V. IG
m , SÉRIES ANIMALES,
dont le squelette peut être considéré comme osseux, quoique la composition chimique de ces os des poissons soit fort différente de la composition des os des mammifères et qu’ils ne présentent jamais de canal médullaire.
En général, ce squelette se compose d’une tête osseuse et d’une colonne vertébrale ou rachis, avec des côtes et avec des membres plus ou moins rudimentaires.
Chez les animaux supérieurs, dans le tout jeune âge, les os qui forment la tête ne sont point soudés entre eux. Chez les poissons, les os qui forment la tête ne se soudent jamais et restent toujours, sous ce rapport, à l’état où sont les os de la tête du très-jeune mammifère.
La boite crânienne est petite et la cervelle ne la remplit même pas. Cette tête osseuse est d'ailleurs fort compliquée et porte des pièces nombreuses qui servent soit à l’insertion des branchies, soit au jeu de la fonction respiratoire.
La colonne vertébrale ne présente ni cou, ni sacrum, ni hanches; c’est une longue suite, ordinairement droite, de vertèbres qui vont en diminuant de grosseur. Ces vertèbres ont une forme différente de celles des mammifères, et sont cependant de même disposées de manière que, par leur réunion, elles forment le canal où est logée la moelle épinière.
Certains poissons n’ont point de côtes; d’autres en ont qui entourent l’abdomen.
Pour beaucoup d’espèces, chaque côte porte une ou deux arêtes qui pénètrent dans les chairs et les so’u-
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tiennent, et môme des arêtes semblables partent aussi des vertèbres de certaines espèces.
• Fi». 74.
Les autres parties du squelette forment la charpente des nageoires. En général (fîg. 74), il se trouve des nageoires sur la ligne médiane, au dos, et à la partie inférieure du corps; il s’en trouve à la queue; enfin il s’en trouve de chaque côté du corps. Les unes, près de la tète (nageoires pectorales), sont les analogues dés bras des mammifères ; les autres, plus bas et plus rapprochées, attachées au ventre, à une distance de la gorge variable selon les espèces (nageoires ventrales), sont les analogues des jambes des mammifères.
Le squelette des membres antérieurs est réduit à quelques rudiments des os des bras et des mains, et à des rayons épineux qui sont les analogues des doigts.
Le squelette des membres postérieurs est encore moins compliqué. Leur analogie avec les membres postérieurs des mammifères est moins développée, et, dans certains poissons, tels que les anguilles (fig. 75), ces analogues des membres postérieurs manquent complètement.
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Le squelette des poissons cartilagineux est différent non-seulement par la consistance, mais par la forme des pièces qui le composent, et il offre une grande analogie avec le squelette des têtards [166e]. Ce squelette est beaucoup moins compliqué que celui des poissons osseux. La colonne rachidienne' est, dans certaines espèces, réduite à un seul tube sans vertèbres distinctes. Le crâne ne se compose que d’une seule pièce sans sutures.
[166c] Les nageoires pectorales de plusieurs espèces prennent un grand développement, ce qui leur permet de s’en servir comme d’une paire d’ailes pour se soutenir quelques instants dans l’air. C’est pourquoi on les nomme poissons volants. Quelques espèces peuvent ramper ou sauter sur terre. Au Texas, il existe un poisson qui, lorsque les flaques d’eau qu’il habite viennent à se dessécher en été, prend son parti bien gentiment et s’en va, sautillant et rampant, trouver d’autres eaux à de
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très-grandes distances. Il existe même des poissons qui grimpent sur les arbres.
La forme extérieure des poissons varie. Les uns sont aplatis, d’autres cylindriques ou coniques, etc. Ils n’ont point de cou ; leur queue est d’ordinaire très-grosse, et, à son origine, extérieurement, elle ne se distingue presque pas du corps.
Leur peau est nue chez les uns, recouverte d’écailles chez les autres, et de couleurs très-variables, souvent éclatantes. Ce sont des replis de cette peau qui, étendus sur les rayons cartilagineux ou osseux dont nous avons parlé, forment les nageoires.
En arrière des mâchoires, de chaque côté de la tête, on remarque un couvercle mobile, nommé opercule. , Au-dessous de ces opercules sont placés plusieurs arcs qui portent les branchies ou organes de la respiration 1 ; mais, dans les espèces inférieures, telles que les lamproies et les poissons cartilagineux, les raies entre autres, ces opercules manquent et sont remplacés par des trous plus ou moins nombreux et disposés diversement selon les espèces. Cette différence extérieure correspond, en outre, à d’autres différences dan3 la disposition des branchies.
Le sang des poissons est rouge. Les globules de ce sang sont elliptiques et beaucoup plus grands que ceux des mammifères. Le cœur, placé sous la gorge, ne se
1 Ce que les ménagères et les pécheurs appellent les ouïes des poissons, n’est autre chose que leurs branchies ou organes respiratoires.
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compose que d’un ventricule et d’une oreillette. Ainsi,
tandis que, chez le mammifère [164a], le sang veineux, lancé d’abord par un premier ventricule (droit) vers le poumon et devenu artériel , reçoit l'impulsion d'un deuxième ventricule (gauche) pour parvenir dans toutes les parties de l’organisme, chez le poisson, le sang devenu artériel ne poursuit sa course que par l'impulsion de l’unique ventricule qui l’a envoyé vers les branchies. En un mot, leur cœur correspond à la moitié droite du cœur des mammifères; la moitié gauche manque. Leur circulation est donc lente.
ba respiration des poissons est peu active, puisque la petite quantité d’oxygène contenu dans l’eau leur suffit, t et leur sang est froid, c’est-à-dire que la température de leurs organes est à très-peu près la même que celle, du milieu qu’ils habitent.
Pour respirer, le poisson ouvre la bouche ; l’eau y pénètre. Il referme alors la bouche en ouvrant ses opercules, et l’eau, passant de chaque côté entre les arcs branchiaux, sort par les ouvertures des ouïes, après avoir oxygéné le sang, à travers la mince membrane des ouïes.
Retirés de l’eau, les poissons s’asphyxient en général promptement, parce que les branchies s’affaissent, se dessèchent et, ne laissant plus passer le sang, deviennent impropres à remplir leur fonction. Mais, chez les poissons rampeurs et grimpeurs dont nous avons parlé, de même que chez le crabe de terre, un appareil spécial
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entretient l’humidité des branchies et permet à ces animaux de vivre hors des eaux.
Les sens des poissons sont fort obtus. Le toucher n'a guère d’autre organe que les lèvres. Leur langue, à peu près immobile, presque cornée et ne recevant que peu de nerfs, doit être un faible organe du goût. Les organes de l’odorat et de l’ouïe sont plus perfectionnés, mais très-inférieurs à ceux des mammifères. Ils n’ont pas de paupières mobiles, ni d’appareil lacrymal, et la peau, transparente en ce point, recouvre les yeux.
Chez les poissons plats, les yeux ne sont pas placés de chaque côté de la ligne médiane, ils se trouvent tous deux du même côté. Cette anomalie qui correspond dans leur structure à d’autres anomalies semblables, ne paraît se retrouver nulle part ailleurs dans les nombreuses séries des animaux vertébrés.
La plupart des poissons nagent très-rapidement. Un grand nombre d’entre eux possèdent une vessie intérieure, remplie d’air, qu’ils contractent à volonté'} de manière à augmenter ou à diminuer le poids spécifique de leur corps [30] pour descendre ou monter dans la masse des eaux. Mais cette vessie natatoire n’existe pas chez les poissons cartilagineux.
Presque tous les poissons dévorent tout ce qui vit, et se dévorent les uns les autres autant qu’ils peuvent. Ils ont presque tous des dents aiguës, et chez beaucoup d’espèces il en existe dans tout l’intérieur de la bouche. Ils n’ont point de glandes salivaires. L’intestin varie de
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forme et de dimensions relatives. L’anus est dans certaines espèces situé sous la gorge; d'ordinaire il est placé vers la queue. Le foie est grand. Les reins, extrêmement développés, se prolongent dans tout l’abdomen de chaque côté de la colonne vertébrale. Ils sont presque tous ovipares. La femelle de beaucoup d’espèces, en une seule ponte, peut produire des centaines de mille œufs. On croit d'ailleurs être assuré que certains poissons subissent dans le jeune .âge des métamoiyhoses analogues à celles que nous ont montrées les insectes, et que nous allons retrouver chez les reptiles.
Plusieurs poissons portent un appareil électrique au moyen duquel ils foudroient à distance leurs ennemis ou leurs proies. Le plus puissant de tous ces artilleurs, le gymnote (fig. 75), sorte d’anguille de deux mètres' de long, peut ainsi renverser un cheval. Mais la structure de l’appareil électrique diffère dans chaque espèce. Ainsi, celui de la torpille' (fig. 75) de nos mers n’est pas le mêrfie que celui du gymnote de l’Amérique méridionale, et l’appareil électrique des silures du Nil est différent des autres.
[166d] Parmi les poissons, nous trouvons encore un exemple de dégradation organique, analogue à ceux que nous ont montré les spongiaires [165//] et certains crustacés [1 65m] .
On a récemment reconnu * que le sagitta , habitant
1 La torpille est une sorte de raie.
* Cette découverte est due à M. Meissncr, professeur à Bâle.
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des mers du Nord, possède, dans la première partie de sa vie, une grosse corde dorsale qui doit suflire à le faire considérer alors comme un terme inférieur des séries de vertébrés, mais que, dans l’état adulte, il perd celte corde dorsale qui s’atrophie et disparaît complètement.
Ainsij les progrès de la science font voir que la métamorphose rétrograde est un phénomène beaucoup plus fréquent qu’on ne l’avait cru, et dont toutes les séries sans doute, étant bien étudiées, fourniraient de nombreux exemples.
[166e] Les reptiles. — Dans la classe des poissons, le type général est assez peu modifié. Les différences, soit ascendantes, depuis les poissons inférieurs jusqu’aux poissons les plus complets, soit latérales, entre les formes principales de ces êtres, sont assez peu étendues. Au contraire, le type reptile a été extrêmement remanié et modifié très-diversement. Une collection de reptiles est, comme une collection de machines anciennes, une collection de tentatives de modifications diverses de l’être vertébré pour atteindre la construction d’un chef-d’œuvre ultérieur, et dans chacune desquelles on peut suivre des tendances, des efforts abandonnés tour à tour.
Nous parlerons d’abord des batraciens, grenouilles, crapauds, salamandres, etc., qui, de même que les insectes, mais à une immense hauteur au-dessus d’eux, exécutent incessamment sous nos yeux plusieurs actes du grand drame de la transformation et du développement animal.
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Au sortir de l’œuf, le têtard , qui doit devenir une grenouille, est un poisson inférieur tant par sa forme que par son organisme. Le têtard ne peut vivre que dans l’eau. 11 a d’abord une grosse tête sans yeux, un gros ventre, une longue queue aplatie et point de membres. Il n’a qu'un petit trou en guise de bouche et un tubercule placé de chaque côté de la tête en guise de branchies.
Bientôt ces tubercules s’allongent et se divisent en lanières. Les yeux se dessinent sous la peau, et une fente, sous le cou, forme une espèce d’opercule. Plus tard (fig. 76), les branchies se ramifient; il se forme à la bouche un bec corné à l’aide duquel l’animal se nourrit des végétaux. Peu après (fig. 77), les branchies extérieures disparaissent; la respiration s’opère par des houppes vasculaires intérieures placées sous la gorge et auxquelles l’eau parvient, comme chez les poissons, par la bouche. L’eau est évacuée par une ou deux fentes dont la position varie suivant les espèces.
REPTILES
Plus tard, les pattes postérieures se montrent et se développent (lig. 78). Ensuite apparaissent les pattes
rig. 77. Fig. 78.
antérieures (lig. 71)). Le bec corné tombe; les mâchoires se forment; la queue s’atrophie peu à peu (lig. 80) ; des
Fig. 79.
poumons se développent, et les branchies s’atrophient à mesure que ces poumons deviennent plus aptes à la respiration. Les arceaux qui portaient les branchies disparaissent, ainsi que les fentes qui servaient à la sortie de l’eau de respiration. La queue disparait aussi, et le têtard est devenu grenouille (fig. 81).
Fig. 80. Fig. 81.
Chez certains batraciens, la transformation demeure incomplète ; ainsi les salamandres (fig. 82) conservenl
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leur queue de têtard, et d’autres espèces, tout eu acquérant des poumons, conservent leurs branchies.
On comprend que, pendant ces transformations, les divers appareils, digestif, circulatoire, etc., doivent subir des modifications correspondantes. Mais, parvenus à leur état parfait, les batraciens nous présentent dans leur système circulatoire une modification particulière. Une partie du sang veineux s’y mêle avec le sang artériel, et c’est ce mélange qui est envoyé à tout l’organisme. Cette respiration imparfaite et ce mode de circulation sont caractéristiques de toute la classe des reptiles: mais le phénomène se produit différemment selon les espèces, ainsi que nous le verrons plus loin.
On a cru longtemps et quelques personnes croient encore qu’il y a des pluies de crapauds, de même qu’il y a des pluies de pierres [25m].
Nous avons été plusieurs fois témoin d’un fait qui explique cette croyance sans la justifier.
Sur un chemin du grand-duché de Luxembourg, dans une étendue de plus d’un kilomètre, nous avons vu deux fois, en juillet et août 1855, et une fois en août 1857, le
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soir, à la suite d’une petite pluie chaude, une quantité tellement innombrable de crapauds, qu’il était impossible de poser le pied à terre sans en écraser plusieurs. Ces crapauds n’avaient pas plus d’un centimètre et demi ou deux centimètres de longueur. Les gens du pays s’accordent à dire qu’en cet endroit le fait se présente presque chaque année.
Mais ce chemin est proche d’une rivière (YOur) et de prairies arrosées; même, sur une longueur d’environ cent mètres, il n'est qu’à cinquante pas d’un étang.
Or, dans les trois occasions où nous avons pu voir ces multitudes de crapauds, il venaient tous manifestement du côté où se trouvent l’étang, la rivière et les prairies.
'D’ailleurs, lorsque le temps est humide en été, on trouve toujours le soir, sur cette route, quelques-uns de ces petits batraciens.
[166/] La forme extérieure des reptiles varie, depuis le serpent (fig. 83), qui rappelle le ver, jusqu’au croco- Fig. SS. Serpent à sonnettes.
diic ( fig. 85), qui rappelle le mammifère. Ainsi, beaucoup de reptiles n’ont point de membres, et quelques-
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uns n’en ont que de rudimentaires (fig.84). Chez ceux qui en ont, les membres sont, en général, trop courts et trop imparfaitement disposés pour empêcher leur corps de ramper à terre, et c’est de là que vient leur nom générique : reptiles
Fig. 84. Chiilcilc.
Fig 83. Crocodile.
Le squelette varie comme la forme extérieure, et quand on compare les squelettes d’un grand nombre d'animaux de cette classe, on voit que, excepté la tête et la colonne vertébrale, toutes les autres parties peuvent manquer dans l’une ou l’autre espèce.
Chez les serpents (ophidiens), les membres manquent, 4 et les côtes sont extrêmement nombreuses; on en trouve chez la couleuvre jusqu’à trois cents paires. Ces côtes sont mobiles, et, à travers la peau, elles aident l’animal à se mouvoir sur le ÿo\ ; ce qui rappelle I 3 manière dont se meuvent certains vers.
' Du latin reptare, ramper.
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