‹ La vie politique à l'étrangerChapitre 11 sur 70 · BULGARIE · texte numérisé non relu

BULGARIE

meurtriers ne purent pas être découverts et que l'affaire resta entourée d'un profond mystère, M. Stamboulofî crut ou feignit de croire à une vaste conspiration formée contre lui et le prince Ferdinand, et profita de l'occasion pour faire jeter en prison les personnes qui lui portaient ombrage. L'état de siège fut proclamé; plus de deux cent soixante-dix personnes, entre autres plusieurs anciens ministres, furent arrêtés. Les prisonniers furent traités avec une dureté particulière": M. Karaveloff devint aveugle, M. Moloff devint fou, M.Tout'ekdjef mourut à la suite de brûlures qui lui furent infligées, paraît-il, pour le forcer à parler. Les femmes, mères et sœurs des prisonniers adressèrent alors au doyen du corps diplomatique de Sofia un mémorandum où elles protestaient contre les mauvais traitements subis par leurs maris, fils et frères. La publication de ce document exaspéra M. Stambouloff, qui fit arrêter l'une des signataires, M"^ Karaveloff, sous l'inculpation de crime de haute trahison. Depuis, M"® Karaveloff, acquittée, a été relâchée.

Le président du Conseil ne s'en prit pas seulement à M""" Karaveloff. Soupçonnant le correspondant de l'Agence Havas à Sofia, M, Chadourne, un Français, d'avoir divulgué l'affaire des mauvais traitements et du mémorandum, il le fit expulser le 8 décembre du territoire de la principauté. Il motiva cet acte arbitraire sur ce que M. Chadourne « propageait systématiquement à l'étranger des nouvelles erronées et malveillantes sur les affaires bulgares ». L'expulsion de M. Chadourne était contraire au droit international. Aux .termes des Capitulations, qui sont encore en vigueur en Bulgarie comme dans le reste de l'empire ottoman, les Français ne peuvent être expulsés que par les soins des représentants de la France. Or, le consul de France à Sofia, M. Lanel, n'avait pas donné son assentiment à la mesure prise contre son ressortissant. N'ayant pas obtenu le retrait de cette mesure, il reçut l'ordre du cabinet de Paris de rompre immédiatement les rela-

lions diplomatiques avec le gouvernement bulgare et quitta Sofia.

Des élections au conseil général ont eu lieu le 4/16 août; l'opposition n'a pas présenté de candidats.

Nécrologie.

Le colonel Moutkuuroff, aucien ministre de la guerre.

Bibliographie.

Dus Fûrslenthum Bulgarien, par le D' Jirecek (Prague et Vienne).

La situation parlementaire ne s'est pas modifiée en Danemark au cours de l'année 1891 ; mais la mort de M. Berg, survenue le 27 novembre, facilitera peut-être un nouveau groupement des partis et le rapprochement du ministère et des éléments modérés de la Gauche. Depuis les élections de 1890, le Folkething comprend : la Droite (23 membres), la Gauche modérée (37 membres), la Gauche radicale ou groupe de M. Berg (17 membres),le groupe de M. Hôrup (14 membres), 3 socialistes (MM.Holm,Hordum et Jensen) et 6 indépendants. Le Landsthing comprend 47 membres de la Droite, 16 de la Gauche, 2 socialistes (MM. Andersen et Knudsen) et un indépendant.

M. Hôrup n'a pas d'influence sur les masses. L'ancien chef de la Gauche savait mieux que personne manier les paysans et diriger un groupe parlementaire discipliné. Les divisions de la gauche préparent sans doute sa dissolution; certains membres ont des tendances conservatrices, tandis que d'autres font le jeu des socialistes.

Le mouvement socialiste ne s'est pas étendu ; le parti a un caractère international assez marqué; il a des relations fréquentes avec les socialistes suédois des provinces voisines. Plusieurs grèves assez longues ont eu lieu à Copenhague, dans le Jutland et à Bornholm.

Le parti socialiste a fait des avances à la démocratie rurale en proposant le rachat des majorats par l'État qui les partagerait entre les agriculteurs.

Les deux sessions du Parlement ont été occupées par d'importantes discussions. Los projets de législation sociale rt'ont pas encore abouti ; en 1889, une loi a réglé la police des ateliers en vue de prévenir les accidents provenant de l'usage des machines; en 1890, le gouvernement a présenté un projet mettant en vigueur quelques-unes des dispositions de la Conférence de Berlin; Taccord n'a pu se faire sur ce projet ni en 1890, ni en 1891. D'ailleurs, ces dispositions ne satisfont pas la Gauche; les bnrgipixs et les socialistes réclament l'organisation d'un système d'assurances analogue à celui qui fonctionne en Allemagne. Un projet de loi établissant l'assurance contre la vieillesse et contre les accidents a été discuté dans la seconde session du Parlement, mais n'a pas abouti. Le Folkething a adopté, le 17 mars, un projet du gouvernement au sujet de l'assistance aux indigents âgés de plus de quarante ans : 2 millions de couronnes, prissur le produit de la nouvelle taxe de la bière, y seront affectés.

Les projets de loi, appuyés par le gouvernement, qui abaissaient les droits sur le sucre et le pétrole, et qui surélevaient les droits sur la bière bavaroise, ont enfin traversé toute la série des épreuves parlementaires. Le second était combattu par une partie de la Gauche, organe de la démocratie urbaine; ils ont été votés tous deux (mars). Le Parlement a voté aussi une loi sur la fabrication et la vente de la margarine ; il a aboli les taxes sur les navires (20 février). Il a voté une loi établissant un port franc à Copenhague (11 mars) : celte loi a été promulguée le 31 mars.

Comme on le sait, le dissentiment entre le gouvernement et la majorité du Kolkelhing porte principalement sur la question des dépenses militaires. Le 7 mars, la Chambre avait, en discutant les propositions du gouvernement pour le l»udget 1891-1892, opéré une réduc-

tion de 7,402,019 couronnes sur le budget de la guerre et celui de la marine. Le Landsthing, au contraire, a adopté le projet du gouvernement, fixant les dépenses à 59,166,508 couronnes. En raison de ce désaccord, il a fallu, comme les années précédentes, une loi provisoire (31 mars) à la suite de laquelle la répartition des dépenses a été faite par ordonnance royale.

Le gouvernement a présenté un projet de loi, qui n'a pas encore été discuté, portant modification de la loi électorale du 13 juillet 1867. Il s'agit, en raison des résultats du recensement du 1"" février 1890, de mettre le nombre des membres du Folkething d'accord avec le paragraphe de la Constitution qui établit le principe de la proportion d'un député pour 16,000 habitants. Le nombre des députés serait porté de 102 à 137, dont un pour les Féroé.

Dans un discours prononcé àFriedrikshavn le 26 juillet, le colonel Bahnson, ministre de la guerre, a insisté sur l'importance de l'œuvre de défense nationale entreprise par le ministère contre l'avis de la Gauche ; il a évalué à 60 millions de couronnes les dépenses faites ou à faire pour les fortifications qui, commencées en 1885, seront terminées en 1893. Les travaux comprennent une enceinte fortifiée du côté de la Seeland et plusieurs forts du côté de la mer. Des manœuvres militaires importantes ont eu lieu durant l'automne; 15,000 hommes ont été mis en mouvement.

Le 28 juillet 1891, tous les partis ont célébré, sans incident, le vingt-troisième anniversaire de la revision qui a modifié la Constitution du royaume.

La période des vacances a été marquée par une modification du ministère. M. Scavenius, qui était ministre des cultes depuis 1880, a donné sa démission au mois de juillet; il a été remplacé par M. Goos. Sa retraite fît grand grand bruit; les uns l'attribuèrent à des motifs privés; des accusations, peu fondées sans doute, auraient ébranlé la situation du ministre ; on raconta que M. Scavenius aurait été en butte à l'inimitié du clergé. On parla enfin

de divergences de vues entre ses collègues et lui sur la'' politique extérieure. M. Scavenius, qui est cousin de M. Estrup, est un homme actif et intelligent, d'opinions modérées. Il a cru devoir publier sur les causes de sa démission un long mémoire. Il s'y déclare hautement partisan de la politique suivie par ses collègues dans la question des fortifications; il ne veut ni qu'on attaque ni qu'on provoque l'Allemagne, mais il estime que les espérances ne sont pas interdites au Danemark, patrie naturelle des habitants du Sleswig. Il trouverait dangereux de contracter une alliance avec la Russie, mais il considère l'entente franco-russe comme une garantie de la paix ; ses sympathies le porteraient vers une alliance avec les deux autres royaumes Scandinaves. Au point de vue intérieur, M. Scavenius est d'avis que le radicalisme ne doit être combattu que par la presse et la parole.

La publication de ce compte rendu donna lieu à de vives polémiques; on agita la question d'un accord entre la Gauche modérée et le ministère ; on raconte que des négociations secrètes en ce sens auraient été inutilement tentées au printemps précédent par M. Estrup et par le ministre de l'intérieur; le bruit de la retraite de MM. Bahnson et de Roseniorn a couru à plusieurs reprises.

Les Chambres ont repris leurs séances le 6 octobre; le ministère a déposé le projet de budget pour 1892- 1893. Les dépenses sont évaluées à 58,.'i78,340 couronnes, dont 15,002,467 pour l'armée; 8,397,809 pour la marine. Le budget de la guerre comprend 3 millions pour les fortifications.

Dans une réunion de la Droite tenue le 8 décembre, M. Estrup a prononcé un discours important. Au point de vue de la politique extérieure, il a déclaré que si la guerre éclatait en dépit des manifestations pacifiques des grandes puissances, le Danemark serait désormais mieux en état, grâce aux sacrifices faits pour la défense nationale, de garantir sa neutralité. La politique du

Danemark est naturellement une politique pacifique qui n'interdit pas de lointaines espérances. Il entretient avec toutes les puissances des relations courtoises. En 1890, l'empereur d'Allemagne a visité la cour de Copenhague, et en 1891, le roi s'est rendu à Potsdam en revenant de Livadia où il avait fêté en famille les noces d'argent des Majestés Russes (octobre). Le tsar a passé en Danemark une partie de l'été ainsi que le roi de Grèce; pour la première fois, Alexandre III a été chasser dans l'île de Hveen, sur l'invitation du roi de Suède, avec les rois de Danemark et de Grèce.

L'escadre française se rendant à Cronstadt a fait escale à Copenhague où elle a reçu un accueil particulièrement courtois de la part de la famille royale et de la population tout entière, heureuses de manifester leurs sympathies traditionnelles. Le fils aîné du prince héritier a reçu le grand cordon de la Légion d'honneur. Le roi a envoyé l'ordre de l'Éléphant au Président de la République. Les officiers du Château-Renault , croiseur de la division française d'Islande, ont trouvé non seulement à Reikiavik, mais à Copenhague, où ils sont venus en août, une hospitalité empressée. M, Thomson, ministre de France, a été remplacé parle comte d'Aunay.

Un traité du 5 février avec l'Allemagne a aboli la gabella hereditaris et le census emigrationis, qui étaient un reste des droits d'aubaine et de détraction.

On ne peut attacher beaucoup d'importance à la tournée de conférences entreprise par M. Johannsen, député au Reichstag allemand, qui a exposé le régime auquel sont soumis les Danois du Sleswig.

La nouvelle d'un projet de cession des Indes occidentales à l'Allemagne, répandue par les journaux de New-York, a été officiellement démentie.

Le budget de l'Islande pour les années 1892-1893 a été fixé à 1,009,800 couronnes en recettes, et à 946,233 en dépenses; de larges subventions sont accordées aux établissements d'instruction publique. Un projet de loi a été présenté d'après lequel, à partir du l*"" jan-

vier 1892, toutes les lois votées par l'Althing seraient publiées exclusivement en islandais. On a célébré le millénaire du débarquement de Dyra en Islande.

Nécrologie.

Chrislen Berc), nO en 1830, mort le 27 novembre; fils d'un jmvsan, ancien instituteur, il était membre du Folkethiog depui- !■ 30 janvier 1865, et le principal chef de la Gauche. — Tk. Hans-'n architecte, né en 1813, mort à Vienne où il était établi depmplusieurs années. — Ed. Erslev, professeur à l'Université, historien de la géographie.

BlBLIOGRAl'HlE.

Los principaux journaux de droite sont : Dagbladet, Daqens Kyheder, National Tidende, Avisen. — Principaux journaux de gauche : Morr/eiibladet, Politiken, Aflenbladet. — Le Berlinr/ske Tidende est, de tous les journaux danois, celui qui jouit de la plus grande réputation ; il est utilisé par le gouvernement pour des communications officielles ou officieuses. — La publication officielle Lov-o;j Minister iaUidende, nest pas un journal lu par le public ; elle ne contient que le texte des lois, décrets, etc. — Lis socialistes publient à Copenhague le Sozial Democral. — En l.S'JI, un comité officiel a publié, en vue du Congrès international d'hygiène de Londres: Denmark, ils médical organisation, hygiène] and demography.

Aucun incident politique de grande importance ne s'est passé en Espagne en 1891. L'agitation sociale, le mouvement ouvrier, les questions économiques et financières ont rempli toute Tannée et lui ont donné un caractère particulier. On ne peut signaler, parmi les événements les plus marquants, queFapplication du suffrage universel aux élections législatives et municipales et le remaniement du Cabinet qui a eu lieu au mois de novembre.

Les élections générales à la Chambre des députés avaient été fixées au 1" février. Les libéraux et les républicains déployèrent une grande activité pendant la campagne électorale, mais ils ne réussirent point à s'entendre entre eux et leurs divisions firent échouer un nombre appréciable de leurs candidats. La coalition rêvée par M. Castelar entre les fusionnistes et les possibilistes n'aboutit pas. Le clergé recommanda aux électeurs de voter en faveur de candidats catholiques. La lettre pastorale de l'évéque de Salamanca aux fidèles de son diocèse et la circulaire de l'évéque de Placencia à son clergé fixèrent particulièrement l'attention publique. Les élections s'effectuèrent dans le plus grand calme, sauf sur quelques points seulement 'où il y eut des scènes tumultueuses sans importance. Le gouvernement obtint naturellement, comme cela

a toujours lieu en Espagne, une grande majorité, il emporta 289 sièges ; les libéraux fusionnistes en eurent 95; les républicains, 25; les amis de M. Romero Robledo, 12; les amis de M, Martos, 8; les carlistes et intégristas, 7; les indépendants ou anciens amis du général Cassola, 3; les autonomistes cubains, 2. Les républicains réunirent beaucoup de voix dans les chefslieux de province tels que Badajoz, Barcelone, Cadix, Gastellon, Cordoue, Corogne, Huesca, Léon, Malaga, Oviédo, Saragosse, Séville, Valladolid et Valence. Sur les députés républicains élus, il y a 5 fédéralistes, 5 zorillistes, 5 possibilistes et 10 partisans de M. Salmeron.

La majorité, quoique très forte numériquement, compte peu d'hommes de valeur; elle manque notamment d'orateurs.

D'après la statistique dressée au ministère de l'intérieur, le nombre des suffrages exprimés s'est élevé à 3,7 12,258, se répartissant ainsi: conservateurs, 1,908,943 ; fusionnistes, 944,907 ; républicains, 534,891 ; réformistes, 139,390 ; groupe de M. Martos, 50,837 ; carlistes, 109,277 ; indépendants, 24,013. Le nombre de voix a été supérieur à celui des votants; cela tient à ce que, dans les collèges électoraux qui nomment deux ou plusieurs députés, les électeurs ont le droit de porter deux ou plusieurs noms sur leur bulletin de vote dans la proportion établie par la loi. Kn réalité le nombre des votants n'a pas dépassé la moitié du chiffre des électeurs inscrits. La grande masse des électeurs est restée indifférente; elle ne se soucie ni des candidats, ni des partis. Son éducation politique n'est pas encore faite. Quant à la près sion officielle, bien qu'elle se soit exercée dans certains endroits de telle façon que la validation de quelqu élections a été énergiquement combattue, elle semb! avoir été plus faible que celle à laquelle avaient e recours les gouvernements précédents.

Les élections pour le renouvellement de la parti élective du Sénat eurent lieu le 13 février sans aucun

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incident notable. Sur 180 sénateurs élus, les trois quarts environ font partie de la majorité.

Enfin les élections pour le renouvellement partiel des municipalités se firent le 10 mai. Les républicains parvinrent à se coaliser et à faire nommer un grand nombre de leurs candidats à Madrid et dans plusieurs villes importantes.

Le Parlement fut ouvert le 2 mars par la reine en personne. Le 3 mars, M. A. Pidal fut élu président de la Chambre des députés par 223 voix. Mais celle-ci n'arriva à se constituer définitivement que le 20 avril, grâce à la longueur des débats sur la vérification des pouvoirs. Le Sénat se constitua le 18 mars ; un décret en date du 28 février avait déjà nommé son président, le général MartinezGampos. Contrairement à la tradition, etmalgré les protestations des libéraux, le Sénat décida de passer de suite à la discussion de l'adresse sans attendre que la Chambre l'eût commencée. Ilvota l'adresse le 13 avril; la Chambre ne la vota que le 13 mai. La discussion n'offrit aucun intérêt particulier. Avant de se séparer, conformémentaudécret du ISjuilletqui suspendait leurs séances, les Chambres votèrent un projet de loi accordant l'amnistie aux individus condamnés pour délits politiques; les républicains et les démocrates combattirent vivement, mais sans succès, la clause portant que les officiers amnistiés ne seraient pas réintégrés dans leurs anciens grades et emplois, mais qu'ils auraient simplementdroit,en remplissant certaines conditions, à une pension de retraite calculée sur leurs états de service avant d'avoir été rayés des cadres de l'armée. La plupart des émigrés acceptèrent l'amnistie et rentrèrent en Espagne.

Pendant cette session, on s'aperçut que le Cabinet n'était pas seulement en butte aux attaques de l'opposition, mais que les actes de certains ministres étaient vivement critiqués par des membres mêmes de la majorité. D'autre part, l'administration de la marine était depuis quelque temps l'objet de vives attaques à cause

des nombreux abus qui s'y commettaient. Le bruit courut dans les cercles politiques qu'un remaniement du Cabinet, devenu indispensable, allait s'opérer. Mais le président du Conseil, qui ne se dissimulait pas les difficultés que recontrerait la formation d'une nouvelle combinaison ministérielle, fit tous ses efforts pour ajourner la crise. Pour ne pas lui créer de difficultés, M. F. Silvela, ministre de l'intérieur et le personnap;»' le plus important du gouvernement, qui avait manifeste l'intention de prendre sa retraite, consentit à ajourner sa démission au moment que M. Canovas jugerait opportun. Sa volonté de sortir du cabinet était fondée sur des motifs d'ordre privé et sur des raisons politiques, les seules dont nous ayons à nous occuper. Depuis le commencement de la législature, il était beaucoup question de la rentrée de M. Romero Robledo et de ses amis dans le parti conservateur. MM. Canovas, Elduayen, A. Pidal, le duc de Tétuan, le général Martine/. Campos, etc., jugeaient qu'un rapprochement avec les réformistes donnerait de la force au parti conservateur. M. Silvela et d'autres personnages étaient au contraire hostiles à ce rapprochement qui devait, à leur avis, porter atteinte à la discipline du parti et y développer des germes de division. M. Silvela, qui avait souvent combattu énergiquement dans le Parlement les opinions et l'attitude de M. Romero Robledo, pensait aussi que sa dignité ne lui permettait pas de rester dans le Cabinet, si un portefeuille était confié ù. cet homme politique ou à un réformiste. D'autre part, il ne voulait pas être un obstacle au rapprochement désiré par M. Canovas — qui fut décidé définitivement au mois d'octobre. En outre, M. Silvela n'approuvait pas certaines concessions faites à l'esprit de parti au détriment de l'intérêt général du pays et refusait de satisfaire aux exigences de certaines coteries. Il n'était pas non plus complètement d'accord avec la politique financière du gouvernement; il s'était aperçu que le ministre des finances n'étudiait aucun moyen

d'améliorer la situation, et il avait proposé, sans succès, dans un conseil de cabinet, de réduire de 8 p. 100 le montant du budget de chaque département ministériel. Il croyait enfin qu'à la Chambre des députés, en qualité de leade)' de la majorité, il pourrait rendre à son parti plus de services qu'en conservant le portefeuille de l'intérieur.

Au commencement du mois de novembre, le ministre de la marine, dont la gestion avait continué d'être l'objet de vives attaques de la part de la presse, présenta sa démission afin de pouvoir se battre en duel avec le directeur d'un journal dont les articles lui avaient paru injurieux. Une brèche était donc faite au Cabinet; la crise fut ouverte dans un conseil tenu le 21 novembre. M. Silvela donna sa démission, et ses collègues présentèrent également la leur pour faciliter à M. Canovas les moyens de résoudre la crise. La reine confia immédiatement à ce dernier le soin de reconstituer le cabinet.

M. Canovas rencontra de sérieuses difficultés pour trouver des titulaires aux départements des finances et de la marine. Toutefois, après de grands efforts, le nouveau Cabinet fut reconstitué comme suit : Présidence du Conseil sans portefeuille, M. Canovas; — Affaires étrangères, le duc de Tétuan; — Guerre, le général Azcarraga; — Marine, le vice-amiral Montojo; — Finances, M. Concha Caslaneda; — Justice, M. Cos- Gayon; — Intérieur, M. Elduayen; — Colonies, M. Romero Robledo; — Travaux publics, M. Linares Rivas. Ce ministère fit une mauvaise impression sur l'opinion publique. On le jugeait en général trop faible pour résoudre les questions économiques et financières pendantes. D'autre part, des personnages importants voyaient avec regret confier des portefeuilles à des hommes politiques qui ne s'étaient ralliés que depuis une date récente au parti conservateur ou qui manquaient d'autorité sur la majorité. Enfin la retraite de M. Silvela du ministère de l'intérieur était considérée

comme une perte très sensible pour les conservateurs. Le nouveau cabinet fit publier une note officieuse contenant un exposé sommaire de son programme :

Au point de vue politique, il s'engageait à continuer l'œuvre du ministère précédent et à s'inspirer des mêmes idées; au point de vue financier, ses efforts devaient tendre à restaurer le crédit, à introduire des économies dans toutes les administrations et à établir un budget sincère. Un de ses premiers actes fut de nommer au poste de gouverneur de la Banque d'Espagne M. Camacho, qui avait refusé le portefeuille des finances.

Le 22 décembre, la Gazette officielle publia un décret convoquant les Chambres pour le 11 janvier 1892.

Pendant toute l'année, les fusionnistes, sous l'inspiration de M. Sagasta, n'ont fait au gouvernement qu'une opposition modérée et très correcte. Ils n'ont pas cherché à créer des difficultés au Cabinet et ont paru désireux d'éviter une crise qu'ils jugent prématurée tant que M. Canovas n'aura pas accompli son programme économique. — Les républicains sont restés divisés. M. Ruiz Zorrilla a refusé l'amnistie et n'a pu. en conséquence, accepter le mandat de député de Barcelone; on le juge, en général, hors d'état de provoquer aujourd'hui un mouvement sérieux en Espagne. Les centralistes, dirigés par M. Salmeron, se sont beaucoup remués; ils ont tenu une assemblée générale au mois de juin et rédigé un programme : c'est pciit-étre le parti qui se livre le plus activement à la propagande.

Finances. — Le ministre des finances présenta le 24 avril à la Chambre des députés un projet de budget pour 1891-1892 se soldant par 752,703,928 piécettes aux dépenses et 733, 785, 728 piécettes aux recettes. Mais le Parlement n'eut pas le temps d'examiner ce budget avant de se séparer; en conséquence, la loi de finances pour 1890-1891 continua de rester en vigueur en vertu d'un décret du 10 juillet, il s'est produit des

moins-values importantes dans la perception des recettes.

Une des mesures financières les plus importantes prises dans l'année a été la loi sur la Banque d'Espagne. Le projet primitif autorisait cet établissement à augmenter indéfiniment l'émission de ses billets. Le montant de la réserve de garantie, en numéraire et en barres d'or et d'argent, était fixé au tiers et non plus au quart de celui des billets en circulation ; si l'émission dépassait 1,500 millions, la réserve de garantie devait être augmentée de la moitié du montant de l'excédent; en outre la durée de son privilège était prorogée de seize années. En compensation de ces grands avantages, la Banque prêtait à l'État une somme de 150 millions ne portant pas intérêt et remboursable le 31 décembre 1921, c'est-à-dire à l'expiration de son privilège. Ce projet souleva une très forte opposition dans le pays. La presse, les Chambres de commerce, les syndicats des corps de métier, etc., représentèrent que les faveurs accordées à la Banque n'étaient en rien justifiées par les besoins du commerce et que le gouvernement, simplement dans le but de se faire prêter 150 millions sans intérêt, compromettait gravement les intérêts de l'État. Les réclamations furent si générales que le président du Conseil consentit à introduire dans le projet de M. Cos-Gayon diverses modifications, dont la plus importante consistait à limiter à 1,500 millions le montant des billets pouvant être mis en circulation; les plus faibles coupures devaient être de 25 piécettes ; la Banque était autorisée à faire des prêts sur les cedulas hipotecarias, les obligations de chemins de fer et autres valeurs industrielles et commerciales. Le projet ainsi modifié fut voté après de longues discussions et promulgué le 14 juillet.

Malgré tout, le public continua de voir la Banque d'un mauvais œil; les commerçants eurent même un instant l'idée de ne plus accepter ses billets en paiement. Mais cette résolution, d'une application pratique

très difficile, eût apporté une trop grande gêne dans les transactions; après un moment d'effervescence, on renonça à la mettre à exécution. — Les 150 millions que la Ban(|ue d'Espagne s'engageait à prêter <à l'État en trois annuités devaient être consacrés, 87 millionsà la construction de la nouvelle escadre, le surplus à l'achat de matériel de guerre, au paiement des subventions aux Compagnies de chemins de fer, à des travaux de ports, de rivières et de canaux.

Une loi du \A juillet autorisa le gouvernement à contracter un emprunt au moyen de l'émission de rentes 4 p. 100 amortissables en trente ans pour une valeur nominale de 250 millions. Cet emprunt avait pour objet le remboursement d'une partie de la dette flottante. La souscription publique eut lieu le 28 décembre. L'emfirunt ne fut pas couvert; mais, en vertu de contrats spéciaux avec les banquiers de Madrid et de Barcelone, son montant total avait été garanti au gouvernement.

A la suite de tous ces incidents, le change sur Paris s'était élevé de 5,25 au mois de juillet, à 13 et 14 p. 100 ; le commerce, les grandes entreprises industrielles, les Compagnies de chemins de fer, qui ont d'importants envois de fonds à faire à l'étranger, en souffraient beaucoup. Le déficit chronique du budget, l'augmentation de la circulation fiduciaire, le change, le nouveau régime douanier protectionniste, tels étaient les principaux points noirs à l'horizon financier à la fin de l'année.

Armée. — Deux décrets du 19 février ont réorganisé l'intendance et le contrôle de l'armée et créé un treizième bataillon d'artillerie de siège à 4 compagnies stationnées à Malaga et dans les petits présides d'Afrique.

Deux lois ont amélioré les traitements des officiers et les pensions données à leurs veuves et orphelins. — Le ministre de la guerre a déposé un projet de recrutement très important basé sur le principe du service personnel, supprimant le remplacement sauf pour les troupes d'outre-mer, et organisant le volontariat d'un an. — Une

loi du 15 juillet a fixé Teflectif de Tarmée pour 1891- 1892 à 124,G4G hommes dont 90,910 pour la Péninsule, 20,414 pour Cuba, 3,126 pour Porto-Rico et 10,190 pour les Philippines. — D'après un décret du 16 décembre, l'armée de la Péninsule se composera désormais de seize divisions à deux brigades comprenant chacune deux régiments d'infanterie, un bataillon de chasseurs, un régiment de cavalerie, un régiment d'artillerie de campagne, une compagnie du génie, une du corps de l'administration et une du service de santé. Il y aura une brigade indépendante aux Baléares et une demibrigade aux Canaries.

Travaux publics. — Les grandes lignes en construction en 1891 sont celles de Malpartida à Astorga; de Linares à Almeria; de Barcelone à Saragosse (ligne directe) et de Huesca à Ganfranc. Les travaux de ce dernier chemin ont été poussés avec activité et les rails y seront posés au mois de septembre 1892 jusqu'à Jaca. Là sera le point terminus de la ligne, tant que l'on ne construira pas la partie internationale. L'emplacement du tunnel qui doit relier à travers les Pyrénées le chemin de Canfranc avec la ligne de Pau-Oloron a été fixé conformément aux propositions de la France, qui insistait pour que l'entrée nord du tunnel fût placée près des forges d'Arbel situées dans la vallée d'Aspe. Le po'.nt choisi sur le territoire français est à l'altitude de 1,064°', 86. La longueur totale du tunnel sera de 7,790 mètres dont 3,020 mètres sur le territoire français et 4,770 mètres sur le territoire espagnol. La junte supérieure de guerre et de marine, en approuvant l'emplacement dont il s'agit, a imposé au concessionnaire l'obligation de construire un nouveau fort près de l'entrée sud du tunnel. Cette même junte a donné un rapport défavorable à la concession d'un embranchement qui partirait de la station de San Roque, située sur la ligne de Bobadilla à Algésiras, exploitée par une Compagnie anglaise, pour aboutir à la Linea, c'est-à-dire aux portes de Gibraltar. Elle considère, soutenue d'ail-

leurs par l'opinion, que la construction de cet embranchement, en Andalousie, serait très préjudiciable aux intérêts et à la défense du pays. La longueur des nouvelles lignes ouvertes à l'exploitation en 1891 n'a été que de 233 kilomètres.

Mouvement ouvrier. — Le mouvement ouvrier a encore eu plus d'importance en 1891 qu'en 1890. Dès le commencement de l'année, les ouvriers avaient cherché à s'organiser pour donner à la manifestation du 1" mai un grand retentissement. Du mois de janvier au mois d'avril, des grèves partielles eurent lieu sur divers points du territoire et des meetings préparatoires furent tenus dans beaucoup de localités. Un congrès ouvrier se réunit à Madrid le 23 mars, en vue de trancher les questions suivantes : 1° Est-il opportun d'exiger l;i journée de huit heures pour tous les métiers? 2° Dans le cas où l'on se déciderait pour l'affirmative, quels seraient les moyens à employer pour l'introduire résolument dans la pratique? 3" Manifeste à adresser aux ouvriers. Le Congrès tint trois séances et, à l'unanimité, se décida pour l'affirmative au sujet de la journée de huit heures; il approuva ensuite, aune grande majorité, l'organisation d'une grève générale pour le 1*^' mai. Enfin, dans la dernière séance tenue le 2o mars, le Congrès arrêta les termes d'un mamifeste qui résumait les revendications de la classe ouvrière et reproduisait les décisions qu'il avait prises. Malgré leur propagande active en faveur de la grève générale, les anarchistes avaient une organisation trop incomplète et de trop faibles ressources pour créer un mouvement considérable. Sauf en Catalogne, la plupart des ouvriers se prononcèrent pour les manifestations pacifiques et se contentèrent d'adresser au gouvernement des pétitions contenant l'énumération de leurs revendications.

Toutefois, comme les classes aisées de la société et les négociants ressentaient dans certaines villes une certaine inquiétude au sujet du l*"" mai, le ministre de l'intérieur donna aux autorités l'ordre d'interdire, ce jour-là.

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toute manifestation dans les rues et toute réunion publique dans des locaux ouverts ; les garnisons des villes manufacturières furent renforcées, l'escadre alla mouiller devant Barcelone. M. Canovas fit annoncer en même temps que, favorable en principe à la journée de huit heures, il verrait avec plaisir se réunir un congrès international pour étudier la question. Le 1" mai se passa sans que Tordre fût sérieusement troublé : en Catalogne, une bonne partie des fabriques ne ferma pas; à Bilbao, le travail ne fut pour ainsi dire pas suspendu; à Cadix, des manifestants anarchistes furent facilement dispersés par la police; à Valladolid, la grève fut générale; des grèves partielles eurent lieu sur un certain nombre d'autres points. Le 2 mai, la grève continua dans certains centres, notamment à Saragosse ; des pétards éclatèrent à Barcelone. Déconcertés par les mesures prises par les autorités, les socialistes publièrent un manifeste pour déconseiller la grève. Le 4 mai, la situation s'aggrava pourtant à Bilbao : des grévistes, ayant attaqué à coups de pierres des ouvriers qui continuaientdetravaillerdurent être arrêtés; les propriétaires de mines déclarèrent qu'ils renverraient les ouvriers affiliés à d«s associations socialistes et qu'ils arrêteraient complètement les travaux dès qu'il y aurait grève ; le gouverneur de la province crut devoir blâmer les propriétaires, et un conflit se produisit; le 31 mai, l'état de siège fut proclamé à la suite d'une sorte d'émeute provoquée par la dissolution d'une réunion tapageuse d'ouvriers boulangers. Des troubles eurent également lieu à la Gorogne dans le courant du mois; la garde civile dut faire usage de ses armes contre les agitateurs. Des grèves partielles durèrent encore pendant quelque temps; mais, à la fin de juin, elles pouvaient être considérées comme terminées. En somme, le mouvement ne justifia pas toutes les craintes conçues auparavant; mais il donna sérieusement à réfléchir pour l'avenir.

Aussi M. Canovas s'est-il préoccupé des réformes

sociales. 11 a déposé un projet de loi interdisant le travail le dimanche aux mineurs de dix-huit ans, aux ouvriers travaillant dans les établissements de l'État, des provinces et des communes, et aux ouvriers travaillant pour le compte des entrepreneurs de travaux pour rfîtat. Voté par la Chambre des députés après une très longue discussion, ce projet n'eut pas le temps d'être voté par le Sénat. Deux projets de loi sur la réglementation du travail des femmes et des enfants dans les manufactures n'ont pu non plus aboutir avant la séparation des Cortès.

Le 2 août, au soir, une échauff curée eut lieu à Barcelone. Au moment où une grande foule remplissait la place du Buen-Suceso où se tenait une foire, une bande dindividus attaqua le poste de la caserne située sur celte place et presque déserte à ce moment. Ils comptaient, paraît-il, s'emparer de la caserne et des armes qui s'y trouvaient. Leur tentative échoua; quelques charges à la baïonnette en eurent raison. L'instruction fit découvrir que les émeutiers avaient été achetés par un boursier du nom de Robert qui voulait frire une grosse spéculation. Robert et ses complices furent condamnés à des peines variant de trois ans de présides aux présides à perpétuité.

Vers la fin du mois d'août, des bombes éclatèrent à Cadix, tuant ou blessant plusieurs personnes. On arrêta un grand nombre d'anarchistes soupçonnés d'être les auteurs de ces attentats.

Politique économique et commerciale. — A la suite de la dénonciation par la France, au mois de janvier, du traité de commerce franco-espagnol expirant le i®' lévrier 1892, le cabinet de Madrid résolut de dénoncer ses conventions commerciales avec l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie, la Belgique, la Hollande, la Suisse, l'Angleterre, l'Italie, la Russie, la Suède et Norvège, afin de pouvoir établir un nouveau régime douanier sans être gêné par la clause de la nation la plus favorisée. Les nouveaux tarifs furent élaborés dans le cou-

rant de Tannée, mais le gouvernement ne les publia pas, afin de se réserver la possibilité de les modifier si les négociations engagées avec diverses puissances le rendaient nécessaire; il tenait surtout à savoir d'abord à quoi s'en tenir sur les dispositions de la France. Le vote du tarif minimum français et le refus du cabinet de Paris de proroger l'application des tarifs de pénétration aux vins étrangers entrant en France produisirent une pénible impression. Comme la non-prorogation des tarifs de pénétration ne devait pas empêcher les vins espagnols d'arriver en France par mer au même prix, on ne voulut voir dans ce refus qu'un mauvais procédé. Le gouvernement espagnol se montra néanmoins disposé à conclure un traité avec la France en prenant pour base le tarif minimum de cette puissance si elle consentait à élever le degré à partir duquel les vins commencent à payer en raison de l'alcool qu'ils renferment, et si elle diminuait les droits sur les vins, l'huile d'olive, les fruits frais et secs, le poisson et le liège manufacturé. Ces conditions parurent inacceptables à Paris. Quand le cabinet de Madrid vit que les négociations n'aboutiraient pas, il arrêta définitivement et publia [Gazette officielle du 1*'' janvier 1892) le nouveau tarif des douanes, comprenant un tarif maximum applicable à toutes les nations en général, e t un tarif minimum applicable aux nations avec lesquelles des conventions commerciales seraient conclues. Ce tarif s'inspire de principes protectionnistes exagérés, et les droits sur les principaux objets d'importation française en Espagne sont relevés dans une forte proportion.

Des inondations désastreuses ont ravagé en septembre quelques régions. Le 11 septembre, la ville de Consuegra et plusieurs villages situés sur les rives de l'Amarguillo ont été en partie détruits par le débordement de cette rivière. Alméria, Albosc et Valence souffrirent aussi beaucoup, ainsi que les provinces de Murcie et de Saragosse. Au mois d'octobre, de nouvelles inondations survinrent, causant d'énormes dégâts dans la pro-

vince de Grenade. A la suite de mauvaises récoltes, les populations des campagnes traversèrent une crise des plus pénibles dans les provinces de Huesca, de Saragosse et de Téruel, et dans la partie de la province de Grenade qu'on appelle les Alpujarras.

Politique extérieure. — La politique extérieure de l'Espagne n'a rien oiïert de saillant en 1891. Elle a consisté presque exclusivement en négociations commerciales. La commission franco-espagnole chargée de la délimitation de la région de la rivière Mouni, dans l'Afrique occidentale, a repris ses travaux au commencement de l'année, après la nomination de nouveaux délégués; elle n'a pas réussi à régler les questions en litige. — Un décret en date du 16 janvier a autorisé la mise en vigueur de la convention franco-espagnole sur la répression de la contrebande qui se fait par la Bidassoa. — Un décret du 21 août a prorogé pour deux ans le délai d'un an accordé, aux termes de l'article 5 de la convention consulaire franco-espagnole du 7 janvier 1862, aux Français nés en Espagne qui doivent justifier devant les autorités militaires espagnoles d'avoir satisfait à la loi du recrutement en France. — La Gazelle officielle du 14 février a publié la convention spéciale conclue le 2 juillet 1890 avec la Grande-Bretagne, en dérogation du traité de 1835, pour limiter le droit de visite et assurer la répression de la traite sur les côtes d'Afrique.

Dans le courant de l'année, quelques journaux répandirent le bruit de l'accession de l'Espagne à la Triple alliance et de son entrée prochaine dans la ligue douanière des puissances du Centre. M. Canovas a démenti formellement l'une et l'autre nouvelle. La première était de pure imagination; tous les hommes politiques sensés songent uniquement à observer la neutralité en se préoccupant seulement d'assurer la défense des îles Baléares et des côtes contre toute agression éventuelle. Une intervention ne se comprendrait que dans les affaires du Portugal, si une révolution venait à éclater

dans ce pays et menaçait de se répandre en Espagne; or, la mort du chef des républicains portugais, M. Latino Coelho, a rendu cette hypothèse improbable en désorganisant les forces du parti révolutionnaire. Quant aux prétendues démarches faites à Madrid par l'Allemagne et l'Autriche pour essayer d'englober l'Espagne dans une ligue douanière, elles ont tiré quelque vraisemblance de la visite du prince Albert de Prusse à Madrid, au mois de décembre, et de son entrevue avec M. Canovas. Mais les journaux officieux ont déclaré que ce voyage n'avait aucun rapport avec la question douanière ; la presse a été presque unanime, d'ailleurs, à se prononcer contre toute combinaison qui créerait entre l'Espagne et les empires du Centre des liens trop étroits, ou qui revêtirait un caractère d'hostilité vis-à-vis de la France.

Des incidents se sont encore produits cette année avec le Maroc; ils n'ont eu qu'une importance médiocre (V, Maroc).

Nécrologie.

Manuel Alonso Martinez, ancien ministre, et ancien président de la Chambre des députés. — Sœur Patrocinio, qui joua en politique un rôle important sous le règne d'Isabelle. — Le général Carlos Ibanez, fondateur de l'Institut de géographie et de statistique. — Carlos Maria Coronado, ancien ministre de la justice. — Duc de Baena, ancien ambassadeur. — Pedro Antonio Alarcon, fécond romancier et écrivain remarquable. — Viceute Manterola, ancien chanoine de la cathédrale de Tolède et ancien député qui fut très attaché à la cause carliste. — Manuel Canefe, de l'Académie espagnole, écrivain distingué. — Le cardinal Paya, l'un des prélats les plus illustres de l'Espagne.

H. DE Séprés.

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