George ; elle était fort simple ; et si simple môme que beaucoup de son esprit passait inaperçu. »

Quelques jours après, toujours accompagnée de son ami, qui joue un peu le rôle du Diable boiteux: Van Egelgom assiste à une première représentation, et c'est là qu'il rencontre Alexandre Dumns :

« A un tapage de tabourets et de portes qui se fit à une avant-scène du rez-de-chaussée, mon compagnon se retourna et me signala bientôt M. Alexandre Dumas, en compagnie de quelques dames parmi lesquelles Mlle Ida, ancienne actrice de la Porte-Saint-Martin (5), engagée à la Comédie-Française me fut désignée.

M. Alexandre Dumas me parut avoir 32 à Zh ans (3), et cinq pieds sept à huit pouces. Son vi^!age est brun, ses cheveux crépus et longs mé-

(1) Les Mauvais Garçons avaient paru en 1830.

(2) Elle était à ce théâtre en lS3t, et elle habitait alors rue Neuve-des-Petits-Champs, n» 29.

(3) Il était né en 1803.

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riteraient peut-être un peu le nom de laine. Il n'a pas de barbe, mais de beaux yeux, forts doux. L'ensemble de son visage est plus étrange que beau, et rappelle inliniment rossification des nègres. Plus tard je le rencontrais dans les couloirs et je lui reconnus une taille forte'et élégante; ses allures me semblaient distinguées ; sa mise était d'un bon tailleur. Quant à Mlle Ida, c'est une jeune femme petite et d'un embonpoint trop prononcé...

Il y a deux ou trois ans, la réputation de M. Alexandre Dumas était colossale. On le considérait comme le premier écrivain dramatique que possédât la France moderne, et le théâtre de la Porte -Saint-Martin lui doit d'immenses succès (1). Les articles de M. Granier de Cassagnac, publics dans le Journal des Débals, journal qui passait alors et passe encore pour être à la dévotion de V'^ictor Hugo, portèrent le premier coup de hache dans cette gloire si jeune encore, et pourtant si populaire. On ne put pas se dissimuler en France que les attaques du journaliste étaient fondées ; son renfort de citations et de preuves en rendait l'ensemble irrécusable. De cette époque date la décroissance de cette réputation, qui s'est abaissée au rang de critique dramatique. M. Dumas juge

(1) Anlomj (3 mai 1831). — La Tour de Nesle (27 mai 1832). Catherine Howard (22 avril 1834).

ses pairs et n'est pasjugé par eux. Ce nom éclatant retentit maintenant dans les théâtres dos vaud(;villes, après avoir fait frémir d'api'laudisscmenls enthousiastes les plus larges scènes de Paris. Il paraît que M. Dumas passe pour vouloir faire désormais comme M. Scribe ; il ne fait plus de drames, mais des vaudevilles, des livrets d'opéias comiques (1), des remaniements de pièces. A propos de cette dernière spécialité, on affirme que jNl. Dumas y est fort habile, et qu'il pratique journellement une foule de travaux de cette sorte qui restent ignorés...

L'auteur à'Anlony est fils du général républicain Alexandre Dumas, empoisonné en Italie, diton, par le père du roi de Naples actuel {1). Il appartient par ses opinions au parti républicain, quoiqu'on général les écrivains ne se mêlent que fort peu à la politique. Ils font de la littérature partout, aussi bien dans le journal légitimiste que dans une feuille du pouvoir. La mère de M. Dumas vit encore.

M. Dumas habite rue Bleu (et non pas bleue ; Bleu est un nom d'homme); son appartement est cité par son confortable et son élégance artistique. Mon compatriote y a fait quelques pas, il y a deux

(1) Piquillo, opéra-comique en 3 actes, musi(iue de Munpou (31 octobre 1837).

(2) Ceci est une légende qu'Alexandre Dumas essaya vainement de transformer en fait historique.

QUELQUES GENS Î>E LETTRES EN iSSj 315

ans, et m'a parlé d'une chambre à coucher ten lue en soie chamois, avec les bordures en broderie. 11 se souvenait aussi du plafond qui est une seule glace, des rideaux qui sont de velours bleu, cl du mobilier en bois de citronnier, ainsi que dos tapis de pelletoiie. Malgré les sommes énormes que ses travaux lui rapportent, M. Dumas n'a point de de voiture, et se sert de celles de place. Ses domestiques sont sans livrée...

M. Alexandre Dumas est Thomme de France qui connaît le plus de monde; il a des amis partout. Beaucoup font son éloge, beaucoup le dénigrent. Ceux qui l'ont beaucoup fréquenté affirment qu'il ne gagne rien à être connu, tandis que son abord et tous les préliminaires de la liaison qu'on peut très facilement contracter avec lui sont agréables et séduisants... »

Alexandre Dumas n'oublia jamais le portrait qu'avait fait de lui Van Egelgom, et, parmi les ennemis de Jules Lecomte, aucun ne se montra, dans la suite, plus acharné. Même en 1837, toutes les vérités n'étaient pas bonne à dire.

Louis-Philippe, lorsqu'il monta sur le trône en 1830, avait cinquante-six ans, mais un air de vigueur et une élasticité Je membres dues à l'habitude des exercices du corps et à une vie très active, le faisaient paraître beaucoup plus jeune,

Si^ comme on le croit généralement, malgré tant d'exemples du contraire, les maîtres du monde se distinguent par un je ne sais quoi d'auguste dans la physionomie et de majestueux dans l'attitude, Louis Philippe n'avait rien de royal. Avec sa tête en forme de poire que surmontait un toupet, qu'élargissaient sur les côtés d'épais favoris, avec ses yeux à fleur de tête dont l'expression manquait d'éclat, sinon de finesse, ce gros liomme ressemblait beaucoup plus à un boutiquier du Marais

Modes de 1841

qu'au souverain d'un grand pays. 11 lui aurait fallu peu de chose, il lui aurait fallu n'être qu'un sot, pour qu'on put le comparer à Joseph Prudhomme. On n'alla pas jusque-là. Les écrivains de l'opposition se contentèrent de le comparer à Vautrin et à Robert Macaire.

Gomme pour exagérer cet aspect bourgeois, il portait ordinairement un habit bleu à boutons d'or, un gilet blanc, un pantalon de nankin à sous-pieds, et, en guise de sceptre, un parapluie, emblème de ses instincts pacifiques et de sa crainte des • orages.

Bourgeois, et très bourgeois, il l'était par ses vertus, par la dignité de sa vie, par son culte de la famille. Il Tétait par ses travers et ses défauts, par son besoin d'amasser, de thésauriser, en homme trop pratique qui songeait au lendemain, voulait enrichir ses enfants, et aimait l'argent plus que la gloire. 11 l'était aussi par le terre-àterre de ses goûts littéraires ou artistiques. Les romantiques l'ennuyaient ou l'effrayaient. Il admirait sincèrement Casimir Delavigne, un Racine de sous-préfecture, et même l'insipide Viennet. Ses peintres préférés étaient Paul Delaroche, qu'on a pu appeler le Casimir Delavigne de la peinture, Théodore Gudin, qui faisait des tempêtes très soignées et très convenables, Auguste Couder élève très assagi de Regnault le père et de

David, et Alaux surtout, dont il disait, assuret-on : « Alaux dessine bien, n'est pas clier, et c'est un bon coloriste. »

Je ne voudrais pas que le portrait que j'essaie de tracer prît ti^op l'aspect d'une caricature. On doit être juste, même pour les rois. Parmi ceux qui ont gouverné la France, Louis-PIiilippe, tient en somme une bonne place. Il fit très consciencieusement et, avec les meilleures intentions du monde son métier, qui de tous les métiers est sans aucun doute le plus difficile. A défaut de génie ou de talent transcendant, il avait beaucoup d'esprit, un esprit qui manquait peut-être de brillant et d'originalité mais qui ne manquait pas d'une sorte de verdeur savoureuse. Il parlait bien, et beaucoup et longtemps, et il réduisit souvent les hommes les plus bavards de son entourage au rôle ingrat d'auditeurs un peu lassés. Il aimait à conter des anecdotes et les contait agréablement. 11 ne les empruntait pas toutes au dix-huitième siècle et à la Révolution, qu'il connaissait très bien. Il savait s'en procurer de plus récentes, à l'aide du cabinet noir.

« Louis-Philippe, raconte Scheurer-Kestner (4), avait hérité, très, indirectement, de Louis XV, le goût de faire rechercher dans les correspondances

(1) Dans un extrait de ses Souvenirs inédits, puMiés dans la Revue du 1" février 1905,

LOL'IS-PIIILI^PE ET LA FAMILLE HOYALE 319

privées le récit des intrigues scandaleuses. A ce sujet, Léon de Maleville m'a raconté une amusante histoire dont Thiers fut le héros. Un jour, en 1840, Thiers, étant président du conseil, se fit attendre à une réunion des ministres aux Tuileries. Il s'agissait d'aller passer une revue de la garde nationale. On le fit chercher inutilement chez lui et à son ministère. Alors le roi s'adressant à Maleville, lui dit en riant : « Allez donc le prendre où il est, rue de Vaugirard,tel numéro. » Maleville sauta en voiture et, à l'adresse indiquée, entra dans la cour d'un vaste immeuble. Comment faire pour découvrir son président, sans le compromettre ? Le sous-secrétaire d'Etat eut une idée de génie. Il se mit à crier d'une voix de stentor : « Adolphe ! Adolphe ! » Au troisième étage, une fenêtre s'entre-bâilla bientôt, et un petit homme en lunettes apparut dans le simple appareil... Dès qu'il vit l'immense Maleville, M. Thiers se souvint de la revue, s'habilla à la hâte, et arriva aux Tuileries. «Monsieur le président du conseil, vous êtes en retard, dit le roi en souriant. — Je fais mes excuses à Votre Majesté, mais je me préparais. — Je regrette de vous avoir interrompu dans vos préparatifs », répondit Louis-Philippe en éclatant de rire. »

Ce qui le distinguait par dessus tout, ce qui resta sa véritable caractéristique, c'est le bon

sens. On peut dire qu'il en avait trop. Ce fut eliez lui une grave erreur et une grande faute que d'avoir voulu gouverner par la raison le pays le moins raisonnable du monde.

D'ailleurs, si, dépourvu d'imagination et incapable d'emballement, il voyait presque toujours le vrai, s'il avait, à un haut degré, l'instinct du positif et du pratique, la fermeté du caractère chez Louis-Philippe ne correspondait pas suffisamment à la netteté de l'esprit. Il discutait, il ergotait au lieu d'agir. Il tournait autour des difficultés au lieu de les aborder de front. Il louvoyait, il temporisait sans cesse. Il attendait des circonstances ou de sa puissance de persuasion les solutions que peut seule entraîner et imposer une volonté inflexible.

Quoiqu'il méprisât les hommes, comme tous ceux qui les connaissent bien, il était bon par raisonnement, sans élan, sans générosité, mais avec un parti pris et une obstination que rien ne découragea. Il ne se résigna jamais à traiter en ennemis ses adversaires. Les nombreux attentats dirigés contre lui ne purent affaiblir son courage ni entamer son respect de la vie humaine.

Sous la Restauration, dans la famille royale, l'homme, comme Napoléon le constata un jour, avoit été la duchesse d'Angoulême. L'homme, chez les princes de la branche cadette, fut la princesse

Adélaïde, sœur du roi. C'est elle, assure-t-on, qui le décida à accepter la couronne. Elle aurait voulu la lui voir porter avec plus d'énergie et d'orgueil.

Personne dans sa famille et dans l'entourage de Louis-Philippe n'était plus « orléaniste » qu'elle. Par là elle provoqua chez les légitimistes, chez les « carlistes » des haines féroces.

La princesse Adélaïde, il faut l'avouer, prêtait beaucoup au ridicule et un peu à la calomnie. Ce n'était pas seulement par l'énergie et l'ambition qu'elle s'écartait de son sexe, c'était aussi par la laideur.

Elle aggravait cette laideur, ses airs de virago, ses traits trop accusés, son teint bourgeonné et rouge, par des toilettes d'un goût déplorable et où se donnaient rendez-vous toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Elle essayait ainsi de paraître jeune. Jamais tentative ne fut prolongée avec plus d'illusions ni couronnée de moins de succès.

A cause de la couleur trop accentuée de son teint les pamphlétaires légitimistes — ces mêmes légitimistes qui s'indignaient des polémiques contre la duchesse de Berry, parce que c'était une femme — accusaient la princesse Adélaïde de boire. Ils attaquèrent ses mœurs, avec un acharnement ignoble. On alla même jusqu'à l'accuser d'inceste avec son frère I

Les journaux d'opposition et les libelles fai-

saient des allusions plus ou moins discrèlcs, à son prétendu mariage morganati([ue avec le général Attlialin — qui était si peu marié avec elle qu'il épousa, en 1836, à cinquante-deux ans, Mlle Lelandais. On assurait que de cette union secrète elle avait eu trois enfants.

C'est surtout dans les Cancans de Bérard — sur lesquels nous aurons l'occasion de revenir — qu'on trouve les plus fréquentes et les plus venimeuses insinuations contre celle que les salons légitimistes appelaient Mme Athalin, Athalie de Bourbon, ou tout simplement Mme Messaline.

Donnons quelques exemples de ces perfides entrefilets déguisés en informations, en échos, et dans lesquels, trop souvent, la méchanceté tenait lieu d'esprit.

« Mme Athalin disait hier : « Ah ! dans ma position, je n'ai pas que des roses. — C'est bien vrai, mademoiselle, car je ne vous ai jamais vu que des boutons (1). »

(( La meilleure tête diplomatique de France est sans contredit Mme Athalin parce qu'elle ne se déboutonniB jamais (2). »

« M. et Mme Athalie ont été aperçus, ces jours derniers, dans une loge grillée de l'Opéra-Comique.

(1) Cancans décisifs, p. 7.

(2) Cancans indignés, p. 7.

On donnait par ordre, les Rendez-vous buarjeoisj le Secret, et Dne heure de Mariage (1) ».

« On dit que pour imiter des princesses qui ont fondé un grand nombre d'établissements de charité, une demoiselle amante de la liberté,

Et qui fît trois enfants pour elle, se met à la tète de l'association des fillesmères (2). »

Dégagée de la réputation que s'efforçait de lui faire l'esprit de parti, Mlle Adélaïde était une femme très intelligente, dans laquelle se combinaient la bonté et la brusquerie, la charité et l'avarice, et qui se montrait, en toute occasion, aussi dévouée à ceux qu'elle aimait, que vindicative à l'égard de ses ennemis.

Elle avait peu de goût pour l'étiquette, mais elle recevait familièrement dans son appartement, au rez-de-chaussée du pavillon de Flore, quelques fidèles qui lui formaient une petite cour, Talleyrand, les maréchaux Gérard et Sébastiani, M. de Celle, le comte de Flahaut, le comte de Lawestine, le comte de Bondy, Mlle de Valence, fille de Mme de Genlis, Mme Lehon, la princesse Belgiososo.

(1) Cancans palrioliques, p. 6 [le^ Rendez-vous bourgeois, opéra en un acte, de Hoffmann et Nicolo. — Le Secret, opéra en un acte, de Hoffmann et Soli(^. — Une Heure de Mariage, opéra en un acte. d'Etienne et I>elayrac.

(2) Cancans français, p. 7.

Elle mourut en 18/i7.

De Marie-Amélie, fille de Ferdinand I"", roi des Deux-Siciles, et née le 26 avril 178'2 (1), Louis- Philippe eut cinq fils et trois filles.

Le duc d'Orléans, l'aîné des cinq (ils, naquit à Palerme le 3 septembre 1810. Particulièrement détesté, en sa qualité d'héritier de la couronne, par l'opposition légitimiste, il apparaît à travers la haine des adversaires de la monarchie de Juillet, aussi bien qu'à travers les éloges de ceux qui la défendaient, comme un homme supérieur et auquel il ne manqua pour donner pleinement sa mesure que de vivre plus longtemps.

Son caractère était peu expansif et son visage même, énergique et froid, dépourvu de douceur et de rayonnement, révélait une âme plus forte que souple et déjà avide de domination. Son amabilité, quand il croyait avoir besoin de plaire ou quand il se trouvait avec des gens qui lui semblaient mériter quelques égards, sentait l'effort et le calcul. Il se familiarisait peu, même avec les siens, et il était de ces hommes qui imposent l'estime mais devant lesquels hésitent l'affection et la sympathie.

xMcme dans sa première jeunesse, à un âge où Ton subit d'ordinaire toutes les influences, le duc d'Orléans mettait au service d'opinions et de théo-

(1) Le mariage de Louis-Philippe et de Marie-Amélie avait eu lieu le 25 novembre 1809.

ries qui lui étaient très personnelle, une volonté très ferme. Aussi autoritaire que son père, que seul dans sa famille il osait contrecarrer, il était plus libéral, plus moderne, plus convaincu peutêtre de la nécessité et des avantages d'une loyale monarchie constitutionnelle. On a remarqué — et certains passages de son testament (1) le prouvent — qu'il ne considérait pas la Révolution comme un accident mais comme un point de départ. Il différait en cela de son père dont il blâmait secrètement la politique trop ondoyante. 11 lui arriva souvent de la trouver maladroite et dange reuse pour la dynastie. 11 songeait avec une certaine angoisse à l'avenir de cette dynastie sans se douter que cet avenir, une stupide catastrophe (2), allait le fermer devant lui et que quelques journées d'émeute le fermeraient devant son fils.

Le duc d'Orléans avait épousé, le 30 mai 1837, la princesse Hélène de Mecklembourg-Scliwerin, qui sans être une belle femme avait, quoique alle-

(1) « Que le comte de Paris [son fils] soit un de ces instruments brisés avant qu'ils aient servi, ou qu'il devienne l'un de ces ouvriers de cette régénération sociale qu'on n'entrevoit encore qu'à travers de grands obstacles et peut-être des tlots de sang; qu'il soit roi, ou qu'il demeure défenseur inconnu et obscur d'une cause à laquelle nous appartenons tous, il faut qu'il soit avant tout un homme de son temps et de la nation; qu'il soit catholique et défenseur passionné, exclusif, de la France et de la Révolution. »

(2) Il mourut le 13 juillet 1812. V. Appendice.

326 LA VIE P.vniSIENNE SOUS LOUIS-I'IIILIPPE

mande et par une sorte d'heureuse erreur de la nature, le charme de la parisienne, « jolie figure de capote, note Mme de Girardin, jolie taille da mantclet, joli pied de brodequins, jolie main pour un gant bien fait (1)... »

La duchesse d'Orléans n'était pas très aimée par Louis-Philippe et par sa sœur, la princesse Adélaïde, qui ne lui pardonnaient pas Tindépondance de son caractère. Ils furent cependant obligés de reconnaître que comme épouse et comme mère (2) elle ne donna jamais prise à la moindre critique.

Le duc de Nemours était né à Paris, le 25 octobre 1 81/i. De tous les fils de Louis-Philippe, c'était celui qui se distinguait le plus par son grand air, celui qui semblait avoir le plus de race. Les journaux du temps (surtout dans les articles rédigés par des femmes) remarquent que par l'attitude, la démarche, par mille nuances insaisissables, il était naturellement /)r//2<?e. Il n'avait pas besoin de faire effort pour imposer ce respect qu'arrat-he toujours, même aux plus rétifs, même aux plus envieux, cette supériorité d'intelligence, de caractère,

(1) Lellre parisienne du 7 juin 1837. On la tiNjuvait « gentille », mais on lui reprochait sa maigreur qui était exagérée.

(2) De son mariage avec le duc d'Orléans, elle eut deux fils : le comte de Paris, né à Paris, le 2t août 1838, et le duc de Chartres, né à Paris, le 9 novembre ISiO.

d'éducation, d'élégance, qui se dégage d'un homme et forme la véritable aristocratie.

Le duc de Nemours épousa, le 27 avril 18/i0, Victorine-Antoinette-Auguste, princesse de Saxe- Cobourg, née à Vienne, le 16 février 1822, et dont il eut deux fils, le comte d'Eu, né à Neuilly, le 28 avril l8Zi2, et le duc d'Alençon, né à Neuilly, 22 juillet l8Zi6. C'était une très belle femme et de fière mine, mais on disait « qu'un regard de la duchesse d'Orléans en valait cent des siens ».

Le prince de Joinville, né à Neuilly, le 14 avril 1818, avait épousé, le 1^' mai 18/i3, la princesse Françoise-Caroline, sœur de l'empereur du Brésil (l).

Frêle et délicate, avec de beaux cheveux châtain clair, un visage virginal, où passaient tour à tour la mélancolie et la gaieté, parfois, repliée sur elle-même et livrée à ses rêveries, parfois, avide de mouvement et de vie, telle apparaissait la princesse de Joinville. Sa jeunesse lui faisait une auréole. Elle avait poussé, à la cour du Brésil, comme une plante sauvage. Elle charmait et effrayait. Elle ne savait pas dissimuler ses sentiments. Elle n'avait aucun respect pour l'étiquette. Elle était trop femme pour ne pas oublier, à certaines heures, qu'elle était princesse. Dèslelende-

(1) Ils eurent une fille Françoise-Marie-Amélie, princesse d'Orléans, née à Neuilly, le 14 août 1844.

main de son arrivée aux Tuileries, elle osa, à la table de famille, chanter tout haut. Ce fut presque un scandale.

Il appartenait au duc d'Aumale (1) de rappeler queles d'Orléans descendaient eux aussi d'Henri IV. Vaillant soldat et infatigable amoureux, il fut l'enfant terrible de la famille.

Ses aimables défauts, où on retrouvait ceux du grand ancêtre, lui procurèrent vite une popularité dont il ne se montrait pas médiocrement fier, et qui de la cour descendait jusqu'au demi-monde.

« Sous le spécieux prétexte, raconte Roqueplan, que le duc d'Aumale était prince du sang, fort riche et joli homme, toutes les demoiselles non entrenues se vantaient de l'être par lui.

C'est Mlle F... (2), de l'Opéra qui a mis cette plaisanterie en circulation.

On ne pouvait arriver près de ces dames sans avoir passé deux heures dans une armoire, parce que disait-on : Il est là !

Un jour, un flâneur, très versé dans le personnel des rues Navarin et Bréda, se présente chez une de ces demoiselles :

Filez, filez vile, le prince esl là !

Chez une seconde : Vous allez vous faire pincer, il esl là!

(1) Né à Paris, le 16 juin 1822.

(2) Mlle Florentin.

Chez une troisième : Vous voulez me perdre^ parlez, cest son heure.

Chez une quatrième : Monlez vite, il esl déjà nu premier ; vous redescendrez dans une heure.

Il a ainsi compté quinze ducs d'Aumale (1) ».

Mlle Florentin n'avait été pour le duc d'Aumale qu'une passade. Alice Ozy fut son premier amour.

Elle s'appelait Julie-Justine Pilloy et elle était née à Paris, où son père exerçait la profession de bijoutier. Elle était entrée au théâtre, parce que le théâtre favorisait son goût pour le plaisir et pour le luxe. Cela lui tint lieu de vocation. A ses débuts, elle, sembla avoir eu, de même que beaucoup d'autres jeunes actrices, plus de diamants que de talent. Elle en avait avec exagération et presque avec scandale. Les critiques dramatiques le constatèrent en termes à demi bienveillants. Dans le compte rendu d'une revue de D'Ennery et Clairville, V'ià c'qui vient d'paraître, revue jouée aux Variétés, en décembre 18/i5, et dans

(1) Nouvelles à la main, 1841. Reproduit dans son volume, la Vie parisienne. Paris, nouvelle éd., 1882, p. 34. Roqueplan ajoute : « Non seulement la lorette a inventé les faux ducs d'Aumale, mais encore les faux cigares du prince de Joinville; elle en avait toujours sur sa cheminée une demidouzaine qu'elle offrait avec mystère, et que les Arthur s fumaient avec une délectation tout à fait dynastique. »

laquelle Alice Ozy (1) personnifiait F A venir, Théophile Gautier écrivait :

« Mlle Alice Ozy a costumé l'avenir, comme em se le figure, c'est-à-dire une couronne de diamants, une rivière de diamants, une châtelaine de diamants et des épis de diamants, le tout véritable. Cette personnification de l'avenir en vaut bien une autre, surtout lorsqu'on est assez jolie pour pouvoir la réaliser (1). »

Elle avait déjà une réputation de beauté. Théophile Gautier, qui ne remarquait pas seulement ses diamants, lui accordait dans un de ses articles (2), « la fraîcheur veloutée d'une Philis de trumeau » et louait « ses formes sveltes et taillées pour la danse (3). »

La critique de la Presse écrivait ceci dans son feuilleton du 20 avril J8/i6. Un an après, le 25 mai 1847, dans son compte rendu du Trollin de la Modiste (4), qu'on venait de donner au

(1) Elle était alors au Vaudeville, mais ce théâtre l'avait prêtée aux Variétés.

(2) Feuilleton de la Presse du 5 janvier 18i6. A propos d'une autre pièce, le Gant et VÉuenlail, de Bayard et Sauvage, jouée au Vaudeville en juin 18:16,11 écrivait, le 8 juin : « Alice Ozy disparaissait dans un feu d'artifice de diamants. >

(3) Compte rendu du Roman comique, pièce en 3 actes, de Dennery, Germon et Romain, jouée au Vaudeville le 4 avril

(4) Vaudeville en 3 actes, de Dumanoir et Clairville.

Palais-Royal, il constatait qu'Alice Ozy, qui avait eu dans cette pièce un des premiers rôles, « ne se contentait plus d'être une jolie femme » et qu'elle jouait « avec une grâce alerte, une finesse éveillée on ne peut plus charmante ». Et il ajoutait : « Elle a Tœil vif, la riposte prompte et jette le mot à ravir ».

Quelques années plus tard, Alice Ozy avait réussi à se faire deux réputations, celle d'une bonne actrice et celle d'une jolie femme, sans préjugés, très capricieuse dans ses amours, peu capable de fidélité et de sentiment, et qui pouvait se reconnaître dans ces vers que lui adressait le vaudevilliste Jacques Arago :

Oh ! garde ta cambrure.

Ta coquette fi^jure, Et ta vive encolure, Ainsi qu'il nous en faut; On te dit fort rieuse Assez peu langoureuse Et très aventureuse :

Tant mieux, peut-on aimer qui n'a point de défaut (4)?

Le duc d'Aumale revenait — en triomphateur ■ — de sa campagne d'Algérie, lorsqu'il vit pour la première fois, dans les derniers mois de I8/1I, Alice Ozy chez Mlle Adélaïde où elle jouait dans

(1) Foyers el Coulisses. Paris, 1852, p. 43.

un vaudeville en deux actes, de Lockroy et Rosier, le Chevalier du Guet.

« A cette époque, raconte Villemessant dans ses Mémoires d'un j'ournalisle (1), la comédienne logeait à la Maison d'Or (2) ; elle était ma voisine, et je me souviens parfaitement de l'avoir vue sortir au bras du prince, vêtue en homme, ce qui faisait qu'on la prenait souvent pour le jeune duc de Montpensier. »

Cette petite intrigue, où de part et d'autre on apportait beaucoup de fantaisie, amusait beaucoup les frères du duc d'Aumale qui l'appelaient Raimbaut (3) et ne manquaient pas de lui chanter quand il partait ou avait l'air de partir en bonne fortune : « Je vais revoir Alice, Alice, mes amours ! »

Le duc d'Aumale était alors, à 20 ans, colonel du 17" légers, en garnison à Courbevoie. Plus d'une fois Alice Ozy, dans son coupé, assista à la revue du régiment. Dès qu'elle apparaissait, la musique du 17" légers, sur l'ordre du colonel, jouait un air arabe qui avait beaucoup de vogue : Kradoudja ma maîtresse. Aussitôt que retentissaient les premières notes tout le régiment, depuis le tambour-major jusqu'à la cantinière, savait à quoi s'en tenir

(1) Paris, 1S84, t. I, p. 140.

(2) Elle logea plus tard, rue de Provence, 5 bh.

(3) Personnage de je ne sais quel opéra.

Alice Ozy ne se piquait pas de constance. Elle savait que la constance pour une actrice est une mauvaise spéculation et que les jeunes amants, même princes, ne sont pas les plus avantageux. Courtisée parle banquier Perreyaux qui lui offrait un attelage de vingt mille francs, elle voulut, avant d'accepter, prévenir le duc d'Aumale qui ne disposait guère pour ses menus plaisirs que de mille écus par mois, sur lesquels sa famille, dit-on, lui retenait une bonne part. Une rupture résulta de cette communication et quelque temps après le prince écrivait à son ex-maîtresse : « Ne trouvez-vous pas que je suis un peu Desgrieux ? Je vous aime davantage depuis que vous ne m'aimez plus... » Elle l'aimait peut-être encore mais elle aimait encore plus l'argent.

Lorsque le duc d'Aumale se maria, le 25 novembre 18/i/i, l'actrice jugea convenable de lui faire remettre ses lettres. Il lui envoya quelques billets de mille francs. Elle en fut quelque peu humiliée : « Je ne suis pas, dit-elle, dans la misère. J'aurais préféré im souvenir...»

La duchesse d'Aumale, Marie-Caroline-Auguste

de Bourbon, princesse de Palerme, les flatteurs,

sans trop la flatter, la comparaient à une statuette

de Tanagra. Elle en avait la grâce fragile. Elle

était petite, frôle, avec des traits fins et délicats.

Par sa douceur, par sa piété tout italienne, elle

334 LA Vie PARISIENNE SOUS LOUIS-PHILIPPE

conquit très vite raiïection et même les préférences de la reine Marie-Amélie.

Elle eut de son mariage avec le duc d'Aumale trois enfants dont le premier et le dernier moururent en bas âge. Le second, né en IS'iô, reçut, conformément au désir exprimé par le duc de Bourbon dans son testament (1), le titre de prince de Condé.

Le plus jeune des fils de Louis-Philippe, le duc de Monlpensier, né à Xeuilly, le 31 juillet 182i, était celui qui, par le caractère, comme par les traits du visage, lui ressemblait le plus. Même sens pratique, à un âge où on est, heureusement, très dépourvu, même netteté d'esprit, même froideur d'imagination, même facilité de parole qui était plutôt celle d'un homme d'affaires, d'un debâter, que d'un prince.

La politique personnelle du roi avait fait le mariage — célébré à Madrid le 10 octobre 18/i6 — du duc de Montpensier avec Marie-Louise-Ferdi-

(1) Par ce testament, daté du 30 août 1829, le duc de Bourbon, prince de Condé, instituait comme héritier universel le duc d'Aumale. Un an après, jour pour jour, le 30 août 1830, il était trouvé pendu par un mouchoir à l'espagnolette de la fenêtre de sa chambre, dans son château de Saint-Leu. Républicains et légitimistes admirent avec ensemble l'assassinat, commis, assuraient-ils, par la baronne de Feuchères, maîtresse du duc de Bourbon, et gagnée par les d'Orléans. La justice conclut au suicide, et c'est la thèse qui a prévalu.

LOIJIS-PIIILIPPE ET LA FAMILLE ROYALE 335

nande de Bourbon, sœur de la reine d'Espagne, Isabelle II. Par amour-propre d'auteur, la duchesse de Montpensier lui fut particulièrement chère.

Des trois filles de Louis-Philippe, l'aînée, Louise- Marie-Thérèse-Cliarlotte- Isabelle d'Orléans, née à Palerme, le 3 avril 1812, épousa en 1832, le roi des Belges, Léopold I"" ; la seconde, Marie-Christine- Caroline -Adélaïde - Françoise - Léopoldine d'Orléans, née à Palerme, le 13 avril 4813, épousa le 17 octobre 1837 le duc Frédéric-Guillaume-Alexandre de Wurtemberg ^1) ; la troisième, Marie-Clémentine -Léopoldine -Clotilde d'Orléans, née à Neuilly, le 3 juin 1817, épousa, le 20 avril 1 843, le prince Auguste de Saxe- Cobourg-Gotha.

Dans les derniers mois de l'année 1831, la famille royale avait quitté le Palais-Royal, qui, sans doute, rappelait un peu trop le souvenir de Philippe-Egalité, pour aller habiter les Tuileries. Pour cette circonstance solennelle, Mlle Adélaïde crut devoir arborer une robe bleu de ciel, un canezou blanc et un chapeau amaranthe. Ce jour-là

(1) La princesse Marie d'Orléans mourut à Pise, à vingtsix ans, en 1839. On sait qu'elle aimait les arts, avec un goût plus délicat que celui de son père, qu'elle s'occupa de sculpture, avec un talent qui promettait de belles œuvres, et qu'elle est l'autour d'une remarquable statue de Jeanne d'Arc qui est au Musée de 'Versailles. De son mariage avec le duc Alexandre de Wurtemberg elle eut un fils qui naquit le 30 juillet 1838.

elle fut presque un drapeau, le drapeau tricolore.

Louis-Philippe et la reine s'étaient réservé les appartements situés entre le pavillon de Flore et le pavillon de l'Horloge. C'était là que descendaient pendant leurs séjours à Paris, le duc et la duchesse de Saxe-Cobourg-Gotha.

La duchesse d'Orléans, le comte de Paris, le duc et la duchesse de Nemours logeaient dans le pavillon de Marsan. La galerie en retour sur la rue de Rivoli était occupée par le duc et la duchesse de Montpensier.

Nous avons vu que Mlle Adélaïde avait ses appartements au rez-de-chaussée du pavillon de Flore.

On vivait assez bourgeoisement à la cour du roi Louis-Philippe. Il n'y avait guère que le duc de Montpensier qui montrât quelque goût pour la représentation. L'étiquette était réduite au minimum, et ce minimum choquait encore certains légitimistes comme une sorte d'usurpation :

« Après un choc violent, écrivait en 1831 l'un

d'eux (1), le char monarchique rentre dans la voie

accoutumée, pour ne pas dire l'ornière, dans la

crainte de parler avec irrévérence de la royauté

citoyenne. Cependant, celle-ci cherche déjà à nier

son origine, afin de laisser croire qu'elle ne date

(1) Dans une lettre au baron de Lamolhe-Langon, qui la cite dans son ouvrage VExilée d'Holy-Rood. Paris, 1831, p. 197. Même si cette lettre est supposée, elle n'en reflète pas moins l'opinion des irréconciliables du parti légitimiste.

Duprez.

pas d'hier. On ne peut plus se présenter, maintenant au cercle du Palais Royal qu'en brillant costume, si l'on ne veut être l'objet de la risée des courtisans républicains, ou se laisser éclipser par leur splendeur. M. Mérilhou (1), par exemple, est tellement galonné sur toutes les coutures qu'on le confond avec le chasseur qui figure derrière son carrosse.

Ceux qui viennent à pied chez Louis-Philippe ne franchissent les postes militaires qu'après des explications fort pénibles pour leur amour-propre, outre qu'ils sont bafoués par la valetaille du vestibule. Les cours d'honneur sont interdites aux fiacres et aux cabriolets de place, ce qui, entre nous soit dit, ressemble terriblement au retour des anciens privilèges.., »

Un grief plus fondé peut-être, c'était le goût exagéré de la nouvelle cour pour les étrangers, et Mme de Girardin, qui ne faisait pas de l'opposition systématique, le constate :

« On a toujours reproché à la cour des Tuileries son grand amour des étrangers : cette tendresse semble s'augmenter chaque jour. Ce qu'il faut pour

(1) Joseph Mérilhou, né en 1788, substitut du procureur général pendant les Cent jours, avocat sous la Restauration (il plaida pour un des quatre sergents de la Rochelle, Bories), avait été nommé, le 2 novembre, 1830, ministre de l'Instruction publique et des Cultes, et, le 27 décembre, garde des sceaux.

LOUIS-l'lUI.Un'E ET LA FAMILLE ROYALE 339

être bien traité au château, ce n'est pa/un grand mérite, une grande réputation, ni même un grand nom français; c'est un accent étranger quelconque : Taccenl anglais surtout est un merveilleux talisman qui vous ouvre toutes les portes de la royale demeure. Nul n'est prophète en son pays, c'est une vérité reconnue ; mais on trouve que les étrangers sont trop vite prophètes à Paris... Lord*** nous disait, il y a quelque temps : « J'ai dîné aujourd'hui aux Tuileries; c'était un grand dîner d'étrangers. » Puis il y a peu de jours, il nous disait encore : « J'ai aussi dîné aujourd'hui aux Tuileries ; il y avait un grand dîné d'étrangers. » Gomme tout îe monde s'est mis à rire, il a bien fallu lui expliquer pourquoi l'on riait, et lui dire que chaque fois qu'il y avait un grand dîner chez le roi, c'était un grand dîner d'étrangers ; qu'on n'y admettait de Français que ceux qu'on ne pouvait se dispenser de recevoir. Le fait est que le banquet royal a toujours l'air d'une table d'hôte. Les étrangers sont peu sensibles à cette préférence ; ils ne viennent pas chez nous pour se voir entre eux ; ils s'attendent à trouver chez le roi nos grands seigneurs à noms historiques, nos belles femmes, nos beaux talents, ços hommes d'Etat, nos artistes célèbres, tout ce qui fait l'honneur d'un pays, tout ce qui dore une couronne, et non pas à reconnaître là d'anciens visages

voyageurs qu'ils ont déjà rencontrés dans tous les coins de l'Europe. On se trompe fort si l'on croit les séduire en agissant ainsi ; on veut leur donner une haute opinion de l'hospitalité de notre cour, en n'admettant qu'eux seuls ont ses faveurs, et l'on parvient à ne leur inspirer que cette idée : que les grandes illustrations françaises que la cour de Juillet serait flattée de r.ecevoir, ne seraient pas flattées d'y venir, 11 nous semble qu'il est inutile de faire tant de frais pour accréditer une idée fausse (1) . »

Les heures qu'on n'avait pas l'obligation et l'ennui de donner à des dîners officiels ou à des cérémonies d'apparat, la vie de famille les prenait toutes. Louis-Philippe faisait son métier de roi en le simplifiant le plus possible.

La reine Marie-Amélie (2), convaincue que la terre n'était et ne pouvait être que l'antichambre du ciel, avait transformé — surtout depuis la mort du duc d'Orléans, en 18Zi2 — son entourage féminin en une sorte de couvent, soumis à une rèo-le sévère. Très indépendante de caractère et appartenant àla religion protestante, la duchesse d'Orléans seule avait réussi à se soustraire à cette règle. Les autres belles-filles de la reine, les duchesses

(1) Mme E. de Girakdin, Lettres parisiennes, I, p. 41.

(2) Fille de Ferdinand I*', roi des Deux-SiciUs. Elle était née le 26 avril 1782.

le Nemours, de Joinville, d'Aumale et de Montpensier subissaient le joug sans résistance. Elles ne pouvaient même pas sortir sans une autorisation de Marie-Amélie qui s'informait toujours de l'endroit où on était allé, de l'heure du départ et de l'heure du retour. Toute tentative de jeunesse était sévèrement réprimée par cette belle-mère qui faisait fonctions d'abbesse dans le couvent des Tuileries.

Sa piété ardente et inquiète augmentait sans cesse. Deux chapelains ne lui suffisaient pas pour le service du château. 11 fallut en ajouter un troisième, et, dans les derniers temps, la reine pass.iit de longues heures en prières dans l'église Saint- Roch. Louis-Philippe, par une sorte de contagion, finit par devenir dévot.

Dans les premières années de son règne, il aimait à se promener, tranquillement, en bon bourgeois, dans sa capitale. Les attentats, de plus en plus fréquents, le privèrent de ce plaisir. Le roi, comme on l'a dit, était le seul gibier dont la chasse fut permise toute l'année, et les chasseurs ne manquaient pas.

« En sortant des ateliers de peintres chargés des travaux du Louvre, Louis-Philippe, de sa prison, raconte l'abbé Grivel (1), jetait parfois des regards

(1) Laprison du Luxembourg sous le règne de Louis-Philippe. Paris, 1862, p. 176.

pleins de tristesse sur la place et laissait échapoer un soupir; il se rappelait avec regret le temps où, son parapluie sous le bras, il parcourait seul les rues de Paris, visitant les édifices on construction, et ne manquant pas de s'arrêter devant les étalages de lithographies et de gravures. On citait quelques mots de lui en réponse à un officier de sa maison qui voulait réprimander un capitaine de la srarde nationale, venu tout crotté s'asseoir à la table royale: « Ne lui faites point de reproches, ne lui en faites point ; il est bien heureux de pouvoir se crotter ainsi. »

Un règlement, observé avec soin, fixait d'une manière à peu près invariable les occupations de la journée.

A dix heures, le déjeuner auquel le plus souvent le roi n'assistait pas.

A onze heures, tout le monde passait au salon, et les femmes se livraient à divers travaux de couture, presque toujours destinés aux pauvres.

Vers trois heures on partait en voiture pour Neuilly, Versailles, ou Saint-Cloud, et on revenait vers cinq heures.

A six heures dîner, de vingt-cinq à trente couverts, après lequel on allait dans le grand salon du roi qui était situé au premier étage des Tuileries.

Louis-Philippe passait la plus grande partie de

la matinée à lire les journaux politiciue et h parcourir le Charivari, la Caricalnre, et les autres feuilles du même genre où on ne l'épargnait guère. Et un de ceux que les caricatures du roi amusaient le plus, c'était le roi lui-même.

LA MORT DU DUC d'oRLÉANS

(13 juillet 18/i2)

« Le 13 juillet, le duc d'Orléans devait partir à midi pour Saint-Omer, dans le dessein d'inspecter plusieurs des régiments désignés par le corps d'armée d'opérations sur la Marne. Ses équipages étaient commandés, ses officiers étaient prêts. Tout se disposait au pavillon Marsan pour ce voyage, après lequel le prince devait aller rejoindre la duchesse d'Orléans aux eaux de Plombières.

A onze heures, il monta en voiture dans Tinlention d'aller à Neuilly faire ses adieux au roi, à la reine et à la famille royale,

La voiture était un cabriolet à quatre roues, en forme de calèche, attelé de deux chevaux à la

L\ MonT DU nue n'onr.KANS 345

Daiimont. Le prince était seul, n'ayant permis à aucun de ses ofliciers de l'accompagner.

Arrivés à la hauteur de la Porte-Maillot, les chevaux échauffés par une marche assez rapide depuis le départ des Tuileries, commencèrent à s'animer outre mesure. Déjà le postillon ne les maîtrisait plus qu'avec peine, quoique le porteur eût seul pris le galop. Attaché très court, ainsi que c'est l'usage dans les attelages à la Daumont, il se sentit gêné, donna quelques ruades dans son palonnier, et s'emporta avec une rapidité qui entraîna le cheval sous main, lequel était resté jusqu'alors assez calme.

La voiture s'engageait en ce moment dans l'avenue appelée le chemin de la Révolte, perpendiculaire à la Porte-Maillot. En voyant les mouvements brusques de l'attelage, le prince cria au postillon : « Tu n'es plus maître de tes chevaux ? — Non, Monseigneur, mais je les dirige encore. » Et, en effet, debout sur ses étriers, il tenait vigoureusement les guides, et il pouvait espérer détourner ses chevaux, par la gauche, dans la vieille route de Neuilly, qui lui offrait carrière. « Mais tu ne peux donc pas les retenir ? » cria de nouveau le duc d'Orléans, qui s'était levé debout dans la voiture. Non, Monseigneur. « Alors le prince, ouvrant la portière et se plaçant sur le marchepied, qui avait très peu de hauteur, sauta à pieds joints

sur la route. Mais la puissance d'impulsion de la voiture multipliant la rapidité d'un élan irréfléchi, les deux talons portèrent sur le sol avec une telle force, que le contre-coup produisit une violente commotion cérébrale, et probablement un épanchement instantané. Le prince retomba lourdement la tête sur le pavé, et resta sans mouvement en travers de la route.

On accourut aussitôt des maisons voisines ; le corps fat relevé et transporté dans la maison d'un épicier située à quelques pas de là. Pendant ce temps, le postillon s'était rendu maître de ses chevaux, et il revenait se mettre à la disposition du prince.

Celui-ci cependant restait inanimé ; on l'avait étendu tout habillé sur un lit, dans une des salles du rez-de-chaussée. Un médecin des environs accourut et pratiqua une saignée qui ne produisit aucun changement.

Cependant, la foudroyante nouvelle avait été apportée à Neuilly, et bientôt l'on vit le roi, la reine, la princesse Adélaïde, la princesse Clémentine, pénétrer en pleurs dans ce triste réduit, dernier asile de l'héritier du trône. Peu après, le duo d'Aumale, accouru de Courbevoie, le duc de Montpensier, de Vincennes, la duchesse de Nemours, accompagnée de ses dames, venaient ajouter à la somme des douleurs. L'humble demeure du com-

LA MORT DU DUC d'oRLÉANS 347

merçant était trop petite pour cette nombreuse famille d'affligés.

Le docteur Pasquier, chirurgien du prince royal, venait d'arriver, et son premier coup d'œil suffit pour anéantir tout espoir. Le prince n'avait pas repris connaissance. Quelques mots confusément prononcés en langue allemande avaient seuls révélé un reste d'existence.

Les ministres étaient assemblés aux Tuileries, attendant l'arrivée du roi pour ouvrir le Conseil. Avertis de la catastrophe qui arrêtait ses pas, ils se transportèrent à Sablouville, dans la maison où s'éteignaient les plus chères espérances de la monarchie. Déjà s'y trouvaientle maréchal Gérard, le chancelier de France (1), le préfet de police (2), le général Pujol (3), et les officiers de la maison du roi et des princes.

Quatre heures se passèrent ; heures d'ineffable anxiété et de poignantes amertumes. La reine et les princesses étaient agenouillées auprès du lit funèbre, priant et pleurant; les jeunes princes contemplaient avec des larmes silencieuses leur frère agonisant. Le roi, debout, immobile, conservant à sa douleur cette virilité que donnent les années et les grandes épreuves, suivait sur le visage dé-

(1) Le baron Pasquier.

(2) Delessert.

(3) Commandant de la première division militaire.

coloré de son fils les progrès du mal dont son expérience lisait l'inexorable arrêt. Au dehors, la foule, toujours sympathique aux grandes douleurs, murmurait des paroles de compassion pour le trône.

Les médecins n'avaient cessé, par les moyens les plus énergiques, de lutter contre les invasions de la mort ; leur art était impuissant. Un instant la respiration parut plus libre, le pouls devint sensible ; et comme dans les cœurs désolés l'espérance est opiniâtre, on se reprit à espérer. Mais ce n'était que le dernier effort de la jeunesse luttant contre la destruction, le dernier rayon d'une lumière qui s'éteint. A quatre heures apparurent dans toute leur menaçante vérité les symptômes d'une fin prochaine ; à quatre heures et demie un dernier mouvement convulsif, puis le repos absolu (1). »

(1) Elias Rf.gnault, Hisloire des Huit Ans (1840-1848). Paris, 1851, t. Il D. 253,

Modes de 1841

paris politique, legitimistes, bonapartistes et républicains. les fabricants d'utopies.

Jamais gouvernement ne fut moins agressif, jamais gouvernement ne fut plus attaqué que celui de Louis-Pliilippe. L'idée de transformer en tyran ce bourgeois débonnaire est une des plus stupides et des plus inconcevables qui aient pu germer dans des cerveaux français.

La Révolution de 1830 avait fait naître bien des espérances et elle provoqua bien des désillusions. Bonapartistes et Républicains espéraient qu'elle mettrait le pouvoir entre leurs mains. L'avènement d'un d'Orléans leur causa une pénible surprise.

Les légitimistes ne pardonnaient pas à ce prince

350 LA VIE PAniSll!:NISE .'■OUS LOUIS-PIIILIPPE

de la branche cadette d'avoir escamoté, avec tant de maestria, cette couronne qu'avait laissé choir, au pied d'un trône vermoulu, la branche aînée. Ils n'hésitèrent pas à rendre la nouvelle monarchieresponsable des ignobles injures qu'on prodigua à celle qui venait de disparaître.

Dans les derniers mois de Tannées 1830, dans les premiers mois de l'année 1831, il se prodiii^^it un débordement de pamphlets orduriers contre Charles X et sa famille. Toutes les passions politiques, toutes les haines, y avaient collaboré. On les vendait presque ouvertement dans les rues, sous les yeux d'une police trop complaisante (1).

L'injure y était grossière et bête. L'invraisemblable le disputait àl'odieux. J'ai souslesyeux deux brochures — etilyen eut beaucoup d'autres — dans lesquelles on accusa la duchesse d'Angoulémed'avoir été lîi maîtresse de l'Archevêque de Paris.

La première de ces brochures a pour titre : Aventures secrètes de la duchesse d^Angoulême el d' un prélat fort connu dans Paris (2). Elle ne

(1) Un des plus connus parmi les crieurs de ces canards politiques, était un ancien soldat, nommé Mercier, qui avait perdu une jambe sur le champ de bataille.

(2j C'est probablement le libelle dont il s'agit dans ce passage de rHisloire du journal la Mode, par le vicomte E. de Grenville (Paris, 1861, p. 113) : « Jamais les honnêtes gens ne pardonneront à Louis-Philippe d'avoir laissé crier liaus les rues de Paris : Histoire des amours de l'Archevêque dt Paris et de la duchesse d'Angouléme. »

PARIS l'OLlTlQUË 351

porte pas de date mais elle dut certainement paraître en 1830.

« Depuis longtemps, nous apprend Fauteur (anonyme) de ces révélations, la duchesse était en bonne intelligence avec l'archevcque (Mgr de Quelen) lorsque celui-ci cessa tout à coup de rendre ses visites. Cette froideur humilia la fière duchesse, et déjà elle formait des projets de vengeance, et certes cette vengeance ne consistait en rien moins que de faire exiler l'a.iiant qui la dédaignait; ainsi disparurent nombre d'individus qui avaient eu le malheur d'être dans les bonnes grâces de cette énergumène. »

L'autre brochure, encore plus stupide, i'intitule : « la Chemise de femme ou Correspondance galante trouvée dans V oratoire de V Archevêque de Paris, par un séminariste qui a jeté le l'roc aux orties, » Elle est datée d'août 1830 (1).

La duchesse de Berry ne fut pas plus épagnée que la duchesse d'Angouléme. De nombreux libellés (2) contestèrent la légitimité du duc de Bordeaux, malgré toutes les précautions qu'on avait

(1) Elle fut publiée chez Jules Lefebvre, rue des Grands AugusLins, 18. Ce Lefebvre semble s'être fait une spécialité de ce genre d'ouvrages.

(2) Celui-ci entre autres, que j'ai dans ma collection : Le duc de Bordeaux bâtard. — Proteslation du duc d'Orléans, aujourd'hui Louis-Philippe I", roi des Français, contre la naissance du prétendu duc de Bordeaux (août 1830). Il est inutile d'ajouter que cette protestation est apocryphe.

prises pour que cette légitimité ne soulevât aucune protestation.

« Un des chagrins de Madame, et certes le plus pénible, était les doutes que l'on avait élevés sur la naissance de son fils. De temps en temps quelque libelliste anonyme reproduisait le même texte, que les amis de la légitimité contredisaient dans les feuilles royalistes; enfin, un député, M. Briqueville (1), ayant répété cette calomnie devant la chambre assemblée, M. Deneux, chirurgien-accoucheur de Madame, envoya à tous les journaux la lettre suivante, qu'insérèrent ceux qui savent respecter la vérité et le malheur :

« Paris, 29 janvier 183t,

« Depuis quelques mois de vils pamphlétaires n'ont pas honte d'amasser mensonge sur mensonge, pour jeter du doute sur la légitimité de Son Altesse Royale Monseigneur le duc de Bordeaux. Quelque intéressé que j'aie pu être dans la question, je n'ai pas cru devoir répondre à des misérables qui ne vivent que de calomnies, et qui, rougissant sans doute de leur infamie, se cachent

(1) Armand de Briqueville,né en 1785 mort en 1844. Colonel du 20' dragons sous l'Empire, il se relira du service sous la Restauration. Elu député en 1827, il fit toujours jusqu'en 1830 partie de l'opposition. En 1831, ce fut lui qui proposa le bannissement de la branche aînée des Bourbons et il demanda la mise en jugement de la duchesse de Berry.

SOUS le voile de Fanonyme. Aujourd'hui qu'un député a osé, dans le sein même de la Chambre, répéter ces calomnies, il ne m'est plus permis de xne taire; quelques mots suffiront à ma réponse. 11 n'est sans doute pas dans Tintérôt delà dynastie assise aujourd'hui sur le trône de France, d envelopper de mystère la substitution d'un enfant qui lui portera tant ombrage, de cacher un crime qui n'aurait été commis que contre elle.

Si le silence qu'elle garde ne suffisait pas pour convaincre, il resterait un moyen que l'honnêteté ne repousserait pas ; je veux parler d'une enquête Plusieurspersonnesquiontassistéàl'accouchemoat

de Mme la duchesse de Berry existent encore, et, parmi elles, il en est qui, sous le rapport de 1 honneur ne craignent pas la comparaison avec M. de

Briqueville.

Cette lettre et cette provocation à une enquête juridique demeurèrent l'un et l'autre sans

réponse (1). »

Ces grossières attaques (2), inspirées en apparence pur le gouvernement, et contre lesquelles en tout cas il ne se montrait pas empresse de

n\ rFxilée d'Holu-Rood, par Lamothe-Langon, p. 203 Les ctîcatur/s venaient en aide aux Pa-phlet. On vendait une dans les rues, le jour du mariage du duc dOr- [éanl qui était tout à fait répugnante et qui «^ait pour égende la Famille de Louis XVI. Le gouvernement fit sai.ir la planche.

sévir, maintenaient les légitimisles dans un état d'exaspération qui les entraîna parfois à des excès regrettables.

Parmi les plus hostiles au nouveau régime s'était signalé un officier qui avait démissionné en 1830, Albert Berthier de Sauvigny. Il avait été un de ces « courtisans du malheur » qui, fidèles à leurs convictions, iirent le voyage d'Iloly-Rood.

Un jour qu'il passait, dans un cabriolet qu'il conduisait lui-même, sur la place du Carrousel, il aperçut Louis-Philippe qui donnait le bras à Marie-Amélie, sans autre escorte qu'un de ses aides de camp, le général Damas. A peine l'a-t-il vu qu'il lance dans sa direction sa voiture, le pousse contre le mur, et en passant, l'injurie brutalement.

Il fut arrêté le lendemain, sur la place de la Bourse, et comparut devant la Cour d'assises qui l'acquitta. Et plus tard, ce qui montre bien jusqu'à quel point le gouvernement de Juillet poussait la douceur et la tolérance, on lui donna une place en Algérie.

L'arrestation, à Nantes, de la duchesse de Berry, le 11 novembre 183^, acheva d'aliéner complètement ce parti qui s'obstinait à ne voir dans Louis-Philippe que le fils de Philippe- Égalité.

Lorsqu'une note du Journal afficiel, le 26 fé-

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vrier 1833, annonça ce fameux mariage secret (conclu le 29 avril 1832) avec le comte Hector de Lucchesi-Palli, il y eut, dans le clan K'-gitimiste, non pas contre elle, mais contre ceux qui, disaiton, s'obstinaient à la calomnier, une explosion d'indignation et de colère.

Un mois auparavant, s'était produit ce qu'on a appelé Fa /faire des duels.

M. Albert de Calvimont (qui se rallia plus tard à la monarchie de Juillet) avait fondé un journal, le Revenant, dont le premier numéro parut le 1" janvier 1832. La vignette du titre représentait un Henri IV adolescent (en réalité le duc de Bordeaux) apparaissant à Florette et lui disant : « N'ayez pas peur, c'est un ami. » Les deux principaux rédacteurs, avec Calvimont, étaient Anatole Roux-Laborie et Nugent.

Dans la deuxième quinzaine de janvier 1833, le Corsaire (1), journal républicain, publia un article très olTensant contre la duchesse de Berry. Le Revenant releva très vivement ces insultes. Un premier duel résulta de cette polémique, et un rédacteur du Corsaire, Eugène Brifaut, fut blessé.

(1) Ce journal avait été fondé en 1822. Il s'associa une feuille du même genre, en 1844, et devint (du 7 septembre 1844 au 12 mars 1847) le Corsaire-Salan. Le 12 mars 1847 il reprit son ancien titre.

Les jeunes gens légitimistes étaient allés s'inscrire, aux bureaux du Revenant, rue de l'Echelle, comme champions de la duchesse de Berry. On en arrêta quelques-uns, et l'ardeur des autres ne s'en trouva pas diminuée.

Un nou^^u duel eut lieu, entre Roux-Laborie et Armand Carrel, rédacteur au National (1). L'un et l'autre furent blessés, mais Carrel plus grièvement.

Le Revenant disparut le 15 septembre 1833 (2), mais son rédacteur en chef, Albert de Calvimont, ne disparut pas. Il fut nommé sous-préfet de Nontron, un peu grâce à l'appui de Bugeaud — de Bugeaud, le geôlier de Blaye — très influent dans le département de la Dordogne, et plus tard il devint préfet de Périgueux.

Sans compter les plus habiles, qu'une place ou une pension ou une décoration poussa à se rallier, les légitimistes formaient deux groupes, ceux dont on a dit qu'ils pratiquaient « l'émigration à l'intérieur » et qui boudaient le nouveau régime, et ceux qui le combattaient par le journal, la

(1) Fondé par Thiers, Mignet et Carrel. Il vécut du 3 janvier 1830 au 2 décembre 1851.

(2) Deux de ses numéros, du 25 janvier et du 1" mars 1833, avaient été poursuivis « pour offense à la personne du roi et excitation à la haine et au mépris du gouvernement » et son gérant, Menard de Rochecave, condamné à treize mois de prison et 860 francs d'amende.

caricature (nous les verrons bientôt à l'œuvre) par une incessante — et inutile — propagande, par les complots qui n'avaient aucune chance d'aboutir. La plupart de ces derniers appartenaientà la classe populaire ou à la petite bourgeoisie. C'étaient un bandagiste, Valérius, le fils d'un négociant en vins, Durouchoux, un épicier, Quinel, un graveur et marchand d'estampes sur le quai des Augustins, Boblet. Le « père Boblet » avait pour spécialité la vente de portraits de Henri V. Avec une confiance indomptable, il attendait chaque jour pour le lendemain le retour du roi légitime. Il attendit pendant dix-huit ans. Ce fut la République qui vint.

Les Bonapartistes, qui avaient pour organe le journal la Révolulion (1), ne faisaient pas beaucoup de propagande, mais le gouvernement en faisait pour lui.

Onaurait pu croire que son pacifisme, qui même à ses partisans semblait parfois excessif, essayait de s'abriter à l'ombre du grand empereur.

Le 21 juillet 1833, la statue de Napoléon était rétablie sur la colonne Vendôme (2).

(1) Fondée par un certain Lennox qui y perdit toute sa fortune. La Bibliographie d'Hatin ne mentionne pas ce journal.

(2) L'ordonnance pour le rétablissement de la statue était du 3 avril 18SL Le 5 mars suivant, il y eut devant la colonna une manifestation bonapartiste.

Le 29 juillet 1836, l'Arc de Triomphe était inauguré.

Le 14 mai l8/i0, le bateau la Dorade qui portait le cercueil de Napoléon venait s'amarrer au quai de Courbevoie, et, le lendemain, les restes de l'Empereur étaient transférés aux Invalides.

Cette politique généreuse de la monarchie de Juillet, le culte de l'Empereur dont elle donnait l'exemple, semblaient n'avoir aucun inconvénient. La mort du duc de Reischtadt, en 1832, laissait les Bonapartistes sans chef. On le croyait du moins. On prenait Louis Napoléon pour un prétendant ridicule — mais en France, aucun prétendant n'est ridicule.

Les Républicains formaient le parti le plus dangereux, le plus affamé de pouvoir et d'argent, le plus dénué de scrupules, le mieux organisé. Les autres voulaient la Révolution. Lui, la préparait.

Il la préparait dans d'innombrables sociétés secrètes, dont nous ne pouvons citer ici que les piiu -ipales :

1" Sociélé des Condamnés politiques (composée de gens condamnées sous la Restauration. 11 s'y mêlait bon nombre d'intrigants, et entre autres Fieschi qui reçut des secours comme condamné politique jusqu'en 183/i, époque où on s'aperçut que pour se faire admettre il avait produit des documents faux) ;

2° Sociélc des Réclamanls de Juillet (dirigée par un certain O'Reilly qui avait groupé des mcicontents qui se plaignaient de n'avoir pas été récompensés de leur zèle pendant les trois journées révolutionnaires);

3° Société Gauloise (dirigée par Thieimans et organisée militairement en décades, centuries et légions) ;

i» Société de Francs Régénérés;

5° Société des Droits de riIomme[qui comptait, à la fin de Tannée 1833, 162 sections) ;

6° Société Aide-toi, le Ciel V aidera (fondée sous la Restauration, elle fut d'abord constitutionnelle) ;

7° Société du Progrès (fondée par l'étudiant Sambac) ;

8° Société des Amis du Peuple (elle avait pour chefs, au début du règne, Raspail, Thouret, Bonnias, Plaignol, Hubert, Trélat, Juchault, Delaunay. Barbier, Cliaigneau, Gervais de Caen, Blanqui, Billieux, Rival. Les Amis du Peuple s'étaient réunis, le 7mai 1832, chez l'un d'entre eux, rue de l'Hôpital Saint-Louis, n° 18, et le l'^'" juin, rue Saint-André-des-Arts, n° 2®, dans un appartement loué au nom d'un sieur Denuand. Ils préparaient une émeute. Les funérailles du général Lamarque, le 5 juin (1), leur en fournirent l'occasion) ;

(1) Il mourut du choléra, une vingtaine de Jours après Casimir Périer.

9» Société des Familles (le 8 mars 1836, la police surprit dans une maison de la rue de Lourcine, nollS, des membres de cette association, en train de fabriquer de la poudre. Dissoute par le gouvernement, elle se réforma sous le titre de Société des Saisons) ;

10° Société de l'Enfer (elle avait son siège rue de la grande Truanderie, et était composée surtout d'ouvriers qui, admis, recevaient un nom de démon. Le président, Jules Leroi, s'appelait Pluton. Le lieu des séances se nommait la Grande Chaudière, et applaudir, c'était « jouer des griffes ». D'abord société chantante, qui exigeait dans ses statuts une chanson de réception, elle devint politique et anti-gouvernementale. Elle fut dissoute par la police).

Plusieurs de ces Sociétés étaient purement fantaisistes. D'autres comptaient trop peu de membres pour disposer de la moindre influence, mais dans la Société des Amis du peuple et dans celle des Familles ou des Saisons, il y avait des hommes très résolus, très disciplinés. C'est la surtout que se recruta le personnel des émeutes qui éclatèrent dans le cours du règne, et enfin de la Révolution de 18/i8.

La plupart des membres de ces associations républicaines considéraient le régicide comme un moyen de défense très légitime.

« Dans l'état de fermentation où se trouvaient encore quelques débris (le la faction républicaine, écrit dans ses Mémoires (1) l'ancien préfet de police, Gisquet, il n'est pas surprenant que des individus mal famés, rebut des anciennes sections, conservassent l'ignoble habitude d'exprimer, en actes et en propos dégoûtants, leur haine contre la royauté. Pour eux, le régicide était devenu une action méritoire, ils en faisaient un objet de plaisanterie et de bravade et souvent même, dans leurs jeux grossiers, ils s'exerçaient à prodiguer d'indignes outrages à des figures, à des images, auxquelles ils donnaient le nom de Louis-Philippe ; le plus fréquemment ils charbonnaient sur un mur la figure du roi, le prenaient pour le but de leur adresse au pistolet et jouaient ainsi avec la fiction du crime pour nourrir l'espérance d'en voir la réalité. »

Leurs chefs les entretenaient dans cette espérance. Donnons en un exemple. Le 9 mai 1831, à un banquet de deux cents personnes, aux Vendanges de Bourgogne (faubourg du Temple) pour célébrer l'acquittement de Trélat et de Cavaignac, Evariste Gallois se leva en tenant à la main un poignard — ou ce qu'on prit pour un poignard — et il s'écria : « A Louis-Philippe... s'il trahit » Il répéta deux fois cette menace. Traduit devant

(1) Paris, 1840, t. IV, p. HO.

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la Cour d'assises il prétendit que le poignard qu'on lui reprochait n'était qu'un couteau à dessert et le jury l'acquitta.

Presque tous les attentats dirigés contre le roi furent des attentats républicains. Celui de Darmès me paraît, à cet égard, un des plus significatifs.

Le 16 octobre I8Z1O, à 6 heures du matin, sur le quai des Tuileries, Darmés (un frotteur, âgé de /l3 ans) tira sur la voiture royale un coup de carabine. Il n'atteignit personne.

Quand on l'interrogea, il répondit : « .Tai voulu délivrer la France du plus grand tyran quil y ait Jamais eu. »

Et voilà précisément quel était le danger de ces exagérations de l'esprit de parti, de ces théories violentes où se complaisaient des esprits parfois supérieurs. De l'élite, elles descendaient dans les masses. Avec des phrases plus ou moins enveloppées, des journalistes, des chefs de sociétés populaires, qui étaient souvent des lettrés, des gens d'es- })rit, préconisaient le régicide — et un jour, convaincu qu'il agissait en vrai démocrate et qu'il sauvait la patrie, un idiot, un frotteur, essayait de tuerie roi. On essaya u»e dizaine de fois pendant ces dix-huit années.

Légitimistes, Bonapartistes ou Républicains, les journalistes de l'opposition attaquaient Louis* Philippe et son gouvernement avec autant de

mauvaise foi qued'âpreté. Contre Tennemi qu'on voulait abattre, le crayon s'unissait à la plume.

Charles Philipon avait fondé la Caricalure, dont le premier numéro pai-ut le !i novembre 1830 et le dernier le 27 août 1835 (i). C'est dans ce journal que fut publié un dessin représentant un piédestal de la place de la Concorde surmonté d'une poire. Au bas on lisait : « Monument expia-poire. » Ce dessin mena Philipon en Cour d'assises, et pour se défendre il se contenta de dire : « Le parquet a vu là une provocation au meurtre, ce serait tout au plus une provocation à la marmelade. »

A la fin de l'année 1832 (le V décembre) il fit paraître le Charivari dont les principaux collaborateurs étaient Louis Desnoyers, Altaroche, Albert Clerc, qu'on appelait « les trois hommes d'état du Charivari », Louis Huart, etc. Cette feuille satirique, dont le rôle politique fut très important, pu-

(1) Dès le lendemain de la Révolution en juillet, la Caricature publia une série de charges contre les nouveaux maîtres du pays : les Honorables se cramponnant à leur banc, les Grands Sauteurs, par Decamps, l'Inamovible, par Henry MoNMER, le jeudi gras populaire au 30 juillet, par Victor Adam, la Liberté mise au poteau (pour y être marquée du timbre royal), le Carnaval politique, La meilleure des Républiques pour la bagatelle de 18 millions, etc.

Charles Philipon fonda en 1839 la Caricature provisoire, non politique, qui vécut jusqu'en 18'12 et oii collaborèrent Balzac, Alphonse Karr, Théophile Gautier, Alexandre Dumas. Léon Gozlan, etc.

bliait chaque jour une caricature, dont Pliilipon trouvait presque toujours la légende.

Pendant le mois de décembre 1 832, un individu, du prénom de Louis-Philippe, fut arrêté rue de Rivoli, au moment où il essayait de voler un parapluie. Le lendemain ce titre, imprimé en gros caractère, remplissait toute la première page du Charivari :

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