‹ La vie personnelleChapitre 64 sur 155 · L'INDIVIDUALITE · texte numérisé non relu

L'INDIVIDUALITE

Nous avons épuisé l'analyse du contenu de la conscience ; avons-nous épuisé celle de l'individualité? Nos sentiments sont-ils à proprement parler nous-mêmes? La série ininterrompue de nos actes entre-t-elle comme unique élément dans la constitution de notre être vrai ? Ne pouvons-nous pas nous sentir en eux et être pourtant autres qu'eux ? N'est-ce pas un fait susceptible de vérification immédiate qu'une affection et, dans un ordre voisin, une habitude morale renferment quelque chose d'absolument original, à savoir Faction d'un sujet qui s'abandonne ou qui résiste? L'intimité de nos émotions, d'ailleurs, leur caractère à la fois précis et inexprimable n'impliquent-ils pas, comme antécédent nécessaire, la singularité de cette action ? Si l'étude du sentiment révèle ce que produit d'inédit cette tendance originale, celle du caractère nous permi'l de découvrir une subtile liaison de nos états, un arran gemenl insensible où se marque, après les premières indécisions, le progrès d'une existence singulière. Ces passions fondamentales, base de notre caractère émotif, ces « faits dominateurs » dont on retrouve la trace dans tous les évé nemenls d'une vie, enfin ces idées directrices où se résume une expérience totale nous laissent entrevoir à quel point l'individualité s'organise, pensée initiale qui se dégagé lentement. Nous sommes donc sujet pour la conscience avant que d'être objet pour cette même conscience : el si nous avons

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de la peine à nous découvrir connue tels, sous la forme que revêtent nos propres a ffections, c'est que celles-ci sont encore, en un sens, extérieures à nous et que le mode de représentation qui leur convient ne saurait convenir au sujet lui-même. La difficulté est donc moins d'affirmer l'existence d'un sujet individuel que de le concevoir positivement. Une de mes idées personnelles, ma vie totale ont pour nature de n'être pas au sens strict du mot, mais d'être produites; cette vérité, l'analyse semble l'établir à demi quand elle découvre dans chacun de nos états profond l'affirmation et comme l'acte du moi qui s'y exprime. Seulement, de regarder celte action comme un résidu auquel nous conduit infailliblement l'analyse de la vie intérieure, c'est s'exposer, comme l'ont si bien montré les empiristes, à n'y voir qu'une donnée toute semblable aux autres, le dernier terme et le résumé compréhensif de toutes les autres.

On comprendra maintenant pourquoi toute définition de l'individualité met aux prises nécessairement l'empirisme et l'intellectualisme. Le sujet individuel peut être conçu avec des caractères de fixité et de permanence qui lui confèrent une existence accomplie, et c'est ainsi que l'intellectualiste tend à se le représenter. Mais l'empiriste le conçoit différemment. Dans cette unité, il n'a pas de peine à découvrir une multiplicité radicale : il inclinera donc à y \oir un produit complexe delà nature, et c'est sous la forme de phénomènes artificiellement assemblés, finalement même comme une pluralité d'atomes, qu'il se la représentera. Pourtant >i vous cher chez l'idée fondamentale sur laquelle reposent ces conceptions Contradictoires, il vous sera permis de retrouver en elles la mêniedonnée : elles imitent, l'une et l'autre, les procédés de l'entendement logique ; elles lui empruntent l'idée d'unité substantielle, conçue dans la première doctrine comme indivisible, tandis que pour la seconde elle se fragmente en unités irréductibles. lien résulte donc qu'on est Fondé à opposer à ces deux points de vue les révélations de la conscience qui saisit dans l'individualité une synthèse progressive, une forme vivante capable de persévérer eu elle tout en se modifiant. On

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