THÉÂTRES DE LA HANLIELE
Le privilège en l'ut donné le iO juin 1817 aux frères Seveste, pour récompenser leur père, acteur au Vaudi'ville, dont la déclaration avait permis de découvrir les ossements de Louis XV'I et de Marie-Antoi nette.
THÉÂTRES DE SOfnÉTÉ (l)
1" Théâtre Mareux, rue Sainl-Antoine, vis-à-vis la rue de Jouy.
2" Théâti'C Doyen, rue Ti'ansnonain.
o" Salle de la rue de la N'ictoire, anciennement Chantereine. \'aste, décorée avec goût, elle avait été construite et «'tait dirigt'C par le luacliinisle en chef de rOpi'ra.
/l" Salle de la rue Paradis, au Marais, dirigée par Tliieiry, peintre en bâtiments.
Ces quatre llnhitres de société étaient, à cetie époque, les plus importanis.
5° Rue ISLuiconseil, dans la l)outi<pie d'un coi--
(1) Dnns les pr'onii<''iTS nnnrc^ de la l'.estaiiraîion. |)"a|)iùs liouiiL, Mc.-< Suuueiiii-s, ili.iii. III cl IV.
donnier, au tioisiùme éiag-(\ BoulTé assista à une représentation des Vêpres Siciliennes, de Casimir Dekivigne, avec collaboration, non sollicitée, du cordonnier-directeur. Comme on n'avait pu trou- \cr de cloche pour sonner les vêpres, on la remplaça par une casserole en cuivre sur laquelle on frappait avec une cuillère en bois.
6" Rue Aubry-le-Boucher, chez un maître de danse nommé Simonnet, et dans une maison qui appartenait à un quincaillier, père de l'acteur Provost, et où il avait sa boutique.
7° Rue de Lancry, chez un marchand de bois, dont les deux iilles, très jolies, avaient les principaux rôles, et le théâtre n'avait été fondé que pour cela.
8" Rue de Crnssol, chez un carrossier. Là débuta M on val.
9° Rue Jean-Beaussire. Salle assez grande, bien décorée.
10° Rue Saint-Antoine, en face larue Vîeillc-ihi- Temple, chez un tapissier nommé Gassard. Un n'y jouait que cinq ou six fois [)ar an.
ir Rue de la \'annerie, dans une eour vitrée sur hupielle donnait l'arrière-boutique d'un j)erruquier, qu'on appelait le père Gouin — et ce pcrruqnier y faisait jouer ses œuvres !
De grandes actrices, qui avaient été aussi 4e
t^ETÎTE CnnOMOUE DES TUÉAtRES DE PARlS 14S
gran(I(\s amoiireusos, moururent pendant cette période : la Rancourt, le 17 janvier 1815 (1) ; la Guimard, le h mai 1816; Mlle Montansier,- le 13 juillet 1820 ; Louise Dugazon, le 23 septembre 1821 ; :NIlle Mezerai, le 20 juin 1823.
Les actrices qui leur survivaient, l'amour les passionnait autant que Fart et même davantage, mais elles avaient moins de facilités pour le montrer. Elles aimaient avec une discrétion relative et, à défaut du péché, elles évitaient autant que possible le scandale. Au théâtre comme ailleurs, rhypoerisie, cette demi-vertu, s'imposait.
Mars commençait à vieillir, mais elle n'avait pas cessé d'aimer.
11 existait alors un courriériste dramatique qui ajoutait, dit-on, à ce titre celui de maître chanteur. Le chant, c'est encore du théâtre. Ce journaliste se plaisait à noter chez la grande actrice les premières atteintes de l'âge. Il avait pour cela ses raisons, et il atteignit le but qu'il se proposait :
(1) LT'glisc Siiinl-Unch, qu'elle avait enrichi do ses aiiinônes, se ferma devant son cercueil. La foule protesta et se mit en mesure de forcer les portes. Une députalion fut envoyée à Louis XVIH. Ihiet, de rOpcMa-Comique, expos? la situation au roi et ce (lu'elle pourrait avoir de dangereux, si elle s(! [)rolongeait. Louis XVIII envoya son chapelain à Saint-Ilocli, et la Raucourt, qui, se sentant mourir, avait dit : « Voilà la dernière scène que je jouerai ; il faut la jouer d'une manière convenablCN», la Haucourt, ([ui n'avait pas très convi'nahlcnienl vécu, fut convenablement enterrée.
liC, I.A vu: PAiM-lENNE
« Mars, rai-outo Mu.s.-et-Patliay (] ), Mars à (|ui la perfection de son jeu et Famonr du public semblaient devoir servir d'égide, Mars a capituh'; elle est abonnée et fait une pension sur sa cassette... Pour obtenir ce résultat, on a fait usage d'un moyen infaillible... Mars n'est plus jeune, elle parvient encore k le faire oublier, et Maurice en faisait toujours souvenir en parlant de tel muscle que le temps met à découvert, de telle ride qui commençait à se former, etc. La célèbre comédienne s'est bien vite inscrite au nombre des contribuables, et, si elle ne rajeunit pas, du moins on ne parle plus de son âge (2). »
^Ille Bourgoin, qui appelait Mlle Mars « la Vieille », approchait de la quai-antaine quand la Restauration lui ])ermit d'afficli.'r, peut-être avec exagération, ses opinions royalistes, soigiuHise-. ment dissimulées sous TEuipire. Le Nain jaune, écrivait à ce propos dans un de ses numéros de juillet 1815 :
(1) Nouveaux Mcnwires secrets, Paris, ISl'I», p. 22^.
(2) Des diamants sur une vieille femme, cest un pli.-ire sur un écueil. Mlle Mars en avait beaucoup (jui dataient de ses années triomphales, et qui représentaient près de 200.0(10 francs. Dans la soirée du 20 octobre 1827, sa femme de chambre et le mari de celle-ci, Mulon, les lui volèrent. La femme de chambre fut arrêtée sur-le-champ et le mari, quelque temps après, à Genève, où il avait cherché un asile. Le 1" avril 1828, ils furent l'un et l'autre contlamnés à dix ans de travaux forcés et à la maniue.
Petite ciiromoue des riucÀrnEs ni; i'ahis i47
« On assurait (Icinirrcmcnt à .M. li* dur de X... qu'une actrice du Tlicàtre-Français, (jui s est donné beaucoup de mouvement aux fenêtres et aux balcons, lors de la révolution des mouchoirs de poche, L;"ardait encore des sentiments très vifs poui' l.i l'iiniillc des Bourbons : « Vous m'étonnez, dit-il, c'est la « première fois que je la vois pencher en faveur des « impuissants. »
Tant de zèle méritait sa récompense. Après les Cent-Jours, I^ouis XVIII accorda à Mlle Bourgoin une audience qu'elh; n'avait point sollicitée et qui l'eût ellravée sans doute.
Le loi la lit asseoir auprès de lui, et, pour la rassurer, il essaya de lui prouver cju'il n"(''tait qu'un homme. Il ne lui prouva que très incomplètement. « Je n'ai jamais tant regretté, dit-il, d'avoir soi.xante ans. » 11 avait eu soixante ans toute sa vie.
Le premier gentilhomme de service assista à cette audience, mais, par respect, il y assista, le dos tourné. Quand elle fut terminée, Louis XVIII congédia l'actrice avec ces aimables paroles : « II n'est si bonne compagnie qui ne se (piitte enfin, disait Dagobert à ses chiens. »
Le lentlemain, INIlle Bourgoin rernt une voilure altclèi' de deux hiNiux chevaux gi'is pomaielé et un nécessaire en verm(,'il ([uiconteuait 8.000 francs.
Pareille aul)aine, mèmi' sans la voiture et les
ItS LA VIE PAniSlENNÈ
chevaux, aurait été la bienvenue pour cette pauvre Barroyer, contre laquelle on décocha, en 1818, cette épigramme (1) :
Croyez-vous, cher Pancrace, Que Nina Barroyer Ait eu sur la eaicisse Ouelqu'uu sans la payer?
La jeunesse était reprC'sentée, et de la manière la plus agréable, pai' les danseuses de FOpéra.
L'invasion n'eut pour elles que des avantages. Elles furent envahies, elles aussi, ou plutôt elles furent l'objet de ce qu'on pourrait appeler, dans notre langage d'aujourd'hui, le système de la pénétration pacifique.
Nous aurions mauvaise grâce à suspecter leur patriotisme. Ce patriotisme, par des moyens détournés et qui n'allaient pas, dans certains cas, sans quelque héroïsme, reprenait aux étrangers une partie de l'argent qu'il nous avait pris. Plus d'une de ces danseuses dut se rendre cette justice qu'à certaines heures elle travaillait ]»onr la France.
D'jiilleui's, ces jeunes et jolies femmes ne se consacraient pas uniquement à l'exploitation des
(1) La Chronujiie indiscrèle, par A. -II. Raguexeau, Paris, 1818, p. 92.
^EtlTE cnnoN'iofR des tiievtres oe papis H9
Anglais, des Allemands ou des Russes, d'autant plus que des Français, et de bons Français, surtout dans les hautes sphères, aspiraient à se substituer à Cf's barbares.
<( La nouvelle cour, après s'être ruée dans les antichand)res et avoir songé aux affaires, se rua dans les coulisses pour s'occuper un peu de plaisir.
(^ Un prince du sang* s'y distingua un des premiers. 11 dépensait gaiement les derniers instants d'uni- vie, dont l'exil avait dévoré les plus belles années et que la mort devait terminer si cruellement.
« Ses conquêtes furent nombreuses, rapides, bruyantes. On en parla beaucoup, on en parle encore ; car il existe de ses passions plus d'un témoignage vivant (1). »
Ce prince du sang, ce n'était pas le duc d'Angouléme, passionné pour d'autres travaux, c'i'lait le duc de Berry, et parmi les danseuses de ropéra qui avaient attiré son attention et qu'il (h'sira voir de près, on cilail ^IWc \'irginie (2). Un jour, (pir|(|n lin dcniaiida à la mère de celle
(1) N. HoouF.i'LAN, /es Cotilissea de l'Opéra, Paris. lSr»ô, p. 21.
(2) Vii'yinio Leiollior, « jolii' coiiiine iiii .■iiii.MM'l Ix'lc coihiik' une oie », dit la duchesse d'.Mtr.iiiIrs. Mémoires sur la lieslauralion, I. I. p. (iS.
jeiino personne s'il était vrai qu'elle songeait à quitterlascène. « Monseigneur, répondit-elle, a trop de religion pour laisser ma fille au théâtre (1). »
(1) (;;nAF!LK:i MAL'Rir.K, Hisloîve anccdoUque du théâtre... t. I, p. -217 (à la date du 2 février 1816).
La pcililiiiiie, sous la Restauration, (,'ssaya, à plusieurs rejiriscs, d 'envahir le théâtre. Autonrs, acteurs et })iil)lie s'unissaient pour lui ouvi'ir l;i voie, mais la censure faisait bonne garde. Il fant d'ailleurs reconnaître qu'elle admettait sans dil'hculté les pièces favorables au gouvernement. La politique coupable et condamnable était celle cpii attaqunit les Bourbons,
Pendant que les Cosaques campaient aux Champs-Elysées, le tln-àtre prodiguait ses plus viles flatteries, et quel(|uel'ois nu point de leséeo'urer, aux souverains qui venaient d'envnliir la France et doccuper Paris.
L(! i*"'" avi-il 1<S|'|, à Topera, (Ui devait jouer dev.iut reunjereur Alex.indi'e et le roi de Prusse, Guillaume, le Tfioinphr de Tr(ij<in, mais Trajan
I5â La vie parisienne
ce n'était plus Xapoléon, vainqueur des Scytlies et des Sarmates, c'était Alexandre, Alexandre le Grand. Sa modestie eut peur d'un excès de louange ; et au dernier moment on remplaça le Triomphe de Trajan par la Vestale, jouée dans le même décor que la pièce à la([uelle on la substituait.
Pendant un des entr'actes, les dames jt-tèrent des cocardes blanches. On couvrit d'un voile de même couleur l'aigle qui déployait ses ailes audessus de la loge de Napoléon, et Lays, s'avançant sur le devant de la scène, un papier à la main, fit entendre cette chanson sur l'air de Vive Henri IV:
Vive Guillaume Et ses guerriers vaillants !
De ce royaume Il sauve les enfants.
Par sa victoire Il nous donne la paix
Et compte sa gloire Par ses nombreux l)ienfaits.
Vive Alexandre !
Vive ce roi des rois !
Sans rien ])rétendr(;, Sans nous dicter dos lois,
Ce prince auguste
A le triple renom
De héros, de jusie.
De nous rendre un Bourbon 1...
II y avait r|uati'e couplets de ce genre, dus à M. de Clialahre. On nous saura gré de n'en citer que deux.
Le lendemain de cette représentation, Martainvillc écrivait dans le Joiii-nal de Paris :
'< La fête finit comme elle avait commencé. On se serrait les mains, on s'embrassait dans les foyers,, dans les escaliers. On n'entendait que des voix fatiguées, épuisées ; l'organe des dames même avait perdu sa merveilleuse douceur ; elles en étaient dédommagées par la pétillante expression de leurs yeux et de tous leurs traits. Quand on a été si longtemps contraint de se taire ou de ne parler que bien bas, il est facile de s'enrouer la première fois qu'on crie. »
Les deux souverains se montrèrent dans les principaux théâtres — à TOpéra-Comique, le 2 avril ; au Théâtre-Français, le 3, etc. — et partout ils furent accueillis avec les mêmes manifestations enthousiastes. Pendant ce mois d'aA^'il ISl/i, on joua sur toutes les scènes des pièces de circonstance, qui avaient 1(> plus souvent pour héros Henri IV. C'était le grand homme et le brave h(jnime de la famille. On en abusa un peu.
La j)lupart des auteurs de ces pièces ultraroyalistes s'étaient signalés par leur bonapartisme, par exemple^ Rougemont, type du genre, aue la Restauration décora et qui le méritait bien,
].ô4 LA VIE PARISIENNE
comme on va le voir, y.-.w rexceptionni llr souplesse de son échine.
Marie-Nicolas de Roiig-emoiit, né à la Rochelle le 7 février 1781, avait débuté comme marin, en 1797, et trois ans plus tard, après avoir servi en Vendée, il s'était tourné vers l'art di-amatiqne, qui l'exposait à moins de périls.
Au mois d'août ISJO, il faisait jouer au Théâtre de rimpéralricc [Odcon] une comédie en un acte et en prose, dans laquelle, à l'occasion de la féfe de Napoléon, il le comblait des plus emphatiques Iduanixes.
En avril iSI'i, il donna aux Variétés un vaudeville, le Souper d'Henri IV ou la Dinde en pal, dans lequel un paysan, Guillaume, qui accompagMiait le roi, lui disait :
« Vous allez entrer dans un pays où il y a en bon du grabuge, ben du boulvari : les uns ont dit ci, les autres ont dit ça; il }' en a même qui ont dit ci et ça; fermez-moi les yeux là-dessus. »
Rougeniont avait bien besoin, lui aussi, qu'on fermât les yeux là-dessus. La Restauration ne lui tint pas rigueur de ses essais de bonapartisme. Elle le nomma chevalier de la Légion d'honneur.
Elle accorda la rosette d'olïicier à un autre auteur (haniati([ne, Alissan de Chazet, qui avait trouvé le moyen de surpasser eu platitude Roiigcniont. Chazet, que Geolïroy appelait rinérilablcy
TA l'OMTIOUi: AU TIIKATriE IT.S
étîiit le j)lus iiili(''[)i(ln solliciteur ([uil y ont eu Fj'ance et peut-être eu Europe.
J'ai parlé, chemin l'aisaut, de ces deux luuuiues, parce qu'ils donnent h'uin l'idée de ce qu'était alors un littc'-rateur.
Ils ne lurent pas d'ailleurs les seuls, dans le monde des théâtres, à exploiter de leur mieux, pendant la première Restauration, le retour des lis. Quelques actrices du Théâtre-Français, dont le talent n'égalait pas, à beaucoup près, les prétentions, croyaient avoir eu à se plaindre de l'Empire. Ainsi, sous prétexte qu'elle n'en était pas digne, il avait refusé le sociétariat à Mlle Dupont. Le nouveau gouvernement s'empressa de le lui donner. Quoiqu'ils ne fussent pour rien dans cette décision, la jeune actrice tint à les en remercier. Quand elle se présenta chez Damas, celui-ci, qui était très bonapartiste, se borna à lui dire : « Prenez garde, nuidemoiselle, vous n'aurez pas toujours lOO.OOU baïonnettes étrangères pour soutenii' votre réception. » Pendant les Gent-Jours, Mlle Dupont perdit son sociétariat. Il lui lut restitué quand les Bourbons r(!vinrent.
Les souverains étrangers retrouvèrent, en ISlô, augmenté peut-être, l'enthousiasme qui les avait accueillis en 181 /|. Cet l'nthousiiisnic alla très loin. Au Théâtre Feydeau, le 13 juillet, lorstjue Wellington entra dans la salle, le public cria ;
156 LA VIE P.vniSIEXNE
Vive Wellington ! Vive les Anglais.! et môme : Vive le vainqueur de Waterloo!
Il restait encore, cependant, des bonapartistes, pour lesquels Waterloo était une défaite. Ceux-là aussi éprouvaient le besoin de manifester. L'occasion leur en fut fournie par une pièce qui n'avait rien par elle-même de séditieux, mais dont l'auteur, Aruault, passait pour un partisan du régime qui venait de disparaître, '^t à cg titre, était alors proscrit.
La première de Gernianicus eut lieu, le 22 mars 1817, au Théâtre-Français. Presque toutes les })laces étaient occupées par des adversaires du gouvernement. Chaque vers qui semblait le viser — et des vers de ce genre il était facile d'en trouver dans les plus inolfensives tragédies — ils l'acciieill.iient au passage par des applaudisseaieuts. D'autres spectateurs sifflaient avec la numie conviction. Une bagarre en résulta. Des cannes, dont quelques-unes étaient des gourdins maniés par des mains solides, s'abattirent sur des crânes bonapartistes ou royalistes. Elles manœuvrèrent si bien qu'à partir de ce jour-là, dans tous les théâtres, on dut les laisser au A^estiaire.
Cette bataille de Cannei> — on nomma ainsi la première de Germanicus: — fut suivie de quelques duels. Un fds d'Arnault avait insulté, pendant la représentation, le journaliste Martainville.
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TJTi--. / -J.-i
roUrctioi' Henri d'A^mèras.