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AU RESTAURANT

La Cavalcade.

FJACRES, CABRIOLETS, COUCOUS ET OMNiBUS LES PREMIERS VÉLOCIPÈDES

« Les voituics publiques parcourent les rues avec tant de rapidité, le chargement est sujet à tant d'oscillations, que si elles ne renversent pas d'un côté, elles peuvent vous écraser de r;iutre.

« Les cochers, les charretiers font la loi dans les rues, vous injurient si vous vous plaig-nez, vous coupent la ligure en s'aniusnnt aviM'. leuis jouets; d'autres conduisent leurs chevaux en guide, et ne veulent pas aller à pied; ils se mo(juent des ordonnances, qui sont tombées en désuétude, pjirce (pic l;i geudarîiiei ie et les agents n y pensent i);is.

« Les voituics de place sont encore sous cotli; surveillance exacte dont elles devraient être rohjct. Les cochers ont, comme leurs chevaux, la bride sur le cou. Quand ils se rendent sur les places et qu'ils sont plusieui's, ils semblent se disputer le prix de la course. ^lallieur aux piétons et à ceux qui manquent d'agilité (1). »

Ces plaintes, qui semblent datt'r d'iii-r, nous prouvent que déjà, sous la Restauration, les rues commençaient à èti-e singulièrement encombrées et qu'on n'avait pas trouvéle moyen, qu'on cherclu; encore d'ailleurs, de protéger les piétons contre l'alhiiH' trop rapide des voitures.

Il existait alors une grande variété de véhicules, tous également dangereux pour les gens qui allaient à pied :

i" Des fiacres, voitures numérotées à quatre roues, qui, en I80O, avaient 71 postes do stationnement (2).

La course de joui- coûtait 1 fr. 50, la couise de nuit 2 francs; l'heure de jour 2 francs, l'heui-e de nuit 3 francs.

Ces liacres étaient propres et assez conl'oi'tabies mais ils avaient de mauvais chevaux.

(1) La Police dévoilée depuis la Reslauralioii... par Fno- MENT, Bruxelles, 1829, t. H, p. 27r..

(2) Il y avait, en 1827, you fiacres et loO calèche.-;, mises en nc4ivil('- on 1^22.

FIACKKS, CAIiHIOLETS, COUCOUS ET OMNIBUS '■ •'

2° Des carrosses (500 en 1827).

3° Des cabriolets de place, numérotés (753 en 1830, avec 29 postes de slationnouiout).

Course de jour : 1 l'r. 25 ; de nuit ; 1 l'r. 75. Heure de jour : 1 l'r. 50; de nuit, 2 fr. 50.

Les chevaux des cabriolets étaient en général meilleurs que ceux des fiacres (1).

h" Des cabriolets de remise, loues au mois ou à la journée.

Du n* 113 de la rue Montmartre, déiuoli il y a quelques années, et qui était une dépendance des Messag'ei'ics Royales, sortirent, au début de la llestauration, les Dames-Blanches, ainsi nonunées à cause de la couleur de leur caisse. 11 y en avait douze qui s'appelaient Joséjihine, Sarra (s/V), Julie, Lucie, lîosalie, Betzy, Gabrielle, (Uarisse, Jeniiy, Pauline, Honora et Victoire.

Elles eurent un grand succès. On les chansonna sur la scène et un éditeur créa une nouvelle variété du jeu de l'oie, le Jeu des Dames-Blanches, avec des correspondances en guise de jetons.

Les Dames-Blanches essayèrent de faire concurrence aux omnibus. La dernière qui soutint la lutte, et (pii lui \ aincue comme les autres, c'i'lait,

(1) En 1824, les conducteurs de cabriolets de place lureiit astreints à porter un unifctniie. La même mesun; avait été prise en 1821 pour les conducteurs {\<: liacios et cai'rosses.

par une singulière ironie du sort, celle qui portait le nom de Victoire (1).

Sur les Dames-Blanches ou sur quelque entreprise analogue, L. Montigny nous donne ('2) quelques détails où se révèle Tingéniosité de l'industrie parisienne.

« J'avais remarqué, dit-il, depuis quelque temps, de fort belles voitures neuves qui passent tous les jours sur les boulevards avec la rapidité de l'éclair. Comme je m'intéresse philanthropiquement au succès de toutes les entreprises, je voyais avec un grand plaisir les deux caisses, les cabriolets antérieurs et supérieurs, la galerie et Tim-

(1) Parmi les brevets relatifs aux voilures, j'en ai noté quelques-uns qui donneront une idée de la carrosserie à cette époque et de ses essais plus ou moins bizarres : Diligence particulière dite gondole, brevet de M. Hèbre. — Voiture avec cabriolets derrière et devant, pouvant contenir treize voyageurs, et cabriolets à deux, quatre et six places, appelés mercures ailés, pour le service des environs de Paris, brevet de M. Berkem. — Voiture à voile, brevet de oimi ans, pris en 1819 par Mme Élisa Douglas. — Voiture dite la gaillarde, qui prend à volonté la forme de toutes les voitures, brevet pris en 18:^0 par M. Gaillard. — Voiture qui se meut en avant et en arrière; en avant de la voiture est un cheval ailé qui la met en mouvement par l'action de ses ailes. — Voilure qui marche sans chevaux, par M. Drais. — Voiture nommée patache volante, par M. Berlioz. — C.élérifères, brevet pris en 1817 i)ar M. Sievrac.

(2) Fragmenls d'un Miroir brisé... Paris, 1823, p. 271.

Le Miroir des speclacles, des lettres, des mœura et des arls, après avoir vécu du 15 février 1821 au 24 juin 1823, èlait devenu, le IG juillet 1S2;$, la Pandore, (jui dura jusiju'au 14 août 1828.

FIACnES, CABRIOLETS, COUCOUS KT OMNIBUS 97

poi'iiile eiicoiabrés de voyageurs de toutes les classes.

« Hier, je me reposais, en attendant quelqu'ur a qui j'avais donne rendez-vous à la barrière d' la Chapelle, lorsqu'une de ces voitures parut ; elle était entièrement pleine, et les chevaux paraissaient déjà harassés. Un instant avant d'arriver au bureau de l'octroi, l'énorme voiture s'arrête tout à coup et je vois descendre les nombreux voyageurs. Tous, sans dire un mot, font un demi-tour et se remettent tranquillement en route pour l'intérieur de Paris, à la réserve d'un gros homme que je pris pour un marchand de bestiaux, et d'une nourrice, qui allaitait un petit Parisien. Ceux-tà seuls étaient véritablement des voyageurs.

« Le garçon d'un marchand de vin à la porte duquel je nu3 trouvais, remarquant ma surprise^ uio dit: « Savez-vous ce que c'est que ça? — Non « vraiment. — C'est les moutons qui th-scendcnt. « — Comment les moutons? — Eh ! oui, les admi- « nistrateurs, pour faire croire au succès qu'obtient « leur entreprise, ont des gens qui font tous les « jours le trajet en voiture et reviennent à pied, « comme les chirurgiens de campagne. »

(( Surpris au dernier point, je rentrai dans Paris, et j'ai pris note de ce singulier genre d'industrie. »

De toutes ces voitures publi(pies ou privées,

!»8 I.A VIE PAHISIKNXE

(liligciiccs, carrosses, linidaux, attelés ou non à la Daumont, ealèclies ou berlines, les coucous étaient celles qui rappelaient le plus l'ancien régime.

« Les coucous n'ont pas suivi le système progressif, ils sont les mêmes qu'il y a trente ans; voitures, chevaux, cochers, tout est resté en arrière. On dirait que les entrepreneurs de ces voitures veulent narguer l'époque. Les coucous sont toujours stationnés sur les mêmes places ; vous en trouvez à Feutrée des Cliamps-ElyséeS;, pour Versailles, Saint-Germaiu, Neuilly, Saint-Cloud, Courbe voie ; auprès de la porte Saint-Denis sont ceux qui conduisent à Saint-Leu, Taverny, Montmorenc}^ Enghien, iMontfermeil ; sur le boulevard Saint-Antoine, les voitures de Yincennes, Saint- Mandé, Charenton, Bercy... ; enfin, celles de Montrouge. Sceaux, Saint-Gratien, sont à l'entrée de la l'ue d'Enfer, près le Jardin des Plantes.

{( Les coucous n'ont pas cessé d'être durs, étroits, incommodes. On a autant de peine pour y entrer que pour en descendre. Les cochers actuels emploient les mêmes ruses que leurs devanciers pour forcer les voyageurs à monter dedans ; ils courent après vous, vous tirent par le pan de votre habit, A'Ous pi-ennent de force vos pa(pirls, en vous criant tous à la fois : « On part... on part a Tins- « tant. » Vons montez de conluHice, et une r()is(pril.s vous tiennent ein[)a(pietés, l)arricad(''s, ils vous

FIACUKS, CABRIOLETS, COUCOUS KT OM.NUiUS '.'.)

jiriMiu'iKMit uiio heure suf la place. Je long' eu h'.rg'c, en attciulaiil que leurs voitures soieîit lonipletes. « Quelquefois, le cocher de coucou se fait femme, c'est-à-dire qu'une grosse maman, aux bras nerveux et nus, à la figure hàlée, aux: lèvres violettes, la tète couverte d'un grand chapeau de paille, conduit uiu; voilure pendant que son mari en mène une autre. Rien de drôle comme ce cocher féminin ; il faut la voir se démener, gesticuler, crier, fouetter à tour de bras un > pauvre rosse qui n'en peut mais. Cet animal, dont le corps est diaphane, porte sur son échine 10 personnes, savoir: 6 dedans, 2 sur le siège, et 2 sur l'impériale, les jours de fêtes. Je suis encore à concevoir comment une pauvre bète peut, à elle seule, traîner pareille charge. Cependant, on peut dire que le cheval de coucou va ventre à terre, carde Paris à V^ersailles il s'abat souvent cinq ou six fois. Alors la cochère le relève à grands coups de fouet, souvent môme elle se sert du ni;tnch(% et si vous lui dites de ne pas frapper si fort, elle vous riq)ond en riant : (' liah ! c'est son état, pourquoi qui sa fait cheval ?» Ou bien: <( Il n'a pas étudie' j)our êtr»' prêtre. » liicu n (''gal(^ r.'d)aiulou dr, ces sorlrs de ICnimes ; elles se mettraient plutiH sui* vos genoux (jue de refuser un lapin en route (1). »

(\) Les C.orhcfs (le l'oi'ia. \y,\v N. iJi;AZu;ii, dans /e Livre des Cent cl i'n, I. .\I, p. l'.i:;.

lOO tA VIE PARISItXNÉ

En 1819 (1), M. Godot; en IS'i'i. MM. Duboiirget et dWndrion avaient vainement sollicité lautorisation d'établir, à Paris, un service régulier de voitures publiques. MM. Baudry et Boitard, en 182(3, renouvelèrent cette tentative, mais ]M. Delaveau, qui était alors préfet de police, repoussa leur proposition.

M. Baudry exploitait, à cette époque, à Nantes, vis-à-vis la gare, une minoterie à vapeur, connue dans le pays sous le nom de Pompe à feu de Hicheboiivg. Il avait eu l'idée d'utiliser l'excédent d'eau chaude que lui fournissait sa machine en créant un grand établissement de bains, et comme il craignait que cet établissement, situé loin du centre, n'attirât pas suffisamment les baigneurs, il allait, à certaines heures, les prendre à domicile et les transportait dans un véhicule muni de deux banquettes, véhicule qui ne manqua pas d'exciter la curiosité des Xantais et qu'ils appelèi-ent bientôt la Voiture des bains de Richeboiiry. Gomme titre, c'était un peu long. Or, il y avait alors à Nantes un épicier nommé Omnès qui, doué de quelque esprit, bien qu'il ne fut qu'épicier, avait fait peindre sur la porte de sa boutique, cette enseigne : Omnès Omnibus. Un ami de M. lîaudry

(1) I.e nombre des voitures à I^aris, le V' janvier 1819, était évalué à 22.000. Il y en avait, en 1825, de 20 à 27.000.

flACRES, CABRÏOLETâ. COUCOUS tiT OMNIBUS 101

lui conseilla, et le conseil fut immédiatement suivi, de donner ù son véhicule le nom d' « omnibus » (1).

Après avoir débuté à Nantes très simplement, les omnibus fonctionnèrent tant bien que mal à Bordeaux. En 1828, à la suite de nouvelles démarches^ M. Baudry (2) obtint cnOn rautorisalion de les l'aire circuler sur les boulevards ou le long des quais. Le 80 janvier 1828, ces massifs véhicules de quatorze places, en forme de gondoles, furent inaugurés, au miheu de l'indliférence publique.

Les Parisiens ne semblaient pas se rendre compta des services que pouvait leur rendre ce nouveau genre de transport, économique et régulier. D'énormes affiches, placardées dans tout Paris, leur en signalèrent les avantages et leur en firent connaître le fonctionnement.

'< Ces A'oitures, disaient ces affiches, dont le nombre va être incessamment porté jusqu'à cent dans Paris, préviennent de leur jiassage pai' un jeu de trompettes de nouvelle invention. Elles sont organisées de manière qu'elles s'arrêtent au moindre signe fait au cocher ou au conducteur; que la portière, située dans la jiailic postérieure, ne fait courir aucun danger aux jieisdnncs (pii montent ou descendent; ([uiin conducleiu', chargé

(1) Leltie de Prosper Blanchcinain, le 31 mais lS7".i. cilée dans la Gazelle anecdolii/ae, avril 1S7'.>.

(2) Il élail a-socK- à !\IM. l'.oilard et Sain! ('.('lan.

102 LA vu; PARISIKXNE

(le la perception du prix de la course, veille au maintien de Tordre qui doit toujours y régner; que des lanternes sont disposées de manière à éclairer seulement l'extérieur, où elles jettent une grande masse de lumière, mais encore Fintérieur de la voiture, et particulièrement le marche pied.

« Chacune d'elles porto sur ses flancs l'indication du point de départ et d'arrivée.

« Le service étaldi dans Paris, sur des lia-nes données par l'administration do la police sera organisé de telle sorte que le trajet d'une voiture à l'autre sera d'une demi-lieue ou à peu près; que le nombre des voitures sur chaque ligne sera assez considérable pour qu'on pnisse les trouver à chaque instant, et qu'elles arrivent à leur point darrét au moment où celles d'une ligne opposée y arrivent aussi.

« Le prix de la course, qui est de 25 centimes (1), ne variera jamais, quel que soit le point de la ligne où monte le voyageur, qui fait ai-rèter partout où il veut descendre (2). »

(1) Les correspondances ne furent créées qu'en 1836.

(2) « Il vient de se former une entreprise qui promet d'avoir un grand succès : c'est un service de voilures de dix-liuit à vingt places, espèces de diligences pour voyager dans Paris; on leur a donné le nom iVomnibus, parce que le prix modi- ([iic (1(> la course les mellra erfcclivement à la portée de tout le monde. » Annuaire de Lf.sur, année 1828, à la date du 11 avril.

D'après une st.-di-;! :;;c puiili'oen janvier 1S"2!), le nombre

riVCRES, CAniflOI.ETS, coucous ET OMXIBUS 103

Les premiers itinéraires des omnibus et les voitures concurrentes, en 1828, étaient les suivants : ,

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