‹ La vie personnelleChapitre 78 sur 155 · LIBERTÉ ET CAUSALITÉ · texte numérisé non relu

LIBERTÉ ET CAUSALITÉ

l'avoir appauvrie en retranchant une à une les diverses complications qu'elle renfermait et sans lesquelles elle n'est rien, c'est pourtant dans cette unité formelle qu'il continue à chercher la raison de ces complications, alors qu'elle en reproduit seulement le vestige ou, plus simplement, la place. Loin donc que le moi se réduise à un enchevêtrement de termes nécessairement conditionnés au sein d'une notion, c'est inversement qu'il procède : l'unité qu'il forme ne cesse de croître en richesse, en autonomie, et c'est de cet enrichissement, dans lequel réside la vie personnelle, que l'unité de la notion ne nous fournit point l'image. On pourra donc développer les relations qu'elle renferme, figurer cette nécessité logique sous la forme d'une nécessité historique, on ne fera que recourir alors à un dernier jeu d'abstraction, et l'on s'éloignera de la réalité vivante jusqu'à l'assimiler, non plus à un concept qui demeurait après tout ramassé en soi, mais à une série de termes, extérieurs désormais les uns aux autres, maintenus par mi artifice fragile de la représentation.

( l'est inversement une transposition de même ordre qu'on lail subir au concept de liberté intérieure, et peut être trou verait-on dans cette erreur fondamentale la source de 1 illu sion que nous venons de signaler. On définit ordinairement la liberté le pouvoir de produire un acte que l'intelligence avait reconnu comme possible concurremment avec d'autres. Vin si . on réunit en elle deux éléments qui devraient à la rigueur être séparés : l'un d'origine mentale et proprement intellectuel, l'alternative ou le choix : l'autre emprunté à la nature el introduit de force au sein de l'esprit, la causalité efficiente. C'est même cette idée d'efficacité qui, à la suite des analyses de l'école éclectique, tend à primer, si bien que la liberté parait entièrement définie par la puissance, el qu'il semble que notre choix dépende de notre pouvoir considéré d'ailleurs comme distinct, loin de le diriger ou de le produire. Or, il est bien évident crue l'idée de liberté n'implique pas l'adjonction de la causalité efficiente entendue en ce sens de tion

physique. L'histoire même en l'ail foi. Sans parler de Maie

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bianche qui ne craignait pas d'enlever à notre liberté l'initiative dynamique, Bossuet, comme Descartes, voyait dans

le consentement l'essence cTu ne liberté qui se trouvait ainsi complètement définie par Faction intellectuelle : car le pou voir, si l'on entend par ce mot ce qui assure le succès physique du choix, s'ajoute au consentement et en dérive, loin de le produire, et c'est l'intelligence réfléchie, non une puissance indéfinie, qui opère ce qu'il y a de plus intime dans la liberté, à savoir le choix et Vagir même1. Il était réservé à des auteurs contemporains de préparer, par un retour à ces vues, une conception nouvelle de la liberté et de dissiper la contradiction que l'éclectisme avait laissé subsister. Soit, en effet, qu'on accorde aux idées le pouvoir de subsister en elles-mêmes2 et de susciter l'action qui les réadise; soit encore que dans l'idée de liberté on découvre le précieux privilège d'engendrer une liberté réelle cl qu'on définisse cette dernière une idée qui se produit et se propage ellemême', on s'accorde sur un point essentiel : la négation d'une volonté considérée comme une cause mécanique, et l'affirmation d'une. spontanéité mentale qui trouve dans le choix son expression immédiate. A ces vues nouvelles s'esl ajouté l'appoint d'une vérification psychologique décisive. L'objet du consentement nous apparaît toujours dans une idée, remarque M. William James, et ce qui le caractérise comme voulu, c'est qu'une telle idée devient victorieuse des idées contraires, bannit les négations et demeure affirmée. Cette idée victorieuse est, en chaque cas, formée d'images, de sentiment- qui sont afférents dans leur origine; mais le sentiment de spontanéité mentale ne prend pas place parmi eux, puisqu'il les domine tous et arrête un choix : la liberté sera donc psychologiquement définie, non plus la vie obscure de nos états dan- la conscience, ni le sentiment de l'effort où se refléterait, en quelque sorte, sa causalité, mais l'action purement intel-

i. Voir, à ce sujet, les profondes analyses rie M. Rlondet. dans l'Action.

2. Théorie delà pensée ou volonté autoniotive. dans M. Renouvier.

3. Fouillée, La liberté <■/ le déterminisme (Paris. F. Alcan).

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