Sermon sur La Prédication évangélique
dePéchelle, la forme d'un déroulement continu, d'une Irame vivante d'images lentement organisées, pour revêtir, au sommet, l'aspect d'idées en relief, toutes en lumière, comme une certitude, un acte de foi ou de liberté. Cette disposition est dominante et l'on ne conçoit pas de personnalité sans elle. Dans tout ce qui est personnel, nous retrouvons, en effet, cet élément de tension intérieure, parfois languissant cl relâché, mais aspirant à se raffermir et à se recomposer, à passer de l'état d'organisation spontanée à celui d'organisation réfléchie. Nos émotions n'ont perdu leur forme anonyme que pour s'être rattachées à une pareille disposition : c'est par son intermédiaire qu'elles se sont incarnées en chacun de nous et qu'elles ont fini par s'\ individualiser. D'autres états, beaucoup plus extérieurs en apparence, présentent la même caractéristique mentale. La vie de l'esprit, telle que la révèlent les formes supérieures de la mémoire, de l'ima gination et de l'effort, se dispose suivant les lois d'une architecture naturelle qui fait de chacune d'elles une forme toute construite, se maintenant en elle-même comme par l'application spontanée d'un équilibre psychologique, avec cette faculté de pure expansion, ce mouvement ascensionnel qui la redresse et l'élève. Ces états, en participant à l'architectonique intérieure, sont au terme d'un devenir qui ne tend pas à la dissolution, mais qui contracte ses moments dans ces unités construites, ayant chacune leur allure et leur mouvement, et redevables de leur individualité à ce mouvement même. Cela est si vrai qu'ils' perdent toute caractéris tique personnelle, lorsque, cette tension intérieure venant à se relâcher, il se produit un affaissement insensible qui les ramène à leur condition primitive de virtualités psychologiques, ou encore, lorsque l'effacement graduel du <l< '^in qui les circonscrivait à nos regards ne leur permet plu- de trancher sur le canevas uniforme de la continuité mentale et de s'y mettre en relief. Ce qui revient à prétendre que ces formes sont de même nature et obéissent aux mêmes lois que le moi et que la personnalité. Le devenir intérieur se disper serait en une poussière mentale s'il n'avait justement pour
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terme la constitution de ces touts cohérents, de ces unités fortement construites qui sont la mesure de sa vitalité. Les consciences qui ne sont point passées à l'acte de la personne ne connaîtront jamais cette harmonie interne des états supé rieurs : elles végéteront sans porter de fleurs ni de fruits. Le devenir se poursuivra en elles suivant un rythme ininterrompu, mais d'une extrême lenteur, incapable de se dépasser pour se condenser et se survivre en cette floraison d états originaux. L'individualité, le moi réfléchi, la personnalité. en un mot, ne sont pas des données primitives de la conscience ; ce sont des résultats ou des extrémités : ils son! au terme d'une construction tout interne. Mais il est vrai : l'évolution qui les prépare ne se hausse pas toujours jusqu'à ces suprêmes synthèses, soit parce que son cours a été interrompu et détourné brusquement, soit par défaut de vigueur et de richesse, soit enfin parce que les virtualité- de la conscience, n'ayant pu s'actualiser sous l'action d'un idéal suffisamment conçu, n'ont jamais réussi à dépasser les limites de la possibilité psychologique, telles que le rêve, la sensualité, ou le plaisir musical nous la révèlent.
Ilàtons-nous de généraliser ces résultats, en empruntant à la stéréochimie un terme de comparaison. De même qu'il existe une architecture ou une mécanique moléculaire dont la chimie du charbon ne serait qu'une variété, de même — les lois de la nature étant partout analogues et se symbolisant à l'infini dans les différents règnes — nous serions portés à admettre pour le contenu de la conscience une architecture naturelle, dont chaque moi présenterait un échantillon; en sorte que, chaque élément conscient ayant sa forme régulière et constante et comme sa ligure caractéristique dont il serait possible de retracer psychologiquement le schéma, les aptitudes des personnes, leur- propriétés et la suite de leurs combinaisons relèveraient des lois de l'universelle architec tonique. Il faut donc voir >an> surprise les essais dispersés, et pourtant au fond concordants, par lesquels les états |>»\ chiques se disposent en composés similaires, ces composés
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réalité consciente, dans un mouvement de tension qui se poursuit sans relâche, se disposant en une unité définitive. Ce sont là autant d'épisodes de cette architecture psychologique sans laquelle il n'y aurait qu'une poussière mentale. Ce sont les divers moments d'une logique inflexible, ou mieux les effets simultanés d'un même mouvemenl d'en semble, dont le jet ascensionnel nous redresse et nous élève, le sommeil n'en étant que le repos, et la mort, l'affaissement.
Il y a donc une unité architectonique de la personne qu'il nous est permis de saisir, sinon dans sa structure immobile, du moins dans le mouvement qui l'édifie. La base d'appui du système formé par la personnalité constituée serait cet ensemble de tendances et d'impressions qui donne au sentiment et au caractère un centre permanent : mais c'est en haut, dans la conscience réfléchie, que l'unité se dégage et se fixe. Remarquons en effet que cet ensemble de tendances, dans la mesure où il est rattaché à quelques symboles organiques relativement fixes, ne suit pas une progression régulière. Pour user d'une comparaison que Schopenhauer nous suggère, un tel système d'états rappelle la basse et les \oi\ intermédiaires qui forment l'harmonie, mais qui n'ont pas une marche continue comme la partie supérieure, qui chante La mélodie. Par contre, le moi de la réflexion et de la pensée pure vient se surajouter à ces éléments inférieurs, comme la partie d'en haut qui conduit le chant et exécute la mélodie. Cette partie consciente — le moi spirituel, le moi de l'idéalité — est la seule qui coure librement et avec agilité, tandis que les autres progressent péniblement « sans suite mélodique et sans signification dans leur allure ». Telle quelle, elle exprime la quintessence et comme la sublimation de la vie <>\ de ses incidents ; aussi excelle-t-elle à nous en dévoiler le sens le plus profond et à nous en donner, en un raccourci saisissant, le commentaire le plus exact et le plus clair : c'esl l'intériorité des êtres qu'elle réussit à nous rendre dans une vue simplifiée. Il en est d'elle comme de ce chant de gondolier, dont un grand artiste nous parle, et qui s'ajoutanl au spectacle
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de Venise, nous permet de retrouver sans effort et de synthétiser, grâce à un rythme séculaire, son caractère et son histoire1 : tout ce qu'elle est, il le révèle et le signifie. — Nous n'entendons pas dire que les éléments qui entrent dans l'unité architectonique de la conscience soient soumis à une loi d'ensemble qui serait posée par cette unité même. Celle ci ne se produit que lentement et à la suite d'une curieuse transposition qui change les impressions fugitives en de- élé ments de réflexion beaucoup plus stables. Il convient d'ajouter que ces éléments ne sont jamais en connexion nécessaire ni même en correspondance absolue avec elle; leur relation est celle d'un accommodement progressif à cette unité de réflexion qui se perçoit d'abord vaguement et qui se dégage avec une lenteur extrême. D'ailleurs, un tel accord n'est pas de règle. Beaucoup n'arrivent pas à cette heure grave des retours sur soi-même, des années révolues, d'une carrière morale accomplie, à ce moment pacifique des certitudes en toute chose 2, où le moi a le droit de s'affirmer, parce qu'il s'est disposé en une vivante unité3. Cette unité à son tour, mobile et spirituelle, nous révèle au fond la même chose que la spontanéité consciente, mais plus concentrée, plus parfaite, avec un choix mieux réglé. Sans cloute, elle ne peut pas apparaître seule et détachée, pas plus que la voix supérieure qui tient le chant, ne peut produire tout son effet en dehors des autres voix qui forment la base de l'accompagnement harmonique. Mais elle dépouille l'existence intérieure de ses accidents émotionnels pour la restituer dans la pureté de sa forme, et elle dépeint les mouvements les plus cachés de notre être en les dégageant de la matérialité ou de l'insignifiance des détails, si bien qu'en pénétrant ainsi à l'intime et comme au cœur de la conscience elle sait atteindre, par delà la réalité la plus riche, à l'idéalité la plus pure.
Nous venons de tenir notre promesse: nous venon- de