‹ La vieChapitre 36 sur 171 · NOMENCLATURE · texte numérisé non relu

NOMENCLATURE

prendre une multitude de noms arbitraires et qui, au fond, n’ont aucun lien avec les choses et les êtres qu'ils sont appelés à faire reconnaître. Car il est clair que ce que nous appelons herbe, nous pourrions l’appeler tout autrement, comme en effet des centaines de millions d hommes l’appellent autrement dans leurs divers langages.

Dans toute étude, nous devons donc passer par les mots avant d’arriver aux choses, et pour apprendre n’importe quoi, nous sommes obligés à deux études pour chaque détail : 1° il nous faut apprendre le nom qu’on lui donne; et 2° il nous faut apprendre la choseen elle-même.

Toute science se compose de deux sortes de connaissances dont l une importe bien plus que l’autre, quoiqu’elle soit nécessairement liée à l’autre. L’une est la connaissance des réalités qui existaient avant qu’on les eût nommées, et qui sont toujours les mêmes, quelque nom qu’on leur donne ; l’autre est la connaissance des noms par lesquels on désigne les réalités.

J’insiste, et je dis : Dans l’ensemble des connaissances qui constituent une science il y a deux parties: 1° une partie relative à l’homme, faite par l’homme ; et 2° une partie indépendante de nous, qui n’a pas été faite par nous, et que nous avons apprise directement par l'observation et par l’expérience.

Ainsi, une pierre abandonnée à elle-même dans l’atmosphère tombe vers la terre : ce fait entre dans nos connaissances physiques, et il serait le même si nous ne

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le connaissions pas ; il ne dépend pas de nous. Mais nous appelons pesanteur la force qui précipite la pierre, et toi de la pesanteur la manière constante dont elle tombe; ces expressions font partie également de nos connaissances physiques ; mais elles sont créées par nous.

Ce qu'il est important de savoir, c’est la réalité, quels que soient les mots. Si l’on pouvait enseigner et apprendre la réalité dégagée de mots, ce serait mieuN ; et c’est en effet ainsi que les esprits supérieurs se représentent à eux-mêmes les choses. Mais, faute de pouvoir se passer de nomenclature, au moins faut-il la simplifier et la réduire le plus possible ; c’est de quoi nous avons pris grand soin, convaincu que ce qu’il importe le plus de faire connaître à l’immense majorité des lecteurs ce sont les généralités et non point les détails. En effet, une seule généralité bien connue explique plus de choses et renferme une plus grande somme de vérité réelle que n’en contiennent mille termes de nomenclature correspondant à des détails.

[1626] La nomenclature ne compose pas à elle seule le bagage humain des sciences. Dans la botanique, notamment, les classifications occupent une grande place. Elles doivent être comptées parmi les œuvres les plus remarquables de l’intelligence. Et en apprenant à connailre leur objet et leur utilité, nous nous rapprocherons tout à coup de notre but.

Au milieu des innombrables productions de la nature et de notre industrie, la nomenclature peut bien nous

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faire reconnaître les objets quand ils se trouvent sous nos regards et sous nos mains ; mais il faut un autre secours intellectuel, un procédé spécial pour nous aider à les retrouver sans perdre trop de temps à fouiller l'amas des choses quelconques où ils sc trouvent.

Or, le but primitif des classifications est de constituer un arrangement des choses tel, que nous puissions facilement retrouver l’une quelconque de ces choses parmi toutes les autres.

La tendance à imaginer des classilications est universelle dans l'humanité.

L’enfant range ses jouets, les bons hommes d’un côté, les petits moutoTis de l’autre. C’est un essai de classification.

Toute bonne ménagère, en tout pays, à certains jours, range dans la maison. Jours redoutables, où elle s’arroge une autorité bruyante et sans bornes, que tous respectent instinctivement.

Sur le buffet, elle place les vases de métal selon l’ordre de grandeur, et aussi les vases de terre, le tout aligné en une série à plusieurs étages ; les couteaux, les cuillers, les fourchettes en un groupe avec plusieurs divisions. Dans l’armoire, elle dispose régulièrement les habits selon leyr nature. Ailleurs, on voit les nappes empilées à côté des serviettes, puis les chemises et tout le linge du chef de la famille, puis les chemises et les beaux lichus de la ménagère, puis les petites nippes des enfants i (Juand elle a tout disposé selon son plan elle se callUÊ* et

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d'un air satisfait où perce un juste orgueil, elle dit à toute la famille (|ui, sans en exeepler le père, voit arriver avec plaisir la fin de cetle grave opération : Alt ! si je n’étais pas là pour ranger, que deviendriez-vous tous?

C’est en effet à cette classification de tout le ménage que chacun d'eux doit une partie de son bien-être, et rien qu’en voyant l’armoire de la ménagère, on peut juger du degré d’ordre et d'économie qu elle apporte au gouvernement intérieur qui est son partage.

De même, le jardinier classe chez lui ses outils, ses plants, ses graines; et dans son jardin il distribue ses semis et ses cultures.

De même, un auteur classe dans son livre les matières dont il traite; et un bon classement est l’une des plus grandes difficultés pour l’écrivain et l'un des mérites les plus utiles au lecteur, — quoique peu apprécié.

Pour retrouver facilement un objet parmi beaucoup d’autres, toutes sort s d’arrangements ne sont pas également bons; il y en a d’excellents, de médiocres, de détestables.

Prenons pour exemple une bibliothèque. Voici trois mille volumes à ranger: on peut d’abord mettre d’un côté tous les livres reliés, et d un autre côté tous les livres non reliés, les brochures ; puis dans chaque division mettre ensemble tous les formats semblables.

Cette classification rendra sans doute de grands services; il suffira de se rappeler si le livre dont on a besoin est relié, et quel est son format, pour trouver aussitôt le

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lou

groupe de livres qui le contient et n’avoir plus qu’à le chercher parmi un certain nombre de volumes. Mais un tel mode de classement est très-imparfait, car on peut oublier quel est le format d’un livre et s’il est relié ; d’ailleurs, s’il existe dans cette bibliothèque cinq cents volumes d’un même format, il faudra chercher parmi ces cinq cents volumes ; enfin, les ouvrages de format dill'érent qui traitent d’une même science se trouveront dispersés dans divers groupes de livres.

On pourrait ranger cette bibliothèque de bien d’autres manières qui seraient plus ou moins utiles ; mais n’y en aurait-il pas une plus rationnelle 1 que les autres?

Ou’est-ce qu’un livre? — C’est un professeur toujours prêta donner leçon.

Quel est le caractère principal de ce professeur? — Ce n’est ni le format, ni la couleur de la couverture, ni la qualité de l impression. ni le nombre des volumes de chaque ouvrage. Tout livre traite d’une matière quelconque : c’est là le caractère principal.

C’est donc par la distinction entre les diverses matières, les diverses branches des connaissances et des divertissements ou des spéculations 1 de l’intelligence, que doivent être déterminées les divisions d’une bibliothèque.

1 Ici, rationnel signifie : qui est fondé sur le raisonnement (du latin : ratio, raison).

4 Ici, spéculation signifie : recherche théorique, développement abstrait d’une conception de l’esprit (2 \a\.

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De plus, ce monument de la pensée humaine doit montrer un ordre dans lequel non-seulement on passe du simple au composé, mais dans lequel, autant que possible, on ne passe à une étude nouvelle qu’après toutes les éludes préparatoires.

Et comme l’étude des choses où la pensée humaine intervient sans cesse, non pas seulement comme miroir de l’univers, mais comme puissance créatrice, offre une double complication, on doit faire trois divisions générales, la première comprenant tous les ouvrages de science pure, où l’homme se borne à observer et à démontrer fies réalités, des phénomènes. Celte division, qui commencera par les mathématiques, se terminera par la physiologie générale.

La seconde division comprendra les sciences appliquées : ait de l’ingénieur, navigation, agriculture, médecine, hygiène, etc., etc. Enfin, la troisième division comprendra d’un côté les ouvrages qui traitent principalement de l'intervention humaine, et d’un autre côté ceux qui sont le produit le plus direct de la pensée. Cette division, qui sera plus difficile à classer, comprendra d’un côté l’histoire aboutissant à la politique, et, de l’autre, la poésie et la philosophie aboutissant à la religion.

On voit que l’ordre des ouvrages, dans ces divisions, est déterminé par l’ordre rationnel des matières.

La classification fondée sur le format était arbitraire l ,

* Arbitraire signifie : qui est produit par la seule volonté de l’homme, sans avoir de règle ni de fondement naturel.

classification.

et c’est ce qu'on appelle une classification artificielle.

La classification fondée sur l’ordre des matières est tirée de la nature même des choses, et c’est ce qu’on nomme une classification naturelle.

■ C'est en botanique que les classifications ont pris le plus d’importance, et il y avait pour cela beaucoup de motifs. Les plantes ayant fourni dès l’antiquité des médicaments et des aliments précieux, on dut enseigner à les reconnaître. On imagina les herbiers , où chaque plante est conservée sèche et peut servir en tout temps à l’étude. Dès que le nombre des plantes étudiées et connues fut considérable, il fallut mettre de l’ordre dans ces herbiers, c’est-à-dire classer les plantes; chaque botaniste le fit d'abord à sa guise.

Mais le nombre des plantes connues ayant atteint plusieurs milliers, il devenait impossible à une mémoire humaine de retenir les caractères et le nom de chacune. Pourtant il fallait pouvoir non-seulement les reconnaître et les trouver facilement dans les herbiers, mais s’entendre entre botanistes. Il fallait donc imaginer une classification qui fût à la lois, pour tous les botanistes, un catalogue raisonné pour les herbiers et les livres, et une méthode pour connaître facilement le nom d'une plante cueillie dans un champ ou dans un bois, pourvu qu’on eût présents à la mémoire, ou décrits dans un livre, des signes distinctifs suffisants.

On établit d’abord certaines généralités.

[102c] Chacun sait (pie, dans un pré ou un bois, par

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exemple, on voit souvent à la fois beaucoup de plantes très-différentes, beaucoup de plantes semblables entre elles, et un assez grand nombre de plantes qui, sans être tout à fait semblables, présentent des ressemblances.

On s’accorda à nommer espèce l’ensemble de -toutes les plantes semblables ; ainsi tous les individus pommier formèrent l ’ espèce pommier , tous les individus pêcher formèrent l 'espèce pêcher , etc.

On s'accorda à nommer variété l’ensemble des individus qui ne diffèrent de ceux de leur espèce que par trèspeu de points, mais dans lesquels ces différences sont persistantes et se perpétuent l .

On s’accorda à nommer genre l’ensemble des espèces qui, bien que différentes, présentent certains rapports, certaines similitudes.

H ne pouvait guère y avoir alors de discussion sur les limites de l’espèce, c’est-à-dire sur la question de savoir en quoi chaque espèce se distingue d’une espèce différente : car, au premier abord, rien ne paraît plus tranché que l'ensemble des caractères spécifiques , c’est-à-dire qui distinguent une espèce.

Mais, dès lors, on ne s’entendit pas aussi facilement sur les caractères génériques, c’est-à-dire sur la question - de savoir en quoi un genre se distingue d'un autre genre 2 .

1 C’est ainsi que la reinette, la calville, appartiennent à des variétés de l’csp'ce pommier.

* Nous compléterons ceci ailleurs.

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Sans faire l’iiisloire des diverses méthodes de classifications qni forent employées, ni des systèmes qui furent proposés ou mis en pratique , nous entrerons dans quelques détails nécessaires pour faire comprendre les questions que soulèvent les classifications, et dont la portée est très-grande. Nous tâcherons de déduire clairement ces aridités; mais le lecteur qui veut s’instruire et comprendre l’univers ne peut pas se dispenser ici de nous seconder de toute son attention.

A moins que vous n’y ayez jamais songé, vous trouvez tout naturel que, pour produire et amener jusqu’à votre main le petit pain dont vous déjeunez, il ait fallu le concours de plusieurs centaines d’ouvriers et plusieurs années d’efforts. Mais, pour qü’il vous nourrisse, encore faut- il que vous le preniez, et qu’après l’avoir porté à votre bouche, morceau par morceau, vous le mangiez.

N’espérez donc pas acquérir une connaissance dont puisse se nourrir votre esprit, sans un effort et une méditation proportionnée. N’oubliez pas que ces connaissances devenues si claires ont été conquises lentement, douloureusement, par des armées de chercheurs, inconnus aujourd’hui pour la plupart, et que chacun des courts chapitres que nous vous offrons n’a pu être préparé que par les travaux de cent génies infatigables et supérieurs. Vous leur devez bien un petit effort; c’est dans l’espoir de cette récompense qu’ils ont pris tant de peine.

'Au siècle dtrnier, le suédois Linné imagina de classer

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méthodiquement les végétaux par la considération des particularités diverses que présentent les étamines et les pistils, ou leur absence. 11 lit donc d'abord deux divisions : d’une part, les plantes phanérogames , qui ont des étamines et des pistils ; de l’autre, les cryptogames , qui n’en ont point (V. notes).

Les premières formèrent aussi deux divisions : l'une, où les étamines et les pistils sont réunis dans la même fleur [158/t] ; l'autre, où ces organes sont portés sur des fleurs différentes.

Selon que : 1° les étamines et les pistils adhèrent ou non; 2" les étamines sont libres ou adhérentes entre elles ; 3" les étamines sont égales ou inégales; 4° il existe dans la fleur une étamine ou deux, ou trois, etc. ; selon que les fleurs mâles et femelles existent sur le même individu ou sur des individus séparés, etc., etc., il rangea tous les végétaux connus alors en vingt-quatre classes, et, dans ces classes, les végétaux furent rangés selon des considérations semblables.

Quand il s’agit seulement de trouver le nom d’une plante, cette classification, qui date de 1754, est encore la meilleure pour aider une personne qui débute dans l’étude de la botanique et qui étudie seule.

Mais. cette classification artificielle ', puisqu’elle était

* Du reste, Linné lui-même Tut le premier à dénoncer l’imperfection de son système artificiel, et, en 1738, il publia un essai de méthode naturelle où les (icwes connus de son temps étaient disposés selon l’ordre: de leurs affinités, telles qu elles avaient pu être déjà constatées alors.

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fondée sur un caraclère pris arbitrairement et non sur l’ensemble du végétal, réunissait souvent dans une même classe des genres de plantes absolument différentes, qui n’avaient d'autres rapports entre elles que la disposition de quelques parties de leurs fleurs. Il est vrai que, dans certaines classes, les genres qui se trouvaient réunis, ou quelques-uns seulement, présentaient dans leur ensemble des ressemblances frappantes. D’un antre côté, Magnol, botaniste français du dix-septième siècle, avait déjà enseigné qu’un grand nombre de genres offrent ainsi des similitudes et présentent nn air de parenté, quoique leurs fleurs diffèrent en beaucoup de parties. De là, on avait conçu l’idée d’appeler familles ces groupes, ces genres d’espèces parentes, quoique différentes sous, beaucoup de rapports.

Il y avait donc à faire un travail nouveau pour grouper naturellement les genres d'après des similitudes convenables, de, même que, dans les genres, on avait groupé les espèces.

Afin de reconnaître ces groupes naturels, Adanson, botaniste français, construisit, à l’égard de seize cents plantes, soixante-cinq systèmes ou classifications artificielles d’après soixante-cinq bases différentes; c’est-àdire qu’à l’imitation de Linné qui avait pris pour base de sa classification des considérations relatives aux étamines et au pistil, Adanson prit successivement pour base d’un examen systématique les racines, les feuilles, les branches, etc., enfin toutes les parties de ces végé-

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taux et tous les points de vue sous lesquels on peut les rapprocher.

Comparant ensuite ces soixante-cinq systèmes, il forma des familles naturelles de tous les genres de plantes qui présentaient le plus de similitudes dans chacun des soixante-cinq systèmes, en tenant compte cependant du principe suivant, que : Il y a des caractères plus importants que d’autres.

Ce travail gigantesque fit faire de grands pas à la science, mit en lumière le principe que nous venons de dire, et détermina plusieurs familles réellement naturelles, mais ne parvint pas à classer d’une manière incontestable en familles également naturelles tous les genres de plantes connus alors. Le nombre des plantes connues augmentant rapidement, cette tentative ne fut bientôt plus qu’un monument dè volonté et de méthode, après lequel il restait encore presque tout à faire pour réaliser une classification naturelle des plantes.

Enfin, en 1789, parut l’ouvrage d’A. de Jussieu, où le problème de la détermination des ordres naturels 1 est traité avec une grande clarté, et qui marque, à très-peu près, le terme extrême où est parvenue la théorie de la méthode en matière de classification naturelle.

[162d] Dans l’état actuel de la botanique, le but définitif de la classification est parfaitement indiqué : il s’agit de ranger les végétaux de manière à faire ressor-

1 II désigne par cette expression ce que Magnol et Adanson avaient appelé familles naturelles.

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tn

tir leurs ressemblances et leurs différences, et à les rendre sensibles toutes à la fois. Yoici sur quels principes elle est fondée. Presque tous les systèmes passés y ont apporté quelque chose.

On établit d’abord trois grandes divisions :

1" Végétaux dont les corps reproducteurs n’ont point de cotylédons. — On les nomme acotylédonés ou acotylés.

2° Végétaux dont les embryons n’ont qu’un cotylédon.

— On les nomme monocotylédonés ou monocotylés.

5° Végétaux dont les embryons ont deux cotylédons.

— On les nomme dicotylédones ou dicotylés.

Dans chacune de ces trois grandes divisions, les plantes sont distribuées par familles. Et voici sur quels principes sont formées ces familles :

Dans l’ensemble des caractères communs à un certain nombre d’espèces, tdus n’ont pas la même valeur. Il en est qui sont plus importants que d autres, il en est qui semblent dominer toute l’organisation. Comme exemple de ces caractères dominateurs, nous citerons par excellence celui qui se rapporte à l'existence d’un ou de deux cotylédons. En effet, si la plante n’a qu’un cotylédon, ses feuilles sont presque toujours à nervures parallèles; elle se ramilie rarement. Elle a des fleurs dont les divisions sont presque toujours ternaires dans chaque vcrticille ; sa racine n'est presque jamais pivotante, etc. Si la plante a deux cotylédons, ses feuilles sont presque toujours à nervures anastomosées dans toutes les directions; elle a

VÉGÉTATION

des fleurs dont les divisions sont presque toujours quinaires ou quaternaires 1 . Elle se ramifie; elle a souvent une racine pivotante, etc., etc.

C’est donc par ces caractères dominateurs, considérés dans toutes les parties d’une plante, dans l’ordre de leur importance, que doit être résolue la question de savoir si une plante appartient à telle famille ou à telle autre.

Les caractères des familles étant déterminés et tous les genres de végétaux distribués en familles, il s’agit encore de classer les familles dans l’ordre naturel. Pour cela on procède d’après les considérations suivantes :

« Tout être organisé l est à un degré d’autant plus « élevé que sa vie résulte de l’exercice d’un plus grand « nombre de fonctions et que les organes chargés de les « exécuter sont plus composés. Parmi les fonctions gé- « nérales, les unes sont d’un ordje supérieur aux autres ; « ce sont celles qui ne sont pas communes à tous, niais « deviennent l’attribut particulier d’un certain nombre «.d’êtres. Ceux qui en sont doués l’emportent, en effet, «nécessairement sur les autres, puisque, outre les « mêmes actes, ils exécutent un certain nombre d’actes « différents, et que la capacité de ceux-ci suppose celle « des premiers. C’est donc par la capacité de ces actes « en plus, par ce qu’on est convenu d’appeler la dignité « des fonctions, qu’on peut constater le degré de l’orga- « nisation...

' Quinaire, par cinq ou multiple dp cinq; quaternaire, par quatre ou multiple de quatre.

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« Il serait facile de prouver par le même raisonnement. « que la même fonction peut, suivant les différents êtres, « offrir différents degrés de dignité , puisqu’elle ne « s’exercera pas d’une manière identique dans tous, « mais dans les uns par certains actes, dans les autres « par d’autres actes ajoutés aux premiers. Les organes « qui en sont les agents se multiplient et se perfec- « tionnent donc dans la même proportion.

« La classification naturelle, ayant pour but de repré- « senter ces différents degrés de l’organisation dans leur « progression ascendante, devra s’attacher à constater « dans chaque être ce qu’il a de plus élevé, d’abord « comme fonction, puis comme organes qui y con- « courent; et on appellera ces organes les plus impor- « tants, non parce qu’ils sont les plus indispensables à la « vie, qui peut souvent se conserver sans eux, mais parce « que ce sont eux qui constituent la véritable nature de « l’être qui en est pourvu, que c’est par eux qu’il est lui « et non autre.

« Appliquons maintenant ces règles aux végétaux ; « nous y avons reconnu deux grandes fonctions : la nu- « trition et la reproduction. La seconde sera incontesta- « blement la plus importante, dans le sens que nous ve- « nons d’attacher à ce mot, puisqu’elle suppose néces- « sairement la première, que la plante est, pendant une « partie de sa vie, et peut pendant toute sa vie même « être bornée aux organes de la végétation, mais qu’elle « n’est complète que par le développement des autres.

VÉGÉTATION

« C’est donc d’après le perfectionnement graduel de « ceux-ci que nous devons chercher à établir T échelle du « règne végétal. k

« La plante est d’autant plus parfaite, que nous .voyons « un plus grand nombre d’organes différents concou- « rant ensemble à la reproduction... » (Jussieu, Élem. de Botanique.)

Le lecteur trouvera sans doute que ces règles ne se dessinent pas à l’esprit avec une clarté suffisante ; il ne s’expliquera pas facilement comment on pourrait les appliquer avec une précision scientifique. Après les avoir lues, il voudra les relire, et, après plusieurs lectures, il sera fatigué, attristé, en voyant qu’il n’est pas plus avancé ; il se croira en une mauvaise disposition d’esprit peut-être, même il jugera que ceux qui sont en état d’appliquer ces règles sont de bien grands esprits. Qu’il se détrompe ; ces règles sont pour tout le monde comme pour lui. Ceux qui les appliquent sont souvent fort embarrassés de les expliquer ou de justifier l’application qu’ils en ont prétendu faire. Et c’est afin que le lecteur puisse reconnaître ce qu’elles ont de vague et. d’indéterminé, que nous les avons placées sous ses yeux.

En résumé, les auteurs de cette classification, après avoir rèconnu qu’un grand nombre d’espèces forment réellement des familles naturelles, ont pensé que tous les végétaux devaient former ainsi des familles dont il s’agissait seulement de déterminer les caractères et les limites.

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On a voulu, en conséquence, — on y travaille depuis bien des années, — distribuer tous les végélaux par familles et établir entre ces familles un ordre dans lequel on passât du simple au composé, une sorte d’échelle où l’on vît ces familles occuper les échelons successifs, depuis le plus inférieur, non loin duquel sont les byssus , jusqu’au plus élevé, où sont placées maintenant les composées.

Cette classification, appelée naturelle , porte ainsi le titre qu’elle ambitionne, mais quelle ne mérite pas encore. Elle a été l’objet de critiques et d’éloges à la fois mérités et exagérés. Produit laborieux des efforls de beaucoup d’hommes éminents, elle a, malgré ses imperfections, rendu de grands services, et ces imperfections mêmes, résultant de l'impossibilité de mettre d’accord la nature végétante et l’a priori 1 sur lequel est basée cette classification, rendent aujourd’hui lin nouveau service en posant à la fois des questions et des réponses sur plusieurs des points les plus importants de l’histoire du globe.

[162c] Constatons d’abord certains résultats énigmatiques, mais positifs, qu’a fait jaillir cette méthode ap-

• A priori, expression latine souvent employée dans plusieurs sens, cl qui signifie ici : un principe tenu pour absolument vrai avant que sa généralité ail été vérifiée.

En effet, après avoir observé des familles naturelles bien délimitées, croire que toutes les plantes formaient des familles également délimitées, et construire une classification sur ce principe, c’était conslruire sur un à priori qui ne s’est point vérifié.

VÉGÉTATION

pliquée au classement de cent et quelques mille végétaux de la Flore 1 aujourd’hui connue.

Dans ce nombre, beaucoup d'espèces présentent en effet, les unes avec les autres, des ressemblances extérieures nombreuses et qui correspondent à des ressemblances intérieures ; de telle sorte que ces espèces forment réellement des familles naturelles telles que les ont définies les auteurs de la jnéthode.

Et si l’on compare ces familles, on observe ce qui suit :

Pendant que les unes, telles que la famille des composées % contiennent des milliers d’espèces, d’autres ne contiennent que très-peu d’espèces.

Dans certaines familles, telles que les légumineuses, on trouve des végétaux de toute taille, depuis le haricot nain et le genêt jusqu’à l’acacia. Dans d’autres, telles que les conifères, on ne trouve que des espèces ligneuses; dans d’autres, telles que les cariophyllées % on ne trouve pas d’espèces ligneuses, toutes sont herbacées.

Dans certaines familles très-nombreuses, telles que les

* La population végétale d'un pays, d'une zone de la terre, se nomme la Flore de ce pays, de cette zone. La Flore, sans qualificatif, signifie la population végétale de tout le globe.

* On leur donne ce nom parce que chaque fleur de ces plantes est en réalité composée d'un nombre plus ou moins grand de petites fleurs pressées les unes contre les autres, ainsi qu’on peut le voir dans le bleuet, les scabieuses, par exemple, qui appartiennent à cette immense famille.

1 Les ceillett, les lychnis, appartiennent à cette famille.

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conifères, toutes les espèces sont à peu près moulées sur le même type, et les différences sont fort petites d’une espèce à une autre ; si bien que l’échelle totale des différences entre toutes les espèces de la famille est trèscourte. Au contraire, dan? d’autres familles même moins nombreuses, c’est-à-dire contenant peu d’espèces, les différences entre les espèces sont beaucoup plus fortes ; si bien (pie l'échelle des différences entre toutes les espèces de la famille est très-grande.

D’une famille à celle qui la suit, la différence est quelquefois très-petite ; d’autres fois la différence est trèsgrande.

Parmi les nombreuses critiques qui ont été exprimées contre celte classification, je me bornerai à exprimer la suivante, qui importe a mon sujet :

Il est vrai que le plus grand nombre des espèces se range nettement parmi les acotylées, ou les monocotylées, ou les dieotylées, mais il est certain qu’un grand nombre de végétaux présentent : ou l’embryon monocolylé et certains caractères des dieotylées, ou l’embryon dicotylé et certains caractères des monocotylées, ou des suites de gradations d’une classe à l’autre, et cela sous une multitude d’aspects. C’est-à-dire que certaines plantes semblent intermédiaires entre les monocotylées et les dieotylées sous le rapport des racines ou des tiges, ou des feuilles ou des fleurs, ou des embryons. Et en vain cherche l-on à classer ces plantes dans des familles bien circonscrites, bien naturelles ; elles y sont étran-

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gères pour tout œil non prévenu, et ees étrangères qui, se refusant à entrer dans aucune famille, tiennent à la fois de plusieurs familles, sont assez nombreuses.

Parmi les critiques que l’étude de cette classification m’a suggérées à moi-même, je n’en énoncerai qu’une seule, qui importe également à mon sujet :

Jo pars d’abord de celte observation, qui ne peut être contestée’, que le type supérieur de l’être végétant, eu égard aux organes de la végétation, c’est l’arbre. Or, s’il était vrai que la supériorité dans les organes reproducteurs emportât toujours et absolument un caractère de supériorité générale, ce serait, en général, sur les plus grands arbres que devraient se trouver les fleurs les plus compliquées. Or, c’est généralement le contraire. Donc, la classification actuelle pèclie fondatnentalement en ne tenant point assez de compte des organes de la végétation ; ce qui la conduit à ce résultat absurde de ranger les parasites dans les familles les plus élevées en dignité, par cela seul que ces misérables végétaux ont des fleurs très-complètes.

Voilà certes une chose extraordinaire : des plantes sans racine, sans rameaux et sans feuilles, sans matière verte, sans grandeur, sans solidité, sans force et sans . durée pour la plupart, qui se trouvent rangées au nombre des plantes les plus complètes !

Les cactus, dont les fleurs sont si belles pendant que leurs autres organes sont si imparfaits, donnent une autre preuve du peu de solidité d’une classification où la

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perfection des fleurs est regardée comme si importante.

D’ailleurs, on n’a pas tenu assez de compte de plusieurs caractères très-importants. J’en citerai un dont je ne vois pas que les classificateurs s’occupent.

[102/’] Parmi les dicotylées, un grand nombre d’embryons, dans la germination, poussent leurs cotylédons hors de terré , de* sorte que ces cot\ lédons servent d'abord de feuilles au jeune végétal. D’autres ne poussent point leurs cotylédons hors de terre ; ds y restent comme magasin de nourriture, et l'embryon pour respirer pousse immédiatement ses vraies feuilles hors de terre.

Quel est ici le caractère de supériorité? Je réponds (pie c’est le cas où les cotylédons restent en terre. Pai'ce que, en général, l'être organisé qui emploie un même organe à deux fonctions distinctes est inférieur à l’être qui emploie des organes différents à des fonctions distinctes.

Or, des cotylédons qui servent de feuilles, c’est-à-dire qui servent à la fois de magasin de nourriture et d’organes respiratoires, attestent que l’embryon, au moment de la germination, était encore trop imparfait pour développer immédiatement ses orgapes respiratoires. Au contraire, un embryon qui pousse immédiatement de vraies feuilles hors de terre nous prouve qu’il était plus parfaitement organisé que le premier, c’est-à-dire plus près de l’état d’un végétal complet. Et, en général, ces embryons doivent appartenir à des espèces plus parfaitement organisées que celles où les cotylédons exercent cette fonction respiratoire. En effet :

VÉGÉTATION

Voici deux plantes de la famille des légumineuses , deux pupilionacées très-voisines, le haricot et le pois. Le haricot pousse scs cotylédons hors de terre, le pois les garde en terre. Y a-t-il quelque signe de supériorité chez le pois? — Oui.

Le pois et le haricot sont incapables de se soutenir dans l’atmosphère sans un appui ; Ce sont des plantes grimpantes. Mais, pendant que le haricot, faute d’organes préhenseurs (c’est-à-dire capables de prendre, de saisir), est obligé d'enrouler sa tige autour des appuis qui se trouvent près de lui, le pois, muni d’organes préhenseurs, de vrilles , s'attache par elles aux appuis environnants et garde la dignité de sa tig<^,

Il y aurait un travail à faire pour constater la supé riorité, plus ou moins générale, des plantes dont les cotylédons restent en terre. Le chêne se trouve dans ce cas.

En définitive, la série d’un nombre quelconque de plantes, d'après les organes de la végétation, n’est pas du tout la même que la série des mêmes plantes d’après les organes de la reproduction.

Faute de tenir compte de cette vérité et d’fin grand nombre de caractères très-importants, on met tout en haut de l 'échelle la famille des composées , qui ne comprend guère que des plantes de médiocre stature, et l’on arrive à l’absurdité relative aux parasites.

Enfin, quoi qu’on fasse et quelle que soit l’élasticité des règles que l’on établit, il y a un très-grand nombre

DE LA SERIE

de plantes qui se refusent absolument à entrer dans les casiers des classificateurs.

DE LA SÉRIE

[163] Nous avons parlé souvent de série.

Fidèle à notre méthode, nous avons cherché d'abord à montrer des exemples de série, sans définir la série en général. Il faut maintenant tâcher d’en donner une notion abstraite, — je me garde bien de dire précise.

Ce n’est chose facile ni simple, mais c’est chose sine quation 1 . ,

Quand on ne Considère dans l’unfvers que les faits et les êtres, et tontes choses individuellement par le détail, on satisfait sa curiosité d’une manière amusante, mais l’on se perd dans la multitude des choses sans s’élever à aucune vue d’ensemble, c’est-à-dire à aucune idée générale.

Quand on considère les faits et les êtres comme présentant tous des différences et des ressemblances assez nombreuses et assez tranchées pour les rendre tous éga-

1 Prononcez : Siné qua none. Locution latine souvent employée et qui signifie : chose indispensable sans laquelle on ne peut rien.

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lement aptes à entrer dans les casiers d’une classification, on se débarrasse des détails. Marchant hardiment à travers ces multitudes qu’il chasse devant soi et qu'il parque comme des troupeaux, l’esprit s’élève à des vues d’ensemble, à des généralités d’où il découvre à la fois réellement beaucoup de choses, ou plutôt beaucoup d’aspects des choses. Mais on s’aperçoit tôt ou lard que ces généralités sont incomplètes ou trop absolues, c’est-à-dire fausses.

I/étude de la série, seule, peut nous conduire invariablement à la vérité dans l’étude de l’univers. Elle nous porte d’un seul coup dans le ventre des choses.

Sans cesse variée, et toujours elle-même dans ses innombrables aspects, soit qu’on la considère comme conception de l’esprit, soit qu’on la considère comme ordre des choses de l’univers, elle reste toujours : la théorie et le fait, l’intellectuel et le réel, étroitement liés.

Instrument de l’ordre formidable qu’elle nous révèle, elle nous le révèle à la fois dans tous les sens avec une instantanéité violente, grandissante, infinie, indissoluble, qui nous fait tourbillonner, nous éblouit et nous écrase. Et pendant que notre pensée meut cet instrument merveilleux et redoutable, trop puissant et trop large pour nos étroits cerveaux, nos mains, comme effrayées du péril, viennent d’elles-mêmes soutenir notre front accablé.

Concevoir bien nettement la série dans l’univers n’est pas l’affaire d’un instant. Pour l’état actuel de la eonnais-

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sance humaine, c’est le terme suprême et dernier de la science.

Aussi ne chercherons-nous à la faire comprendre que par degrés.

. [165a] D'après le Dictionnaire de l'Académie, le mot série signifie : suite, succession.

Cette définition est tout à fait insuffisante et n’indique même qu’un aspect vague d’un seul des trois caractères de la série. Cela tient surtout à ce que cette définition fut établie à une époque où la série n’était pas encore scientifiquement reconnue. L’idée latente, le sentiment de la série, ont existé de tout temps dans l’humanité; mais elle n’était pas un sujet d’observation, ni de théories, ni de réflexions méthodiques. On rapportait à cette expression des assemblages, des suites d’objets identiques, comme 1,1, 1, 4..., 3, 3, 5, 5, qui ne sont nullement des séries, aussi bien que les suites progressives, tellesquc 1,2,3, 4, etc. ,1,4, 7,10, etc., qui sont réellement des séries.

Dans la recherche que nous abordons de la nature de la série et des moyens d'en communiquer la notion, nous sommes abandonné à nous-mème.

Deux hommes seulement jusqu’ici ont écrit d une manière plus ou moins dogmatique sur la série : Charles Courier, au commencement de ce siècle, a découvert la loi sérielle et en a proclamé, le premier, l’universalité.

Il a reconnu et déclaré que tous les êtres, tous les phénomènes de l’univers, sont sériés, c’est-à-dire apparlien-

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nent à une série quelconque. Là s’est bornée sur ce point l’œuvre de Fourier. Il a donné de nombreux exemples de série, sou vent très-remarquables, parfois risibles; mais cet étrange génie, systématiquement hostile à tout procédé logique, n a nulle part fait connaître avec précision en quoi consistait la loi sérielle, ni recherché les caractères fondamentaux de la série. On peut même douter qu’il y ait jamais pensé. Une fois en possession de ce puissant instrument, il s’en est servi sans l’examiner, sans le bien connaître, ni donner aucun procédé pour que d’autres pussent s’en servir. Aussi tout ce qu’en ont dit ses plus savants disciples n’est qu’une modulation des discours de Fourier, sans plus de rigueur que chez leur maître.

Depuis lors, P. J. Proudhon 1 a mieux étudié la série. Il a cherché une route dans ces champs inconnus où germe l’avenir de la pensée humaine ; à plusieurs reprises même il y a pénétré profondément. Mais pour construire la démonstration méthodique des propriétés de la série, il lui manquait, ainsi qu’il le dit bien lui-même, une connaissance assez large et précise des sciences d'observation ; et trois lectures du travail de ce dialecticien célèbre m’ont prouvé qu’il avait aperçu toute l’immensité et toute l’importance de ce sujet, mais ne m’ont rien fourni de net et de solide pour l’enseignement de la notion générale de la série. Il s’est même trompé grave-

* Création de l'ordre dans l'humanité.

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inent sur les caractères essentiels de la série, et a con- Tondu avec elle des assemblages uniformes, des suites d’unités uniformes.

J'offrirai donc ici le résultat de mes propres réflexions.

[163/?] Nous avons supposé jusqu’ici que le lecteur connaît l’arilhmétique, et s’il l’ignorait presque, ce ne serait en vérité qu’un médiocre obstacle à ce qu’il comprit ce qui va suivre sur la série. Cependant nous allons rappeler quelques-uns des principes relatifs aux progressions. Nous savons bien que ce paragraphe, très-inutile à ceux qui ont étudié les mathématiques, ne sera ni intéressant ni suffisant pour ceux qui ne les connaissent point ; mais je me souviens que, dans le cours de' mes premières études positives, lorsqu’une expression que j’avais déjà vu employer dans une science se retrouvait dans une autre, sans que le livre (car j'étudiais seul) me déclarât d’abord si elle avait encore le même sens qu’ailleurs, j’étais très-inquiet. De même, lorsque, dans une suite de raisonnements, le livre faisait allusion à quelque principe d’une autre science, sans montrer d’une façon claire comment ce principe se rattachait à l’objet qui avait motivé l’allusion, j’étais arrêté. 11 me fallait avec grand travail et casse-tète chercher à retrouver la ligne de jonction rationnelle. J’y parvenais presque toujours; mais alors même je n’étais pas certain que mon explication fut celle qu’avait sous-entendue le livre. Ces tâtonnements fatiguent l’intelligence beaucoup plus qu’ds ne l’exercent ; ils dépensent une énergie et un temps pré-

1)E LA SE Kl K.

deux : je veux les éviter à ceux qui liront ma Genèse dans le même esprit où je l’aurais lue à quinze ans. C'est pour ceux-là surtout que je trouve un dur plaisir à combattre les rebutantes difficultés d’une telle œuvre; car ceux-là sont mes frères et mes sœurs. Ils me sauront gré d’avoir placé ici les principes suivants, presque textuellement extraits de Bezout.

Raison ou rapport. Ces mots expriment le résultat de v la comparaison de deux quantités.

Si dans la comparaison de deux quantités on a pour but de connaître de combien l’urie surpasse l’autre, ou en est surpassée, le résultat de cette comparaison, qui' est la différence de ces deux quantités, se nomme leur rapport arithmétique.

Ainsi, si je compare 15 avec 8 pour connaître leur différence 7, ce nombre 7, qui est le résultat de la comparaison, est le rapport arithmétique de 15 à 8.

Si dans la comparaison de deux quantités on se propose de connaître combien de fois l une contient l’autre, ou est contenue en elle, le résultat de la comparaison se nomme leur rapport géométrique.

Par exemple, si je compare 12 à 5 pour savoir combien de fois 12 contient 5, le nombre 4, qui exprime ce nombre de fois, est le rapport géométrique de 12 à 3.

Les deux quantités que l’on compare s’appellent l’une et l'autre les termes du rapport.

Proportions. — Lorsque quatre quantités sont telles que le rapport des deux premières est le même que le

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