‹ La vie personnelleChapitre 47 sur 155 · MÉCANISME ET DYNAMISME PSYCHOLOGIQUES IO · texte numérisé non relu

MÉCANISME ET DYNAMISME PSYCHOLOGIQUES IO

el c'est encore de l'amour que ces phénomènes qui raccompagnent, par lesquels il communique de la légèreté à toutes no* passions au point d'en accroître le jeu normal et l'intensité. C'est donc qu'il y a une hausse réelle produite en toute l'âme au lieu d'une déperdition qui devrait, semble-t-il, en solder l'excès. On comprendrait d'ailleurs que c'est erreur de langage si l'on invoque le principe de la conservation de la force ; ce principe n'a pas de sens du moment où l'expérience intérieure nous présente non des forces, mais des états. Allé guera-t-on que l'exercice de nos sentiments s'accompagne de langueur, qu'une grande joie fatigue, qu'un grand amour abat!' Pure confusion: il est très vrai que la passion requiert une part déterminée d'énergie vitale ou nerveuse et que, de cette force, il y a mesure et quantité ; c'est bien à cette énergie que sont liés les perturbations et les accès, les langueurs, les épuisements. Or, quand on parle de force affective c'est par confusion avec cette force vitale, condition physique d'un état mental. Mais si l'on voyait en elle ce qu'elle est vraiment, la fécondité inhérente à nos sentiments ou à nos pensées, on comprendrait qu'elle dût obéir à des lois toute contraires. Non seulement une de nos pensées persiste, un de nos sentiments laisse des traces, mais encore ils accroissent et renouvellent notre expérience totale. Tout ce qui entre dans notre étoffe intérieure n'en sort pas seulement entier ou transformé selon la loi de l'équivalence, mais amplifié.

Nous opposons ainsi une fin de non-recevoir à toute inter prétation statique ou mécanique des phénomènes de l'âme, et rien ne nous empêche plus de voir en eux des faits de notre propre rie.

C'est ce que l'on comprendrai! si l'on voulait bien se placer une fois pour toutes en dehors d'une conception mécaniste et considérer en lui-même le phénomène primitif de l'émotion. Différente de la sensation par son caractère particulièrement intime, l'émotion ne saurait se confondre avec l'idée qui éclaire l'âme sans la toucher el que renferment les limites précises d'un concept ; c'est dire qu'elle est naturellement

I,E SENTIMENT

pénétrante et suggestive, puisqu'elle éveille une expérience particulière à chacun, fluide aussi, en quelque sorte, car elle change en chaque esprit au contact même des associations qu'elle y éveille. Aussi comprenons-nous qu'une émotion échappe aux catégories d'une psychologie convenue : distincte quand elle s'enveloppe de particularités nombreuses, et comme disait Pascal, de « circonstances », elle demeure, même alors, une combinaison indécise, toujours flottante à cause des émotions secondaires qui viennent l'infléchir. Ce qui fait le charme de nos émotions, alors même qu'elles sont tristes, c'est ce sentiment d'un changement qui s'opère et d'une nouveauté que l'on devine presque, comme si l'inattendu jaillissait de ce que l'on constate encore et si cette mobilité de l'âme était une occasion heureuse de divination rapide et d'espérance. De même, une émotion naissante tire sa force de cette indécision où elle semble simultanément, pour ainsi dire, osciller entre des contraires, conciliant des termes qui nous fatigueraient bientôt si nous les voyions réalisés, mais qui par ce mélange se corrigent et se renouvellent. De là cet attendrissement qui se joint à nos émotions religieuses ou morales, comme si notre foi se tempérait du sentiment de notre faiblesse; de là encore cette douceur que l'on trouve aux émotions tristes, comme si le poème du cœur embellissait la douleur même en y joignant quelque fugitive nuance d'espoir et d'expiation. Plus tard sans doute elles s'achèveront dans la clarté des fermes desseins, et il n'y aura plus de place pour l'attente ; mais encore elles ont l'indécision charmante des choses qui naissent : tressaillements légers d'un être qui se fait, s'insinuant peu à peu dans le sentiment et par là dans l'acte, mais en y apportant le souvenir ou l'indice de l'indétermination originelle.

Maintenant, à quoi tient cette merveilleuse mobilité de nos émotions sinon, comme l'avait compris Descartes, à une première cause qui est la seule action de l'âme? Gomment, s'il n'en était pas ainsi, comprendre que tout en étant souvent jointes avec les passions qui leur sont semblable-, i es émotions « puissent souvent aussi se rencontrer avec d'autres

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