‹ La vie politique à l'étrangerChapitre 15 sur 70 · L. Bresson · texte numérisé non relu

L. Bresson

PO RTUGAL

L'année 1891 a marqué une heureuse détente dans la situation du Portugal. Si le pays n'a pas encore, à l'heure où nous écrivons, retrouvé sa vie normale, il s'est du moins débarrassé de plusieurs entraves. La crise revêtait une triple forme à la fin de 1890. A l'extérieur, c'était le conflit avec l'Angleterre, avec le nouvel État libre du Congo, et, pour le chemin de 1er de Lourenço Marquez, avec les États-Unis. A l'intérieur, les difficultés financières n'étaient pas moindres; enfin, au milieu de ces complications, les revendications bruyantes du parti républicain semblaient prêter à croire par moments que la monarchie était sérieusement ébranlée. L'entente paraît aujourd'hui faite sur les difi'érends d'ordre extérieur, sauf sur la question de Lourenço Marquez, soumise d'un commun accord à l'arbitrage de la Suisse. L'ordre est assuré à l'intérieur, et la monarchie semble raffermie. Seule la crise financière continue à sévir avec les déficits croissants et les ressources insuffisantes.

Los quatre premiers mois de 1891 se sont passés en négociations diplomatiques avec l'Angleterre. Les détails en sont encore trop peu connus pour entreprendre d'en faire l'histoire. Un i7wdus vivendi d'une durée de six mois avait été établi ; il devait expirer le 15 mai. Le pays, qui savait que ses représentants ne perdaient pas de vue l'échéance, attendait avec calme. La réunion

d'uD congrès ouvrier à Lisbonne, l'envoi d'un corps expéditionnaire dans les possessions de l'Afrique orien- Aale, les bruils au sujet d'un projet de charte en faveur de la Compagnie de Mozambique furent les seuls incidents du mois de janvier.

Le mois s'acheva sur un fait plus grave : l'échauffourée d'Oporto. On ne peut donner d'autre nom au mouvement qui éclata le 31 janvier dans cette ville. Quatre cents insurgés, presque tous militaires, commandés par un capitaine et un sous-lieutenant, s'emparèrent de l'Hôtel de Ville où ils proclamèrent un gouvernement provisoire. La population civile ne les suivit pas;'la plus grande partie de la garnison, restée fidèle, marcha contre eux, les cerna et, après une lutte de quelques heures, les dispersa. Une trentaine de morts, suivant la version généralement adoptée, restèrent sur le terrain. L'Europe apprit en même temps l'émeute et le rétablissement de l'ordre. On a dit que le mouvement était combiné, qu'il devait se produire simultanément quelques jours plus tard à Lisbonne et dans les autres centres importants du royaume, mais que les conjurés d'Oporto se voyant surveillés, peut-être trahis, l'avaient fait avorter en devançant l'heure. De nombreuses arrestations et des perquisitions suivirent; les journaux républicains Patiia, Debates, de Lisbonne, furent supprimés; on épargna cependant le principal organe du parti : 0 Secolo, ainsi que la Folha do Povo. M. Alvez da Veiza, chefde l'insurrection, put se réfugier en Espagne. 141 accusés comparurent devant les conseils de guerre pendant les mois de février et de mars; les plus compromis furent condamnés à la déportation et la Cour suprême militaire de Lisbonne confirma les sentences le 5 avril.

Les Cortès, convoquées suivant l'usage le 2 janvier, avaient été ajournées peu après. La reprise de session qui eut lieu le ï mars appela de nouveau l'attention sur la questiou financière. Un projet d'emprunt de 200 millions, destiné à consolider la dette flottante, venait

d'être conclu. Un syndicat international de financiers se chargeait de fournir les fonds et on lui assurait comme garantie le monopole des tabacs pendant trentecinq ans, période nécessaire pour l'amortissement. Le syndicat devaitémettre 500,000 obligations de'jOO francs à 4 l/2p. 100 remboursables danscedélai. Leprojetdeloi autorisant l'emprunt déposé le G mars fut voté le 14 par la Chambre des députés, et, le 19, par celle des Pairs. La session extraordinaire fut close immédiatement. Les fonds montèrent alors, pour le .'3 p. 100, de 55 3/16 à57.

Pendant ce temps, rincidentdeManica (V. année 1890, p. 224 et 245) continuait de défrayer les polémiques de presse. Ce qui donnait du piquant au débat, c'est que, beaucoup de capitalistes anglais se trouvant engagés dans la Compagnie de Mozambique, ils s'élevèrent vivement contre les agissements delà Soulh Africa Company. Ni le traité du 20 août, disait-on, ni le jnodus Vivendi établi à la suite de l'échec de ce traité, ni les principes élémentaires du droit des gens ne pouvaient justifier l'expulsion violente des Portugais de Manica. Mais M. Rhodes et la Compagnie de l'Afrique du Sud étaient puissants en cour.

Un double incident éclata au mois de mars. Un steamer anglais, Countess Carnavon, venait d'être saisi dans la baie de Delagoa, à l'embouchure du Limpopo, par les autoi'ités portugaises; celles-ci, presque au même moment, saisissaient également à Beira, à l'embouchure du Poungoué, des munitions débarquées par un autre steamer. On justifiait la saisie en disant qu'elle avait été faite sous l'inculpation de contrebande d'armes de guerre destinées à des indigènes placés sous le protectorat du Portugal. Cette fois, le gouvernement anglais se montra plus réservé. « Si ce fait de contrebande est exact, se contentèrent de déclarer lord Salisbury et Sir James Fergusson, les poursuites judiciaires devront suivre leur cours, car aucune convention n'autorise les nationaux anglais à importer des armes de guerre par la voie du Limpopo. »

On annonça enfin vers la même époque que la nouvelle charte au profit de la Compagnie de Mozambique, dont il était question depuis quelque temps, allait être signée. On parlait d'une clause secrète aux termes de laquelle la Compai;nie s'obligeait à construire à ses frais et sans garantie le chemin de fer du Poungoué et toute autre voie ferrée que le gouvernement exigerait entre le 3abi et le Zambèze. Ces chemins de fer devaient devenir, au bout de trente ans et sans indemnité, la propriété absolue du Portugal. Le texte du projet de cette charte, publié en février, donna lieu à des réserves de la part du gouvernement anglais à cause de cette dernière clause qui semblait outrepasser la réserve contenue, relativement aux territoires contestés, dans le modus vivendi du 14 novembre 1890,

Des troubles éclatèrent au commencement de mars à Bissao, dans les possessions portugaises de la Gambie. Ils motivèrent l'envoi de deux canonnières et d'une frégate qui eurent facilement raison des indigènes.

Le traité anglo-portugais relatif à Goa fut dénoncé à la même époque par l'Angleterre comme contenant des clauses trop désavantageuses pour cette dernière puissance.

L'émission des titres de la Société concessionnaire du monopole des tabacs était annoncée pour le 27 avril. On vit recommencer la campagne d'aftîches des porteurs d'emprunt Dom Miguel que nous avons signalée l'année dernière. D'un autre côté, sur un mot d'ordre qu'on disait parti d'Angleterre, les nouvelles les plus alarmantes sur le compte du gouvernement et du crédit portugais se remirent à circuler. En même temps, on inondait le marché de valeurs de ce pays. On a dit, et cela paraît assez justifié, que l'or de M. Cecil Rhodes, président de la Compagnie Sud-Africaine, n'était pas étranger à ces attaques. Plus on rendrait difficile la situation du gouvernement de Lisbonne, plus on paralyserait sa résistance contre les prétentions anglaises. Cette fois le Portugal, ou plutôt ses concessionnaires,

se défendirent mieux qu'auparavant. D'un côté, on répondit par une contre-camp.igne de presse habilement menée aux attaques des journaux. D'autre part, on obtint du parquet de la Seine l'ouverture d'une nouvelle instruction contre les dilTaniateurs par voie d'affiches. Une ordonnance fut rendue à cet etletletil avril. Mais toutes ces mesures n'empêchaient pas les fonds portugais de descendre rapidement. Aussi l'émission prochaine s'annonçait-elle mal. Toutefois, la totalité des obligations mises à la disposition du groupe français fut souscrite; le groupe allemand écoula la plus grande partie des siennes ; seul le groupe de Lisbonne en garda un stock assez considérable.

La situation financière se compliquait à l'intérieur d'une crise monétaire. Le Portugal vit sous le régime du monométallisme d'or, et l'or avait disparu presque complètement du marché. Un décret du 8 mai dut autoriser le monnayage de l'argent jusqu'à concurrence de 2,000 contos de reis (11 millions environ). Four permettre à la Banque de Portugal de conserver sa réserve d'or, on l'autorisa à échanger pendant trois mois ses billets contre de l'argent. Elle devait en outre porter à 4,0UQ contos de reis (22 millions] le crédit (ju'elle accordait au Trésor. En revanche, le gouvernement, pendant ces trois mois, devait mettre à sa disposition, en or, les sommes dont il était débiteur envers elle en compte courant. Mais ces mesures étaient iiisulfisantes. Le stock d'argent monnayé était trop minime pour répondre à celte nouvelle situation. Les retraits de dépôts se produisirent dans des proportions considérables. En deux jours, ils atteignirent 1,178 contos de reis pour la seule Banque de Portugal, et les demandes de secours des autres banques s'élevèrent à plus de 1,600 contos de reis. Un décret en date du 11 mai suspendit pour soixante jours toutes les échéances.

Cette décision produisit une sensation considérable. L'ordi'c ne fut pas troublé, mais on contesta vivement Tulilité de la mesure. En France, où les emprunts

avaient, comme on l'a vu, été on grande partie placés, on s'en émut aussi; les pessimistes triomphaient; les nouvelles alarmanles recommencèrent à circuler. Aussi apprit-on sans surprise, le 15 mai, qu'une crise ministérielle venait d'éclater. Le ministre des finances se retirait en présence des critiques que soulevait le mora- 4orium du 11 (1).

Sur ces entrefaites, le modus vivendi avec l'Angleterre qui expirait le 14 mai fut prolongé d'un mois. On annonçait que les bases de l'accord étaient arrêtées et que ce délai n'était nécessaire que pour obtenir la ratification (les Chambres.

La crise ministérielle dura huit jours. M. de Serpa Pimentel fut d'abord chargé de la formation d'un nouveau cabinet, mais il échoua. Le roi fit alors appeler le président du ministère tombé, qui fut plus heureux. Le général d'Abreu 0 Souza garda donc la présidence avec le portefeuille de la guerre; M. Lopo Vaz fut ministre de l'intérieur; M. Marianno Garvalho eut les finances; M. Moraes Garvalho, la justice; M. Julio Vilhena, la marine et les colonies; le comte de Valbom, les affaires étrangères; M. Franco Gastellobranco, les travaux publics. MM. Lopo Vaz, Julio Vilhena, Moraes Garvalho et Franco Gastellobranco appartenaient au parti régénérateur ou conservateur, les autres au parti libéral. G'était, en somme, un ministère de conciliation. Le nouveau Cabinet fut constitué le 22 mai. La question financière étant la plus urgente, M. Marianno Garvalho partit immédiatement pour Paris.

Les Gortès s'ouvrirent le 30 mai; le ministère lut une déclaration qui fut favorablement accueillie. Le 2 juin, le traité conclu avec l'Angleterre était déposé. 11 reproduisait presque intégralement les dispositions du

, (1) Les fluctuations des fonds portugais pendant cette quinzaine furent très fortes. Le 3 p. 100 descendit de 52, 2o à 37, puis remonta à 41. Le 4 p. 100 alla de 322 à 240 pour revenir à 320.

projet du 20 août 1890, sauf deux ou trois points, du reste fort importants, où il avait fallu subir les prétentions exorbitantes de la Souih Africa Companij. D'un côté, le Portugal gagnait au delà du Zambèze un vaste territoire au nord de Jumbo, mais le Manicaland avec Moutassa était attribué à l'Angleterre. Le Portugal s'engageait à construire un chemin de fer et une ligne télégraphique entre la sphère d'influence britannique et la côte de l'Océan le long du Poungoué ou de la vallée de Bonsi. Cette construction devait enfin être efl'ectuée dans un délai à fixer à peine d'être faite par une compagnie particulière que déterminerait une puissance neutre. D'autres dispositions réglaient les questions de douanes pour le transit des marchandises britanniques, le respect des concessions minières et autres faites sur chaque territoire avant le traité (voir Afrique orientale).

Ce traité fut ratifié le G juin par 105 voix contre 6. Seul un député républicain, M. Arriaga, fit entendre une protestation, mais le moyen qu'il proposait, un appel aux puissances, était peu pratique. Quatre jours après, la Chambre des pairs rendait, par 83 voix contre G, un vote conforme. La crise extérieure pouvait dès lors être considérée comme définitivement résolue. Le 3 p. 100 remonta de 45 à 49 fr.

Restait la question financière. Nous avons noté plus haut le départ de M. Marianno Carvalho pour Paris, Les négociations qu'il y engagea eurent pour résultats de sortir momentanément le gouvernement portugais des embarras dans lesquels il se trouvait. On se rappelle que, lors de l'émission des obligations des Tabacs, le groupe portugais du syndicat n'avait placé qu'un petit nombre des titres dont il s'était chargé. Ce sont ces valeurs que M. Carvalho donna en nantissement pour un prêt à G p. 100 l'an. La somme ainsi obtenue jointe à quelques autres ressources disponibles assuraient une cinquantaine de millions grAce auxquels le service de la dette et les intérêts des obligations des chemins de fer devaient être assurés, disait-on.

jusqu'au mois d'avril 1892. On verra dans la suite, que, pour des causes que nous aurons alors à rechercher, cette évaluation était exagérée.

Les Chambres portugaises eurent ensuite à s'occuper du budget de l'année 1891-1892. On sait que l'exercice part du 1" juillet. Le projet fut déposé le 17 juin. Ce qui le caractérisait, c'était l'intention manifestée par le gouvernement de ramener définitivement l'ordre dans les finances. A cet effet, il demandait l'autorisation de régler par décrets un certain nomLre de questions telles que la réforme de la charte constitutive de la Banque de Portugal, la revision des lois qui régissaient les opérations des banques de dépôt, l'organisation quant au personnel et au matériel des diverses secrétaireries d'État et autres dépendances de l'administration publique en vue de réduire les dépenses de ces services, l'organisation du monopole de la fabrication des alcools industriels, le droit d'affermer le monopole de la fabrication des allumettes phosphoriques, l'adoption éventuelle du bimétallisme, etc.

Voilà pour l'avenir. Dans le présent, on réalisait sur le traitement et le nombre des employés civils, sur la suppression de deux régiments et la réduction d'effectif des autres, sur les travaux en cours, une économie de 7 millions 300,000 francs. Les nouveaux monopoles des alcools et des allumettes devaient assurer une augmentation de recettes de i millions, en sorte que le déficit du précédent budget ordinaire (1890-1891) qui était de 11 millions semblait devoir disparaître définitivement. On supprimerait d'une façon définitive les budgets rectificatifs : désormais, toute dépense devrait être votée préalablement par une loi. Mais le budget extraordinaire accusait encore un déficit de 7 millions. Voté d'abord par la Chambre des députés, ce projet fut ratifié par la Chambre des pairs le 27 juin.

Il est possible qu'adoptées plus tôt et rigoureusement appliquées ces mesures eussent pu sauver le Portugal d'une catastrophe financière; mais le gouffre à com-

hier était trop profond et beaucoup n'y virent qu'un «ffort désespéré dont le succès même était impossible. Le nombre et l'importance des réformes était trop grand, disaient-ils, pour j)ouvoir s'efTecluer du jour au lendemain, en un trait de plume, et, du reste, on insistait sur ce fait que le budget extraordinaire se soldait encore en déficit, et que les ministres comptaient y pourvoir par des excédents de recettes des plus problématiques dans un pays épuisé par une longue série d'épreuves, atteint dans sa principale source de richesses par le phylloxéra.

Les débuts du nouveau système ne furent du reste pas heureux. Dans les premiers jours de juillet, la crise monétaire reprit avec une nouvelle intensité. Depuis quelque temps, l'agiotage sur l'or croissait. Le ministre des finances donna sur ce point, le 2 juillet, des explications à la tribune et exposa les moyens que le gouvernement employait pour conjurer le mal. Ces moyens consistaient principalement dans la frappe de nouvelles monnaies d'argent. Avant la crise, dit-il, le stock de circulation de ces monnaies était de 10,000 contos de reis(5o millions de francs); depuis la crise, il a augmenté de 1,800 contos et à la Monnaie on frappe journellement de t20 à 30 contos de reis. A Birmingham, on fabrique également pour le compte du Portugal. On se proposait enlin de suspendre encore pendant trois mois l'obligation pour la Banque de changer ses billets contre du numéraire et de l'autoriser à émettre des petites coupures de 2,500 reis. Grâce à ces mesures la prolongation du momtoriuin et le cours forcé des billets devaient être évités. L'agio sur l'or n'en atteignit pas moins dès le 4 juillet, 8 0/0; celui de l'argent, 2 0/0; celui du cuivre 3 0/0. Quelques semaines plus tard, il oscillait pour l'or entre 18 et 25 00.

Avant de se séparer, les Chambres votèrent (i-8 juillet) le traité avec le Congo au sujet du territoire de Lunda. C'était encore un conflit colonial qui se réglaiL A la même époque, le Portugal dénonçait ses traités de

commerce expirant avec TAngleterre le 22 juin 1892, avec la Russie le 9 février 1892. Le moratorium prit fin le 11 juillet. Seul, celui accordé au Banco Lusitano fut prorogé pour six mois par le tribunal de commerce sur l'avis favorable de la majorité des créanciers. Les Cortès se séparèrent le 9 juillet, s'ajournant au 14 novembre.

Les cinq derniers mois de l'année 1891 se sont écoulés dans un calme relatif. Les mesures prises par M. Marianno Carvalho pour assurer le payenicnt des prochaines échéances de la rente rassuraient les créanciers de l'État; l'émission de nouvelles coupures, l'admission de la monnaie française à la circulation lirent disparaître peu à peu les difficulté nées de la rareté du numéraire. L'agio de l'or resta toutefois fort élevé. Le gouvernement désavoua à diverses reprises les projets d'aliénation des colonies qu'on mettait périodiquement en circulation. On s'occupa ensuite de la réorganisation de ces mêmes colonies et aussi du système commercial nouveau que la rupture prochaine des traités de commerce allait nécessiter.

Un des chefs du parti républicain, M. Latino Coelho, mourut au mois d'août. C'était en même temps un littérateur distingué que perdait le Portugal. La direction du parti passa à M. José Elias Garcia, avocat et député de Lisbonne. — Une interview, où M. Sagasta laissait entrevoir que l'Espagne pourrait intervenir en Portugal iiu cas où la république y serait proclamée, produisit quelque émotion.

Pendant le mois de septembre, l'attention fut absorbée par le voyage du roi et de la reine dans la province de Beira. La réception que les populations leur firent fut, de l'aveu même des journaux républicains tels que le Secolo, des plus sympathiques. Le Journal officiel publia le 7 septembre la nouvelle charte de la Compagnie de Mozambique. La construction du chemin de fer du Poungoué lui était, comme le bruit en courait depuis longtemps, confiée à la charge d'être achevé dans un

délai de quatre ans à partir de la date de l'arrêté que le gouvernement prendrait ullérieurenient. — Une nouvelle interview, avec M. Canovas del Castillo cette fois, au sujet d'une intervention éventuelle de l'Espagne, fut démentie, comme reproduisant inexactement la pensée de son auteur. Malgré cela il y avait dans ces déclarations réitérées l'indication d'une préoccupation, voire même d'aspirations du côté de l'Flspugne (jui devaient donner à réfléchir aux patriotes portugais.

On promulgua, le ^24 septembre, le décret réglant la mise en adjudication du monopole des allumettes. La base de l'adjudication était une redevance annuelle minima de 250 contos de reis (1,375,000 francs environ) qui devait être payée au gouvernement. La durée du monopole était de douze ans.

En octobre, des décrets réorganisèrent l'administration coloniale de l'Afrique orientale qui fut divisée en deux provinces : Mozambique et Lourenço Marquez. D'autres décrets rendus à la même date introduisaient des réformes importantes dans les autres colonies. Le gouvernement s'efforçait, on le voit, de tenir les engagements qu'il avait pris devant les Cortès.

Le mois de novembre ne fut guère marqué que par les élections municipales de Lisbonne où les républicains furent complètement battus. Ils ne firent passer que les candidats dits de minorité. On sait, en effet, que la Constitution portugaise, pour assurer la représentation des minorités, pratique le système des listes incomplètes. On remarqua même que par suite d'une entente parfaite, les monarchistes purent faire sortir leurs trois candidats dans une circonscription à l'exclusion du républicain. On ne manqua pas de voir dans le résultat inattendu de ces élections le signe d'un revirement d'opinions favorable à la monarchie.

Les Cortès entrées en session le 15 novembre, clôturèrent celle-ci à la fin de décembre sans incident notable. L'année s'est donc terminée dans un calme qui contrastait singulièrement avec la fin de 1890. IS'ous

aimerions à ajouter que cette paix était durable. Malheureusement,il restait un problème toujours menaçant. La crise financière n'était qu'assoupie, elle allait se réveiller avec tout son cortège de complications (1). Déjà on commençait à s'entretenir de la situation des chemins de fer. Quelques semaines encore, et on allait reconnaître qu'il n'y avait pas que ceux-ci dont le mal était presque irrémédiable.

(1) Le mouvement de baisse qui du lï octobre au i."> novembre atteignit toutes li-s valeurs frappa plus particulièrement les fonds portugais qui descendirent de 37 (cours du 16 octobre) k'S\ (cours du 12 novembre). Le cours au 31 décembre était de 32,93.

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