CHAPITRE III
LE SENTIMENT
En nous inscrivant en faux contre la doctrine substantialiste et en assurant que le moi est un composé variable et infiniment mobile, ne donnons-nous pas raison à la doctrine de Hume? « Il n'a ni simplicité en un même temps, ni identité en des temps différents, quelque naturellement enclins que nous puissions être à imaginer cette simplicité et cette identité. » Sans doute, pour le philosophe anglais, c'est Timagination seule qui ourdit en fils ténus la trame fragile que nous prenons pour notre être. Mais, du moment où l'entendement constructeur n'exprime pas les démarches de l'être réel, quelle autre source trouver a la composition de nous-mêmes que ce travail factice de raccord? Quelle autre garantie de l'unité originale de notre être que cet assemblage? Il est vrai qu'un obscur sentiment intérieur semble attester, en même temps que l'unité des fonctions qui servent à notre existence, la solidarité qui relie les états d'une même conscience. On devine donc pour L'unité du moi un fondement moins précaire. La vie psychique n'est point une broderie improvisée ; elle recouvre une trame organisée, solide, formée de sensations vitales qui suivent le jeu normal des cen très nerveux. De là son unité, sa permanence au sein du devenir. Les rapports premiers subsistent, toujours les mêmes; enveloppés par un sens général de la vie organique, ils forment la base puissante de notre individualité. A une