PERSE
Les bienfaits de la civilisation européenne, que deux puissances ont pris à cœur de révéler à la Perse, ne semblent pourtant pas la charmer, et les événements ont prouvé qu'un gouvernement absolu doit compter quelquefois avec les aspirations de ses sujets. La « Tobacco Corporation » qui a obtenu l'année dernière le monopole de la préparation et de la vente du tabac, a vu se liguer contre elle toute la population du Nord- Ouest ; des troubles ont eu lieu à Mesched, à Tauris (septembre) ; le gouverneur de cette dernière ville, Amir-Nizam, qui avait annoncé, pour rétablir l'ordre, la suppression prochaine du monopole, a été destitué. En décembre, le grand prêtre de Kerbela interdit aux fidèles l'usage du tabac ; il fut obéi, et les Persans cessèrent de fumer. Le gouvernement, ne pouvant rien contre leur résistance passive, dut abolir (19 décembre) le monopole de la Compagnie anglaise, à laquelle on donna pour compensation, outre une indemnité dont le taux est encore à débattre, le privilège d'exporter le tabac.
C'est là un symptôme plus grave peut-être qu'on ne se l'imagine à Londres, où l'on ne voit dans cet échec qu'un simple épisode de l'influence russe ; sans doute les Persans ne peuvent éprouver pour le gouvernement du Chah une affection bien vive ; et que telle ou telle
puissance arrive à diriger, d'une façon plus ou moins déguisée, les affaires de leur pays, cela ne saurait les toucher beaucoup. Mais les Européens ne leur ont guèriapparu jusqu'ici que comme des spéculateurs, et les atteintes portées aux intérêts matériels donnent une autorité singulière aux mollahs qui prêchent la guerre sainte. A Chiraz (mai), dans le Mazenderan ''novembre; la troupe a dû intervenir pour mettre les fanatiques à la raison; à la fin de l'année encore, à Téhéran, des affiches apposées dans les bazars sommaient les musulmans d'exterminer les Européens.
Il a été accordé plusieurs concessions importantes de grands travaux publics. Les Anglais ont obtenu de construire des chemins de fer entre Kevader et Kirman, et entre Téhéran et Ahwaz, sur le Karoun; un géologue anglais, M. Sold, est arrivé à Téhéran en avril, pour en préparer les plans. Il était accompagné d'un délègue du ministère des finances, M. Johnson, chargé de conclure une convention relative à la frappe des monnaies persanes en Angleterre.
Les Russes s'occupent toujours de créer des voies de communication entre la capitale et les provinces du Nord. Us construisent une ligne ferrée entre Recht d Kaswin ; aux dernières nouvelles, une société russe mgociait les clauses d'un acte de concession pour la construction de routes entre Téhéran et Enzeli, sur la nur Caspienne, et Téhéran et Tauriz.
Au mois de mai 1890, Nasr-ed-Dine avait accordé ù deux marchands russes le privilège d'acheter toute la récolte d'olives et de fabriquer l'huile. Ils sont allés étudier l'installation des usines européennes, et onti adopté les procédés suivis à Marseille. Le district de'j culture de l'olivier est compris entre Recht et Téhéran^' sur les confins de la province de Gilan ; la reçoit© annuelle est d'environ 800, (K)0 livres d'olives. Roudbar, le centre de la production, est situé sur le Safeed Roud, qui est navigable jusqu'à la mer Caspienne.
Au mois d'aoïU une compagnie s'est formée à