‹ La vieChapitre 14 sur 171 · ENDOSMOSE · texte numérisé non relu

ENDOSMOSE

nière qu’une éponge criblée de lacunes; mais l’expérience suivante rend compte du phénomène.

(Fig. 17), a est une petite poche formée d’une membrane animale ou végétale, et liée hermétiquement à un tube de verre b. Cette poche et le bas du tube étant remplis d’une dissolution épaisse de gomme, si l’on plonge l’appareil dans l’eau pure contenue par le vase c, on voit bientôt le niveau du liquide gommé s'élever rapidement dans le tube, et le niveau de l’eau pure baisser dans le vase. En exami- Fi s. 1T nant alors les deux liquides, on trouve qu’à travers la membrane un peu de liquide gommé a passé dans l’eau pure, mais qu’une beaucoup plus grande quantité d’eau a passé dans le liquide gommé.

Si l’on intervertit les conditions de l’expérience en mettant l’eau pure dans la poche et l’eau gommée dans le vase, c’est toujours le niveau de l’eau pure qui baissera rapidement dans le tube, et le niveau de l’eau gommée qui montera dans le vase; et l’examen des deux liquides montrera le même résultat que dans l’expérience précédente. À travers la membrane l’eau aura passé beaucoup plus rapidement vers le liquide gommé que celui-ci n’aura passé vers l’eau.

Si l’on remplaçait la gomme par le sucre ou l’albumine, [158r] et plusieurs autres substances, on obtiendrait les mêmes résultats.

Nous ne discuterons pas ici ces phénomènes A'enilos-

VÉGÉTATION

mose (tel est le nom qu’on leur donne), nous ferons seulement remarquer que leur intensité augmente sous l’action de la chaleur; mais, quelle que soit la cause à laquelle on doive les rapporter, ils rendent compte de l’absorption qui s’opère par les racines, car la membrane cellulaire est analogue à celle de notre appareil, et les sucs liquides contenus dans les cellules végétales sont en grande partie composés des trois- substances que nous venons de nommer : sucre, gomme, albumine, dissoutes en proportions diverses; de sorte que les cellules en présence de l’eau du sol doivent se conduire comme la poche a dans la première expérience.

C’est d’ailleurs par l’extrémité des racines que l’absorption est la plus active. Là, en effet, leur jeune tissu est beaucoup plus perméable que le tissu compacte, et meme revêtu d’écorce, des parties des racines plus anciennement formées.

Les racines absorbent , avec l’eau , les substances qu’elle peut avoir dissoutes, Ces dissolutions de l’eau du sol, étant presque toujours extrêmement faibles, agissent comme l’eau pure dans le phénomène d’endosmose; mais les substances qui ne sont que délayées et en suspension dans l’eau, quel que soit leur degré de ténuité [8], telles que le carmin et d'autres matières colorantes, ne sont point absorbées. Au reste, les racines absorbent les dissolutions nuisibles au végétal aussi bien que celles qui lui sont utiles.

Ajoutons que dans toutes les parties extérieures du vé-

A RSOR PTION.

gétal, les cellules, qui contiennent des sucs plus ou moins épais, absorbent de même l’eau des pluies et la rosée. C’est pourquoi le bassinage ou arrosage des feuilles, tiges, rameaux, est si efficace pour rétablir promptement la vigueur d’une plante qui a souffert de la sécheresse.

[158tn] L’absorption de l’acide carbonique par les cellules végétales est très-bien expliquée.

Si l’on plonge une vessie sèche, remplie d’acide carbonique, dans un vase plein d’oxygène, les deux gaz se mêleront également à l’intérieur et à l’extérieur de cette membrane. Mais si la vessie est humide, le gaz carbonique, à travers la membrane, viendra se mêler à l’oxygène du vase beaucoup plus rapidement que celui-ci n'ira se mêler au gaz carbonique dans la vessie.

line bulle de savon soufflée à l'aide d’un chalumeau, dans une cloche remplie d’acide carbonique, se gonfle rapidement, parce que l’acide carbonique passe dans l’intérieur de la bulle.

Or, un grand nombre de cellules ou de lacunes des végétaux sont remplies d’air. Lorsque cet air intérieur est purgé d’acide carbonique par suite de l’élaboration dont nous allons parler, et que ces cellules sont humides, l’acide carbonique de l’atmosphère [106] doit y pénétrer à travers leurs membranes avec la même rapidité que dans la bulle de l’expérience précédente. Et l’on voit ici une nouvelle raison de l’utilité du bassinage des feuilles en temps de sécheresse, bassinage auquel le simple ar-

VÉGÉTATION

rosage üe la terre qui porte un végétal ne saurait suppléer, quelque abondant qu’il soit.

[158»] Parvenue dans les racines, l’eau, mêlée aux diverses substances qu’elle y a apportées, ou qu’elle y a rencontrées, monte dans l’intérieur du végétal. Ce liquide mêlé ainsi de diverses substances s’appelle sève , et les divers mouvements qu’il manifeste dans l’intérieur du végétal constituent la fonction appelée circulation.

La circulation végétale est considérée aujourd’hui par les botanistes comme un résultat de plusieurs causes agissant de concert. Le phénomène d’endosmose qui a introduit l’eau dans les racines se continue dans l'intérieur du végétal, d’une cellule à l’autre; il s’y continue d’autant plus énergiquement que par suite de l’évaporation trèsconsidérable dont les parties aériennes sont le siège, et aussi par suite de la respiration, les sucs contenus dans ces parties tendent toujours à se concentrer'.

Nous avons vu d’ailleurs que le chêne est muni, depuis ses racines dernières jusqu’à l’extrémité de ses feuilles, de nombreux vaisseaux intérieurs. Dès les premiers temps de sa végétation, ces vaisseaux ont commencé à se former. Peut-être résultent-ils simplement de l’action mécanique de la sève qui, accumulée par endosmose et pressée dans les tissus déjà anciens, jaillit en quelque sorte dans les

1 On appelle dissolution concentrée celle dans laquelle les substances dissoutes sont en très-grande proportion relativement à la masse du liquide où elles sont dissoutes. C’est ainsi qu’un suc végétal se concentre lorsque la proportion d’eau y diminue.

RESPIRATION

jeunes tissus et s’y crée des passages, soit par leurs interstices, soit en perforant les minces parois des cellules nouvelles; celles-ci formeraient alors des canaux comme r une suite de petits barils défoncés. Peut-être les vaisseaux sont-ils formés de ces deux manières à la fois. Mais après qu’ils sont formés, ces vaisseaux, capillaires • pour la plupart, doivent exercer sur la sève qui mouille leur intérieur une action tendant à la faire monter [55].

Enfin, l’évaporation produisant des vides dans les parties supérieures du végétal, détermine ainsi une sorte de succion qui ajoute à l’effet des causes précédentes! d’où semble résulter en définitive l’ascension rapide de la sève.

Toutefois, nous devons le dire, la circulation végétale ne nous parait encore qu’imparfaitement connue, et les trois causes que nous venons d’énumérer ne suffisent pas à expliquer tous les mouvements circulatoires qu'on observe dans les végétaux.

[158o] La respiration végétale s’exerce par les feuilles et généralement par toutes les parties herbacées et vertes des plantes*. Ainsi, dans les premiers temps de sa végétation, la jeune tige du chêne, qui est tendre, verte et flexible comme une herbe, respire par toutes ses parties aériennes.

Nous venons de voir comment l’acide carbonique de

1 Herbacé. Cetle expression souvent employée -signifie toute partie d’un végétal qui n l’aspect cl la consistance des plantes que l’on appelle vulgairement herbes.

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l’air est introduit dans les cellules vides, dans les lacunes

du végétal.

Sous l’influence de la lumière, cet acide est décomposé dans l’intérieur du végétal. Le carbone est fixé, c’est-àdire engagé dans les combinaisons organiques des tissus et des sucs du végétal, et une quantité d’oxygène à peu près correspondante est expirée, c’est-à-dire restituée à . l’atmosphère. Telle est la source principale du carbone des végétaux. Le surplus de ce qu’ils en contiennent leur est apporté par l’eau de la terre ou des pluies, et décomposé de même.

Le résultat immédiat de cette fixation du carbone est la formation, dans l’intérieur des jeunes pousses, et sur tout des feuilles, d'une certaine substance verte nommée chlorophylle [1 58i] , à laquelle ces organes doivent leur couleur. La grandeur et le nombre des lacunes ou espaces vides dans le parenchyme des feuilles différant beaucoup selon les espèces-, le vert des feuilles d’une espèce est d’autant plus intense, plus foncé, que les lacunes y sont plus nombreuses et plus grandes. On pouvait s’y attendre d’après ce que nous avons dit sur la manière dont l’acide carbonique est absorbé.

Toutes choses étant égales d’ailleurs, le phénomène est d’autant plus actif, la fixation du carbone d’autant plus considérable, que la lumière est plus directe et plus intense. A la lumière diffuse [C5], le phénomène est moins qctif, et dans l’obscurité complète il cesse complètement.

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