XII PREFACE
aux honnêtes gens ce hasard inespéré dans la vie et dans les œuvres de ce triste politique et de ce mauvais philosophe, qui trahit tout ce qu'il adopte, oublieux de ses plus solennels serments, égoïste et faux jusqu'à la fibre extrême de son cœur. Que cet homme ait fait un chef-d'œuvre, et qu'il échappe ainsi au profond, à l'immense oubli réservé à ces mauvais écrivains, à ces mauvais orateurs, flatteurs de celui qui les paie, il faut que les braves gens en prennent leur parti. Adolphe est un hasard heureux, impérissable , et comme ei^»ces pages vivantes, en cette vie hideuse, l'auteur touche en effet à des plaies qui saignent encore, et qui ne seront jamais guéries, il a bien fallu que cet Adolphe adopté par les jeunes gens qu^il conseille et par les vieillards qu'il console, obtint le succès que ne méritait pas l'auteur. Cependant qu'il est médiocre et lâche, et d'une vanité misérable, cet Adolphe, inventé à l'image de M. Benjamin Constant lui-même I Ah! s'il n'était qu'un homme infidèle!... Il est un homme ennuyé, et contre cet ennui qui la tue, Ellénore est impuissante. Ici pas de flamme, à peine un feu mal éteint sous la cendre. Ici pas un moment de véritable amour, de véritable bonheur, rien de l'âme et rien du cœur; vous voyez le scalpel, vous êtes au milieu d'un herbier; ce ne sont que fibres, poussière, momies, fantômes; la vie est absente, et l'analyse la remplace, à peu près comme l'image dans la chambre obscure de Daguerre est un portrait vivant.
Au contraire, Fanny est un livre qui reluit et qui flamboie y a c'est l'œuvre d'un esprit ardent, » dit