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LA SYNTHÈSE LIBRE

Empiriquement, la liberté peut bien revêtir une forme homogène dans le sein de laquelle les phénomènes s'étalent en se nuançant d'une coloration unique; mais métaphysiquement, c'est un acte ; elle a puissance. et vie. Il nous était permis désormais de concevoir d'une façon nouvelle les rapports de la volonté et de la nécessité. Nos précédentes analyses en font foi: on découvrirait dans la vie intérieure des états correspondant à la nécessité, ceux qui signalent quelque inexplicable langueur de l'énergie personnelle ; d'un autre côté, la liberté correspond à ces moments de conscience et de possession de soi qui forment dans la pensée réfléchie ce que nous avons nommé la pure action intellectuelle. Bref, la liberté sera la propriété de nos états personnels et forts, le déterminisme aura son équivalent psychique dans la torpeur qui gagne progressivement une conscience inactive : la personne est la catégorie supérieure à laquelle se rapportent déterminisme et liberté. — Mais s'il n'y a de réel en nous qu'une distribution graduelle de l'activité personnelle, si la volonté et la nécessité sont des propriétés de nos états corres pondant à leur intensité ou à leur langueur, comment expliquer les prétentions du déterminisme? Ces prétentions ramènent brusquement un autre aspect du problème. Il nous a paru quelles n'étaient pas justifiées tant qu'on examinait l'essence même du libre vouloir, mais qu'elles prenaient un sens inattendu toutes les fois qu'on s'interrogeait sur l'exercice de la liberté. Il nous a paru que l'entendement n'était pas inutile à la constitution de la conscience, le phénomène à l'avènement de l'être. En un mot, le même acte, dans la mesure où il est voulu et représenté au regard de l'entendement, n'est pas sans doute un mécanisme de mouvements, puis une affirmation libre de la volonté, mais il est en même temps, sous des rapports très différents, l'une et l'autre chose. Il en résulte donc que toutes les lois que nous nions le déterminisme au profit de la liberté, il manque à celle der nière une condition essentielle, à savoir sa malien- empirique et comme la loi de distribution de ses effets; et quand nous essayons d'expliquer la vie morale par le seul déterminisme,

nous nous trouvons en présence de la forme vide de la nécessité, sans un élément réel qui puisse lui donner une signification et lui fournir un contenu. C'est que, dans le dernier cas, nous essayons de construire la personne avec des éléments empruntés à l'entendement impersonnel, tandis que dans le premier cas, nous permettons à la conscience de se produire comme phénomène, en dehors de tout élément quantitatif, de tout rapport précis par suite, et de toute représentation. D'une part, le succès de la thèse volontariste implique qu'on ne doive concevoir le moi sans quelque profonde raison qui le fait être et durer ; d'autre part, le bien fondé du déterminisme indique clairement qu'en dehors de la lumière de la pensée il ne saurait y avoir, il n'y eut jamais de vraie liberté. Mais ces difficultés renaissantes nous renseignent du moins sur la nature du problème : il y a un rapport entre la conscience et l'entendement, entre l'affirmation concrète de l'être et la représentation idéale de l'être affirmé, et l'on perd le sens de ce rapport chaque fois qu'on suppose une liberté pure ou unpurdéterminisme. Les difficultés inhérentes à la question, dans les deux cas, ne servent qu'à protester contre la séparation brusque des éléments qui entrent dans la composition totale du phénomène de la liberté. Nous n'ignorons pas que la relation qu'on vient d'établir désigne encore une puissance inférieure de la liberté, celle qui se réfléchit dans notre vie mobile et dans notre caractère : elle se rattache donc à une affirmation vraiment personnelle, qui rapporte notre existence et notre histoire à un acte plus profond, dont le sens se précise en nous par celte existence même et par cette histoire. Mais nous avons tenu à donner un sens aux rapports de la volonté et de la raison, en supposant que la liberté morale ne se produit pas en dehors de l'acte de pensée qui permet à la causalité de la raison d'affirmer à chaque instant en nous son être et sa vérité. Nous ne dirons donc pas que la réflexion, que la délibération sont inutiles à la liberté, car, en accusant la causalité de la pensée et en la faisant évoluer sous les divers aspecl> qui peuvent nous toucher, elles rendent toujours possibles de nouvelles positions de l'âme. Nous ne dirons pas surtout qu'il

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