ORGANISATION LA TENTE DE CARACTERE IÔI
forment, après de lentes acquisitions, son fond intellectuel et moral : c'est un langage muet qui ramène, malgré la variété des circonstances, les mêmes vivantes paroles, qui ne s'arti cule pas, mais auquel elle fournil les formules attendues. Et il y a plus, puisqu'elle sait plier tout ce mécanisme à son usage, en y déposant un magique secret de préservation. Ces habitudes fixes seront comme le contour précis, presque physique, qui délimite à nos propres regards notre être intime. Prêtes à s'exciter à L'improviste et, s'il le faut, à nous défendre contre nous-mêmes, elles se liguent comme des puissances agissantes pour raidir la volonté1. Ce sont des forces de réserve qui s'ébranleront d'elles-mêmes et sur lesquelles nous pouvons compter au moment critique. Avonsnous là un exemple de torpeur produite par l'influence des forces mécanisantes? iN'est-il pas constant, au contraire, que la volonté indéterminée et vague s'est convertie en une volonté figurée et animée, prête à l'action? que, si elle s'est inclinée sous le poids toujours croissant de l'habitude, il n'y a lien là pourtant qui corrompe ou qui déprime ? que le caractère vrai apparaît plutôt à cette facilité de réaction résultant d'une merveilleuse promptitude dans l'accord de la volonté, avec ses moyens d'expression ?
Ainsi, bien loin que les défaillances du vouloir résultent de l'exercice normal du vouloir ou d'un assentiment réitéré, elles proviennent simplement de l'empire d'une idée qui supprime tout assentiment parce que, dès le principe, elle réduit la volonté ou l'annule ; mais ni le mécanisme n'est de l'essence de l'être moral, ni la volonté ne tend à se transformer en mécanisme. Il arrive seulement que l'imagination se substitue à elle quand, à défaut d'idées spontanées, elle offre un centre où aboutissent encore, détournées de leur direction, nos préférences personnelles et nos répugnances instinctives. C'est encore une illusion, si nous supposons l'activité personnelle disparue à mesure que se sup-
i. Taine lui-même en convient, incidemment, mais très énerpiquemenl (Revue des Deux Mondes, année 1892).
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prime la résistance. Nous imaginons alors que l'effort est le seul indice de cette activité et nous la figurons toute dans le choix et dans le labeur, comme incapable de se recomposer en un état habituel et profond. Il y a pourtant une organisation de notre volonté de laquelle ressortit justement ce qu'on nomme le caractère : mais un défant d'attention nous cache la vie profonde qu'elle revêt dans la conscience, et nous prenons toujours pour elle les forces résistantes du moi. Or, loin d'exprimer ce qui fait le fond et l'âme de la volonté, la résistance signifie qu'en cette volonté les penchants premiers se raidissent, faute d'une organisation qui suffise. La volonté organisée n'admet pas la résistance : il y a facilité et promptitude dans l'action, parce qu'il y a désormais pénétration de nos puissances, réconciliation totale des penchants profonds.
La double illusion que nous venons de signaler a eu précisément sa source dans une confusion produite entre des termes bien distincts : V essence générale d'humanité et la nature individuelle. Elle disparaît dès qu'on rend à ces termes leur signification psychologique. La nature n'est pas sim plement un possible, elle est l'unité dynamique de nos affections telles qu'on les atteindrait à l'état originel : aussi l'analyse n'a-t-elle pas de peine à retrouver en elle une organisation croissante, au lieu d'un système fixe, une unité de devenir, au lieu d'une notion. Pour la conscience, la nature est irréductible à l'essence, comme la vie est irréductible à la logique. Pourtant l'assimilation devait être bien tentante pour une pensée que gouverne l'idée de vérité scientifique. C'est donc l'application de cette idée qui nous parait avoir causé les doctrines mécanistes que nous avons écartées, el nous les verrons se produire sous une autre forme, si. pas sant de l'ordre historique à l'ordre métaphysique, nous recourons avec les Kantiens au même moyen d'explication.
Une connaissance certaine n'implique pas seulement que les faits soient déterminés; il faut encore qu'ils soient mesurables. Il ne suffirait donc pas. au nom de la vérité scienti-