‹ La vie personelle: étude sur quelques illusions de la perception intérieureChapitre 6 sur 92 · I. Malebranche · texte numérisé non relu

I. Malebranche

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même ordre, arrive-t-on à quelque résultat précis ? « Vous savez qu'un plaisir est plus grand qu'un autre \ Mais de combien l'est-il ? » On pourrait alléguer que, s'il ne s'exprime pas en un nombre, ce rapport embrasse une évaluation précise de la grandeur et de la force des termes que l'on compare. Or, comment ce fait cette évaluation ? Par une arithmétique secrète qui met en présence les jouissances que ces deux plaisirs nous causent, c'est-à-dire, à parler net, le nombre, variable avec chacun d'eux, des organes qu'ils intéressent, et la rapidité ou l'intensité des mouvements produits en ces organes. Mais ce n'est pas établir un rapport entre ce plaisir et ce plaisir ; c'est l'établir simplement entre leurs contrefaçons organiques.

C'est pourtant par une confusion de ce genre, par une fausse analogie avec les faits physiques, qu'on en vient à parler de faits psychologiques. Telle combinaison physique, la propagation de la lumière, par exemple, n'est point un événement accidentel : dès qu'une observation attentive en établit les conditions et que, la déduction intervenant, elle s'est exprimée en une formule précise, elle est devenue véritablement un fait. En est-il de même des événements de la vie consciente ? Dire que nos habitudes et nos passions sont sujettes à des retours qui nous permettent d'en prévoir les effets, et que la statistique soumet à la loi des nombres les actes de la volonté qui prétendent y échapper ; ajouter que le monde psychologique renferme des faits susceptibles de prévision et de calcul, c'est assurément ne considérer de ce monde que ces régions superficielles, toute voisines de l'étendue, où l'âme cesse d'être ou n'est pas encore ellemême. A.U contraire, les régions profondes de la conscience voient se dérouler, au lieu de faits précis, des états incompatibles avec la rigide exactitude d'une formule : nuances éprouvées ou senties, émotions fugitives et si intimes! Il faut d'ailleurs noter que ces états' simples par nature sont complexes dans leur histoire. Un sentiment de tristesse ne

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