‹ La vie parisienne sous la restaurationChapitre 24 sur 41 · I.\ DUCIIIiSSE DK BERRY · texte numérisé non relu

I.\ DUCIIIiSSE DK BERRY

Herem, eut lii-u la première entrevue du duc et de la duchesse de Berry, et quelques jours après, le 17 juin, le mariage lut célébré à Notre-Dame.

« Celte éolise avait été décorée avec autant de magnificence que de goût. En avant et sur la place, un portique de seize colonnes, surmonté d'un amphithéâtre contenant de la musique et^ des spectateurs, précédait la pompe intérieure. Les champs en ogives de la grande nef étaient remplis par un champ d'azur, semé de fleurs de lis d'or; les clefs et les tympans ornés de chiffres et d'armoiries blasonnëes et supportés par des renommées; des écussons appendus aux piliers présentaient, trois par trois, les armoiries des bonnes villes du royaume, et plus haut, sous le second ordre, il y avait des corbeilles élégantes chargées de fleurs et de fruits.

« Quatre grandes colonnes surmontées de riches bannières chargées de devises et ornées à leurs fûts d'emblèmes de la justice, du commerce, des sciences, de la navigation, des beaux-arts, de la guerre, s'élevaient au-dessus des quali'o piliers de la croisée; le luxe du chœur était encore plus remarquable ; des riches draperies de velours bleu, semées de fleurs de lis d'or, des trophées, les emblèmes des borrnes villes, des candélabres d'or, des groupes de bannières rappelant les douze mairies de Pai-is, et, au-dessus, h; vlcû oïlP.atnme.

Une profusion de lampadaires, de girandoles, de lustres en cristal de roche, chargés d'innombrables bougies, éclairait cette scène imposante.

« Les autorités civiles et militaires, la magistrature, les députations, les pairs, les membres du corps législatif, les ambassadeurs, le corps diplomatique, les académies, arrivèrent successivement et prirent leur place accoutumée.

« A midi, le grondement du canon, le bruit des tambours battant au champ, le son des cloches, les vivats du peuple, annoncèrent l'arrivée du cortège (1). On entra dans Téglise dans l'ordre suivant. Les officiers des diverses maisons, M. le prince de Condé, M. le duc d'Angoulême, M. le duc et Mme la duchesse de Berry, le roi, marchant sous le dais, porté par quatre chanoines, Mme la duchesse d'Angoulême, Mme la duchesse douairière d'Orléans et Mme la duchesse de Bourbon...

« Le roi portait un habit d'uniforme, chargé d'une large broderie d'or; Monsieur, l'uniforme à broderie d'argent de colonel général de la garde nationale; Mgr le duc d'Angoulême l'uniforme de grand amiral de France; et Mgr le prince de

(1) Au moment où le cortège passa sur le boulevard Montmartre, un automate du physicien Robertson, qui avait été placé sur une estrade, se mit à jouer une marche triomphale. Ce fut un des épisodes les i)lus remarqués de cette journée de fêtes.

Madame CARMOUCHt (Jenny Verpré)

JI.E m. Micill.l.LKlli;, daus la Servante justifiée.

Condé, l'uniforme blanc et or de colonel général de l'infanterie française.

« M. le duc de Berry portait un habit de dra[) d'or avec le manteau de cour. La parure de Mme la duchesse de Berry étincelait des pierreries de la couronne.

« Le cortège se composait de trente-six carrosses, vingt-quatre des écuries du roi, douze des écuries de Monsieur (t). »

Pendant toute la journée, il y eut, dans les différents quartiers, des jeux, des distributions de vivres, des fontaines devin aux Champs-Elysées. Le soir, on tira un feu d'artifice, dont le bouquet, en éclatant, répandit des chansons dans la foule.

L'enthousiasme de cette foule était sincère et ne se trompait pas. Plus clairvoyant qu'il ne le fut end'autres occasions il avaitdevinéce qu'allait être, ce qu'allait représenter cette petite princesse que fêtait Paris, que fêtait, sauf quelques grognards et quelques jacobins, toute la France. Ce charme, qui déjà exerçait son empire, la foule le subissait sans résistance.

Transportée par les hasards de la politique dans Cette cour où tout sentait la vieillesse et la mort, la duchesse de Berry plaisait parce qu'elle était jeune, d'âge, d'esprit et de cœur. Elle plaisait parce

(1) Alfred Nette.ment, Mémoires historiques de S. A. B. Madame, duchesse de Berri, Paris, 1857, t. I, p. 187.

20C LA VIE PAKISIENNE

qu'elle était la jeune femme pleine de fougue ot do sève, déboi^dante de joie et d'illusions, et [lour qui vivre c'était briller, séduire, aimer, jouir.

A côté de ce roi impotent, dans cette famille livrée aux minutieuses pratiques d'une dévotion outrée, où on ne s'entretenait que du passé, où on s'enfermait dans des souvenirs douloureux, où le rire semblait un huitième péché capital, où se distraire, c'était se damner, la duchesse de Berry apporta sa gailé, son entrain, son besoin d'êti-e heureuse. Autant qu'elle le put, elle ramena le règne des fêtes. Elle réveilla ce palais des Tuileries, endormi par quelque magicien comme un château de contes de fées. Elle égaya le vieux roi. Elle parvint môme, ce qui semblait impossible, à dérider la duchesse d'Angoulême, cet ange de l'ennui. Elle fut la reine de la jeunesse. Elle fut h; sourire de la Restauration.

Futile peut-être — elle avait vingt ans ! — trop occupée à ses toilettes — elle les portait si bien ! — mais très bonne, très généreuse, toujours prête quand il s'agissait do venir en aide à la misère, et ne négligeant aucune occasion de faire du plaisir l'auxiliaire de la charité.

Ses portraits ne donnent pas de sa beauté une idée suffisante parce qu'elle avait, comme beaucoup de femmes, une beauté d'expression qu'on Jugeait mal quand on ne la voyait qu'au repos*

Le bonheur lui allait à ravir. Avec ses cheveux blonds, ses yeux bleus, sa taille très fine, ses pieds d'enfant, quand elle s'animait, elle devenait délicieuse. Tout son visage alors était un rayonnement.

Les deux nouveaux époux s'étaient installés à l'Elysée: « Là, libres de Péliquette des Tuileries, qui leur pesait comme une fatigue et un ennui, ils vivaient dans la sinnplicité de la vie bourgeoise. Souvent on les voyait sortir à pied tous deux ensemble, sans escorte et sans suite, par la porte qui donne sur les Cliamps-l'^lysées ; ils descendaient l'avenue et se mêlaient à la foule, allant eux-mêmes visiter les malheureux auxquels ils accordaient des secours (1). Quelquefois aussi, on les rencontrait dans les magasins et les boutiques; car Mgr le duc de Berry mettait une grâce parfaite à complaire en tout à la princesse, et il trouvait dans cette jeunesse de cœur, qu'il avait conservée, l'instinct de ce qui devait lui plaire (2). »

Il y a, chez la plupart des femmes et chez les plus médiocres d'esprit, une grande docilité d'affection et comme un lointain servage des sens. La

'ft'

(1) Le chinVe de leurs ^aiunônes annuelles dépassait 300.000 francs.

(2) Ali-red Nettkmknt, Mémoires hislorii/ues de S. A. li. Madame, duchesse de Déni, Pai'is, 1837, t. 1, p. 2U().

religion et la loi, les préjugés ou les convenances, leur présentent un homme, jeune ou vieux, beau ou laid, quelquefois un coquin, souvent un sot, et lui disent : « Aiine-lo ».Ellesrainient. L'indépendance leur pèse et le clianii;-ement les effraie. yVu lieu de chercher sur la grande route les libres aventures, elles s'enferment dans la monotone maison conjugale et cherchent à la rendre aussi habitable, aussi confortable que possible. Celui qui est devenu leur maître, le maître de tous leurs rêves, de toutes leurs espérances, de toutes leurs illusions, elles s'efforcent de lui accorder les qualiti's qui lui manquent, et, pour le supporter plus facilement, de ne pas le voir tel qu'il est. Elles éteignent leur regard que la nature destinait aux libres choix elles arrêtent les battements de leur cœur, elles renoncent à plaire puisqu'elles ne peuvent plaire qu'au mari, elles ne connaissent rien, elles ne veulent rien connaître des luttes si douloureuses, si délicieuses, de la passion, elles ne savent pas l'immense joie que les autres éprouvent à se donner, à s'offrir à l'amant choisi, à l'élu du cœur et des sens, et, fanées prématurément, lasses de cette vertu qui ne fut trop souvent que de la lâcheté, elles vieillissent sans avoir réellement aimé, elles meurent sans avoir vécu.

On trouverait, en cherchant bien, un peu de cela chez la duchesse de Berry. Elle avait, elle aussi,

de par son éducation, cette docilité de cœur. Elle fit crédit à son mari des charmes qui lui manquaient. Elle mit à Faimer une extrême bonne volonté. Elle Taima par devoir, par reconnais sance, par cette puissance d'attachement et de débordement de tendresse qui remplit l'àme ingénue et servile de tant de jeunes femmes. Elle l'aima aussi parce qu'il l'aimait, et parce que rien n'est contagieux comme l'amour.

Elle le regretta sincèrement, elle le pleura avec de vraies larmes, lorsqu'il fut tué par le couteau d'un fou, le 13 février 1820.

Particulièrement visé, nous l'avons dit, par les adversaires des Bourbons, le duc de Berry recevait depuis quelques mois des lettres le plus souvent dénuées d'orthographe, mais toujours pleines de menaces. Il les bravait. 11 ne les brava pas longtemps.

Le 12 février 1820, qui était un samedi, il avait assisté à un très beau bal donné chez le comte de Greffulhe. Le maître de la maison avait imaginé de ïaire distribuer aux dames, pendant ce bal, des petits couteaux. C'était une allusion à une parodie qui amusait beaucoup à cette époque le public parisien (1), et dans la [in'llc Potier eut uu de ses meilleurs rôles.

(1) Les l'elilcs h

210 LA VIE PAHISIENNE

Le lendemain, le duc de Bcrry recevait à son tour un couteau, olTert par Louvel, mais il le recevait dans la poitrine. La douleur de la duchesse de Berry fut profonde, et personne ne s'y trompa.

Parmi les exaltés du parti bonapartiste et du parti républicain, cet assassinat excita une joie à ])eine dissimulée. Celui qui venait de mourir si tragiquement ne laissait pas d'héritier du trône. La dynastie des Bourbons était condamnée à disparaître avec le successeur de Louis XM II, et ce sucoosseur éventuel était un vieillard. L'impopu laritc du duc d'Angoulème était trop grande pour qu'on put songer à faire de lui un roi. Il ne le désirait pas. Il était de ceux dont toute la vie est une abdication.

Les deux premiers enfants du duc et de la duchesse de Berry avaient été : une llUe, née le 13 juillet 1817, et qui mourut au bout de deuxjours ; un fds, né le 13 septembre 1818, et ipd mourut au bout de deux heures. Un troisième e;ifant, une fdle, était née le '21 septembre 1819.

Or, le 21 septembre 1820, vingt-quatre couj)s de canon, qui retentirent dans le cœur de tous les royalistes, annoncèrent que la duchesse venait d'accoucher d'un fils, celui qui sera appelé r Enfant du Miracle (1). La nouvelle fut apportée ofiîciel-

(1) « Un artisan du faubouii,^ Sainl-Marccau adressa à S. A. R. Monsieur une pétition ainsi conçue : « Monseigneur,

LA DUCIlESSi; DE BERHY 211

lemeiit au Conseil municipal, puis à l'Hotol do Ville, d'abord de la part du comte d'Artois par un lieutenant de ses gardes, le chevalier Galard de Béarn, puis de la part du roi par le marquis de Rocbemore, grand maître des cérémonies.

Une douzaine de personnes avaient assisté à l'accouchement, parmi lesquelles quatre gardes nationaux (1), et le maréchal Suchet. La personne de ce dernier donna lieu, dans les milieux antiroyalistes, à quelques propos peu aimables pour lui.

« Lorsque le maréchal Suchet arriva chez la duchesse, elle souleva, dit-on, les couvertures et dit au maréchal :

« — Monsieurle maréchal, vousvoyezquelenfant tient encore à moi? ... Vous devez voir le cordon ?

u Une femme spirituelle disait le lendemain :

« — Oui, le cordon bleu (2). »

« ma femme est accoucliéc celte nuit, à la même heure que « S. A. R. Mme la duchesse de licny. Nous sommes bien " pauvres. » Le prince lui envoya cinquante louis. » Riialion des fêles données par la Ville de Paris et de toules les cérémonies qui ont eu lieu dans la capitale, à l'occasion de la naissance et du baptême de Son Altesse Royale Mgr le Duc de Bordeaux ; à Paris, chez Petit, libraire, au Palais-Royal, 1822, p. S.

(1] Voir l'Appendice.

(3) Mémoires sur la Restauration, parla ducliesse DAunAN- TÉs, t. V, p. 322.

Le maréchal Suchet n'avait pas besoin de cordon bleu pour affirmer une vérité que pouvait seul contester l'esprit de parti.

Les fêtes données à Toccaèion de la naissance et du baptême du duc de Bordeaux furent les plus populaires et les plus belles de la Restauration.

La première eut lieu le 3 octobre (1). Une foule immense se porta aux Champs-Elysées, où l'on avait préparé pour le peuple des buffets de comestibles et des fontaines de vin. Le peuple a toujours aimé à arroser son enthousiasme. Un peu partout, des chansonniers de la rue chantaient des couplets de circonstance. Dans l'après-midi, à h heures, une calèche, où se trouvaient Monsieur, le duc d'Angouléme et sa femme, passa, au milieu des acclamations, dans l'avenue des Champs-Elysées. Le soir, il y eut illumination et feu d'artifice.

La veille, le 2 octobre, le Conseil général, faisant fonction du Conseil municipal de la Ville de Paris, avait pris à l'unanimité l'arrêté suivant :

« Sur la proposition de M. le comte de Chabrol, conseiller d'l']tat, préfet de la Seine, le Conseil général du (h'partement, remplissant à Paris les fondions du Conseil muni(i])al, pénétré, comme

(1) La plupart des détails qui vont suivre sont onipruntôs à la Relation publiée eu 1822 chez le libraire Petit.

tous les Français, des idées de bonheur que fait naître l'heureux événement qui vient de combler la France d'espérance et de joie ;

« Touché particulièrement des manières naïves et de la gaieté franche qui ont présidé à l'expression des sentiments de plusieurs corporations laborieuses de la ville;

« Considérant que ces sentiments n'appartiennent qu'à de bons et loyaux Français, et que la réunion de ces sujets fidèles dans une fête de famille ne peut que faire encore mieux apprécier les vœux et les désirs du peuple de la capitale;

« Délibère ce qui suit :

« M. le préfet est invité à réunir en un ou plusieurs banquets, au nom de la ville,

« Les dames de la halle,

" La corporation des forts de la halle et des ports,

« Celle des charbonniers (4).

« Signé an registre : Bellaut, président; « jNIontamant, soerétnire. »

(1) Au nombre de 7 ou SUO, ils avaient escorté jusqu'à Saint-Denis le corps du duc de Berry. Le 2 octobre 1820, quelques jours après la naissance du duc de Bordeaux, ils vinrent aux Tuileries danser au son des musettes, et à midi et demi ils furent introduits dans l'intérieur des appartement et reçus par la ducliesse de Berry. qui leur fit distribuer des médailles commémoratives.

î.o dimanche, 8 octobre, au marché des Blancs- Manteaux, un bal fut offert aux Dames de la Halle, ou plutôt à 18-3 d'entre elles, choisies dans tous les marchés et désignées par leurs collègues.

Elles trouvèrent sous leur serviette une boite de dragées, et on remit à chacune une médaille d'argent qui portait d'un côté l'effigie du duc do Bordeaux, et de l'autre côté cette inscription :

LE CIEL NOUS l'a DONNÉ, NOTRE AMOUR LE GARDERA

Le banquet, (jui fut plantureux et sui-t')ut ])iltoresque, était présidé par MiSI, Le Brun, maire du lye arrondissement (1); Tarbé, adjoint du MP arrondissement (2), et Masson, commissaire de police du quartier des Manîhés. On se mit à table

(1) Ai rondisï^ement de l'Hôtel-de-Ville.

(2) Aujourd'liui arrondissement du Palais-Bouibon.

LA DlCIlEySI-: DE IJERRY 215

à 3 heures, et, vers la fin du diner, arriva le préfet de la Seine, M. de Chabrol, qui porla la santé du roi. On chanta ensuite, en chœur, la Ronde des Dames de la Halle :

Ali inurgué ! queu nuit, commère, Que c'te bell' nuit du vingl-neuf, Qui nous a fait v'nir sur terre Un beau p'tit Prince tout neuf; L'maiin, queu joie à la ronde 1 Queux chants ! queu bénédiction !

On eût dit que pour tout l'monde C'était un' résurrection.

Dés (|iic Icanon s'fît entendre, J'dis à Thomas : « Écout' ça. »

Maisd'tout' façons, j'eus beau l'prendre,

A pein' si ça l'réveilla ; Un' souche et lui, c'est tout comme ; Et j'en étions, s'ion mes vœux, A vingt-quat' coups, que l'cher homme

N'en était encor qu'à deux.

J'ons sus les g'noux de Caroline Vu l'enfant nu comm' la main, Et j'nous somuis dit sur sa mine :

« Le plit gaillard fra son chemin, 11 battra l'cun'mi d'main d'maître; Mais tout seulj^ça n'se peut pas...

Puisque l'général vient d'naître.

Vit' faisons-lui fies soldats. »

J'n'ons pas eu Tbonheur extrême D'conlribuer pou son berceau ; Mais l'bercer d'not' main même S'rait pour nous l'sort le plus beau : Car, pour la Famiir royale, Les esprits, les cœurs sont chauds, Chez les dames de la halle,

A Paris comme à Bordeaux.

Pour les Bordlais, c'était juste, Qu'après tant d'zèle et tant d'maux, Louis donnât zà c'Prince auguste Le nom de duc de Bordeaux.

Mais j'avons, en récompense, Une aut' gloir' qu'a ben son prix:

Car c'est l'premier fils de France Oui soit un enfant d'Paris.

Après avoir mangé et chanté, on dansa. Six cents personnes avaient été invitées au ])al.

La fête donnée aux forts de la halle et des ports avait lieu pendant ce temps au Grenier de réserve, sous la présidence de M. Denise, maire (lu IX" arrondissement, et de ses adjoints. ,\u banquet, qui était de 300 couA^erts, assistèrent le préfet de la Seine et le préfet de police, Angles. Chacun des convives reyul une médaille portant le portrait du duc do Boi'deaux et sur le roA^ers ces mots : Nous l'aimerons comme nous aimions SON PÈRE. Et, le diner fini, il y eut un bal, qui dura jusqu'à /i heures du malin.

Le marché Saint-Martin, le même jour, réunissait les charbonniers et les ouvriers des ports. Autour d'une estrade réservée aux musiciens, se dressaient 10 tables de 100 couverts. Sur ces tables, on avait placé, de distance en distance, des petits arbustes ornés de drapeaux blancs. A 2 heures, charbonniers et ouvriers arrivèrent en cortège, portant le buste du roi. Vers !i heures, M. de. Chabrol, accompagné de MM. Lecordier, Legrand-Devaux, et Leprieur, maires des I^'", V^ et VI 11^ arrondissements, vint dans la salle du banquet. 11 y eut — avant le bal où on dansa la bourrée — des toasts et des chansons, parmi les quelles celle-ci, composée pour la circonstance par l'auteur dramatique Gersin (1), et qui a pour titre : le Père Fumeron, charbonnier du port au Blé, eut un grand succès :

Allons, chantons à la ronde,

Entonnons un gai refrain ;

Et pour cliarmer tout le monde,

Chantons sans (in

Not' p'iit Daupliin

(1) Une des biographies de Gersin, peut-être rédigée par lui-même, fait cette remarque : >< L'aml)ition ni la reconnaissance n'ont jamais inspiré sa muse, et l'on ne voit figurer son nom dans aucune de ces pièces de circonstance, dictées le plus souvent par la flatterie. » Biographie univers $eUe el portative des contemporains, Paris, 1836.

J'chant'rai sans çarimonie Chaqu' couplet qui me viendra ; J' n'attends rien d' TAcadémie Air n'se mêl' pas d'ces chos's-là,

Allons, chantons, etc.

J'somm's noirs, et la couleur blanche Est bien la plus bell' couleur ; Mais si je nTons sus not' manche J'I'ons morgue ben dans not' cœur.

Allons, chantons, etc.

Henri Quatre a reçu l'être En Gascogne, c'est fort bien:

Henri Cinq cheux nous vient d'naître; C'est encor mieux, chacun l'sien.

Allons, chantons, etc.

A chaqu' vertu d'sa bonne mère, Si j 'buvions un coup d'Bordeaux.

Avant une heur', comme mon verre, J'roulerions sous les tonneaux.

Allons, chantons,, etc.

Je bois, j 'mange et j 'm'égosille Aujourd'hui pour nos Bourbons; Mais c'n'est pas pour cett' famille L'premier jour que j'nous montrons.

Allons, chantons, elc.

r.A DUCHESSE DK BEHRY 219

Pour lui, je frons l'diable à quatre, I:t morgue, dès qu'il voudra, Des premiers j'irons combattre Et je n'fuuierons pas pour ça.

Allons, chantons, etc

Si queuq' malin le menace, Et fait encor du mic-mac.

Sans larder qu'on nous le r'passe J'iaurons bicnlùt mis dans l'sac.

Allons, clianloii'^, elc.

Les fêtes du haptrino, iiiaug-urées le 30 avril 1821, durèrent une (|uinzaiue de jours.

On avait eu l'idée de donner, comme sujet de composition dans tous les collèges royaux, la naissance du duc de Bordeaux. Le 30 avril, le prc-fet d<j la Seine se rendit au collège Louis-le- Grand pour la dislribution des prix. Et ces prix étaient \Hidoire cl Henri IV, par Perefixe, les Mêmoircii sur la vie de Mijr le duc de Berrij, par (lliatcaubiiand, et l'cdoge de ce prince dû à la plume féconde et servile de l'inévitable Chazel.

Le baptême eut lieu le lendemain, mardi P'' mai, à Notre-Dame. Le portail de l'église était orné d'un pavillon gothique. De cluupu; c(Mé, les statues de Clovis etdeCharlemaaiio,de saint Louis et d'Henri IV; sur les ailes latérales, les noms et les armes des bonnes vilbîs du royaume. A l'inté'rieur, les bas

côtés, garnis de tribunes en ampliilhétâtre, étaient revêtus de draperies de g'oze d'or, de gaze d'argent ou de talFetas, La tribune principale était drapée de velours et d'or. Des figures ailées formaient consoles et supportaient une multitude de bougies. Trente-six lustres pendaient aux voûtes. Un orchestre avait été placé dans le chœur.

Avant 9 heures, l'église était pleine d'invités de marque, de hauts fonctionnaires, les dames en toilettes d'apparat, presque tous les hommes en habit français ou en uniforme.

Le cortège était parti des Tuileries à midi et demi. A 1 heure, des sonneries de trompettes, des roulements de tambour annoncèrent qu'il approchait. Il ne s'était arrêté, et pendant quelques minutes, que devant la statue d'Henri IV, sur le Pont-Xeuf, où était postée une députation des dames de la halle, des forts et des charbonniers. Un de ceux qui en faisaient partie portait un grand tableau, sur lequel on lisait :

Français Jeanne d'Albret aimez mon pelil-fils Caroline 1553 comme 18^21

fai aimé vos pères

Lorsque le roi descendit de sa calèche et pénétra dans l'église, l'archevêque de Paris, Mgr de Quelen, s'avança et lui présenta l'eau bénite.

Madame DORVAL

KiiI.l; de LOUISE, dans le Proscril.

Un Te Deum suivit l;i messe basse, pendant laquelle la cliapelle du roi joua plusieurs morceaux de Lesueur. Le baptême fut ensuite célébré. L'enfant, que tinrent sur les Ibnts baptismaux la marquise de Foresta, sa gouvernante, et le vicomte de Gontaut (1), portait un manteau de tissu d'argent doublé d'hermine. Tous le suivaient des yeux avec émotion. Quelle magniiique destinée on prévoyait pour lui. Et il devait mourir en exil.

A 3 heures, la cérémonie était terminée. Pendant qu'elle avait lieu, on mariait, dans les douze arrondissements, seize jeunes filles dotées par la Ville de Paris et à qui fut donnée^, en guise de souvenir, la médaille gravée pour le baptême.

Ce jour-là, comme la veille, tous les théâtres représentaient des pièces de circonstance (2). Le

(1) Le parrain, le roi de Naples, était représenté par le comte d'Artois ; la marraine, la duchesse de Calabre, par la duchesse d'Angoulème.

(2) Le 30 avril, les principaux théâtres avaient donné des représentations gratuites : l'Opéra : le Serment des gardes, paroles de Janillion, musique de Louis Jadin ; — l'Opéra Comique : le Panorama de Paris ou C'est fête partout, divertissement de TniiAi.'LON et Dabtois ; — le Théâtre-Français: Jeanne d'Albret ou le Berceau d'Henri IV, intermède de Tiir.AULON, UocHEKOHT ct Carmouche ; — rOdcon : l'Hôtel des Invalides ou la Dcputalion, comédie en un acte de Dubois ; — le Vaudeville : le Baptême du village, comédie en un acte, par Gentil, Ramond, I'llgence et Ledoux ; — le Gymnase ■ le Château de Chambord, vaudeville en un acte par Memssier et Martin (on sait qu'une «ouscriplion jmhlique avait été ouverte pour acheter le chàleau de C.li.iiiilMird et i'olTiir au

soir, il Y eut des illuminations et un feu d'nrtilice fut tiré sur le pont Louis-XVl.

Le 2 mai, Fête populaire aux Champs-Elysées. Distribution de vins, de comestibles et de 10.000 paquets de dragées. Illumination de l'avenue et des quinconces. Feu d'artifice.

A l'Hôtel de Ville, le comte de Chabrol et le le corps municipal avaient reçu Monsieur, Madame, le duc d'Angoulêine, la duchesse de Berry, le duc et la duchesse d'Orléans, le duc de Bourbon. La réponse du comte d'Artois au préfet de la Seine avait été pleine d'attendrissement. (( L'émotion de Monsieur, dit un compte rendu, gagna les spectateurs ; les larmes coulent, on presse les mains de ce bon prince, chacun veut approcher ce Français si grand et si aimable, dont les paroles s'insinuent dans tous les cœurs, et l'assemblée répète avec les transports les plus vifs, les cris de : Vive le Roi ! Vive Monsieur (1) !

Le banquet, où assistèrent douze dames choisies

duc de Bordeaux) ; — les Variétés : le Garde-chasse de Chambord, vaudeville en un acte, par Brazier, Merle et RounF.-

Page 1