‹ La vie parisienneChapitre 19 sur 50 · LES FEU · texte numérisé non relu

LES FEU

De temps en temps, la société de Paris s'illumine d'un éclat inaccoutumé.

De brillants météores versent la flamme à grands llotSy des volcans font éruption, et l'on se demande : Qtt'est<» que c'est? Ge sont deux ou trois jeunes héritiers qui agitent ainsi la ville et la mettent sur pied.

Clochez, le carrossier des mineurs, leur a fait une calèche et un coupé chaùe à porteurs. Les maquignons des Champs-Elysées les ont enrossés.

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La taverne anglaise leur a fourni tous ces garnements britanniques qui, sous prétexte d^avoir ban ekie Ien perruque» sont les plus mauvais et les plus ivrognes cochers.

Les chemisiers leur bariolent la poitrine de festons fleuris; Les tailleurs les fagotent; Les femmes à la mode leur chipent des épingles; Des valets de chambre modèles fument leurs cigares et habitent leur linge ;

Les joueurs consommés les font jouer quand ils sont gris ;

Les hommes d'affaires les induisent en commandites; Les usuriers les achèvent; £t un beau jour l'on s'interroge en disant : Où est donc un tel?

Hélas I un tel a disparu :

H L'étoile a filé, L Le météore s'est évanoui.

r En termes plus intimes, les amis disent : Il y a l longtemps qu'on n'a vu feu un tel.

Il est cuit, Il est frit, -f nfait valoir ses terres, I U a une mission secrète, I U s'est fait spahi,

IM LÀ TIB PÀEISIBNai

D navigue^

U éiadie le slave sur les lieux,

n se marie.

Ce qui signifie qu'on se moque charitablenoient da niais qui a épouvanté Paris des caraoolades de ses chevaux, scandalisé les théâtres de ses parties d'avanfrscène, incendié tous les restaurants de ses punchs nocturnes, et laissé une part de son avoir sur le tapis d'une table de virhist.

Ah f qu'elle est longue la liste- des jeunes feu qui ont traversé l'existence depuis dix ans I Qudque»-uns sont morts, d'autres ont engraissé; il y en a qui sont souspréfets, brigadiers de hussards, douaniers, matelots, selon l'importance et les ressources de leur famille.

Les fils de bonne maison se font chasseurs quand ils n'ont plus le sou. Us affectent le goût des champs, l'amour des forêts, aflSchent la haine de la grosse béte, et, quand ils viennent passer un mois d'hiver dans ce Paris tant regretté, c'est pour raconter des duels à mort qu'ils ont soutenus contre des sangliers ^ des loups, narrations qu'ils accompagnent toujours d'un fredonnement de fanfares de chasse et d'une imitation nasale de la trompe.

On les reconnaît^ rouges, hâlés, l'œil hébété par l'habitude de rire avec des paysans, gorgés de nourriture, portant des gilets et des pantalons devenus trop

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étroits, et demandant des nouvelles de lorettes qui sont feu depuis quatre ans.

Ces /Sni4à sont les plus malheureux, parce qu'ils ne le sont pas francheineat, et qu'As revoient quelquefois ?e théâtre de leur splendeur.

Autreinst les fm étaieiit faâen plus nombreux, et ils aifivaîeni à la dispatitioB par des traita de mœurs et de caractère doai la e^ébrité les dédommageait.

Td tétai qui, ayant signé 30^00 francs de lettres de change pour obtenir 600 francs comptant et un chameau vivant, promenait hû-méme son quadrupède devant Tortoni, en le tenant par une grande laisse.

S(Ht à cause de la di\i8ion incessante des fortunes, ioit 1 cause des préceptes avaricieux qui gouvernent toutes les familles, les mineurs se flambent très-vite à la chandelle de la civilisation.

Dqfiuis quekpies années, on ne voit que des feu trèsmesquins.

Nous citerons un jeune duc qu'cm croyait /Ini, et qui n'en finit pas de mourir. Il allait fort vite, il courait fai poste à bidet, déguisé en courrier, galonné comme un maréchal de France ; il (Anogeait de voiture comme de gants; il ne diangeait pas de maîtresse, ce qui eoàte bien cher. On attendait sa culbute, et il est resté.

Un autre, célèbre par sa phénoménale figure, s'est mangé en appartements, en chevaux, en actrices. Il lui reste de quoi vivre. Gela n'est pas tolérable.

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Hais nous avons aussi les faux fm.

Quand an agent de change prend le diflmia de U rivière ou de la Belgique, tout le monde saisit cette occaflion de se dire volé, ce qui suppose qu'on avait de l'argeot.

De même, nous voyons des vantards de ruine, des fanfarons de désordre, de mauvais sujets imaginaires, déplorer des déportemeots qu'ils n'ont fait que rAver.

L'hiver dernier, un mineur, ou peu s'en faut, a scandalisé toute la jeunesse de Paris par une retraite motivée sur des raisons d'invention.

Il a supposé des perles de jeu, des paris de course, des lettres de change signées en état d'ivresse; il a poussé les hauts cris, s'est jeté aux genoux de sa mère, a pleuré abondamment, et a annoncé que des erreurs de jeunesse le forçaient de parcourir l'Amérique.

Ne pas se ruiner quand on est jeune, cela est tout au plus pardonnable.

Mais être avare et se prétendre prodigue I

Le tour est nouveau ; et c'est bien là un tndt de ce temps-ci qui joue au seigneur et qui paye en épicier.

L'hypocrisie de ce jeune feu a été démasquée.

Les amis qu'il accusait de son changement de fortune ont dressé son bilan. Il est établi qu'en UD an il avait perdu trente-sept francs au piquet.

Le temps des bons feu est passé.

Un jeune /ni, plus gueux que Job, s'apercevait ré-

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cemmeiit des désastres de sa toilette. La médaille de la folle vie porte sur son revers un homme mal vêtu.

Il écrivit^ en conséquence, à Tun de ses amis, non moins infortuné que lui :

€ Envoie-moi, je t'en prie^ un pantalon d'hiver. »

A quoi l'ami répondit :

c Je ne puis t'envoyer un pantalon d'hiver, n'ayant pas divers pantalons. >

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