‹ La vie personnelleChapitre 56 sur 155 · CARACTERE ET AUTOMATISME · texte numérisé non relu

CARACTERE ET AUTOMATISME

homme, el par conséquent la vérité de la représentation de la vie ' ? »

On renverse, il est vrai, cette explication quand on donne l'automatisme comme le terme de démarches conscientes prêtes à se suspendre dès qu'il serait réalisé. C'est vraisemblablement parce que l'automate, en l'homme, est encore hésitant que la conscience est requise2. Le caractère gagnerait en vertu à mesure que la conscience perdrait en clarté, et le caractère parfait résulterait d'une systématisation complète où l'esprit calme, tranquille, tout en soi n'aurait plus à différencier ses étals ni à les exclure. Mais quand se termine cette organisation dont l'achèvement correspondrait à l'amortissement de la conscience? Elle n'a pas de limite. L'automatisme de nos habitudes n'est jamais complet ; jamais ce système savant qui nous empêcherait de vouloir ne tient ses promesses. Dès lors, dans l'imperfection du mécanisme, la consoience est toujours requise, et toujours aussi la spontanéité. Au surplus, s'il est vrai que plus un groupe de mouvements est intégré, moins il soit requis que la conscience y préside el que le choix de la personne morale intervienne, il est tout aussi vrai que ces combinaisons sont autant d'excitations à vouloir ou à penser, puisqu'elles se transforment en des forces vivantes au contact desquelles le génie personnel s'anime. Ainsi, la conscience ne disparaît de ces synthèses que pour les mettre clans la dépendance de notre action et pour accroître notre autonomie. D'un autre côté, les âmes vouées au vice et qui s'y enfoncent de tout leur poids sont destinées à perdre de plus en plus le sentiment de leur être individuel ; c'est qu'elles ont étendu démesurément en elles le domaine des forces impersonnelles et qu'en l'absence de tout point d'appui intérieur elles assistent, sans pouvoir se ressaisir, au progressif évanouissement de leur volonté.

Nous venons de faire une part dans la conscience à l'élément de virtualité, de puissance, et celle remarque nous permet

I. Cf. Brunelière, Revue des Deux Mondes, 1891. a. Vue soutenue par M t'auliiaii cl par Spencer

l^G LE CARACTERE

d'entendre qu'on ne puisse introduire dans l'interprétation d'un caractère donné une réelle nécessité. Mais n'\ aurait-il l>as ici une nécessité historique ? Le caractère ne peut-il pas être regardé connue un système fini où se projettent, eu rang marqué, des éléments indéterminables? Les combinaisons actuelles ne seraient vraisemblablement que la mise en œuvre de matériaux entassés. Elles sont imprévisibles, puisqu'elles ne se déduisent pas à priori des données logiques ; mais elles ne laissent pas d'être soumises à une nécessité rigoureuse, celle qui leur vient d'un passé capable de renaître en faisant violemment irruption dans le présent. Le développement des facultés natives expliquerait donc les accidents survenus dans notre histoire, et l'on comprendra toute la valeur de l'objection si l'on songe combien, dans les combinaisons chimiques, {es plus étonnantes différences de propriétés se réduisent à de simples différences de quantité. Au surplus, on tend de toute part à rehausser l'importance de ce qui est, dans l'homme, naturel et donné. De même que la science recherche les antécédents les plus reculés des phénomènes, l'art aime à rattacher la volonté aux circonstances multiples où on la voit évoluer; s'il imagine parfois des conflits entre cette volonté et la nature, c'est pour emprunter une couleur de vérité à. l'analyse de ce qui fonde notre caractère personnel, tout en le dépassant et le débordant. La psychologie, de son côté, tend à se faire historique. Sans doute, elle s'esl toujours efforcée d'écarter le local et l'artificiel pour dégager le fond de vérité contenu en un phénomène particulier: mais on peut dire qu'elle a un plus vif souci de retrouver en tout la nature humaine. 11 faut ajouter que cette idée de nature, abstraite au commencement du siècle, est devenue concrète et vivante. Au lieu d'exprimer simplement les convenances logiques qui servent de règle au développement de l'être humain, la nature comporte un réel pouvoir de conservation qui lui permet de fixer les perceptions fugitives de la race, île résumer en un seul homme ces diverses manière- de penser el de sentir : c'est comme un l\ pe immoi tel que S) m bolisenl d'éphémères apparitions. Dès lors, il \ a dan- les

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