MAROC
La situation intérieure du Maroc a été, en 1891, moins troublée que pendant les années précédentes. A. l'extérieur, à part quelques escarmouches entre les indigènes du Riff et les Espagnols, et deux attentats contre des Français, la question du Touat a été le seul incident intéressant de ces douze mois.
Un savant, M, de la Martinière, qui, depuis plusieurs années, explore avec autant de patience que d'audace et de bonheur les restes des anciennes civilisations du Maroc, revenait d'une longue excursion à Taroudent dans le Haut-Atlas, quand, le 21 janvier, à peu de distance de Mogador, il fut assailli par des Arabes avec lesquels il avait eu précédemment une légère contestation. Blessé, il ne dut la vie qu'à une circonstance qui caractérise les mœurs du pays : les assaillants considérèrent qu'en droit ils ne pouvaient tuer leur prisonnier sur un territoire qui n'était pas celui de leur tribu et ils l'emmenaient, quand ils furent rencontrés par un parti plus fort et obligés d'abandonner leur proie. Une réparation était due : M. de la Martinière l'obtint. Quelques mois plus tard, un jeune peintre, M. GofTart, fut frappé d'un coup de poignard, dans une
rue de Marakesh par un indigène fanatique. La blessure, bien que non mortelle, était grave. M. .Goffart obtint également une indemnité et la condamnation de son agresseur à la prison perpétuelle sous le contrôle de notre agent.
Du côté de l'Espagne les incidents furent plus nombreux ; aucun d'eux ne présente de gravité. Notons seulement, en janvier, les réparations accordées pour l'affaire de Melilla et le pillage de la barque Miguel y Teresa que j'ai raconté Tannée dernière. Quand, en février, la commission internationale voulut procéder à la délimitation des possessions marocaines et espagnoles, elle dut reculer devant l'hostilité des tribus du Riff, et ne put reprendre ses opérations qu'au mois de mars. Le travail s'acheva en avril. Un câble fut jeté entre l'Espagne et Melilla. Son atterrissement se fit I sans encombre à la fin d'août. Mais quand on voulut établir des poteaux pour relier le fil à Tanger, on dut faire intervenir l'autorité impériale pour calmer l'oppo- .sition de la tribu des Angheras sur le territoire desquels passait la nouvelle ligne. Mentionnons enfin sommairement l'ambassade envoyée à la reine régente ;iu mois de juillet et, pour le mois de septembre, une attaque des Maures contre le fort de Cabrerizas Allas qui, avec celui de Rostro Gordo, protège la place de Melilla.
La Compagnie anglaise Eastern Telegraph eut aussi quelques difficultés, au mois de février, avec la tribu des Angheras k propos de ses poteaux télégraphiques. Plusieurs furent renversés ; mais le représentant anglais exigea leur relèvement immédiat. A la fin du même mois de février, on annonça qu'une indemnité de 1,230,000 francs était accordée pour le meurtre des Anglais de la factorerie de Juby dont nous avons parlé les années précédentes.
Les affaires du Touat demandent quelques éclairais- | sements préalables.
On sait que le Touat est un groupe d'oasis situé à