‹ La vieChapitre 87 sur 171 · SOC · texte numérisé non relu

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sera repris plusieurs fois. Nous en déterminons seulement ici les principaux termes.

Constatons, comme point capital, (pic dcl'aveu de (ont le monde, plus l’individu est jeune, plus il est modifiable. 11 devient moins modifiable en avançant en âge, parce que, alors, tous ses organes, ses habitudes, etc, se fixent davantage.

De même, plus une race d’animaux est ancienne moins elle est modifiable, c’est-à-dire plu§ elle tend àjconserver . ses mêmes caractères dans la suite de ses générations.

On sait que les étalons dits de race , c’est-à-dire dans lesquels le type de l’espèce a été fixé selon certaines conditions bien définies, transmettent à leurs descendants une empreinte d’autant plus constante et caractéristique, que leur race est plus ancienne et plus pure, c’est-à-dire moins altérée par des mélanges.

Ce qu’on nomme la race , chez un chien, un cheval, un homme , est donc un ensemble de caractères de quatrième degré; mais ces caractères ne sont pas, comme dans la variété, des modifications qui éloignent fortement du type sous un rapport isolé ; ce sont des perfectionnements de toutes les parties du type, même des dévelop^ pcments ou des amoindrissements de certaines parties du type sans sortir du type.

La race est même l’opposé de la variété; c’est-à-dire que chez l’animal, par exemple, la forme, la couleur, les altitudes, L énergie musculaire, l’ardeur du sang, b délicatesse et la puissance nerveuse, l’instinct, l’intelli-

gencc, etc.,- ont été par une longue suite d'alliances entre individus qui les présentaient en un certain mode, constitués et fixés selon ce mode dans la race. De telle manière que les produits de cotte race seront moins aptes à varier que les produits d’animaux de la même espèce, mais où les caractères de race n’existent point.

[172 g] Les différences de milieu, l’éducation ou liabitude, les alliances, d’autres causes enfouies dans les obscurités de la transmission de l'être, et enfin surtout le temps pendant lequel ont agi les causes modificatrices, et la répétition de leur action, voilà donc ce qui régit visiblement les modifications de l'individu et les élève sous nos yeux au quatrième degré qui constitue la variété fixe, et à cette autre particularité si saisissante, où tous les aspects de l’ètre sont élevés à une précision extrême, et (pic l’on nomme la race.

Et lorsque, en présence de ces faits, tant d'auteurs parlent de la fixité des espèces, « de la conservation perpétuelle de leur structure, » sur quoi se fondent-ils ?

Ils se fondent d’abord sur ce que les métis ayant beaucoup moins de fécondité que les individus d'espèce pure, leur intervention, disent-ils, est perpétuellement annulée par la fécondité supérieure des espèces pures. Ce qui revient à dire que la race a plus d’énergie que la variété de troisième degré, rien n’est plus certain, mais ce qui ne prouve pas du tout que le métissage ne puisse, en •aucun cas, avoir pour effet de donner naissance à des espèces nouvelles; car s'il est vrai que la fécondité supé-

ricure des races pures l'emporte de beaucoup dans le résultat définitif sur l’intervention peu féconde des métis, cela n’est reconnu vrai que pour des espèces très-élevées, comme le chien et le cheval. Mais où a-t-on fait des expériences un peu rationnelles sur les métissages possibles, par exemple, entre les 560,000 espèces d’insectes?

Ils se fondent encore sur des descriptions anciennes qui, disent-ils, se rapportent parfaitement aux especes actuelles.

Nous contestons d’abord qu’on soit fondé à dire qu’elles se rapportent parfaitement.

Quand Aristote ou Pline nous donne une description du chêne ou de tout autre être, nous nions que cette description, qui n’est accompagnée d’aucune figure, puisse être à bon droit regardée comme suffisamment précise pour affirmer que l’espèce décrite par eux, avec le peu de rigueur qu’on y mettait alors, était exactement la même que celle que nous avons sous les yeux.

Mais supposons que ces espèces des anciens soient exactement les mêmes que les nôtres, ces espèces, décrites il y a vingt ou vingt-trois siècles, sont précisément celles qui, par leurs caractères bien accusés, ont frappé les yeux davantage, c'est-à-dire qu’elles étaient alors déjà au nombre des plus anciennes et des moins modifiables.

Et s’est-on demandé combien dans notre Europe il y a eu de générations du chêne, par exemple, depuis le chêne qu’a vu Aristote jusqu’à celui sous lequel s’est reposé François I er , et que nous voyons?... Deu . rou trois ,

pas davantage. Car il existe beaucoup de chênes vieux de sept ou huit siècles et même plus (notamment on Bretagne). Or, d’un chêne vu à cinquante ans par Aristote et parvenu à l’âge de huit cents ans, le gland a pu fournir le chêne dont un gland a fourni le chêne de François 1".

Quant aux animaux décrits par les anciens, c’étaient précisément ceux qui, par la domesticité, les usages auxquels ils sont destines et le régime auquel ils sont soumis de temps immémorial, ont acquis une fixité de caractères que le temps écoulé depuis lors et la continuation du même régime n’ont pu que maintenir, ou bien des animaux sauvages d’une très-petite zone du globe, des carnassiers, des solipèdes, des ruminants, des quadrumanes, c’est-à-dire, encore des êtres appartenant aux rangs les plus élevés des séries et les plus fixés, par conséquent.

Et cependant, qui donc affirmera qu’une photographie de ces espèces décrites par les anciens ressemblerait de tout point à nos espèces actuelles?

Bien au contraire, si nous nous en rapportions aux sculptures qu’ils nous ont léguées, nous conclurions de ce que nous y voyons, par exemple, leurs lions à face joviale et à crinière bouclée comme la chevelure d’un chérubin, que cette espèce a singulièrement changé de figure.

Quant aux innombrables espèces qu’ils n’ont point connues, et que nous connaissons, qui affirmera qu’elles étaient, il y a deux mille cinq cents ans, ce qu elles sont aujourd'hui?

Ou n’observe les espèces inférieures avec un peu île soin, et grâce aux perfectionnements du microscope, que depuis une cinquantaine d’années, pas davantage.

Et parce que, dans ce laps de temps, on n’aurait pas saisi de changements dans les espèces, on affirmerait qu'il ne s’en est pas fait depuis Aristote, par exemple, même dans les espèces qu’iî n’a pas décrites !

Et quand même il ne se serait fait aucun changement dans les espèces depuis Aristote, est-on fondé à conclure qu’il ne s’en est point fait auparavant et qu’il ne s’en fera pas demain ou dans mille ans?

Car enfin, s’il faut plus de deux mille cinq cents ans pour transformer une cellule bissiforme en une espèce végétale nouvelle bien distincte et type d’une série végétale nouvelle, qu’est-ce donc que deux ou trois mille ans en comparaison du temps que l’on accorde aujourd’hui d'une voix unanime à l’ancienneté de la vie sur le globe?

[172/i] Dans les êtres vivants, il existe un lien étroit entre la substance, la forme et la fonction, considérées dans chaque organe. Chacun de ces trois termes tient les deux autres dans une mutuelle dépendance. Aucun de ces trois termes ne peut être modifié sans que les deuxautres le soient’aussitôt.

Mais les divers organes sont, en quelque sorte, des êtres distincts [170a]; le perfectionnement de l'un n’entrainc pas nécessairement le perfectionnement des autres. Très-souvent, au contraire, le perfectionnement d’un

organe entraîne l'atrophie d’un ou plusieurs autres organes.

Ce n’est donc pas en s’obstinant à comparer dans leur ensemble des êtres complexes, que l’on fera avancer l’histoire de l’organisation, mais en parlant de ce principe, que les êtres sont composés de plusieurs systèmes ou organes réellement distincts quoique solidaires, et que, par conséquent, c’est sur chaque organe considéré isolément que doit être étudiée la suite des «transformations.

Sans doute, il peut arriver que la modification d’un seul organe entraîne de nombreux changements dans les autres organes; il est même certain que toute modification d’un seul organe entraîne plus ou moins promptement des modifications nécessaires quelconques dans d’autres organes ; mais la recherche des modifications consécutives, dépendantes de la solidarité des organes d’un être complexe, ne peut, ne doit être entreprise rationnellement qu’après l’étude préalable des modifications successives d’un même organe considéré isolément.

Ces modifications successives d’un seul organe forment* nécessairement des séries. C’est là seulement qu’il faut chercher des séries complètes, d'une précision indubitable, et non entre des êtres complexes qui, appartenant à la fois à plusieurs séries distinctes, ne peuvent, presque en aucun cas et sous aucun rapport, former des séries précises.

En l'état actuel des connaissances sur la végétation et l’animalité, on peut facilement reconnaître et décrire la

série complète des modifications successives ascendantes, et souvent ensuite rétrogrades, d’un même organe con- . sidéré indépendamment des divers êtres auxquels appartiennent ses différents termes; on peut, par exemple, à l’aide du scalpel et du microscope, décrire quelques milliers de transformations du système respiratoire ou digestif.

On connaîtra ainsi un certain nombre de séries ascendantes et rétrogrades régulières concernant chaque organe. On saura ainsi par quelle suite de transformations de son tégument une cellule élémentaire arrive à être munie d’un poumon, par quelle suite de modifications différentes une cellule élémentair e arrive à être munie d’une double circulation, etc.

On parviendra ainsi à reconnaître par quelles causes chaque modification est produite. Il suffira, pour obtenir cette connaissance si importante, d’observer une contemporanéité, une relation constante entre une cause donnée ’ (milieu, habitude, etc.) et une modification donnée.

* [1 72i] Une seule modification fixe d'un seul organe constitue la différence que les naturalistes appellent so usvariété.

Un nombre mal défini de modifications fixes d’un seul organe constitue la différence qu'ils appellent variété.

Un nombre mal défini de modifications fixes sur plusieurs organes constitue la différence qu’ils appellent • espèce.

Un nombre mal défini de modifications fixes sur tous

ou presque tous les organes constitue la différence qu’ils appellent genre , par comparaison avec un groupe différent de modifications de tons ou presque tous les organes d’un même type, formant nn autre genre, ces deux genres formant une tribu ou famille , etc.

11 est indubitable que les divers systèmes organiques dont se compose un animal ou un végétal, sont distincts ; tellement qu’un animal, par exemple, peut présenter dans l’organe A un perfectionnement égal à 50, et dans l’organe B un perfectionnement réduit à 10, pendant qu'un autre animal présentera dans l'organe A un perfectionnement réduit à 20, et dans l'organe B un perfectionnement égal à 60; et qu’un troisième animal présentera dans A un perfectionnement égal à 50, et dans B un perfectionnement égal «à 55, etc.

Mais puisqu'il est certain que les divers organes sont des systèmes distincts qui, sous l’influence d’une multitude de causes, se modifient soit isolément (jusqu’à certaines limites nullement étroites), soit consécutivement, il est bien évident qu’aprèsque chaque système organique» se sera perfectionné (ou dégradé) de l’une ou de l’autre manière dans toutes les parties du type, ce type dans son ensemble sera arrivé à une forme, à une substance, à des fonctions totalement différentes.

Et comme il sera démontré, au volume suivant, que les conditions d’existence des vivants ont. varié toutes, sans exception , depuis l’origine de la vie sur le globe, il sera reconnu que les divers systèmes organiques ont dû con-

stamment se modifier, et que non-seulement V espèce n’est pas chose fixe, mais qu’il est mathématiquement impossible qu’elle le soit.

(Ju’ est-ce donc, en effet, que la variété, sinon la preuve que Y espèce est en voie de se modifier de diverses manières?

Qu’est-ce donc, en effet, que l’espèce, sinon la preuve que le genre s’est autrefois modifié comme aujourd'hui se modifie l’espèce?

[172 j] Dominés par des préjugés d'éducation invincibles, retenus par des craintes peu dignes de l’esprit scientifique, les naturalistes ont jusqu’ici examiné et décrit les êtres avec plus ou moins d’art et d’exactitude ; mais, sauf de rares exceptions, ils n’ont nullement expérimenté: ils ont été des artistes bien plus que des savants; de sorte qu’aujourd’hui encore, l’histoire naturelle est un magasin pittoresque , un amas confus de légendes, de romans, d'observations justes, de découvertes vraiment merveilleuses, d'aperçus pleins de génie, de systèmes faux, de règles inapplicables que l’on s’obstine à appliquer, d’exceptions innombrables auxquelles on ne corriprend lien, et enfin d’articles de foi que l'on doit subir et confesser, malgré leur absurdité, si l’on veut faire son chemin et vendre ses livres. Tout cela ne forme nullement une science dans le sens exact du mot.

On a discuté à perte de vue sur les résultats obtenus depuis soixante ans par les agronomes anglais; bœufs tout viande, cochons tout graisse et viande, presque sans

os, tète et. jambes réduites, etc., discussions peu concluantes.

Ce n’est pas sur des êtres appartenant aux rangs supérieurs des séries de vertébrés qu’il faut expérimenter pour juger de la puissance des causes modificatrices sur les êtres vivants : c’est sur des termes inférieurs, des protozoaires, des ambigus inférieurs.

Si les séries de modifications des divers organes étaient connues, si la théorie des causes qui déterminent ces modifications était faite, nous osons affirmer — certain d’être justifié par les travaux des savants à venir — qu’il serait facile de transformer un protozoaire donné en plusieurs espèces supérieures à lui. 11 faudrait un certain temps pour cette œuvre, peut-être un siècle, peutêtre deux siècles, d’autant plus de temps, à coup sûr, (pie l’être mis en expérience appartiendrait à un rang plus élevé par l’ensemble des modifications des diverses parties de son organisme.

Mais, par suite du peu que nous connaissons sur les propriétés de toute série, nous osons affirmer que les ’ perfectionnements, les modifications successives d’un organe sont assujettis à des lois fixes qu'il sera facile de découvrir par l’étude même de ces modifications successives, et que la connaissance de ces lois permettra de déterminer d'avance les limites maxima et minhna du temps et des conditions par lesquels un 'protozoaire serait transformé; et que, de plus, la connaissance de ces lois permettra de débrouiller avec la plus grande clarté l’en-

ehaînemenl des causes et la durée qui ont agi sur des organismes originaires pour les amener à l’état où nous les voyons. De telle manière qu'un jour on pourra connaître d’une manière très-approximative leur ancienneté absolue.

De telle manière, enlin, que les organismes seront nonseulement, comme aujourd'hui, des chronologues qui racoulent l’ordre de succession des phénomènes dont la terre a été le théâtre, mais aussi des chronomètres qui diront combien de temps ont duré ces phénomènes.

[172A] En résumé, selon nous, la classification vraie, définitive, la classification scientifique ne sera pas appliquée aux individus, elle sera appliquée aux organes considérés isolément.

Son établissement offrira toutes les difficultés d'observation qui s’attachent à la poursuite des faits naturels que l’on devra recueillir ; mais une fois établie, elle ne sera susceptible d’aucun doute, puisqu’elle sera sérielle. Et elle expliquera clairement l’origine, l'enchaînement, le développement historique des formes, leur parenté et leur confusion.

Sur tous ces points, nous espérons obtenir des résultats généraux très probables par une voie purement rationnelle ; mais la classification sérielle des organes les donnerait jusqu’au dernier détail avec la plus entière certitude'.

1 Au moment où je corrigeais les épreuves de la première édition,

POUVOIR MODIFICATEUR

POUVOIR MODIFICATEUR

[1 75] Dans le cours de ces études, un mot est revenu sans cesse : modification . Le fait qu’il exprime s’est, à . chaque instant, révélé sous une multitude de formes.

Toute substance nous est apparue comme une modification de la matière essentielle.

Toute cause de mouvement dans l’univers nous est apparue comme une modification d’une seule et même cause essentielle: la force.

Tout phénomène nous est apparu comme une modification nouvelle ajoutée au résultat de modifications antérieures.

Toute forme quelconque des choses, des êtres, ne nous a montré qu’un résultat de modifications plus ou moins nombreuses.

j’appris qu'un écrivain. M. .Favre, avait récemment traité ce sujet dans un livre intitulé la Série naturelle.

Après lecture de cet ouvraee, j’ai reconnu que, sur la question des classifications, nous nous étions presque de tous points rencontrés. Mais M. Favre, en se proposant de démontrer cette vérité : une classification appliquée aux individus est nécessairement fausse et impossible; la série des fonctions et des organes peut seule être reconnue, n’a pas recherché quels sont les caractères et les propriétés de toute série.

Cette recherche, quoi qu’elle vaille, et les conséquences auxquelles elle peut conduire, ont dans mon livre leur point de départ rationnel.

POUVOIR MODIFICATEUR

Depuis la combinaison des substances dites simples , jusqu’aux organismes les plus parfaits, jusqu’à la constitution actuelle du globe, jusqu’au système de notre univers solaire, tout révèle un enchaînement de modifications liées étroitement par des lois partielles dont plusieurs sont bien connues, dont un grand nombre sont à découvrir, mais dont on peut affirmer, dès maintenant , qu’elles dépendent toutes d’une loi générale dont chaque loi partielle n’est qu’une modification.

Déjà nous savons que les actions de la pesanteur [21 ] et du magnétisme [76], l’intensité du calorique rayonnant [59], l’intensité de la lumière [65], l’intensité du son [42], etc., sont également inverses du carré delà distance.

Cette formule uniforme n’est autre chose qu'un terme de la loi générale dont nous parlons.

Ainsi, abstraitement :

Un seul lieu: l’infini [1] ;

Une seule substance : la matière [5];

Une seule cause : la force [12];

Un seul phénomène: la modification;

Voilà ce que l’observation du globe et de l’univers nous fait connaître avec certitude.

[175a] Nous allons montrer ici un autre terme de la loi générale; on en verra découler d’innombrables conséquences aux commencements de l'humanité.

Nous exprimerons ainsi cette loi :

Tout être quelconque, parmi ceux que nous connais-

1*00 VOIR MODIFICATEUR

sons, est le résultat d’un certain nombre de modifications antérieures et est investi d'un pouvoir modificateur à l’égard des phénomènes d’où dépendent son existence et son développement.

Ce pouvoir modificateur est sensiblement proportionnel à la dépendance, c’est-à-dire au nombre de modifications dont l'être est, à charpie instant, le résultat variable.

C’est-à-dire que, dans l’échelle des êtres, plus augmente le nombre des modifications antérieures et des conditions actuelles dont dépend un être, plus augmente son pouvoir de modifier ces conditions conformément à lui-même, d'une manière favorable à sou développement.

Le sens des expressions : pouvoir Modificateur cl dépendance , ainsi fixé, on peut énoncer simplement cette loi en la forme suivante : Le pouvoir modificateur des êtres est sensiblement proportionnel à leur dépendance.

Nous n’espérons pas faire comprendre cet énoncé, ni la loi du pouvoir modificateur à première vue ; mais nous nous efforcerons d’en éclaircir la notion essentielle.

Sous l’influence des forces générales : électricité, chaleur, etc., les minéraux les plus simples et les plus immobiles en apparence sont sans cesse modifiés.

Les végétaux, influencés plus encore, quoique autrement que les minéraux, par ces forces générales, présentent en outre des modifications d’un ordre nouveau, qui ne résultent plus immédiatement de l’action des

POUVOIR MODIFICATEUR

forces générales, mais qui dépendent des modifications produites par ces forces sur les substances minérales.

A leur tour, les animaux, influencés par les agents généraux comme les minéraux et les végétaux, dépendent comme les végétaux des modifications produites sur les substances minérales, et présentent en outre des modilications de deux ordres nouveaux : 1" ils dépendent de modifications produites sur les végétaux par les agents généraux et les substances minérales; 2° ils présentent des modifications d’un caractère entièrement nouveau (facultés de relation [164/]), mais très-dépendantes des phénomènes qui les précèdent dans l’échelle de combinaison.

[173 b] Immobiles sur la planète, soumis aux actions caloriques, électriques, magnétiques, etc., les minéraux paraissent d’abord entièrement passifs à l’égard des forces quelconques. Cependant la cristallisation [136r] nous a déjà montré chez eux un premier terme, bien remarquable, du pouvoir modificateur.

Mais si du minéral nous passons à l'examen du végétal, surtout du végétal complet, le chêne, par exemple, nous voyons un phénomène général de modification trèsnouveau : c’est le développement varié avec tous ses termes : naissance, croissance, reproduction, caducité, mort.

Dépendant des forces générales comme les minéraux, dépendant, en outre, des modifications que ces forces introduisent incessamment dans les minéraux qui le

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portent et l’entourent, ce chêne s'assimile, de tout ce qui le porte et 1 entoure, tout ce qui est favorable à son développement.

Déjà si remarquable par lui-même, ce phénomène du développement varié, en dépendance , produit un résultat bien plus remarquable encore : c’est la faculté pour le végétal, par suite de son développement, de modifier d’une manière favorable à lui les conditions de son déve loppement.

Ainsi, une certaine humidité du sol est nécessaire au chêne : par suite de son développement, l’eau des pluies est retenue sur ses feuilles, ses branches, son tronc, et distribuée goutte à goutte de manière à bien imprégner le sol où s’étend ses racines.

^ Le chêne reçoit ainsi l’eau du ciel, en fait provision, et arrose lui même ses racines longtemps après que la pluie a cessé. De plus, ses feuilles, tout en profilant de l’aclion favorâble du soleil, protègent le sol coqtre son action desséchante; ses branches le protègent contre le vent, ses feuilles tombées l’hiver le protègent contre le froid; décomposées, elles lui fournissent de l’humus. Et plus ce chêne se développe, plus ces phénomènes se confirment.

Dépendant de tous les phénomènes inférieurs, il a donc le pouvoir de modilicr ces phénomènes favorablement à lui dans une certaine mesure^

[175c] Si du végétal nous passons à l'examen de l’ani mal complet, un cheval, par exemple, nous voyons des

POUVOIR MODIFICATEUR

phénomènes très-nouveaux : la locomotion, la puissance d’action sur le monde extérieur.

Dépendant de tout ce dont dépend le minéral, de tout ce dont dépendent les végétaux, l’équation qui représenterait toutes les modilications dont il dépend contiendrait un bien plus grand nombre de facteurs que celle du chêne. Sa dépendance est plus combinée, plus grande, mais son pouvoir moditicateur est beaucoup plus grand.

11 n’a plus seulement, comme le chêne, la faculté de sc développer sur place en s’assimilant ce qui lui est favorable, il a la faculté d’aller chercher ce qui lui est favorable, l'eau, par exemple. Et pendant que le chêne ne peut éviter l’incendie qui s’avance dans la forêt, le cheval peut s’enfuir. Ainsi, tandis que le chêne est obligé de subir certaines modifications défavorables du milieu qui l’entoure, le cheval peut, en changeant de place, changer, c’est-à-dice modifier favorablement à lui, le milieu qui f entoure.

Et pendant que le chêne ne peut que modifier dans une certaine mesure ce qui le porte et l’entoure, l’animal a le pouvoir de modifier immédiatement sa constitution entière. Tous les animaux connaissent les herbes qui les purgent, et les recherchent quand elles leur sont néces- * saires.

Et pendant que le chêne doit subir la morsure de l’insecte et les perforations du pic et du rongeur, le cheval chasse les insectes avec sa crinière, et se défend vaillain-

GROUPEMENT DES ATOMES

meut contre les carnassiers, qu i l tue souvent d’un seul coup de son redoutable pied.

On pourrait construire une échelle dans laquelle la dépendance de chaque être serait d’autant plus grande qu’il serait plus complet, mais aussi le pouvoir modificateur sensiblement proportionnel à la dépendance.

GROUPEMENT DES ATOMES

1 1 74] Ce sujet, au premier abord, n’éveille peut-être pas beaucoup l’attention, et quelques pages ne suffiront pas à montrer combien il est digue d’étude; mais les chapitres suivants en feront mieux sentir l'importance.

On est arrivé à connaître, sans aucun „doule, les proportions pondérales (c’est-à-dire les proportions en poids, les poids relatifs) des substances simples qui forment les molécules des corps composés dont s’occupe la chimie minérale ou élémentaire; on est même arrivé aussi à une précision plus ou moins grande dans la connaissance des proportions pondérales des substances simples qui forment les molécules d’un grand nombre de composés organiques.

Un fait capital a été mis en lumière : entre les composés non organiques , la différence des propriétés dépend

GROUPEMENT DES ATOMES

principalement de la différence des substances simples qui les forment; entre les composés organiques , la différence des propriétés dépend principalement de la différence des proportions pondérales des substances qui les forment.

Ainsi, par exemple, de l'oxygène uni à du soufre forme l’acide sulfureux; de l’oxygène uni à du potassium forme un oxyde alcalin : la potasse. Les propriétés de ces deux combinaisons sont très-différentes, et leurs différences sont en rapport avec la différence substantielle du soufre et du potassium.

Tandis que du carbone, de l’hydrogène, de l’oxygène et de l’azote forment également de l’albumine, de la fibrine et une foule d'autres composés, dont les propriétés extrêmement différentes résultent seulement de la différence des proportions de carbone, d’hydrogène, etc.

L’importance d’une très-petite différence dans les proportions pondérales nous a d’ailleurs été montrée par ces analyses [158r] où l’on est sérieusement arrivé à conclure que la molécule de la fibrine, de l’albumine, etc. était composée de 10,000 atomes.

Personne n’a vu ni pesé un atome. Personne, en réalité, n’a jamais compté les atomes qui composent une molécule. Personne ne saurait assurément les définir, et par cette expression nous devons entendre seulement : la plus petite quantité selon laquelle une substance peut entrer dans me combinaison.

GROUPEMENT DES ATOMES

On aurait donc tort d’attacher une trop grande importance aux relations de ces nombres. Mais le fait principal qu’ils expriment : que de très-petites différences dans les proportions pondérales des éléments constituants entraînent de grandes différences de propriétés entre les composés organiques, est indubitable.

[174 «] Déjà plusieurs faits [15G«] [156o] nous ont montré que dans une substance simple l’arrangement des atomes pouvait varier, et que ces diversités d'arrangement entraînaient de grandes différences dans les propriétés d’une substance.

Mais la question se présente avec une bien plus grande netteté quand il s’agit des substances composées.

Soit, par exemple, la combinaison d’un atome de métal M avec deux atomes d’oxygène 0,0. Cette combinaison

est-elle M00, ou OMO ou ^ 7

Car lorsqu’un nombre quelconque d’atomes d'oxygène se trouvent unis à un nombre égal d’atomes de métal, on peut tenir pour certain, peut-être, qu’ils sont unis les uns et les autres, un par un, de sorte que la molécule du composé est OM ou MO indifféremment. Mais dans la combinaison 00 et M, il peut arriver que 0 et M étant unis un par un, le second atome d oxygène se joigne au premier, d’où l’on aurait 00 M; ou qu’il s’unisse à l’atome de métal en opposition avec le premier atome d’oxygène, d’où l’on aurait OMO;

386 GROUPEMENT DES ATOMES

ou qu’il s'unisse à la combinaison OM prise comme

unité, d’où l’on aurait ^ . .

Les mêmes questions se présentent sur l’arrangement des atomes dans un acide composé, par exemple, d'une substance A et de deux atomes d’oxygène 00.

Et lorsque cet acide se combine avec notre oxyde MOO, quel est le groupement de ces six atomes? L’oxyde et l’acide, après union, conservent-ils respectivement leur nature d’oxyde et d'acide, ou sont-ils décomposés euxmêmes, c'est-à-dire, arrive-t-il, par exemple, que le métal et la base de l’acide s’unissent et que les atomes d’oxygène entourent cette combinaison des deux corps

simples? Dans le premier cas,

. AOO

on pourra avoir ^

ou

OAO,

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