‹ La vie personnelleChapitre 62 sur 155 · LA SYNTHESE PRIMITIVE 1)1 CARACTERE I |Q · texte numérisé non relu

LA SYNTHESE PRIMITIVE 1)1 CARACTERE I |Q

mode continu de penser ou de sentir d'un mode purement affectif : ne sait-on pas que dans une conscience vivement émue un état peut se produire, si durable et si profond, qu'il devient une habitude de notre vie et que nous n'imaginons plus une autre manière d'être comme possible pour nous!' No sait-on pas, d'un autre côté, que bien des volitions émanées de notre caractère sont instantanées au même titre que nos ('motions ? Vous verrez donc qu'il n'y a qu'un moyen de séparer des termes dont les remarques précédentes ne feraient plutôt qu'éliminer les différences : c'est de supposer que chacun de ces états se réduit à un système d'éléments psychiques enveloppant ici l'idée irréfléchie de sentir, et là l'idée irréfléchie d'agir. Ainsi vous expliquerez vous que le caractère s'atténue à mesure que croit la vie émotive, comme s'il suffisait de s'abandonner au charme de sentir pour faire s'émousser cette profonde conscience d'agir, âme de notre volonté. Bref, il entrera toujours dans noire caractère un facteur personnel, cette conscience de tendre on d'agir préexistant aux habitudes et les produisant. Quant à la trans formation qu'elle fait subir aux lois psychologiques antérieures, elle signifie que ces lois composent simplement la matière de la conscience et que cette matière tend à s'ordonner, dans la personne, comme dans la forme éminente de l'être, \insi se vérifient à l'analyse les résultats de la construction qui précède : le caractère est la volonté concrète, réfléchie dans les modes affectifs et représentatifs, cl s'infléchissant vers l'action.

Si donc l'on pénétrait au-dessous de cette surface où les choses extérieures se profilent sur l'âme sans réussir à la pénétrer, on serait surpris d'j trouver la singularité <\'iu\e action vivante. La forme impersonnelle dans laquelle nous percevions nos états nous paraîtrait alors chose bien extra ordinaire, si nous ne savions que l'idée d'un développement continu est une des habitudes les plus invincibles «le notre pensée. C'est justement la véri té supérieure de l'aride rompre avec cette idée pour nous replacer dans un état d'esprit où

nous sommes rendus à la souplesse initiale. Il n'y a donc, croyons-nous, qu'un moyen exact de figurer l'activité vivante de la personne : c'est de lier les actes de la vie morale en séries originales, imprévues, c'est de montrer une réelle convergence de ces états en un système. Nous avons <lù renoncer par suite aux moyens d'expression mis en honneur par les phénoménistes et par les kantiens, et nous venons de nous faire une idée d'un tel système, en L'assimilant à ces états bien connus de la conscience où, une idée nous pénétrant et une vive émotion absorbant notre énergie, il en résulte, au sein de la volonté, des dispositions profondes. Nous ajouterons maintenant que ces dispositions varient d'un individu à un autre et que, dans le même individu, elles ne se présentent que bien rarement sous forme identique ; le caractère, conclurons-nous, est un état transitif. Je me dispose, par exemple, à passer d'un travail qui me rebute par sa rigueur, à une lecture dont j'attends le délassement. Mes pensées actuelles s'orientent donc en ce sens et, quoiqu'il n'y paraisse pas, je perçois vaguement le mouvement nouveau qui les gagne. Je le perçois même si bien que, si je renonce à lire mon auteur et si la vision prévenante demeure sans effet, je me sens envahi d'un inexplicable sentiment de gène. Or, comment comprendre ce désappointement, si Ton ne suppose que la vision d'où il résulte s'était produite à la suite d'un état déterminé, absolument distinct de celui qui précédait et de celui qui allait suivre? A chaque instant, nous découvririons en nous des inflexions de cette nature, des transitions assez définies pour nous permettre de passer sans surprise d'un état de conscience à un autre, d'une volition à une autre. On verrait aisément que le caractère est assimilable à ces états de transition qui maintiennent au sein «l'une conscience changeante l'idée de la continuité. Car, si nous produisons des actes sans en être surpris nous-mêmes et si ces actes paraissent dérivés de notre personnalité, c'est que l'attitude qu'ils recouvrent, bien loin d'être quelconque, est en quelque sorte préformée dans notre conscience où elle s'ébauchait en un mouvement habituel. Sans doute, la plupart de ces

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inflexions générales ne seront point l'objet d'une connais sance réfléchie, car elles échapperont à l'observation intérieure, éclipsées bientôt par les états qu'elles devaient préparer ; mais elles ne laissent pas d'imprimer aux images internes de l'action une direction qui n'eût pas été la même sans elles; elles ne laissent pas de leur communiquer cette indéfinissable puissance d'expression qui fait souvent comparer aux produits de l'art les actes émanés de la personne. Il est donc bien vrai que le caractère se réduit à un système de relations transitives; mais il est également vrai que de telle> relations sont les parties d'un mouvement total, les effets diversifiés d'une même tendance qui s'arrête ou qui se brise en se réfléchissant en nous ; il est surtout très vrai que nous percevons confusément ce mouvement concret de notre pensée, puisque nous adaptons instinctivement à son rythme le mouvement varié de nos autres pensées, et que nous concevons de la surprise, s'il ne se réalise pas.

Il s'en faut de beaucoup que les observations précédentes aient épuisé l'analyse du caractère personnel. S'il est vrai qu'une partie de ce caractère soit constitué par des images anticipées, nous avons cru qu'il resterait pourtant à chercher d'où proviennent ces images et pourquoi, dans un esprit, les unes s'organisent aux dépens des autres. C'est esquiver la difficulté que d'invoquer l'affinité naturelle de nos émotions? car celles ci sont le plus souvent acquises, et dire qu'elles se suggèrent spontanément, c'est faire appel à quelque mysté rieuse expérience où elles seraient comme préformées. Au surplus, on ne saurait attribuer cette propriété de rappel à nos émotions mêmes, puisque, pour peu qu'on les abandonne à elles, elles se jouent en combinaisons capricieuses, quand elles ne dépassent pas ce point d'arrêt à partir duquel elles chan gent de forme et même, comme nous l'avons montré, de nature. Il y avait donc une nécessité logique à les rattacher à une tendance prépondérante de notre volonté el à retrouver en elles autant de parties, séparées par abstraction, d'une unité organique. Mais de là justement des complications que les ressources de l'analyse psychologique ne démêlenl pas. Car

cette disposition, soutenue de tout l'éclat des passions el des adhésions vives de la volonté, devient le centre d'un arrange ment mobile où la nature aurait autant de pari que la discipline ; et quelle souplesse, quelle délicatesse, quelles inflexions, par suite, dans cette disposition-mère ! On comprend donc la variété presque infinie des caractères humains; et l'on comprend aussi qu'en chacun je ne sais quoi, d'essentiel pourtant, se dérobe qui dévoilé, mis à jour, ne laisserait subsister aucune feinte, mais qui échappera toujours à nos prises parce qu'il requiert, pour être, du recueillement et du mystère.

J'aimerais ici surtout à chercher ce qu'on pourrait nommer la courbe du caractère. C'est un point singulier autour duquel ont oscillé, oscillent encore les éléments composants. A la surface, sans doute, notre vie se poursuit avec sa pente uniforme, et cette uniformité vous cache, à un premier regard, toutes ces délicates relations. Mais insiste/.. Cette simplicité de la surface recouvre une mobilité extrême, et cette mobilité a un sens. Chacune de nos volitions élémentaires s'oriente en ce sens, ou y tend, ou même y arrive ; chacune a sa courbe qui semble reproduire, à sa manière originale, la même courbe et qui tend à passer au même foyer. Qui connaîtrait ce point singulier, si variable en son unité, connaîtrait l'homme : c'est le nœud où notre existence a ses plis et ses détours. Observez de plus près encore, s'il est possible : là, maintenant, vous verriez un monde ayant ses lois, ses variations précises, ses parties flottantes, son arrangement progressif autour de son centre. Car, c'est une singularité de la vie intérieure que tout n'y soit pas réglé et disposé une fois pour toutes, mais que, tout étant réglé et composé, il y ait pourtant mobilité dans l'arrangement et dans la forme. Mais qu'il faut toucher délicatement à ces choses ! C'est le privilège de la vraie éducation, de l'éducation de la personne par la personne, que d'interpréter, en chaque cas, ces données et, la pénétration, une certaine divination aidant, de chercher à les accorder. Ainsi, il faudrait d'abord démêler ce point singulier, l'indice individuel. Mais

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cela n'est pas tout, ou même cela n'est rien. Comment traiter cette singularité vivante ? Comment la réduire, sans la résoudre? Voyez plutôt. Les dispositions sérieuses se convertissent bien vite en tristesse ou en rigueur; le désir, après l'épreuve, devient soumission. L'amour, selon Pascal, rend magnifique et généreux : que d'âmes, aimables et douces, sont devenues par lui dures et sèches! En un mot, chaque émotion, dans le cas particulier de votre personne, aurait eu là sa plénitude; c'était son naturel point d'arrêt. Prolongez les lignes : elle se transforme, et une espèce de regret s'y joint; elle essaie de produire un retour, de revenir au point dépassé. Ou bien encore, nos idées sont contraintes ; écartées de leur centre habituel d'action, il semble qu'elles aillent par formalité : tout se brouille, tout se gêne, il n'y a en nous rien que d'emprunté. Le phénomène opposé se produit aussi puisque souvent, au moment d'agir, chacun des éléments qui prendront part à l'action hésitent : bien des combinaisons sont possibles qui s'ébauchent en nous simultanément; confusément, nous sentons qu'une seule pourtant nous ira. La marche vers l'avenir, comme le retour au passé, sont caractérisés par cette convenance avec un point précis qui est ceci et non cela, et qu'il faut dans les deux cas retrouver ou rejoindre. Otez ce point singulier : vous supprimez cette unité des directions internes de l'action, vous supprimez aussi l'incertitude. Le caractère requiert donc cet arrangement personnel, cette intention personnelle quoique implicite, cette action concrète, variée, particulière à chaque individu, singulière enfin, qui se traduit par cette incertitude et dans cet ajustement. Si nous ne la percevons pas aussi bien que le centre de nos souvenirs, c'est que l'organisation du passé est fixe et solide, alors que l'organisation de •notre présent change à chaque instant avec ce présenl même, el que. disposée toujours vers le même foyer, elle reçoit de la complication des buts je ne sais quoi d'hésitant et d'incertain. Mais voilà justement pourquoi toute explication scien tifique du caractère présente une difficulté insurmontable : elle supposera toujours que celle profonde conscience d'agir,

qui en est Pâme, est complètemenl expliquée quand on l'a saisie dans ses relations objectives avec ses antécédents ou avec les circonstances extérieures, en un mot dan- bod déterminisme. Mais, par une suite forcée, on fera profession d'ignorer cette espèce d'artifice, ou d'art supérieur, qui ajoute tant de complications aux données de la nature et qui en varie si délicatemeni les expressions. Pourtant, toutes les fois qu'il nous arrive d'être replacés au sein de la réalité, nous voyons se renverser les axes d'une pareille explication. Ce qui nous intéresse alors, c'est moins les lois abstraites de notre développement fictif, que le tableau de nos acquisitions successives ; et la loi de ces transformations nous parait liée aux transformations mêmes de la personne. En un mot, le carac tère, à ce nouveau point de vue, est une forme concrète, degré vers l'existence en soi. Cette forme n'a pas la fluidité qui s'attache aux choses évanouies; en elle, nous sentons un jet instantané de l'énergie intérieure. Elle se confond avec notre causalité propre. Elle ne s'offre pas à nous avec une sorte de détachement inexpressif : elle est vivante et parlante.

Hàtons-nous, d'ailleurs, d'ajouter que le caractère, tel (|uc l'expérience le révèle, ne se laisse pas réduire à ce courant continu de volitions ou d'images actives qui en constitue le fond ; il s'y joint encore une disposition pratique déterminée par cette idée d'agir, dont nous parlions un peu plus haut et dont l'effel immédiat est de l'orienter, après une simplification rapide, vers des fins tout extérieures. S. m- cet aspect superficiel et empirique, le caractère cesse d'être un arrangement spontané de nos états, une organisation pro gressive de la conscience, pour devenir un moyen de succès et un instrument de travail. Ici encore en un mot, un dédoublement s'impose. Si nous nous transportons au centre el connue au noyau du caractère, nous retrouvons évidemment cette disposition du cœur qui forme notre individualité, ce qui ne sait auto- chose, au dire de Scliopenhauer, que vouloir ou ne pas vouloir, être satisfait ou mécontent. \ ( c point de vue le caractère serait bien un produit organisé el comme une idée de la nature. Mais, pour produire le Ira-

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vail ;nif|iiol notte condition sociale nous astreint, il devient, au lieu d'un centre de tendances par lesquelles s'affirmait l'originalité de notre être, un centre d'action et de réaction grâce auquel cet être poursuit péniblement la loi de son développement. C'est alors que se forme un rapport entre notre volonté profonde et les actes que nous impose notre destination pratique, si bien que le caractère n'est plus le miroir de la volonté, destiné à lui en renvoyer l'image, mais le médium de l'action. Il revêt ainsi l'aspect d'une forme intercalaire venant à chaque instant s'insérer entre les étals de la conscience et les événements du monde extérieur qui font pression sur elle. Mais cette forme, en transposant nos états dans un registre tout pratique, en altère le plus souvent l'originalité, si bien que Kant avait raison de l'opposer à notre nature profonde et de lui refuser le droit d'en poursuivre l'expression. Il y a plus. Le dédoublement du caractère nous permet de signaler en lui la coexistence d'une disposition intime qui résume notre manière originale de penser et de sentir, et une attitude pratique qui nous permet de nous adapter aux circonstances et de réagir sur elles. Cet indice de réaction ne constitue pas le caractère dans son fond, mais il le circonscrit du dehors, et il implique une notion des plus simples, et des plus sommaires, du rapport qui relie notre individualité a la nature. Si bien que l'analyse démêlerait ici deux données bien différentes : d'abord, l'ensemble des forces et des faiblesses de notre personnalité formant le moi considéré comme une idée de la nature, et ensuite, le degré et la direction de notre puissance d'agir, degré et direction qui sont déterminés par l'action des choses sur nous. Si Ton regarde comme constituant en grande partic le caractère cette forme médiatrice qui s'intercale entre la conscience et l'action, on conviendra qu'il est bien loin d'exprimer toute notre individualité. Il n'en rend pas la valeur; il <'ii est plutôt la monnaie courante. Il correspond à nu arrêt ou à une particularisation de notre être sous la pression des actes. Il est, à certains égards, une déformation naturelle. Pourtant, si nous réussissions à enlever au caractère cette

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qualité de règle étroite et stable qui en fait une norme indi viduelle de l'action, si nous parvenions à éliminer ce qu"il renferme de continuité, de simplification outrée, de « manière » résultant crime sélection continuelle et d'une adaptation incessante à des buts pratiques, nous retrouverions évidemment un caractère comme il en existe bien peu dans La réa lité, puisqu'il ferait retour au libre développement de notre volonté et qu'il nous la révélerait dans sa spontanéité jaillissante. Si nous voulions nous faire l'idée d'un tel caractère, si éloigné de la pratique et si rapproché de l'essence générale d'humanité, ce n'est pas au théâtre de Corneille qu'il faudrait recourir, car ce théâtre nous présente des volontés encore trop contractées dans le sens du travail, simplifiées à l'excès, perdant en vérité humaine ce qu'elles gagnenl en intérêt dramatique et en disposition convenue. C'est plutôl Racine qui nous suggérerait cette idée par la disposition infiniment souple et flottante de ses personnages : ceux ci, en effet, se développent librement : ils se laissent vivre plutôt qu'ils ne s'imposent un rôle ou ne se composent une attitude. Par là, ils font retour au principe original qui constitue du dedans notre personnalité, plutôt qu'à la logique extérieure qui la définit du dehors. Leur histoire nous révèle la nature vraiment secrète de leur être qui laisse percer peu à peu sa signification, au lieu de se manifester par le procédé extérieur de la conduite et des actes. Aussi bien, sommes-nous en présence, non du caractère regardé comme une déformât ion naturelle, mais de la caractéristique même de notre être individuel, sorte de pensée initiale qui se dégage lentement. C'est bien ce caractère immanent, susceptible d'une évolution lente, qui nous ravit dans le serpentement des lignes de Vinci et dans la continuité des analyses de Racine; c'est celui-là même que nous nous retrouverions à notre grande surprise, si la logique convenue de l'action ne projetait Mule développement paisible de nos états une unité composée, chef-d'œuvre de cet esprit moyen et méthodique qui préside à l'enchaînement de nos actes et à la distribution de nos habitudes. Faisons retour à la terminologie kantienne : nous

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comprendrons que le caractère intelligible, le miroir de notre volonté, la caractéristique de notre personne, soit incommensurable avec le caractère empirique. Mais l'erreur de Kant a été de rejeter dans l'inconnaissable ce caractère profond, et de ne pas voir que, si la signification véritable de notre être plane bien au-dessus des contingences de la réalité, elle ne cesse toutefois de se préciser au cours de la vie, se laissant deviner par une pensée méditative qui s'attache moins à l'expliquer ou à la construire, qu'à la saisir et à la comprendre.

Pour nous résumer, nous dirons d'abord que le caractère recouvre une loi singulière de nos actions, et que cette loi traduit un « mouvement de pensées '» : elle est alors la résultante morale et réfléchie des forces individuelles coordonnées. Il importait donc de distinguer entre la volonté écoulée et la volonté qui s'écoule, entre le caractère considéré comme la moyenne des actes passés, et le caractère compris comme un état transitif. Dira-t-on que cette loi est artificielle? Comment donc la distinguer d'un caractère suggéré, et comment expliquer qu'il n'y ait rien en elle d'un penchant unique et perturbateur accidentellement introduit dans l'esprit ? Dira-t-on qu'elle est naturelle, spontanée? Mais qui sait tout ce qu'il a fallu d'effort, de volonté soutenue et créatrice pour mettre au jour cette forme supérieure, qui est déjà l'indice de l'individualité ? Dès lors, l'individu cesse d'être soumis à un type étranger à lui et qu'il aurait à reproduire du dehors : il est à lui-même son genre ; le caractère nous a justement montré la loi se rapprochant du fait, l'essence tendant à rejoindre l'existence. Aussi bien, un examen attentif découvre-t-il toutes les difficultés du problème dans le sens à donnera ce rapport. Gonsidère-t-on l'existence individuelle comme une essence logique à laquelle s'appliquent les règles communes de la vérité scientifique? On la construit alors sous forme d'un système que règle une loi de liaison néces-

t . Pascal, Discours sur les pussions de l'amour.

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saire, et on incline à ne voir dans le caractère qu'une série de positions successives déterminable à priori ; mais on a «lu préalablement éliminer toutes les apparences formelles dont nos impressions enveloppent le purconnaissable, toute inter vention des individus qui suspendrait la loi immuable défi essences. Consent-on à voir dans le caractère une loi individuelle, et ligure-t-on cette loi sous la forme d'une courbe idéale qui rattache tous les événements de notre histoirePOn évite l'illusion mécaniste, mais on se met dans l'impuissance soit d'entendre ce lieu géométrique de nos pensées, soit d'en expliquer l'attache actuelle à notre nature. Enfin, le sépare-t-on brusquement de la volonté qui en est L'âme, pour l'immobiliser en un système fixe d'images et d'habitudes ? C'est qu'on le considère en dehors de la secrète vertu qui l'anime, et l'on découvrirait aisément sous cette forme figée les synthèses successives d'une volonté concrète. En un mot, il peut nous arriver de traduire cette volonté organisée recourant à l'idée du déterminisme, quand nous sentons un contraste sans cesse croissant entre les formes qu'elle tend à prendre et ce qu'elle est restée. Mais c'est encore la même erreur qui nous abuse : nous oublions que ce déterminisme est une forme où se projette notre liberté; nous oublions surtout que cette disposition rigide n'a de sens qu'au regard d'une pensée incapable d'exprimer autrement la loi de la transformation des faits de conscience en actes externes. Pourtant, rien n'autorise la conscience à supposer pour cette volonté des temps d'arrêt, car elle note des complications dont le nombre indéfiniment croissant devrait l'avertir qu'elle se trouve en présence, non de positions successives foreémenl limitées, mais d'inépuisables synthèses mentales. Si donc nous faisons à la continuité sa pari en y voyant la loi, extérieure encore, d'un être identique et changeant, nous la rapportons comme à sa source à la spontanéité humaine. En psychologie, comme en histoire, aucune des formes que l'homme imagine et établit n'est immuable.

D'ailleurs, ces variations l'attestent : la personne s'ajoute à la nature par une intervention imperceptible et continue.

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