I. INIMVIIK" UNI
lonté qui opère comme du dehors. Nous disons alor* que nous avons librement voulu ; mais le moi que nous invoquons n'est qu'un terme vide destine à clore une explication mécanique des choses de l'âme. La vérité est que ce que nous expliquons ainsi en un langage mécanique résulte d'un progrès dynamique qui répugne à nos habitudes de penser, et que la volonté pure est l'équivalent, parfaite ment insuffisant, d'antécédents réels que nous feignons d'ignorer. La vérité est que toute résolution est une réussite, comme le point vers lequel nous achemine peu à peu l'évolution de nos sentiments, à un moment donné do notre histoire1. — Nous accorderons qu'il en est certainement ainsi dans la plupart des cas ; mais nous remarquerons que si cette explication élait définitive, notre analyse nous aurait donné les résultats directement opposés à ceux que nous en attendions.
Que l'on se donne pourtant la peine de penser à quelque crise morale précise. Y trouve- t-on uniquement ce progrès qui la prépare de longue main? La résolution émane-t-elle de l'évolution antérieure comme un dénouement naturel ? 11 serait permis d'en douter, puisqu'un dénouement ajoute toujours quelque chose à l'idée que nous avions de nousmêmes ; c'est donc que, d'une manière réelle, quoique souvent inassignable, nous sommes intervenus. Veut on restreindre la portée de cette intervention. Il arrive alors de deux choses l'une: ou bien, on verra dans la résolution le lent envahissement de l'âme par une pensée qui la pénètre, et l'assentiment qu'elle donne à l'état nouveau où elle se trouve placée ; mais alors, on distingue implicitement du processus de notre activité le fiât qui l'accepte ou qui l'annule, et l'on rétablit l'ancienne distinction entre une volonté qui se déve-
i. C'est le point de vue très ingénieux, mais peut-être discutaille, qu'ont développé récemment M. Benrson, Les données immédiates de la conscience, et M. Gourd, Le phénomène.
LA CRÉATION DES DIFFÉRENCES l8g
loppe à la manière de la nature et l'acceptation, de cette volonté par elle-même, entre un moi concret, qui évolue, et un moi pur, qui pense et affirme. Ou bien, si Ton persiste à voir dans la résolution le dénouement naturel des lois dynamiques de la conscience, ce qu'il devient alors impossible d'expliquer, c'est cette résolution même. Car, l'état vague qui dans les cas de délibération importante précède les fermes desseins n'est pas de ceux qui y conduisent ; considéré en lui-même, il n'est plutôt que la forme confuse qui les ébaucbe, et placer la personnalité dans cet état vague, ou même dans cette confusion d'états qui aspirent à être c'est la réaliser clans ce qui en est seulement l'espoir. Allé guera-t-on qu'en s'excitant, en quelque sorte, il produira la résolution comme de soi !J Mais pourquoi donc tiendrait-il ainsi à se déformer ou à se dépasser lui-même ? Il n'y a pas de raisons pour que le devenir intégré s'immobilise dans la netteté d'un dessein, puisque, dans la pénétration des états qui le composent, notre être concret est comme rendu à lui même, tout en soi, nullement distrait par l'application des mots. Or, il n'est pas de résolution qui n'ait justement pour fin de séparer les puissances du moi, car il n'en est pas qui ne fixe une série mobile d'états profonds et qui ne l'oppose avec quelque autre. On pourrait donc se demander eu vertu de quelle dialectique l'être individuel passe de l'état de paix où le confine le développement confus de son rêve à celui d'opposion et de distinction, et de l'homogénéité de l'être virtuel aux hétérogénéités de l'existence. Et si, malgré tout, on persiste à voir dans ces dernières des réussites, qu'on explique alors pourquoi la conscience' établit des différences si tranchées entre devenir el vouloir, se développer el se résoudre! On arriverait pratiquement aux mêmes conclusions, si Ion considérait ces cas de curieuse impuissance où l'on voudrait vouloir el où l'on ne peut pas vouloir. L'analyse découvrirait ici une combinaison de nus états profonds orientés dans le sens de la résolution, et l'impuissance où ils sont de la produire d'eux-mêmes ; l'absence de résolution tiendrait uniquemenl à ce que, au lieu d'intervenir direc-
IQO l. I\M\ MU ALITE
tement, nous attendons de la voir s'élever du sein même de nos désirs, alors 'précisément que ces derniers n'uni eneuxni la force ni la qualité requises pour la produire. \in^i. réduite à révolution de nos sentiments dans la conscience, notre v insérait comparable à un rêve qui seprolonge à notre insu; elle ne se distinguerait pas sensiblement de Celle de L'animal ;'i qui la difficulté de choisir, de s'arrêter de lui-même, c'està-dire de se résoudre, demeure totalement inconnue, et l'on devrait en chercher le type, loin d'une résolution incompréhensible, dans ces moments d'extrême distraction où nous flottons au gré de nos pensées, avec la vague et douce conscience intime que nous n'avons plus à les diriger. Pourtant nous voulons: et, s'il est vrai qu'une résolution pour être vraiment nôtre doit émaner de nous-mêmes et, pour cela, se détacher du fond du moi comme sous l'effet d'une poussée intérieure qui n'est que la vie de nos états dans la conscience, il est encore plus vrai qu'elle ne saurait se produire en dehors de l'action absolument libre par laquelle nous l'affirmons. La détermination est, en définitive, le prolonge ment de cet acte indépendant, en lui-même, des conditions empiriques et naturelles. On demande ce qu'elle ajoute à la vie de nos états, et l'on oublie qu'elle est séparée d'eux de toute la distance de l'être au devenir, du moi intelligible au moi concret.
A vrai dire, il ne serait pas difficile de découvrir la source de cette confusion, si l'on voulait bien recourir à notre hypothèse fondamentale. L'entendement, désireux de tout unifier, se représente la pensée vivante comme une forme homogène, comme un courant intérieur indéfiniment prolongé, au sein duquel le langage seul réussit à introduire des distinctions. Aussi, le plus souvent, amalgamons-nous ces deux notions d'une existence continue, requise par nos habitudes de penser, et d'un développement synthétique impliqué dans toute expérience. Nous supposons alors une conscience continue et mobile au sein de laquelle coexistent des états multiples et divers, sorte de tout homogène qui reçoil -a coloration changeante des sentiments qui s'y développent. L'unité, «le-