LE CARACTERE, ETAT DE TRANSITION IOQ
Mais, tandis que des profondeurs de la nature, individuelle déjà par son orientation, s'élèvent des séries organisées aux cruelles la volonté consciente communiquera la stabilité, les actes émanés de la volonté font retour à la nature puni \ vivre d'une vie que nous avons en partie voulue. C'esl une société, c'esl un commerce qui rend la nature personnelle et la personne naturelle, ou plutôt, sans cet échange il y aurait en nous un fond de forces psychiques qui tendraient vainement à l'unité de la conscience et, d'un autre côté, un pouvoir spontané dont la fécondité ne dépasserait pas les bornes des créations artificielles. Or, le caractère nous présente l'union singulière de ce qui est reçu et de ce qui est voulu : il est le point unique, peut-être, dans la vie de l'esprit où l'on verrait les démarches de la personne se peindre dans les profondeurs de la nature pour s'y étaler d'un mouvement continu. Est ce à dire qu'il soit la forme parfaite dans laquelle tend à se reposer le mouvement du vouloir? Distinct du sentiment qui n'avait pas encore d'individualité bien acquise, il correspond à un degré remarquable d'organisation interne. Mais, s'il est, en lui-même, une synthèse, il n'en recouvre pas moins l'accumulation de nécessités organiques ou le résidu de volitions amorties, et il tend à se transformer en un mode d'organisation où, après avoir été en lui et pour lui, il serait encore par lui. En un mot, le dédoublement que nous avons eu tant de peine à effectuer exprime une vérité acquise à la conscience. Pendant que le caractère dominé par l'idée instinctive d'agir s'érige en une véritable mécanique d'images et déroule froidement, comme un compteur automatique, la suite de ses pré visions, il n'est pas rare de saisir dans la continuité même de uns volitions ou dans la soudaineté de nos inspirations, une volonté autrement souple : c'est comme un personnage qui se lève de lui même devant la réflexion, se reforme, se développe, agit: « tellement qu'on le liait ou qu'on l'aime, et (pi ensuite ou attend son retour comme celui d'un ami ou d'un ennemi '. » ("est ce personnage intérieur que la con
i. Taine, Nouv. ess., -222.
iGo LE CARACTÈRE
science replace au sein du caractère, quand elle lui restitue une signification psychologique ; c'est lui qu'il faudrait voir se détacher et vivre pour en connaître la loi individuelle. C'est dire que le caractère est encore un compromis entre la loi de distribution des actes, qui demeure extérieure à l'individu, et la spontanéité intime. Il se subordonne donc ;'i -<>u tour à une forme supérieure dont il nous présentait, à Mai dire, l'expression momentanée, et il ne prend un sens vrai ment psychologique que lorsque, détaché de cette idée d'agir qui commande extérieurement encore ses attitudes, il se replace dans la pure conscience et se rattache à l'individualité de l'homme.