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LA LIBERTE ET LA LOI DES VARIATIONS 2IO

essentiels, en faveur de la liberté intérieure, si la précédente analyse, après en avoir défini l'essence, n'avait encore à en examiner le développement, et si, en passant de la psychologie statique à l'histoire, elle ne devait se trouver aux prises avec des difficultés inattendues.

La pure action intellectuelle, en laquelle réside notre liberté, ne saurait être représentée, parce qu'elle est une « chose simple » ; mais si on la considère dans son exercice, non plus seulement dans son essence, on trouve qu'elle se produit progressivement et qu'elle évolue dans la durée. Elle est, mais aussi elle devient, et elle remplit la conscience de ses variations. De ce progrès, de cette mobilité dans le temps il y aura donc désormais représentation ou image. C'est d'ailleurs ce que nous expérimentons quand la réflexion saisit au sein de l'unité de l'être la perpétuelle diversité des états qui la composent et quand, de cette vie multiple et diverse, le caractère individuel nous présente une expression, en figurant, sous sa forme toute construite, un mouvement de la volonté dans le temps, une succession, une série qui se déroule. Ainsi, de la liberté prise en soi. nulle image n'est possible; mais une telle liberté échapperait, croyons-nous, aux conditions de l'existence et serait, par suite, contradictoire, si on ne la supposait recueillie dans l'unité ineffable du vouloir. La vraie liberté requiert une variété de résolutions distinctes, et voilà comment l'habitude et la mémoire sont sans cesse mêlées à la volonté dont elles recueillent, pour les lui offrir à nouveau, les éphémères transformations. Voilà aussi comment nous avons sans cesse dans l'esprit une image de la vie intérieure, — les épreuves variées que nous faisons de notre énergie intime ne s'éva nouissant pas avec les impressions qui les provoquent, mais rentrant plutôt dans cette représentation qui en conserve les vestige-. C'est une expérience incessante et une vie continue. Aussi, unissons-nous à nos résolutions actuelles la vision confuse d'un passé qui se reprend sans cesse à vivre, et, dans chaque démarche nouvelle de la liberté, retrouvon nous la vivante image et l'histoire de cette liberté. Lue résolution,

si elle est véritablement libre, traduit, par delà son objet immédiat, toute l'âme.

Il nous sera maintenant permis de demander si c'est vraiment la liberté que cette opération secrète par laquelle - il firme et, en quelque sorte, s'objective une de nos idées':1 Cette action, dans la mesure où elle se produit en dehors de toute condition empirique déterminée, n'est-elle pas précisément incompatible avec l'existence ? Comme le Dieu qu'un philosophe contemporain prétend élever au-dessus des détermina tions de la pensée, la liberté idéale cesserait d'être. Comment d'ailleurs expliquer cette causalité de la raison à laquelle elle nous ramène? Sera-ce qu'elle prend son point d'appui en elle-même? Mais la pureté toute formelle de son essence, où n'entre nul accident, nulle modalité contingente, peut-elle donc fournir les éléments de son action ? Sera-ce qu'elle fabri que elle-même la forme et la matière de ses déterminations? Mais serait-elle encore une personne, la pure volonté en dehors de laquelle il n'y aurait ni motifs, ni points d'appui? L'étude des formes de la conscience nous l'a d'ailleurs montré : la vie morale ne présente pas d'exemples d'une résolution unique, inébranlablement soutenue de toute la force des passions : elle va par reprises ; elle est tissée de décisions successives qui traduisent souvent en langage de conscience les termes d'une fatalité sensible, et le caractère est une combinaison précieuse de coutume, ou de nature, et de liberté. Au surplus, l'idée d'un devenir intérieur, inséparable de la conception de l'homme moral, implique les retours sur soi et les tâtonnements hors de soi : notre vie doit être comparée à une histoire qui ne se sait pas et dont la formule se fait au jour le jour. Or, dans cette recherche de soi, ne faut-il pas des expressions nécessaires symboliques? Le déterminisme, si l'on entend par là la liaison logique des événements dispersés, ne sera-t-il pas la matière de cette histoire fragmentée et brisée qui est la personne humaine? Nous serons donc en droit de modifier sur ce point encore l'idée commune de liberté, et de substituer à la notion d'une spontanéité absolue une combinaison

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