MODE
Notre temps, qui manque de beaucoup de choses, manque absolument de littérature.
Hais il ne manque pas de feuilletons.
Une curieuse histoire à écrire serait l'histoire de ces feuilletons. Pour le moment, nous voulons dire quelques mots seulement du feuilleton de modes.
Voici ^mment il se confectionne :
Un entrepreneur afferme^ dans plusieurs journaux plus ou moins bien établis, le droit d*insérer par mois un certain nombre d'articles de modes.
LA VIE PARISIENRB 157
Quand il a ses traités bien et dûment signés et parafés, il court chez les modistes, les tailleurs, les lampistes, les tapissiers, les marchands de curiosités, chez tous les industriels, enfin, qui éprouvent le besoin d'être vantés dans les journaux, et il leur débite, à eux marchands, sa iQarchandise, c'est-à-dire des lignes de ses articles.
Ces individus s'engagent à se faire vanter pendant toute une année, moyennant des chapeaux, des meubles, etc., et dans un nombre de lignes déterminé; après quoi, ils s'endorment tranquilles, convaincus par Tentrepreneur qu'ils auront bientôt une grande réputation, et partant une fortune considérable.
L'entrepreneur, rentré chez lui, sonne son rédacteur d'articles modes... Celui-ci accourt, la plume à la main, le regard soumis.
Le rédacteur de l'article modes est un littérateur incompris qui a de l'indépendance et à qui les directeurs de théâtre ont refusé beaucoup de pièces.
Par amour de la liberté et de la poésie, il n'a pas voulu être commis; c'est pourquoi il est présentement homme de lettres de l'entrepreneur.
Celui-ci lui commande de longs articles dans lesquels il faut faire mousser les modistes en dix lignes, le tailleur en cmq, et le coiffeur en une. II faut qu'il passe, sans transition, du style diffus au style concis. Malheur k lui s'il emploie une demi-ligne de trop pour Tarron-
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dissement de sa période; l'entrepreneur, qui tient peu à riiarmonie, lui sabre ms phrases impitoyablement et lui lave la tète d'importance.
Notre rédacteur, forcé de loaer toujours, de louer sa 18 cesse, oublie complètement toutes les formes du lai|;age qui nsvfOntpas consacrées pour l'éloge; mais, en revanche, il amasse dans son cœur un grand fonds de haine contre son patron, qu'il méprise d'autant plus volontiers que cdui-d ne le paye guère.
Le prix de l'article modes varie, en effet, de trente à quarante sous, payable en marchandises.
Ce qui fait que le rédacteur a parfois des bottes, des gants de temps en temps, mais qu'il dîne fort rarement.
Voilà comment le commerce des muses mène au commerce des articles de modes.
Notre homme signe tous ses articles d'une foule de pseudonymes féminins très-recherchés et très-aristocratiques; il rend compte des réunions du grand monde, qu'il ne connaît même par ouï-dire, ce qui le conduit naturellement à commettre les bourdes les plus ravissantes. C'est ainsi qu'il parle des mains blanches d'une mulâtresse ou des cheveux blonds d'une femme brune.
Tout ceci n'empêche pas l'abonné de province de lire avec attention l'article modes^ et de croire de toute son âme aux toilettes fantastiques pompeusement dé-
LÀ TiB VAmisiivra 189
crites, et qui n'ont jamais existé que dans aOD imap nation, après qu'il a fai son jonrnal.
XK
LE fiBIC-A-BRAC
Le goût des anciens meubles est une^Mdémie trop grave poar passer inobservëe à travers nos mosara modernes.
Enfantée par cette réaction qui réhabiliu les che&d'œuvre nationaux des temps passés, qui remit eo hmiière les noms et lea choses que le dix-huitième siècle avait étouffîs, la flnreur des antiquailles s'est trap duite en culte. C'est une religion qui a son {anatisme, ses apdtres, ses prosélytes, ses t^nples, ses hérésies.
Avant que, de nos jours, des esprits mécontenta du présent, peu confiants dans les chances de l'avenir, eussent jeté un regard en arrière sur le passé pour compter avec lui.
Avant qu'on eût ressuscité le moyen ftge, redressé ses arcs-boutants, recousu ses pourpoints, retrempé ses dagues, fourbi ses hauberts, rembourré ses chaises et redit ses jurons,
n existait une livide industrie, un commerce de
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cuivre oxydé, de miroirs sans tain, de couteaux sans manche, do broches rouillées, de vieux pots de mou* tarde, de banquettes éventrées.
Ceux qui consacraient leur intelligence d'honmie à rappréciation et à l'achat de ces ordures, s'appelaient du nom modeste de marchands de bric-à-brac, dénomination humble dont la racine n'a pas encore occupé les étymologistes, et dont le caractère argotique ne lui présageait pas une place dans le langage à la mode.
Les marchands de bric-à-brac couraient les ventes mprês décès ou pour cause de départ^ choisissant la quantité de pincettes et de soufflets crevés qui manquait à la boutique, puis rentraient se rouiller avec leur ferraille;
Quand tout à coup, une génération d'artistes, inspirée par des révélations littéraires, se mit en quête des débris du temps passé:
Panneaux de boiseries sculptées, fragments de basreliefs, vieux brocarts^ damas séculaires, tout ce qui leurtombaitsouslamain, en voyage, dans une auberge, dans une ferme, au foyer d'une chaumière, venait par le roulage orner un coin de l'atelier, surmonter une porte, afifubler un mannequin.
Les artistes ne s'en rapportent qu'à leur sens pour le e«hoix de leurs émotions; ils ne savent, ils ne peuvent payer cher une trouvaille de vieux meubles qu'ils n'auront pas dépistés avec leur propre flair.
Aussi les marchands de bric-à-brac n'eussent pas fait fortune avec eux et franchi la limite de leur commerce de moisissure, si la mode n'avait imprimé im élan de vogue à cette réhabilitation, tentée d'abord par l'esprit de recherche et le sentiment du pittoresque.
Hais ce goût a gagné toutes les classes : sorti, comme nous l'avons dit, de peintres fureteurs et aur tiquaires, il est descendu chez les gens du monde, chez des femmes qui ont ruiné leurs maris et leurs amants en pâte dure, en pâte tendre, en craquelé, en Coromandel, en biscuit^ en céladon, en burgau, en marcassite, en jargon, en faenza, en damas, en bro* catelleet autres drogues puantes ou cassées, s'il y eo a d'oubliées dans cette nomenclature.
Puis, de degré en degré, le rococo est encore descendu plus bas. Il a orné des arrière-boutiques, des chambres de commis, et ne s'arrêtera plus.
n est impossible de manger, de boire, de s'asseoir, de vivre, enfin, dans autre chose que de l'histoire de France en bois, en porcelaine et en verre.
Il faut cependant bien se faire une raison et une question.
A moins de supposer qu'il y a une France souterraine ou aérienne où tous les mobiliers de la monarchie se sont conservés à l'abri des vers et des papillons, est-il possible qu'en dix ans toute la France
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moderne se soit trouvée remeublée, comme par mr chantement, avec des objets venant de nos aïeux ?
Le fait est qu'aujourd'hui le bric-i-brac est une industrie formidable, que le gros marchand de bricà-brac possède jusqu'à 500,000 francs de maidiandises, et qu'il est propriétaire foncier.
Par son importance, il a racheté l'humilité de ses devanciers;
U joint à l'insolence de la richesse un dédain singulier de l'acheteur , une répugnance originale à céder des objets qu'il a tirés d'un grenier, regrattés, vernis, pour lesquels n s'est passionné, et qu'il aime avec des entrailles de père et d'artiste.
De telle sorte quele bric-à-brac ne serait abordable pour aucune fortune, si les fins de mois, les grandes échéances, le terme du loyer, ne ramenaient aux régions de Tactualité le marchand qui s'encadre dans les auréoles de la renaissance.
Cette industrie a pris d'énormes développements. Des commis voyageurs vont partout frapper à la porte des vieux châteaux, des anciens couvents, des do* maines nationaux, quêtant des bahuts, des dressoirs, deshanaps.
Apportées à Paris, ces reliques sont soumises à un travail de réparation qui métamorphose en meubles admirables des pans de bois vermoulus , qui ravive des Incrustations e£boées par le temps ; puis des
Là TIC FABIfllINjrX IQS
ëqajpsges s'arrétort à 11 porte des musées du quai Voltaire, cliez Houliro, diez Gansberg; et d'élégantes iMnmes« pariant mofm igt, remaimênee et roeocoy en* lèvent à prix d'or ime stalle gothique, un panneau de Jean Goujon, un chiffonnier de Rieaener.
Au fait, quand une époque s'est abrutie volontairement dans l'ignoranee de toin les arts.
Quand, au lieu ée piloris, on dresse des pavillons triomphaux aux crétins qui exposent nos conunodes plates, nos lits à flasques et nos chaises de poupées.
Tout ce qui conserve de Tinlelligence ou de l'argent doit demander i des temps moins barbares le luxe de la vie, les jouissances de rintérieur, les formes élégantes, les meubles spirituels, et se méfier des angles droits qui blessent les pieds et bossuent le (iront.
La cause des turpitudes qui déshonorent Tameublement moderne n'est pas difficile à trouver.
Livrés à euMOiémea, aos él>éniste8 assemblent des pi&ces de bois, sans notion de dessin, sans idées de la proportion, ignorants de la science de Tomement, science perdue a^jovrd'hw, dont le premier venu de DOS architeetea ne ae doute pas, science qui, seule, relève la pensée et l'esprit de l'artiste, quand la partie madiénutique du monument est accomplie.
Au lien de végéter dans un misérable amourpropre, de sauter ufitèè des croix et des commandes
f64 LA TIE fAEISIBNHS
mesquines, si les peintres et les sculpteurs obscurs appliquaient à la pratique des arts confortables une •fraction de^^ées qu'ils consument en pure perte sur de grandes toiles ou sur des blocs de marbre, les grands talents se classeraient d'eux-mêmes, et les -talents médiocres ne mourraient plus de faim.
Nous verrions les objets de la vie intérieure s*em- "fyreindre d'élégance, prendre cette variété et cette pureté de forme qui ne manquent jamais aux moindres ustensiles de nos aïeux.
Coustou exécutait en bois les figures de la Renommée et de la France qui couronnaient le lit de Louis XIV;
Et, de son temps. Poussin disait en parlant de la France:
€ Dans ce pays, on m'occupe à dessiner des orae- -ments de cheminée, de frontispice et de couverture de livres, b
Il n'en fut pas moins peintre admirable.
Voyez ce que produisent nos élèves peintres qui ne dessinent pas de reliures!
Si les gens du monde ont abominé l'acajou et le placage, il ne faut donc s'en prendre qu'à Tinhabiletédes fabricants modernes.
Mais du jour où le goût du bric-à-brac a passé de râtelier du peintre dans le salon de la femme à la mode, dans le cabinet de l'amateur;
Du jour OÙ ces objets, qui étaient pour le peintre un sujet d'étude, un modèle de forme, firent partie derameublement usuel, on conçoit qu'une distino» lion s*est établie entre les collections des uns et les collections des autres.
Ainsi, l'artiste achète sans hésiter un vieux pot fêlé, s'il est d'un dessin gracieux; une table vermoulue, si les trois pieds qui lui restent conservent une torsade capricieuse.
L'amateur ne paye rien que d'intact, de bien restauré,
Le plus souvent sans y rien comprendre, comme les bibliophiles achètent de belles éditions, qu'ils idolâtrent, revendent,
£t ne lisent pas.
Avec quel soin aussi les marchands recherchent ou inventent l'origine illustre du meuble qu'il s'agit de placer!
Quelle minutie ils apportent dans la réparation des détails, afin que l'objet ait toujours une valeur, si monsieur voulait s*en défaire !
Mais l'abus les perd: aujourd'hui le bric-à-brac est menacé d'un discrédit prochain, et, il faut le dire, mérité.
S'il y a encore des gobe-mouches qui croient sur parole posséder le bureau de travail de monsieur de Maurepas, s'asseoir sur un sofa témoin des entretiens
galants de Louis XV, manger sur une table vermoulue du bon roi Henri (le bon roi Henri est à la mode), si quelques demoiselles de mauvaise vie sont toutes flères de se rincer le mnfle dans une cuvette où la Dubarry baignait ses joues honorées de baisers royaux , ces benêts deviennent de plus en phis rares;
Et cela est justice; car,
Après le vin de Champagne qui se fabrique tvee de la fleur de sureau et de l'acide carbonique,
Après la beauté des femmes de théâtre, beauté qui se fait avec des petits pots et de la crinoline,
Après l'éloquence parlementaire, qui se prépare avec des lambeaux de journaux et des rubriques de palais,
n n'y a pas de commerce où la tricherie se pratique d'une manière plus effrontée.
Le bahut apocryphe se confectionne par milliers dans le faubourg Saint-Antoine, tous les lonmenrs de chaises font des pieds torses pour des tables de Henri IV; des rapins sculpteurs font du Jean Goujon par pacotille.
n y a en outre une firande dont le secret mérite d'être connu.
Les marchands de bric-à-brac ne se bornent pas à exposer à la curiosité des amatears des monceaux de vieilleries.
LA ¥11 PABISICIIHS 167
L'antiquaire par aime mieux ce qu'il appelle déterrer une vieille chose que de Pacheter dans une boutique, comme peut le fiûre la première personne Tenue, atteinte du goût moyen âge.
Yoici ce qui se pratique :
Les objets rococo une fois fabriqués , on les disperse, on les place en dépdt chez de pauvres gens, et principalement cheï les portiers, dont le mobilier est le plus exposé à la vue des allants et des venants. Les objets leur sont confiés avec la manière de »'en «rfir.
Un monsieur passe devant une loge de portier ; ses yeux sont frappés de la beauté d'une pendule Louis XIY, dont ce brave homme a orné sa cheminée.
H fait sur cette trouvaille des questions auxquelles le portier répond les hâbleries les plus excentriques. (Test une pendule qui lui vient de son père qui la tenait d'un marquis qui la lui donna avant de monter sor réchafaud. D ne sait pas ce qu'elle vaut, mais il a toujours entendu dire qu'elle avait coûté 1,500 fr. dans le temps.
L'antiquaire n*y tient pas. Il brûle d'abuser de rignorance du portier, et lui donne avec feu 1,000 fr. d'une drogue qui en vaut 200.
L*antiquaire voyageur, le touriste érudit, ne sont ots moins attrapés.
Ds eourent les fermes, les villages, entrent dans
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les maisons de paysans, toujours préoccupés de moyen âge et de renaissance, achetant des bahuts bretons, des crédences normandes qu'ils prennent pour des trésors héréditaires, et remportent fièrement à Paris des objets qui en viennent, qui y ont été fabriqués puis déposés en province pour y prendre le parfum de la vétusté et le crédit de l'histoire.
Moyennant une légère remise, tous les paysans se chargent, pour le compte des marchands de Paris, de débiter ainsi leurs vieilleries.
Pour s^adresser^ non-seulement à la rocomanie mais encore à la cupidité^ ces susdits marchands onten outre imaginé de répandre souvent dans les journaux, des histoires de gens qui, en brisant un vieux meuble, trouvent derrière les tiroirs des paquets de pièces d'or à l'effigie de Henri m.
Et cette circonstance imprime une nouvelle fureur à la recherche des bahuts. Il n'est personne qui n'espère acheter trop bon marché une chose de grand prix, et par-dessus le marché dépouiller un pauvre diable d'un trésor qui lui appartiendrait.
Ce qui offre de l'analogie avec le vol à Taméricaine, qui attrape celui qui cherchait une dupe.
A défaut du sentiment d'art, à défaut d'une conviction profonde, le caprice, l'esprit de changement et l'intérêt des marchands qui ne pouvaient défrayer tous les amateurs avec une même époque, ont donné
LA VIS PAKISISNHI 169
suoœssivement la vogue aux différents styles d'ameublement qui ont régné depuis le moyen âge.
La première ardeur des antiquaires s'est portée sur les meubles de bois sculpté, les plus anciens qu'on pût retrouver : les bahuts^ les dressoirs, les lits gothiques avec leurs courtines de serge brodée, les banquettes à dossier, les stalles avec leur dais dentelé et leurs panneaux quadrillés de losanges, entrecoupées d'ogives et de coionnettes.
Depuis, l'époque de la renaissance a soulevé les mêmes passions.
Le chêne était à peu près le seul bois qui fût alors travaillé.
Mais quelle dépense de génie sur cette matière vulgaire!
Dans le bois d'un dressoir ou d'une armoire, le ciseau de Jean Goujon rencontrait ces élégantes flgures qui ne sont ni païennes ni catholiques, qui appartiennent à un ordre de divinités créé par l'admirable sculpteur.
Albert Durer aussi a laissé des sculptures en bois où se retrouve sa manière aventureuse et pittoresque.
Quand un de ses chefs-d'œuvre était achevé, les sculpteurs d'un talent moins élevé en mesuraient la proportion, en réduisaient les détails, et les reportaient nr des meubles de moindre n .. r.
Ces derniers, à leur tour, servaient de modèle à
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cenx qui âéooraîMit la maison d'an fermier oa l'humble l»oiiti(|«6 à'ua mardiaïKl.
C'est ainsi que Fool telfoirre sur des panneaux fort grossiers des figures dont Forigine Funonte k Jean Goujon, telles que las i«rl«8 ftliéologaleSy les érangélisles,el&
Si œs imitations succMsives finissaient par perdre enroute la gràos de la pensée origindle, le dernier produit qui en découlait offrait, sinon une sculpture délicate, des ornements fins et sentis, du moins des proportions élégantes et un ensemble heureusement ordonné.
Pas un ouvrier de ce temps n eût osé, comme les nôtres, relever de sot-même pour dessiner une armoire, poser des profils, imaginer des ornements.
11 attendait d'en haut^ c^est^à-dire du maître, une iKmne inspiration.
Et il reiécotait.
Cette utile hiérarchie, fondée snr le respect de Partisan pour Tartiste, maîtrisait aussi les autres branches de fabricatîoB.
Les ciselures d'argent de GelKni ne ressemblent pas plus aux œuvres de nos artistes modernes que la Vénus de Milo à une borne-fontaine.
Ces coupes, ces vases aux ccmtours surprenants, dont les figures expressives s*enlacent sur des fonds de fruits et de fleurs, ont acquis nécessairement une
LA TU tAtlStINVa {71
imineiise Taienr» el tiamienl poor laagtempB encore la première plaoe dans nos coUections.
Quelle conadenee ima^ le tnml de Bernard Palissy, ie potier-sculpteurl
Aux faïences qui veppodnhent a?ee de mes couleurs les ovations, les trionphes eC la mythologie de Joies Romain, il substitua ces vaste plats où s'harmonisent des ornements josqi^aiors inconnus.
Sor un fond verti il sème des grenades, des poires, des fruits de toute espèce, toutes les richesses de la natote végétale.
Peu confiant dans Tari de l'imitation qu'il possède i un degré si élevé, il appelle à lui des procédés inouïs ; il moule la feuille de vigne, la pomme, la grappe de raisin qu'il a cveilHe.
Ces couleuvres qui s'arrondissent dans le fond d'une large assiette, ces grenouilles, oes scarabées, ees limaçons qui eourent snr les bords, il les moule aussi, les fige tout vivants.
La poterie n*est qu'on métier; Bernard Palissy en avait fait un ait.
Quand la vogoe de rdîqiies de la Renaissance s'est on peu calmée, le issède de Louis UV a ouvert une vaste carrière aux recherches des amateurs.
Cette époque avait créé des variétés infinies d'objets de luxe I L'or, l'argent ont été prodigués sur de riches iftilièés. Les horloges, ha médailles, les commodes.
172 LA TIE 9ÀEI8IENNE
les encoignures, les petits nécessaires, les coffrets, les consoles^ les grands vases à riche monture, les candélabres dorés, exercèrent le génie des artistes que Louis XIV avait devinés.
Ici se place naturellement le nom le plus célèbre dans cette histoire du bric-à-brac.
C'est le nom de Boulet
Il est arrivé par la seule tradition jusqu'à nous; l'histoire Ta dédaigné comme celui d*un palefrenier.
Peu de gens soupçonnent seulement comment s'écrit ce nom; d'autres croient que c'est un mot technique ils s'imaginent que l'on dit un meuble de Boule, comme un meuble d'érable, ou encore un meuble de commande, un meuble de pacotille.
Et cependant sous le nom de cet homme se vendent tous les jours, à des prix inimaginables, des chefsd'œuvre d'incrustation et de ciselure qu'il a exécutés, ou surveillés, ou seulement inspirés. Un célèbre bricà-brac a exposé, il y a quelques années, dans son riche magasin, deux belles armoires dont il refusait 28,000 francs, parce qu'il les attribuait à Boule.
Et cette origine est si sérieusement constatée, que personne ne songea à se récrier contre l'exorbitance de la prétention.
Samuel Bernard paya à Boule 50,000 livres tournois un bureau sorti de ses mains.
Ce bureau, qu'est-il devenu f £xiste4-il dans la
':'"e*rs'-«i-
LA TIB FARISIENNe 173
famille MoIé, à laquelle s'allia le riche financier?
Oa bien, dans le désordre des pillages révolutionnaires, est-il allé rejoindre l'ameublement de Versailles, tout composé de Boule I Est-il allé rejoindre ces chef-d'œuvre que Louis XIV montrait avec tant d'orgueil aux étrangers?
Car, de son temps, le célèbre ébéniste fut un des artistes favoris que le grand roi comblait d'honneurs, de caresses et d'argent.
Fils d'un ébéniste, il fut, grâce aux idées d'hérédité de son temps, obligé d'embrasser la profession de son père.
Il employa le premier le bois de l'Inde et du Brésil.
Il imagina ces coquettes arabesques à travers lesquelles l'argent, le cuivre, l'étain et l'écailIe se poursuivent, s'échappent, se retrouvent et s'enlacent dans les contours les plus spirituels.
Gêné dans les limites de son état, il voulut *étre peintre; il composait avec ces matériaux de grands tableaux représentant des batailles, des sujets d'histoire, de chasse, voire des paysages.
Ce qui distingue ses ouvrages, c'est la sévérité et rélégance des bronzes qu'il y ajoutait, et la grflce inimitable des profils.
Louis XIV, qui avait deviné toutes les illustrations
de son siècle, n'avait garde de négliger Boule. Il le
nomma graveur ordinaire du sceau, et lui donna un
174 LA TIE PÀRISIENNK
logement au Louvre. Dans le brevet qu*il lui accorda. il le qualifiait d'architecte, peintre, sculpteur en mosaïque, inventeur de chiffires.
Boule mourut à Paris, à l'âge de quatre-vingt-dix ans, en 1732. Il laissa un fils qui eut aussi une grande réputation comme ébéniste.
Maintenant, si vous demandez aux généalogistes, aux savants du dix<*huitième siècle, ce beau siècle qui a vécu d'abstractions, ce qu'était Boule^ Thomme qui a fait leurs bureaux, leurs bibliothèques, leurs écritoires, ils Tignorent.
Demandez à un encyclopédiste ce que c'est que rûicrustatiorij cet art admirable; incrusiatimi t
G est la croûte de pierre qui se forme peu k peu autour des corps qui ont séjourné dans certaines eaux.
Le même encyclopédiste appelles meubles les fruits pendants par racines.
Aujourd'hui, les œuvres de Boule sont l'objet de toutes les recherches et de toutes les convoitises. Mais il faut avouer avec chagrin, et malgré l'aplomb des marchands de bnc-à-brae^ que 93 et les Anglais nous ont à peu près dépouillés de ces merveilles.
Quand la lourde main du peuple s'est posée si;^ le palais de Versailles, elle a éparpillé, à vingt lieues à la ronde^ les débris de la splendeur royale.
Plus tard, des dressoirs magnifiques gémissaient •ous le poids des vaisselles d'auberge, et de galantes
LA Vil PÀRISlinil I7S
«DooigaiifQB étaient fransformées en hndies dans la demeure d'un fermier.
Les étrangers sont Teons rassembler ces firagments de nos richeàses désbonorées, et nous en sommes réduits & quelques restes échappés par miracle aux de sasires du temps et à l'avidité des curieux d'outrenner, et surtout à quelques imitations dont la beauté atteste encore la puissance de ToriginaL
L'ameublement, sous Louis XTV, était empreint d'un go&t si pur, Tomement y était appliqué avec une richesse et une variété si logiques, qu'on est tenté de condamner l'amour des rocaUles. mot qui caractérise l'ameublement du règne de Louis KV.
Toutefois, le vieux Sèvres, le vieux Saxe, atteignent une telle perfection de main-d'œuvre, se colorent de nnancessi éclatantes, qu'on pardonne aux mignardises et aux bouflBssures du modelé.
C'est une chose assez peu raisonnable que ces ber» gers en jaquettes, ces pastourelles en paniers, qui gardent les troupeaux sous les bobèches d'un candélabre, qui indiquent avec leur houlette l'heure d'un cartel; mais ces feuillages et ces fleurs de porcelaine ont tant de sève, qu'il est impossible de ne pas admirer de pareilles merveilles.
Les meubles de madame de Pompadour, dont quelques-uns sont en circulation^ ont tous ce cachet pastoral qui se sauve par la gentillesse, sinon par le goût.
176 lA VIB PARI8IXRNX
Un homme très-habile s'est distingue dans oe genre sous le règne de Louis XYI; Riesener. l'ébéniste de Marie-Antoinette, enchftssait avec bonheur, dans ses meubles, des médaillons de porcelaine de Sèvres.
Hais, à partir de ce moment, le goût romain et grec, ressuscité par des gens qui portaient des habits gorge de pigeon et des bourses, a g&té pour jamais l'ameublement. Quelques amateurs blasés ont le tort d'apprécier les marqueteries de bois de couleur qui datent de cette époque maladroite; mais c'est là un goût perverti, qu'il faut condamner, parce qu'il les conduirait dans dix ans à la recherche des meubles barbares du Directoire et de TEmpire.
Nous avons vainement cherché quelle espèce d'ameublement avait pu créer l'époque de la Terreur; nous n'en avons retrouvé qu'un ; tout le monde le connaît :
Il est affreux i
LES CREDITS UPPLEM FKTAIBE
L'année se divise généralement en douze mois, pendant lesquels une moitié de l'espèce humaine est occupée à vubfir laùtre moitié.
Pî^'i. il- .-.-.■»-.'-• 1. -
I) y a un mois supplémentaire, un mois double, double par les misères qu'il contient et les dépenses qu'il amène, — janvier, — pendant lequel les deux moitiés de l'espèce humaine se volent réciproquement.
Le budget de chaque particulier est fait selon les prévisions de trois cent soixante-cinq jours, et un seul jour arrive, le l*' janvier, qui à lui seul en représente trente.
Ce qui constitue un treizième mois, moins douloureux peut-être par ce surcroît de frais d'argent que par les frais d*invention et de bonne grâce qu'il y faut ajouter pour se ruiner galamment.
On a beaucoup écrit, rimé et lutté contre le jour de Tan; mais il parait qu*il a Tâme dure et qu'il se moque de l'esprit.
n y a des gens qui protestent par l'écrit, par la fuite, par la maladie; le jour de l'an va son train, malgré ceux qui le raillent, ou qui s'absentent, ou qui tout à point se mettent au lit : il se rattrape sur ceux qui restent.
En somme, le plus sûr moyen de lui échapper, c'est de battre en retraite et de prétexter une terre où vous appellent des travaux urgents.
Aussi quelques personnes ne manquent-elles jamais à cette époque de l'année^ de faire un voyage --^ àla Rumfùrd^ du nom de la fameuse soupe économique.
Ge voyage consiste à s*en aller dans les derniers jours
176 LA YiB rAmisisRirE
de déoeariMe* ou? n'importe; on s'en m eomnie devant un fléâu, une peste^ une calamité; la question est de n'être pas là de quinze jours.
Nous connaissons un aimable Italien (les Italiens ont Tavarice si spirituelle I) qui n'a jamais passé un jour de l'an ni dans sa patrie ni à Paris, où il a, oomme tout le monde, trop d'amis et trop de maltressea ce jour-là.
Depuis quelques années, une grande partie de la société parisienne ne rentre que dans le courant de janvier. Ce fallacieux plagiat des Anglais, qui passent l'hiver à la campagne, n'a d'autre but que d'éviter le tribut des pralines.
Mais occupons-nous de notre véritable sujet, des victimes à leur poste :
Voilà un pauvre diaMe qui court la rue, grdottant sous un habit noir, étranglé par une cravate blanche, pestant contre la pluie, le jour de Tan et les voitures, défendant sa vie contre un cabriolet impétueux, et sa toilette contre les crachements d'une roue de fiacre.
Une trogne de polichinelle grimaœ hors de sa poche, et deux lacets roses, qui trahissent des boites de chocolat, lui tombent sur les talons.
C'est un honnête employé : il vient de toucher une gratification de cent firancs qu'il a déjà traduite en joujoux, en bonbons, avec lesquels il ne s'amusera pas, qu'il ne mangera pas.
LA ?I£ PA.&ISIENN2 119
Soo chef a reçu ses féUcîtatMms et lui a promis de ravancemeni;
Il est furieux.
Dans votre escalier, dans la rue, sur les boulevards, TOUS raicontrex d*atitres hommes talonnés par le firoid, exaspérés par la dépense.
Entrez dans les passages, chez les marchands, et consultez ces visages d'acheteurs qui ne choisissent rien, qui ne voient rien^ qui payent, qui rechignent, et se mettent à courir du bijoutier chez le confiseur, de rébéniste au marchand de nouveautés.
Dans cette cohue de gens qui s'adressent des compliments d'une égale sincérité et des cadeaux de la même valeur,
Qui s'éclaboussent, s'embra-ent^ se ruinent,
Qui est content?
A qui reste-t-il un sou <^uand arrivent huit heures du soir ? Aux enfants et e irtout aux domestiques : ces derniers-là seuls reçoivent et ne donnent pas : donc le jour de Tan étant une institution favorable uniquement au bien-être des domestiques, la société fera bien de s'insurger.
Et il en est bien temps, car les mœurs du siècle ont marqué leur empreinte sur ce vieil usage des souhaits de bonne année : les étrenn 3S ne sont plus un souvenir, mais une spéculation ; pliis une surprise, mais un re-
iiyja iTTS
180 LÀ YIE FARISIBHNB
▼enu, et, ce qui est caractéristique, le bonbon est attaqué au cœur comme chose trop romanesque. '
La preuve, c'est que le sac est supprimé, et que le bonbon n'est plus que le prétexte d'un coffre incrusté, d'une riche boite, d'un meuble de Boule; il faut que tout ait de la valeur dans ce temps-ci^ même un témoignage d'amitié.
L'intention n'est rien, la matière et le poids sont tout.
Les femmes et les enfants sont devenus effrayants dans l'exploitation de ce grand brigandage.
Les enfants dédaignent les anciens joujoux^ les petites charrettes, les soldats de plomb et les gibernes.
Ils veulent des voitures à ressorts, des mannequins qui parlent ou qui dessinent des quadrilles de Chicard, ou tout autre objet imitant parfaitement la nature et coûtant SOO francs.
Quant aux femmes, elles ont obtenu de leurs maris une tolérance ruineuse pour les amis.
Un monsieur quelconque aq s* alarme plus de voir installer chez lui un bazar de marchandises de prix, des bijoux, des meubles, des robes, des porcelaines, le tout ofiicrt à sa femme par Tamitié.
Car il y a ce qu'on appelle des femmes à cadeaux, qui ont si hardiment établi leur mode de perception, qu'on ne serait peut-être pas mis à la porte en leur offrant trois douzaines de chemises.
La teDue du sexe est bien précieuse à observer dans
eelte abusive circonstance.
Ces dames exigent plus et accordent moins. Pour
recevoir de tous, elles font moins de concessions à cha-
con. On rudoie Tamant et Ton encourage l'adorateur,
Cne fois la recette faite, tout reprend son cours.
Usétrennes secrètes s'arrangent ainsi : il y a une
^'ogue ostensible, une misère de quelques louis, un
^^9 on coffret, c'est le présent de monsieur un tel.
^la veille monsieur un tel a mystérieusement
f^ des mémoires en souffrance.
indépendamment des réalités courantes ou des espé*
rances, les femmes donnent en retour des calottes et
te porte-cigares. Elles se sont levées la nuit pour les
l''^ en cachette; elles ont abîmé leurs pauvres
y^iet piqué au sang leurs pauvres doigts.
^ qui n'est pas vrai. Ces choses-là s'achètent tou-
V^ comme les mèches de cheveux. Les femmes ne
i^iodent pas plus qu'elles ne se tondent pour n'importe qui.
^ plus généreuses donnent des épingles, des **^, des boutons de chemise, et, lorsque ces cateux doivent être secrets, il faut quelque ruse pour «dissimuler l'achat.
^ effet, il est à Paris quelques femmes tellement ^*'*'>es par leur rang, leur fortune ou leur beauté^ fl^'dlesne peuvent impunément faire arrêter leur voi-
ISS LÀ TIB PAEISIxm
tiure devant la boaticpie d'un bijoutier. Le marchand, le passant, les autres acheteurs les reconnaissent.
Nous ayons connu trois de ces dames <fd se dé^isaiefit Q'l&6itude en espèce de bonnes anglaises, et dans cet accontr^nent allaient Cure au Palais-^Royal leurs empiètes adultères.
Dans tout cela, il n'y aurait rien que de ttte-moral^ etH semble juste que ceul4& seuls qui aiment se ruinent, et si les étrennes n'étaient que le budget de l'amovcr, nous pourrions le voter.
Mais combien de pauvres diables, hélas I ruines, éreintés, jetés sur le tanc t
AuU*efois, quand on était bêle, quand on était asses barbare pour appeler écu de trois livres oe que, grâce au progrès des lumières, nous avons le i)onheur d'ap» peler trois francs, Técu de trois livres était uneétrenne courante qui se donnait à tous les subalternes, aux commis, aux gens de service.
Le sublime système décimal ayant fondu le petit écu, la pièce de cinq francs l'a d'abord remplacé dans cette destination.
Mais, depuis que l'égalité est comprise, non pas comme un droit civique, mais comme un partage des terres et de la monnaie, les domestiques ont institué qu'ils feraient la gi ^maoe à tout individu qui ne leur offrirait pas respectueusement une pièce de vingt francs.
Non-seulement pour l'avoir servi qudquefois à ta^
4~ -Il d— » -^— !.*•
LA Tll FARlSIBNm 181
ble chei un ami, mais uniquement pour lui avoir quelcpi«fois ouvert la porte.
N'oublions pas cette demi^ et suprême raison, qui devrait, dans Tintérôt des pauvres gens, condamner le jour de l'an : c'est qu'il tombe dans le même mois que leur loyer.
Ahi les lorettes sont bien malbeureuses... vers la mi-dëcembret on leur diercbe des querelles atroces, on les fait suivre.
On découvre touti
Et on pratique à lear égard la rupture à la Rumfùrd toujours du nom de la soupe ci-dessus; elles en sont pour leurs frais de bretdies brodées.
Nous croyons devoir tàite connaître en passant à
toos les maris, un moyen nouvellement trouvé de se
faire faire de petits cadeaux par les attentifs de sa femme.
Monsieurs de Sw... est un mari dont la femme a pour
attentif monsieur de... Le mari est prétentieux, la fenmie jolie et fort i la mode, l'amant discret comme on va le voir. >
Monsieur de..., voulant faire à la belle qui lui est obère un présent digne d'elle à Toocasion du jour de Tan^ lui envoya ces jours passés une lampe d*un trèsgrand prix. Le métal en était travaillé avec un art merveilleux, l'aspect en était simpleet d'une ravissante élégance.
Monsieur de S..., en voyant cette merveille, ne put s*em pêcher de s*exclamer et de fonder fort monsieur de... sur ses prodigalités, en protestant qu'au nom de sa femme il refusait le présent. La conversation continua ainsi :
LE MARI. — Non, mon cher, non, je ne veux pas souffrir que ma femme accepte un semblable cadeau. Que diable 1 je suis plus riche que vous, et je me ferais conscience d'offrir un présent d'une magnificence pareille.
MONSIEUR DE... — Faut-il donc vous dire, ô mari trop scrupuleux, jusqu'où ont été mes folies, et quelle dépense m'a occasionnée la fête de madame de S...? Eh bien, apprenez -le: la lampe m'a coûté cent francs. Voudrez-vous bien ni'accorder maintement que mon budget me permet de dépenser cinq louis, par extraordinaire ?
LE MARI. — Ce que vous dites là me confond; vraiment le malheur des temps fait qu'on travaille aujourd'hui pour rien. J'accepte donc la lampe pour ma femme, à la condition qu'ellen'acoûtéque cent francs. Mais, mon cher, une idée me vient : j'ai moi-même un présent à faire à un certain rat que vous connaissez. Donnez-moi donc bien vite l'adresse de votre fabricant. Je vais être magnifique à bon marché...
Le mari était si pressé de se présenter chez le rat, sa lampe à la main, que monsieur de... n'eut que le
t^^^-Jc*>s=;r=
temps de courir avertir le lampiste en toute hâte, avant que celui-ci i eçût la visite de monsieur de S...
Les lampes valaient mille francs chacune, ce qui fait bien dix-neuf cents francs de dépense pour monsieur de...
Qu'on plaigne encore les maris I
Enfin, on ne saurait calculer non-seulement la consommation qui se fait en pastilles, en bijoux, en sottes paroles, mais surtout la somme de ridicules, d'actes de mauvais goût, d'avarice et de prodigalité, qui circulent à travers la population de Paris^ par un premier jour de l'an.
Rien n'est plus comique que l'embarras de chacun dans le choix des largesses, si ce n'est la mauvaise humeur de tous au milieu de cet embrassement général.
Je ne crois pas que la classification des étrennes, par étages de la société, fournisse un tableau de mœurs parisiennes dépourvu d'intérêt.
Partout l'on trouvera une lutte piquante entre les nécessités de Tostentation et l'économie, souvent une grandeur de mauvaise grâce, une folie morose.
Et des ruses Cretoises pour tourner au moins à Tutilité les munificences exigées par le jour consacré.
Énumérons :
U est d'abord une dépense qui pèse sur tous, celle des cartes de visite :
Cartes sur papier porcelaine, avec des lettres pana* chées, du prix de cinquante centimes la pièce; f
Cartes élégantes avec le titre de marquis, de comte» et écriture anglaise;
Cartes de provincial, gaufrées d'emblèmes enca* drant le nom du monsieur dans une auréola estampée ;
Cartes de financier, en caractères germaniques ;
Cartes de poètes, en caractères romans rongés par les siècles;
Cartes d'acteur avec desattributs, comme masques, trompettes, triangles et cornets à bouquin ;
Cartes de souffleur, écrites à la main sur le dos d'un as de trèfle;
Cartes de femme, puant le musc ;
Cartes de savant, sur tranche dorée;
Partout des cartes;
Dans les loges de portier, aux interstices des glaces, dans votre poche, dans votre chapeau, les cartes gra^ vées, lithographiées, vous poursuivent, tombent comme la neige et vous éborgnent, et on rend bien la pareille.
Mais il faudrait avoir les jambes et les ailes d'uo hippogriffe pour aller offrir en personne l'hommage de ce parallélogramme de carton.
Là est le souci : il faut classer ses amis et connaissances par quartier, et leur faire courir sus par son domestique, quand on en a un; par son portier quaad
XA. TII FABISIINNK 187
on n'a pas sHtpknieDt nne portière ; par oommisaonnaiie, qnaad il en reirte sur la place.
Gela fait, il s'agit de procéder à œ grand suicide que tout individa, ayant la moindre relation de famille ou d'amitié, ert forcé de eoosommer sur luimême, sans lire le passage deSënàque.
le prends un homme de haute position, façonné aux beaux usages, fraîchement marié, ayant de jeunes enfants, une maison, des gens, des voitures ; et vraiment je n'ose supputer ce que va lui coûter ce jour damné, qui n'a pourtant que vingt-quatre heures, qui est noir, brumeux, pesant plu« qu'aucun autre de l'année, et dont chaque seconde marque la chute d'un louis d'or.
A sa femme, de riches bijoux, des diamants, toujours des diamants; des cassolettes, des bandeaux, des pendants d'oreille;
A son fils,
A sa petite fille, un joujou monstrueusement cber«
«—Deux mille francs, par exemple I — une poule qui pond, un coq qui chante^ une nourrice qui allaite son nourisson, un sauteur de corde qui danse au bruit d'un orchestre complet;
A des enfants un peu plus grands, de petits bijoux, des montres, des épingles, asses souvent une bourse dont les mailles trahissent des pièces de quarante francs toutes neuves :
Trésor suffisant pour alimenter pendant une année
188 L* TIB PAlISIBHnK
ce luxe insolent de balles éltstiques, de toupies, de cerceaux et de moineaux francs, qu'affiche au coU^ un enfant de bonne maison.
Hais, quand l'&ge a modifié ces nécessités et mis au cœur du jeune homme de famille les passions avec les goûts qui les escortent, c'est le billet de banque à la main que son père reçoit alors ce souhait de bonne anoéej qui est tout aussi sincère, mais un peu plus spéculatif.
Restons encore dans le monde du même étage, et suivons dans les magasins la femme qui achète.
Une épingle, un riche objet de toilette pour son mari;
Des mouchoirs brodés de malînes, des fichus garnis, des assortiments de dentelles pour une sceur, une tante, une amie.
Rentrée chez elle, ses étagèreSj ses guéridons, lui apparaissent déjà chargés de toutes ces offrandes galantes, debon goût, chères et de peu d'apparence, que les amis de la maison viennent de lui adresser:
Petits meubles sans utilité, fiacons, carnets, pupitres, jardinières; vases de porcelaine des ^briques anglaises, si supérieures aux nôtres, sans doute parce qu'il n'y a pas à deux lieues de Londres une manufacture de Sèvres.
Hais l'arrivéede ces jolis riens était prévue, etnous ' avons dit comment on répond & cette politesse.
LA TII PARISISNNC 189
Puis, ce sont les jeunes gens, qui cherchent pour mrs mères, pour leurs pères, des meubles élt^gants, es cbiflbnniersyun bric-à-brac étiocelant, enrichi de lédaillons, des magots en céladon, des vases chinois t des rocailles.
Et enfin les donneurs de bonbons, que nous n>roQverons dans toutes les classes^ offrant :
Ici des caisses monstrueuses^
Là des sacs diaprés, argentés, embaumés;
Ailleurs de grêles et malheureux cornets.
Nous ne parlons pas de la papillote, elle ne sert »las qu*aux curées du mardi gras.
Entre les façons de cette catégorie de la société |ui se consacre aux études de Télégance, du goût, du avoir-vivre, et les manières d'agir de nos hommes à irgent, qu'on appelait jadis les financiers, une diUeence existe, appréciable dans cette circonstance anloelle comme dans toutes les autres époques de a vie.
Aussi généreux , aussi désireux de plaire, ils ne «avent résister au besoin de présenter leurs largesses DOS une face utile; ainsi leur voit-on donner:
A leurs enfants de beaux livres d'éducation,
A leurs femmes des meubles sérieux, des pendules, les pièces d'argenterie, des cachemires qui leur manpieal depuis longtemps, des bijoux indispensables.
Quand une paire de chevaux tombe sur ses boulets,
igO tA. ?II PARISIENNE
le jour de Tan devient alors on prétexte pour adieter des chevaux neufs, qu'on appelle dans la maison l'attelage de madame^ et qui, dans un oiois, condiâront à tour de rôle mcnsieur à la Bourse.
Mais pour lancer l'argent sans regret, pour ae percer bravement les poches, parlez-moi de ces jeunes réfractaires de la société qu'oo appelle les viveurs;
Pour eux rien n^est beau, rien n*est cher; le oerde de leurs clientes est trop restreint Certains hommes, nous l'avons dit, font arriver la rupture d'une liaison dans la dernière quinzaine de décembre, dans un but <le ladrerie qui s'explique. Les tiveurs^ au contraire, établissent de nouveaux rapports ou resserrent les anciens, saluent toutes les femmes de théâtre qu'ils ne connaissent pas, pour obtenir le droit de leur envoyer des étrennes.
Qui ne se souvient du eélèbre marquis de Ba..« et de la galanterie qu'il fit au corps de ballet deVOfénS Chacune de ces dames reçut un joli cachemire renfermé dans un coffre élégant.
C'était là une générosité d'apparat, un noyea 4e publicité, qui coûtait à l'homme à bonnes fimrtunes un peu plus qu'une annonce à trois francs la lignC; mais dont il retrouvait plus tard , <}Belqaefbi8 le aeir même, un intérêt satisfaisant.
Parlons un peudesprésenis appropriés k la UtiMOu
de couffsse exclusive et durable. Il s*agit alors d'offrir des objets représentant une valeur réelle :
Foin de ces bijoux dont la forme et la vogue font tout le prix, mais des diamants ou des services d'argenterie, de ces choses enfin sur lesquelles on ptii$ beaucoup.
L'inscription de rente est encore mieux reçue.
L'inscription provient généralement des quadragén aires chargés d'obésité.
La mère de l'objet aimé n'est pas oubliée: on lui donne son couvert ou sa timbale d'argent.
Et le père, n'aura*t-il rien ?
Ce brave père f
Depuis trois mois la fille insinue que ce bon père postule une place de conducCwir d'omnibus.
C'est une belle place : — mille francs!
— Pourquoi ne l'dbtieiit-il pas?
— Oh I c'est qu'il fa»l on cautionnement»
— On verra ça.
Au jour de l'an, le cautionnement est prêt.
-—Tenez, monsieur Barîgot, voilà votre affaire: soyez conducteur d'omnibus.
4 h fin du carnaval, monsieur Barigot s'étant trop ddgvisé en sauvage, a besoin d'un autre cautionnement.
C'est le dixième qui lui passe dans le gosier, et ce* {Modant aa fille ne le laisse «anquer de rien.
Pour ses étrennes, elle lui a mis au cou une cravate noire, aux mains des gants fourrés, tandis qu'elle donnait à sa mère d'anciennes robes zébrées de taches, et de vieux chapeaux pleurards et dégonflés.
Pour rencontrer le goût de chacun des membres de ces édifiantes familles^ on voit qu'un viveur n'a pas besoin de se creuser le cerveau, mais de vider son portefeuille.
Tous ces sentiments d'aSection sont admirablement exprimés et traduits par ces mots :
Banque de France^ mille francs. La loi punit le cori" tre facteur des travaux forcés à perpétuité.
La classe moyenne dépouille hardiment les étrennes de tout vernis d'ostentation.
Dans une maison d'honnêtes bourgeois, le jour de Tan n'est qu'une occasion de fourniture d'objets indispensables;
C'est une échéance de manteaux, de chapeaux, de gants et de gilets, échéance habilement et longtemps différée :
Il n'y a plus à reculer, l'heure des Biétry a sonné.
Mais si le chef de famille, qui vient de s'exécuter, est sergent de F.a compagnie et chevalier de la Légion d'honneur, quelle douce surprise l'attend à dîner 1
Son verre (aillé oumoulé^ son verre d'habitudo»
LA. yiE PARISIENRB 193
OÙ est-if ? Il est remplacé par un verre somptueux qui enferme dans son épaisseur l'étoile des braves, avec une foule de devises et d'attributs les plus guerriers.
11 nous faut reprendre un peu l'employé ; dire qu'il achète des oranges pailletées, des bonbons qui font meubles, comnie vases en sucre, commodes, pelotes, pendules, charges de Dantan en chocolat ;
Tandis que le surnuméraire galope comme un chat de gouttières, dans les mansardes de grisettes, faisant circuler des pastilles, entr'ouvrant un sac plein de charades étudiées à l'avance et qu'il a Tair de deviner,
Puis remettant son sac dans sa poche, à la faveur de la méditation générale causée par les rébus.
Toutes les classes ont leurs loustics: ordinairement ce sont de vieux célibataires qui joutent à leur cadeau du nouvel an le mérite d'une facétie; tout leur est permis, même le mauvais go&t. Ce sont eux qui offrent de beaux ustensiles en porcelaine à filets d'or, ornés de riches peintures, d'une forme ravissante, d'un usage bis-quotidien, et dont le nom ne peut pas s'imprimer.
Les loustics de la classe bourgeoise n'entrent pas dans une boutique de confiseur, sans accaparer tous les instruments cylindriques, en carton argenté, dont la vue seule asphyxiait Pourceaugnac.
i9A L4 TIS PÀEISIENHB
C'est encore le hustic qui donne les bottes à surprises, ces petits coffres qui vous envoient à la figure un diablotin arnié de grifds, vêtu d'un*» petu de cUat. •
II faut enfin s'estimer heureux quand il ne vous présente pas des dragées amèree.
C'est avec des baréges, des pièces de marceline demandées depuis longtemps, que l'étudiant paye sa
dette ;
Il y ajoute une part dans les rillettes ou les dattes
envoyées par les parents, selon qu'il est natif de
Tours ou de Marseille.
Il est quelques femmes dont les maris ne doivent pas accepter une douzaine de mouchoirs à grand ourlet.
— Gh^ Hector J'ai pensé à toil
-— Ange, quelle attention délicate 1
Sixmois après, la faelure sonne àleur perle.
Plaignez aussi en ce jour les pauvres pertîàres qui -veuleiKt faire des ifftialesde leurs enfante! •
Le maître de danse ou de dédanuÉioo fuit uw horrible grimace et ccfuae d'encourager Télàve, si dans lee cinq paneniers jours de janviw 11 mè reçoit pas un couvert, une eaUère, une tîmbele d'argent, toutes choses coAtrôiiéeB par la Monaaîe;
lA ?IB fAlISIBVNB 196
Les ouvrages à la main ne sont pas reçus.
A {Nrésent fauUil ënamérer toutes les pièces d'argent et d'or qui se distribuent aux concierge^», aux tonestiqueB mftlet, feonelles, grands et petits, cochers et grooms;
Aux domestiques des amis,
Aux eomnaîsflîoiuiaireB qui apportent on cadeau,
Au fiictear de la poste.
Aux garçons de bains i domïeile;
Atoos les gensy en un mol, qui trempent dans ce ▼aste complot de ceux qui n'ont rien contre ceux qui possèdent?
Avec vos largesses, tout es monda-là se grise, achète de l'emprunt autrichien, se paye la goutte, des poomiesde terre frites et des oranges.
Vous ne leur échappes pas, — même célibataire, — même Io|^ engami, -* même sans domicile.
n faut diner;
Eh Imnl alors, le garçon de restaurant vous tend sur une assiette na eomet liuileux contenant des dragées fossiles, des papillotes avariées;
n faut reconnaître cette délicate attention.
Êtes-vous habitués <f une pension bou^;eoîse?
La maltresse du lieu s'étant nnse en frais , ayant commandé un supplément ime crème fouettée, des œufs à la neige, vous seriez honni comme on crasseux sans éducation, oonme un pingre, si vous ne
196 LA TIfe PARISIBNIfl
ménagiez pas pour le dessert un coup de thëfttre :
Il faut donner une cuiller à café et embrasser la dame de la maison.
Il faut encore pourtant qu'une pièce de quarante sous passe de \iQtre poche dans la main de la cuisinière.
Ne croyez pas que la gent domestique en ait fini quand elle a prélevé la dime sur ses maîtres; elle s'en va quêtant, comme les confréries de moines, ses étrennes chez le boulanger, le boucher et les autres fournisseurs de victuailles.
Madame Chevet peut dire ce que lui coûte la valetaille des grandes maisons; mais là ne se borne pas sa générosité.
Ses pratiques ont aussi part à ses souvenirs;
Elle leur envoie, délicatement enveloppés, un faisan trufié ou un buisson d'écrevisses, ou des boites de fruits secs;
Plus l'adresse de ses beaux-frères, monsieur Pomerel, confiseur, et monsieur Beauvais, marchand de bois.
Tous les journalistes n'ont pas un coupé et deux chevaux; iUaut plaindre ceux moins riches et plus modestes qui se trouvent réduits au mince revenu d'un feuilleton presque honorifique :
Les ouvreuses sont sans pitié.