‹ La vieChapitre 52 sur 171 · RESUME · texte numérisé non relu

RESUME

objet peut appartenir, et l'expression nette du rang spécial qu’il occupe dans chacune de ces séries.

La série est une sorte d'organisme. Comme telle, elle est objet de recherche avant d’être sujet de raisonnements. Elle est donc matière essentiellement scientilique 1 . A ce titre seul, elle devait trouver place dans ce livre, indépendamment de l’immense secours pratique qu’elle nous apportera pour le développement de cette Genèse selon la science.

[163rJ Limitation des termes, succession des termes, différence des termes, différence représentée pour tous les termes par une formule plus ou moins simple, sont des conditions de l’ordre tel que nous l’enseigne l’observation de l’univers, c’est-à dire de la série, c’est-à-dire du seul ordre que nous enseigne l’univers.

De sorte que par l’étude de la nature et des conditions de l’ordre de l’univers, nous arrivons à cette conclusion, que, hors de ces conditions réunies, il n’y a pas d’ordre.

' Proudlion Hit avec raison : « Soit que l’on observe des réalités subslanlielles, soit que l’on cherche le système d’idées abstraites cl subjectives, l'ordre ne s'aperçoit pas de plein saut. Il faut une attention soutenue et quelquefois un travail opiniâtre pour découvrir la série dos idées et des choses. Mais, une fois trouvée, la série est visible aux plus faibles intelligences; ce qu'elle exige d’attention pour être comprise est souvent en raison inverse de ce qu’elle a coûté d’efforts pour être perçue. » J’ajoute que c’est là, en effet, son immense avantage, comme procédé d’enseignement.

10# SÊK1ES VÉGÉTALES.

;165s] Quoique dans cette étude nous ayons dû nous borner aux notions nécessaires; omettant un grand nombre de formes des séries, et passant sous silence des résultats rationnels dont l'exposé se rattache à des questions qui sortent du cadre de cet ouvrage ; cette recherche sur la nature de la série et ses caractères fait surgir dans l’esprit des questions innombrables. Leur examen exige de nouveaux éléments de connaissance, que le lecteur va bientôt acquérir.

Cependant des clartés singulières s'étendent désormais devant noüs, et déjà nous pouvons plonger trèsprofondément nos regards dans ces grandes perspectives ouvertes et obscurcies à la fois par les classifications.

Les espèces végétales vivantes forment-elles , dans leur ensemble, une série ?

11 est sensible qu’à partir du bissus, par exemple, jusqu’à la plante dicolylée très-complète, on peut' ranger une suite de plantes d'une perfection croissante. Mais une série véritable n’étant nullement vague, le caractère différentiel de ses termes successifs devant être susceptible d’une expression, d'une formule générale pour toute la série, si nous cherchons pour celte suite de plantes rangées ainsi un caractère différentiel précis, commun à toutes, il nous sera impossible de le trouver.

Après avoir reconnu que l’ensemble des espèces ne forme pas une série unique, si l’on essaye d’y trouver trois séries, selon la distinction : acotylédones, monoco-

SÉRIES VÉGÉTALES, tylédoncs, dicotylédones, on n’y parviendra pas davantage. Sans doute, l’impossibilité de sérier séparément chacune de ces trois divisions sera moins flagrante et moins immédiate que l’impossibilité de sérier le tout ensemble ; mais à chaque instant, dans chaque division, la formule différentielle que l’on aura cru découvrir sera inapplicable.

Cherchant enfin si chacune des trois divisions peut être subdivisée en séries distinctes, on trouvera que certaines familles présentent-une série, ou plutôt un tronçon de série plus ou moins incomplet, et que le reste des plantes, en immense quantité, semble une mascarade où pas un seul costume n’est caractérisé nettement.

Ainsi la totalité des végétaux vivants ne forme pas une série unique continue, et il parait y avoir un assez grand nombre de séries végétales.

Jusqu’à quel point ces séries végétales sont-elles distinctes?

Si, comparant deux de ces séries, on prend dans chacune les types les plus caractérisés, on les trouve extrêmement distinctes, et par plusieurs aspects. Mais on trouvera aussi, dans chacune, des espèces qui s’écartent plus ou moins du type. Et presque toujours la mascarade des espèces énigmatiques offrira une suite d’intermédiaires plus ou moins nombreux, plus ou moins groupés , qui formeront en quelque sorte un lien transversal entre les espèces sériées qui s’écartent du type de leur série. Ce qui revient à dire qu’une espèce, même très-caractéris-

SÉRIES VÉGÉTALES

tique, appartient à la fois à la série ascendante bien visible selon laquelle on la considère quand on dit qu’elle est de la série R ou de la série S, et à une autre série particulière transversale moins visible, que l’on néglige quand on dit qu’elle est de la série R ou de la série S, mais qui pourrait tout aussi bien être prise pour directrice.

Nous ne devons pas nous en étonner maintenant, puisque nous savons que tout objet appartient comme terme particulier à la fois à plusieurs séries diverses [163</]. Chaque végétal appartenant à la fois à toutes les séries diverses selon lesquelles on peut considérer ces êtres, et occupant souvent dans toutes ces séries des rangs trèsdifférents [165i], nous comprenons très-bi'en pourquoi il est impossible de trouver des lignes de démarcation nettes entre les familles végétales des classificateurs.

Mais on demandera comment s’est produit ce singulier mélange de caractères, comment se sont formés ces ordres transversaux sériés entre les types distincts, pourquoi certains types végétaux se sont développés en série ascendante pendant que s’est produit le grand carnaval où figurent tant de plantes.

On demandera plus vivement encore comment telle série ascendante procède par différences très-petites d’une espèce à l’autre, si bien qu’un tronçon de série fort court comporte un grand nombre de termes, c’està-dire d’espèces, comme si entre les termes 3 et 5 de la série (A) [165c], on avait inséré plusieurs centaines de

SÉRIES VÉGÊTAI-ES.

moyens termes fractionnaires ; comment, au contraire, dans d’autres séries ascendantes, on voit les espèces procédant par différences très-sensibles et inégales de l'une à l'autre, si bien qu’un tronçon de série fort étendu 11 e comporte qu’un petit nombre d’espèces, comme si dans la série (A) on n'avait plus que des termes éloignés, tels que 20,... 45,... 455,... 100, etc.

On demandera encore comment il se fait que presque aucune des séries un peu distinctes que nous reconnaissons n’est saisissable que par un premier terme déjà trèscompliqué, et qu’il est impossible de considérer comme le développement d’un terme supérieur d'une autre série, inférieure.

Nous espérons résoudre ces questions d’une manière aussi claire qu’inattendue.

1/ ANIMALITÉ

[164] La végétation nous a montré des êtres formés entièrement de cellules, qui accomplissent certaines fonctions à l’aide d’appareils spéciaux appelés organes ; notamment, ils empruntent à l’air et à la terre l'eau et les gaz qu’ils combinent en composés organiques, c’est-àdire susceptibles d’entrer dans la composition de leurs organes et de les développer. Formés presque toujours de deux parties, l’une aérienne ou aquatique, l’autre souterraine, ces êtres sont ainsi attachés au sol; ils ne changent point de place.

Nous allons voir des êtres bien plus compliqués, mieux organisés et doués de fonctions plus élevées ou plus complètes.

Je n’essayerai point de définir l 'animalité ni Yanimal [158]; je chercherai à les faire connaître, et, pour y parte.

ANIMALITE.

venir, je présenterai l’animalité dans un ordre semblable à celui que j’ai suivi pour la végétation. Les analogies et les différences ressortiront ainsi d’elles-mëmes.

La plupart des animaux se distinguent facilement des végétaux en ce qu'ils se meuvent et changent de place. Ils ne sont pas remués comme les petites lentilles vertes que le vent promène sur les eaux; ils se remuent euxmêmes, sous l’action d'une influence intérieure à euxmêmes, que l'on nomme en général volonté. El, toutes * les fois que nous voyons un être se remuer, changer de place dans des conditions qui rendent indubitable l'action de sa volonté, nous reconnaissons, sans hésiter, un animal. En effet, ce caractère, la locomotion (changement de lieu) volontaire, paraît distinctif, quoiqu'il ne ne soit pas général, car il existe des animaux qui ne changent pas de lieu [165&] ; mais on ne connaît pas de plantes qui changent de lieu sous l'action d’une influence intérieure à elles-mêmes, c’est-à-dire d’une volonté.

Presque partout où nous nous trouvons, si nous examinons avec soin ce qui nous entoure, et surtout à l’aide de verres grossissants, nous reconnaissons un grand nombre d’êtres très-différents, doués ainsi de locomotion, et qui, par leur aspect seul, depuis le ver jusqu’à l’aigle, au lion, au cheval, nous donnent le sentiment de degrés très-divers de perfection. Mais on voit encore que, dans les individus d’une même espèce, le développement est varié, depuis le petit poussin sans plumes jusqu’au coq, depuis le petit chien qui vient de naître, et ne

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