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SOUS son sabot les premières fleurs des champs, tu as écrasé mon être. Et maintenant comme un malheureux qui ne peut plus aimer personne, comme un vieux qui a vu mourir autour de soi tous tes siens, je ne sens plus devant moi d'avenir. Tout est flétri, tout est pourri dans mon cœur. Je suis vieux! j'ai cent ans! je vais mourir! je suis un sépulcre! Tussûs bien cependant que je suis tout seul sur la terre.. •
— Grâce ! Pitié ! — criait-elle, en se tordant sur les meubles et se frappant la tète aux murs. — Ne me dis pas que tu es malheureux !
— 01) ! malheureux I Ce ne serait pas assez dire. La parole n'a pas de mot poiur désigner ce que je suis. Ingrate ! Ce n'était pas assez de me prendre ma pensée, mon cœur, ma vie; il te fallait prendre aussi ce que j'aime le plus au monde : toi ! et plus que toi ! l'estime de ta personne.
— Pitié ! pitié ! — criait-elle encore.
— Tu as assassiné ma jeunesse. Eh bien , puisses-tu ne jamais éprouver ce que j'éprouve : je t'iidore, et tu me fais horreur ! —
Disant cela, je voulus la frapper et l'embrasser en même temps ; mais je roulai à terre, et.
la nuit venue, quand je rouvris les yeux et que je la cherchai à tâtons par la cbaiiibre silencieuse, je ne la tiouvai plus.
Le lendemain , j de vengeance. J'éj rénilé cruelle qui s J'étais satisfait enl dans ses mains l'îi qu'il a puni.
En portant ma p toyaispas. Je prév teté, toutes les lass tence. — Elle soufTr haïra. Béencliainée elle essayera de le
luttes, les mêmes tromperies, les mêmes tortures. Tant qu'elle vivra, elle poursuivra fatalement sa chimère. L'idéal de l'amour qui l'entraîne ne s'effacera même pas dans les neiges de Tâge; et quand les rides viendront lui prouver que rien ici -bas n'est immuable, elle continuera à évoquer le fantôme d'une passion qui a été et restera son supplice. Elle s'isolera du monde, comme ces soldats blasés au feu de vingt batailles. Comme eux, détachée de tout, rassasiée de tout, dans le poëme secret de ses souvenirs, elle puisera les émotions d'une vie nouvelle. Ses enfants, qu'elle adore, ne la consoleront pas. Peut-être la mépriseront-ils?... Condamnée à aimer pour ellemême, jamais elle ne pourra contenter elle-même ni personne. Impuissante pour le bien, la vaine recherche du bien sera son martyre étemel. Il lui manquera toujours un vice pour être heureuse ; pour rendre heureux, il lui manquera toujours une vertu. Elle a trop de cœur et pas assez de courage.
Ainsi, je jugeais enfin à distance cette femme que je connaissais maintenant, aux dépens de mon bonheur. Je ne puis dire que je la plaignais. Quoique je me sentisse abîmé d^ fatigue.
Î^O PANNY.
j'étais sourdement trop irrité encore. Gomme si des années et des années avaient interposé entre nous leurs épaisses barrières, je me sentais séparé d'elle, mais elle existait encore pour moi.
Son souvenir, comme un fer brûlant, m'avait marqué. Forçat de l'amour, je ne pouvais eiïacer la marque de feu appliquée sur mon cœur.
Mais si je ne m* apitoyais pas sur elle en la jugeant, il ne m'était pas possible de reporter ma pensée sur moi-même sans souffrir dans toutes les fibres de mon être. Tout ce qu il y avîiit en moi d* amour, d'affection filiale, de pieuse tendresse, de respect, s'exhalait de moi comme des fumées et se dissolvait en larmes que je buvais, — âpre liqueur,' — sur la croix où le sort impitoyable m'avait cloué. Cet amour se débattait comme un jeune enfant robuste qui a goûté la vie et ne veut pas mourir. Cette affection filiale que, naturellement, je lui avais donnée, à cause de la différence de nos âges; cette pieuse tendresse qu'elle m'inspirait comme une chose douce; ce respect enfin qui était pour elle comme un encens agréable ; tout cela, — ce qu'il y avait de meilleur en moi, — se
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foudait dans mon cœur et se dégageait lente ment avec des caresses d'effluves et de parfums Comme un voyageur surpris au réveil dans le steppes immenses de TAçie, par un bronillan flottant au ras de terre, je me sentais vacille dans mes résolutions, dans ma prudence, dan: mon courage. Tout se mouvait lentement au tour de moi, en s' écartant avec des formel confuses; tout fuyait : souvenirs charmants vœux superflus, tendres souhaits, regrets désirs; tout s'enfonçait dans les lointûns dt mes rêves, en silence, et m'abandonnait, seul au milieu d'un grand espace. Et, de ce tour billon nuageux des sensations, des volontés des habitudes; de ces oscillations insaisissables de peines, de plaisirs et d'espérances, prolongées à l'extrôme limite où portait ma vue s'échappait enfin un long fantôme qui mon^ tait, montait jusqu'au ciel, tristement enveloppé d'un linceul pâle. Ce fantôme, je le re connus à la désolation empreinte sur sa fac< morne, à l'apathie de son attitude, à son mutisme, au sourire amer qui voltigeait sur ses lèvres décolorées. Hélas! une fois déjà je l'avais vu grandir devant moi, et je m'étais senti frissonner avec lui« dans les voiles de son suaire.
FAMNT. 9i3
J'avais vingt ans ; je venais de perdre ma mère, et , de sa tombe fraîchement remuée , s'exba* lait et m'engouffrait dans ses bras la glaciale