‹ La vie personelle: étude sur quelques illusions de la perception intérieureChapitre 40 sur 92 · I. Schopenhauer, Le Monde comme volonté, t. 1, p · texte numérisé non relu

I. Schopenhauer, Le Monde comme volonté, t. 1, p

CARACTÈRE ET INDÎVIDrALITÉ IIQ

Invisible unité. Mais établirait-on ces rapports, si Ton n'avait aperçu entre ces termes quelque filiation ? Et dirions-nous ce qu'est un caractère si nous n'avions assisté à la formation ou à l'ébauche du nôtre ? C'est qu'il existe un fait intérieur qui marque le moment où la puissance produit l'acte et fait effort pour s'inscrire dans les signes qu'elle crée : la résolution nous donne justement le spectacle de notre volonté en exercice. C'est donc bien par un témoignage de la conscience que nous appelons caractère toute multiplicité d'actes qui semblent obéir à une impulsion unique et personnelle, et c'est par une dérivation de ce même témoignage qiie nous appliquons ce nom à la puissance intérieure dont ils semblent procéder. Un profond métaphysicien parlant de Tinvariabilité du caractère et de la source unique d'où découlent toutes nos actions, n'hésite pas à y voir la forme persistante dechacjue individualité, la puissance de vouloir et d'agir saisie dans le concret et sur le vif. C'est bien une synthèse primitive, une vivante et indestructible unité. Si les actes du passé ont encore une valeur à nos yeux, s'ils sont l'objet de la satisfaction ou de l'angoisse de l'âme, c'est qu'ils ont une signification personnelle : « ils sont reffigie du caractère, le miroir de la volonté, sur lequel nous ne pouvons jeter les yeux sans y voir notre moi le plus intime, sans y reconnaître la substance de notre volonté* ». Le caractère est, de la sorte, la loi d'une action aussi conséquente que celle de la nature : tous ses actes s'accomplissent en harmonie avec lui, exactement comme tout phénomène se réalise conformément à sa loi naturelle. Pareillement, après avoir attribué un caractère à toute cause agissante, Kant n'hésite pas à voir en lui la loi même de sa causalité, loi sans laquelle elle ne pourrait aucunement être cause -. Le caractère n'est donc que la loi de la causaHté personnelle, quand on arrive à la saisir dans son action la plus intime et la plus profonde.

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