‹ La vieChapitre 86 sur 171 · V. ai · texte numérisé non relu

V. ai

« ment dans l’eau ne se revivifie point après la dessic- « cation. »

« M. Davainc a trouvé dans les mousses qui sont expo- « sées à des alternatives de sécheresse et d’humidité, des « protozoaires l , appartenant nu moins à huit espèces « différentes, qui tous subissent la vie latente. Cepen- « dant il n’a jamais observé cette faculté chez les pro- « tozoaires qui vivent toujours submergés. »

« Ce savant a observé des faits analogues chez des « plantes inférieures qui vivent parmi les mousses, au « pied des arbres et dans les lieux humides, où elles « éprouvent des alternatives de sécheresse et d’humidité, « tandis que les plantes d’espèces très-voisines, qui se « trouvent dans les ruisseaux , périssent par la dessic- « cation . »

«Ces faits montrent que la vie latente, la reviviscence , « n'appartient point à des groupes d’animaux organisés « suivant un certain type, qu elle n'est point l’attribut « d’une famille ou d’un genre, mais qu’elle est spéciale « à certaines espèces chez qui elle est une condition de « propagation ou d’existence. »

Sixième exemple* : « M. Déguisé a présenté à la Société « de chirurgie une petite fille de sept ans, dçmt les doigts « annulaire et médius gauche sont réunis dans toute « leur longueur... La mère de cette enfant présentait

1 Protozoaire, premier animal, animal de premier degré. Nom générique donné aux formes animales les plus élémentaires, infusoires, etc 4 Ces citai ions sont extraites des comptes-rendus de Victor Meunier

modifications des espèces.

« également une pahnuture dans toute la longueur de « deux doigts de la main droite; le grand-père en pré- « sentait une à la main gauche et une au pied droit. « Enfin, la grand’mère paternelle en présentait une à « la main droite et une au pied gauche. »

Ainsi, celte modification qui chez la grand’mère paternelle, ou chez un autre ancêtre plus éloigné, n’était certainement qu’un cas particulier, une adhérence antérieure à la naissance, une modification de deuxième degré, devient, dans cette famille, une modification de troisième degré tout au moins. Et, d’après ce qui précède , on doit penser (pie, si au lieu de combattre cette modification ou alliait les individus qui la présentent, on arriverait aune variété d'hommes eide femmes palmés [100/].

[172c] Nous venons de dire que la pnlmalure de celle famille avait dû être dans l'origine un cas particulier, une sorte de monstruosité congéniale d’un de leurs ancêtres.

11 arrive fréquemment, en effet, dans toutes les séries de vivants, que des individus naissent alTectés de modifications particulières, -plus ou moins profondes, du type auquel ils appartiennent. Et dans un grand nombre de cas, ces modiiicalions ont le caractère de deuxième degré, c’est-à-dire qu’elles sont à jamais fixées dans l’individu qui en est porteur.

Parmi les modifications dont la cause est antérieure à l’éclosion de l’être, nous citerons ce fait bien connu des jardiniers : que pour beaucoup d'espèces les graines des

divers rameaux d'une plante ne donnent pas des individus absolument identiques, c’est-à-dire que certaines modifications différentes affectent généralement les produits, selon qu’ils proviennent, par exemple, de graines recueillies au sommet de la tige ou de graines recueillies sur les branches inférieures.

11 est surtout indubitable qu'en général les plus belles graines des plus beaux individus donnent les plus beaux produits.

D'où il suit qu'en semant, d’une part, ces graines dans un terrain favorable, d’autre part, les plus mauvaises graines dans un terrain défavorable, on obtiendrait des individus fort différents pour la taille, les ramifications, le feuillage, etc. C’est en effet ce qui arrive *.

[1 72c/] L'hybridation est une cause fréquente de modification du type des espèces.

Il y a hybridation lorsque le pistil d’une fleur a été fécondé non par le pollen de son espèce-, mais par le pollen d’une autre espèce 4 . Dans ce cas, les produits sortt plus ou moins différents, à la fois, de l’individu où se sont développées les graines et de l’individu qui a fourni le pollen.

Jusqu’ici, les recherches sur ce sujet n’ont pas été faites d’une manière assez suivie et avec assez d’ensemble pour que l’on sache bien quelles sont les limites possibles de

1 M. de Kr artère a fait, sur ce sujet, des expériences trcs-intéressanles

1 On appelle pollen la poussière ordinairement jaune que contiennent les anthères | I58 /i|.

MODIFICATIONS DES ESPÈCES. 3ü5

l’hybridatio'n ; mais, soit qu’on la considère chez les végétaux ou chez les animaux, on voit que ces limites sont fort étendues.

Ainsi, parmi les mammifères, le loup et le chien, le cheval et l’âne produisent des métis.

Parmi les oiseaux, la poule commune et le faisan, le serin et le chardonneret donnent également des métis.

Et certains poissons, disent les pécheurs, sont des métis de truite et de saumon, de carpe et de gar don, etc. \

Mais la fécondité des métis est moindre que celle des espèces dont ils proviennent.

[172e] Comme exemple de modification cohgéniale très-profonde, et due peut-être à l’hybridation, nous * citerons les faits suivants :

En 1857, MM. Joly et Lavocat ont observé et décrit un mulet (issipède, c’est-à-dire ayant plusieurs doigts séparés aux pieds antérieurs. En 1855, ils avaient déjà observé une polydaclilie analogue chez une mule.

Or, la réunion de tous les doigts dans un seul sahot est considérée comme un caractère tellement important par les naturalistes, qu’ils en ont fait la hase d’une de leurs démarcations, où ils rangent les solipèdes (cheval, âne, hémione, zèbre, etc., etc.)

[172 f] Nous voulons avancer très-vite dans ce sujet qui

1 11 paraît que des expériences très-curieuses ont été faites en Allemagne sur ces métissages des poissons. Nous n’avons pu nous procurer aucun document original relativement à ces recherches.

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