‹ La vie personnelleChapitre 81 sur 155 · L ALLUSION DE L EFFORT MOHAL 20Q · texte numérisé non relu

L ALLUSION DE L EFFORT MOHAL 20Q

quand on nous tire brusquement d'un sommeil sans rêve ou d'une réflexion prolongée : elles sont déconcertées. Bref, au mouvement prévenant qui les gagne de proche en proche et qui tente de les disposer en combinaisons'imprévues, elles opposent une résistance sourde, renforcée par Faction des centres nerveux eux-mêmes dont elles ont fini par faire des instru ments. C'est qu'elles ont déjà au sein du moi une vie profonde, un commencement d'autonomie ; c'est encore qu'elles paaintiennent leurs droits à être. Pourtant, cette résistance qu'elles opposent à l'action intellectuelle, nous la convertissons bientôt en effort moral : nous nous représentons une force de même nature agissant en sens contraire : nous animons cette liberté spirituelle et la mettons effective ment aux prises avec les séries organisées de nos passions ; insensiblement, nous l'érigeons en une force dont la tension se mesure à la résistance ou aux défaillances de ces dernières. Mais, une telle confusion ne se fût point produite si l'on n'eût d'abord incliné à traduire la résistance en effort, si l'on n'eût cherché dans falanguissement de nos états l'effet de notre initiative dynamique, clans l'accroissement de leur vigueur, au contraire, le signe d'une défection intérieure. La vérité est que notre liberté réside dans le privilège de choisir une combinaison nouvelle et de la maintenir malgré Toppo sition d'éléments qui ont déjà leur vie et leurs habitudes particulières ; la vérité est qu'il n'y a point de relation assignable entre le vouloir et l'effort, le choix et la résistance.

Qu'on nous permette de recourir à une démonstration indirecte pour fortifier cette conclusion. Dans l'hypothèse, selon nous insoutenable, d'une action transitive de la Liberté, nous devrions mesurer les degrés de cette dernière à la quan tité de nos efforts. Supposons donc que dans un conflil aigu entre une passion sensuelle el le devoir, noire adhésion au devoir étanl d'ailleurs aussi ferme qu'il esl possible, les courants afférents aient tout d'un coup reçu l'ordre d'aller deux fois plus vite : la passion redouble Si l'idée du devoir est maintenue, le sentiment de la résistance redouble aussi, puisque la contrainte est maintenant double e( que deux lois

Baz.ullas. • 'l

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plus d'éléments vivants viennent se briser contre le « non possumus » de la volonté. Pourtant personne ne dira que la liberté ait redoublé, comme l'exigerait l'hypothèse d'une liberté transitive: elle s'est plutôt maintenue constante : l'affirmation d'une idée, à laquelle nous l'avions réduite, s'est poursuivie ; elle n'a pas abdiqué. Il y a eu double résistance dans les centres et les courants, par suite sentiment d'un effort double ; il ne laisse pas d'y avoir unité et simplicité d'une même action dans l'âme. Dans l'hypothèse inverse d'une décroissance graduelle de la résistance, on ne saurait d'ailleurs parler d'une diminution parallèle de la liberté. Qu'on se rapporte à l'exemple précédent : grâce à une thérapeutique morale capable d'opposer des habitudes à des habitudes, les courants afférents se ralentissent, se suspendent : il y aura donc diminution, finalement même suspension de la résistance. A mesure que la résistance se réduit, notre liberté triomphe des passions qui la captivaient jadis ; elle en triomphera désormais par la seule affirmation de l'idée contraire, comme en se jouant. A-t-elle disparu, du moment que les notations précises de l'effort moral ont cessé de la souligner ? Qui le prétendrait ? En éliminant toute idée d'effort, cet état de naturelle et de bienheureuse aisance correspond à la liberté idéale, et c'est sans doute le propre caractère de la liberté divine où, des profondeurs de l'amour, un consentement éternel s'opère, éternellement suivi de succès, en une facilité qui bannit toute résistance. Il est donc bien vrai que l'effort n'est pas l'essence de la liberté, puisqu'elle ne redouble pas quand il redouble, et qu'elle ne disparaît pas quand il s'évanouit. La liberté est pure action intellectuelle et morale : l'effort signifie que bien des choses sont encore en nous réfractaires à cette action ; il mesure simplement la résistance qu'elles lui opposent.

Mais cette action spirituelle qui constitue la liberté et dont l'effort n'exprime pas immédiatement l'essence, est précisément ce qui intéresse le moraliste. Certes, elle n'est pas si spéciale que la pensée pure ne nous en offre déjà l'image dans l'affirmation de ses principes et dans la vie qui organise au sein de l'intelligence les idées les plus opposées : seule-

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