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loin dans l’histoire, mais les avis sont partagés en ce qui concerne leur utilisation. Les uns voient là un abri pour le bâttier qui, chaque année, aurait creusé une fosse nouvelle. Pour d’autres, ce sont des vestiges de l'exode de populations chassées de leur habitat normal par des guerres, des révolutions, des invasions. Des villages entiers seraient venus sur ces hauteurs y chercher une protection.
II — Le bâttier
Le souverain maître de la montagne, c’est le bâttier. C’est lui qui règle et dirige les évolutions du troupeau. C’est lui qui préside notamment à cet acte important qu'est la « beurra », c’est-à-dire l’abreuvage des animaux.
Le bâttier est philosophe, son horizon est immense ; c’est l’ermite des hauteurs. Il ne reçoit point de journaux. Les grands problèmes sociaux ne l’inquiètent guère. Les changements de régime, les, événements politiques le laissent indifférent. Il est sage, il est heureux. On le rémunère largement, de quatre à sept mille francs, suivant l’importance de la montagne, et bien souvent des dons en nature, pommes de terre, fromages, vêtements, chaussures, viennent grossir son gage.
Le bâttier ne possède pas de baromètre et, malgré cela, il prévoit le temps. Il sait que le soleil, qui se couche au milieu de nuages rouges, annonce le vent
et la pluie ; il sait que les oiseaux, qui volent bas, promettent la tempête.
Il a quelques prétentions en médecine vétérinaire ; pour lui, le sucre guérit les maladies de l'œil... ; les grenouilles et les toiles d’araignées constituent d’excellents hémostatiques ; un simple signe de croix le premier vendredi de la lune guérit infailliblement la teigne (endarles) ; l’arnica est souverain pour les blessures. Il est persuadé qu’une simple blessure à la partie antérieure du palais fait disparaître les verrues (fics). Il guérit l’urticaire (Takou) et le poil ératique (Poil) du porc.
Il est quelquefois rebouteux pour l’homme luimême !
Le bâttier possède dans son buron une réserve de sel, et il en a toujours sur lui une petite quantité dans une pochette de cuir. Le sel est un excellent moyen pour approcher les animaux. Les plus rétifs s’y laissent prendre. Une main tendue signifie, pour eux, distribution de sel. Ils font cercle et tendent le cou. Malheureusement la répartition est des plus irrégulières et bien des animaux ne goûtent presque jamais à ce condiment pourtant indispensable.
C’est une chose rare qu’un bon bâttier, et les propriétaires de montagnes en connaissent le prix.
Plusieurs mois d'avance ils le recherchent, et tâchent de se le réserver. Il faut voir ces discussions où les uns et les autres s’affrontent en donnant libre cours à leur malice. Le propriétaire n’offre que peu.à peu ce qu’il a l’intention de donner... il ajoute au dernier moment un tonneau de vin, garantit des étrennes…. ; le
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bâttier, lui, fait la sourde oreille... Il fait entendre qu’il a mieux ailleurs. La femme, les enfants se mêlent à la conversation, apportant des exigences nouvelles !
Et puis, les conventions les plus formellement établies ne sont jamais définitives. Il n’est pas rare, en effet, que le propriétaire apprenne, la veille de Îa montée, que son bâttier ne vient pas chez lui. Un voisin, mieux avisé, a fourni au dernier moment des arguments plus persuasifs ! La chose s’accompagne de cris et d’injures qui ne troublent personne. Le propriétaire part à la recherche d’un autre bâttier, à moins qu’il ne fasse revenir son homme sur son ultime résolution. |
Le bâttier est accompagné d’un ou de plusieurs chiens, qui lui sont d’un grand secours.
Ce sont des animaux sans race, maigres, efflanqués, qui obéissent au geste et à la parole.
Parfois même, sans ordre reçu, ils font respecter la consigne une fois donnée et savent admirablement faire rentrer dans le bon chemin l’animal qui serait tenté de s’en écarter.
Il faut les voir à l’œuvre. De la voix, de la dent, ils persuadent le délinquant qu’il y a un règlement, et que ce règlement est obligatoire.