LA TRADUCTION SYMBOLIQUE DE LA UBERTK
nouvelle où la nécessité elle-même entrerait comme élément.
Nous remarquerons d'abord que nous avons quelque vague idée de cette combinaison : nous sommes, chacun en particulier, le témoin d'une vie que nous n'avons point faite, puisque nous découvrons en elle ce que les catégories de la solidarité y ont introduit d'inévitable nécessité ; et, dans un sens plus profond, nous assurons qu'elle est nôtre puisque. la conscience morale possède quelque ineffable intelligence de l'unité de notre être, malgré l'artifice logique qui tend à la séparer : c'est dans ce double point de vue, d'apparence contradictoire, que réside l'intérêt de la destinée. 11 faudrait même renoncer à le comprendre, si l'expérience interne, en nous offrant des phénomènes analogues, ne nous en suggérait l'explication. La perception extérieure, qui nous permet de déplacer nos sensations dans les perspectives mouvantes de l'étendue, résulte de l'action inconsciente par laquelle la forme de l'espace réagil sur les éléments de la vie sensible. Mais, il en est de même de la perception du passé qui caractérise le souvenir : nos impressions passées revivent pourtant de quelque manière confuse au sein de notre pré senU et même, dans la mesure où elles sont partie intégrante de notre conscience actuelle, la réflexion les saisit comme des données intimes. D'où vient donc que nous les distinguions encore de ce présent qu'elles servent à former? D'où vient que nous les situions hors de nous, que nous les rangions parfois en un ordre tout extérieur, comme des choses qui ne sont plus nôtres ? C'est que, tout en les sentant comme des états déjà sentis, la conscience est pourtant impuissante à les protéger contre l'envahissement de l'entendement: elle les livre à ses calculs; il leur ajoute la forme du temps qui les objective en les détachant de la conscience, comme précédemment la forme de l'espace détachait de nous nos sen salions. En un mot, il en est du souvenir comme de l'invisible élément émotif qui est à l'origine de notre perception des choses : c'est une donnée intime dont l'objectivité s'opère par un artifice de transposition. Ou plutôt, perception du
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passé et perception du dehors impliquent, chacune en son ordre, un acte indivisible de notre conscience : nous en projetons ensuite l'unité dans l'espace et dans la durée. C'est à une réfraction toute semblable qu'est soumise notre vie individuelle. C'est qu'elle ne se passe pas simplement à se vivre, si l'on peut ainsi parler. Dans la mesure où elle se sait, elle devient un fait de représentation : elle s'offre alors à nous historiquement, sous forme de déterminisme. Mais cette traduction symbolique d'une liberté intérieure résulte sans doute d'une précipitation de la pensée qui s'efforce d'expliquer l'inexplicable, et l'histoire ainsi construite ne fait qu'ex primer en langage d'espace et de temps ce qui échappe, en soi, aux lois de l'étendue et de la durée. Alléguera-ton qu'il nous arrive souvent d'être réellement déterminés par le passé, et qu'à ce titre notre existence historique produit de la représentation peut réagir sur notre réalité profonde, au point d'en commander les destinées ? Nous répondrons d'abord que nous n'entendons pas nier cette réciprocité d'action ; nous remarquerons seulement que le passé, conçu comme une ligne rigide qui tend à se prolonger nécessairement, n'existe qu'au regard de la perception interne. Ce n'est pas ce passé qui agit sur nous en retour : c'en est la vivante image. Nous accorderons sans peine qu'une telle évocation s'effectue sous forme impersonnelle, comme un déterminisme qui travaillerait sourdement au sein de nos habitudes ; mais, à chaque instant aussi, cette image potentielle se colore des nuances de notre présent, si bien qu'elle est infiniment plus libre el plus actuelle que nous n'étions d'abord tentés de le croire. Bref, si nous parvenions à dissiper l'illusion de la continuité qui soude notre présent à notre passé, nous verrions d'un côté une forme vide émanée de l'entendement et appliquée à l'explication de ce que nous avons été. et sous cette traduction rigide de choses vivantes nous percevrions une organisation secrète, une libre tendance à nous produire nous-mêmes. Le déterminisme aurait avec la spontanéité le même rapport qui, selon Leibniz, rattache le mouvement à la force ; il serait un symbole, une explication.