FAN NT
que j'étais prêt à me soumettre ; je voulais la supplier d'accorder un peu de pitié à mes maux. Mais j'attendis en vain jusqu'à la nuit close, comptant les heures aux pulsations tour à tour précipitées et défaillantes de mon poignet. Elle ne vint pas. Elle n'écrivit pas. Personne ne me donna une seule seconde d'espoir en faisan^, vibrer le timbre de ma porte.
Quand la nuit fut tombée, je me dirigeai vers sa maison. En arrivant dans l'avenue, en face d'elle, à ma grande surprise, je reconnus que tous les volets étaient fermés. L'idée que Fanny était partie loin, si loin que je ne pourrais jamais la retrouver, me traversa la cervelle comme une flèche. Avec une horrible angoisse, mais résolument, comme un poltron qui s'est mis en tête de faire preuve de courage, je soulevai le marteau de la porte et demandai au valet qui vint l'ouvrir si elle était chez elle. J'étais tout pâle et tremblant, mais il ne s'en aperçut pas. — Madame est à la campagne, — répondit-il. — Où cela? à Cliaville? — Oui, monsieur.
J'allai m'adosser à un arbre, parce que je me sentais défaillir.
Au bout de quelques minutes, je me décidai
FANHT. m
à rentrer cliez moi. Cela me consolùt à demi de savoir queFanny était absente. Je compreiiais enfin le motif qui l'aviùt empêchée de venir, mais je ne comprends par pourquoi, depuis huit jours, elle ne m'avait pas écrit. J'aurais pu songer qu'elle aussi devait espérer une lettre de moi, m^sil y avût encore trop de personnalité dans ma rancune. — Peut-être m' attend-elle là-basï — disais-je pour me consoler.
Cette idée ne fut pas plus tât éclose dans mon esprit que le désir impérieux de revoir Fanny, immédiatement, à tout pris, sesûsitde moi. Je me trouvais alors à quelques pas de ma porte. J'entrai vite et demandû mon cheval. J'ûdai moi-mÈme le garçon d'écurie à le seller. Et je m'élançai dans la rue, plein d'espoir, serrant les genoux, secouant les brides, au grand trot, culbutant les passants, sans dire gare.
Je courus avec une telle vitesse que je craignis en arrivant d'avoir fait fausse route, et je ne reconnus pas la maison de Fanny qui s'élevait devant moi, vaguement éclûrée sous les grands arbres. Mais, en me dressant sur mes étriers, pour regarder par-dessus le mur, j'a^ perçus le pavillon. Alors je mis pied & terre et