COMPAGNIE BRITANNIQUE DU NIGER; CAMEROUN; A LA CONQUÊTE DU LAC TCHAD
La Compagnie du Niger a eu à réprimer quelques désordres dans le bas fleuve. Dans l'assemblée générale des actionnaires tenue à Londres, le 16 juillet, lord Aberdare a présenté son rapport annuel. Il a déclaré que la frontière méridionale de la zone d'influence française ne devait pas être tracée en ligne droite, de Barroua à Say; on doit, aux termes de la convention du 6 août, comprendre dans la zone britannique « tout ce qui appartient équitablement au royaume de Sokoto. » M. Thomson a conclu en 1886 un traité avec ce royaume, dont dépendraient, d'après lord Aberdare, le Damergou, l'Air ou Asben, et le Bornou. Il semble bien que le Damergou et l'Aïr soient complètement indépendants du Sokoto et qu'il n'y ait aucune raison de les distraire de la zone française d'influence. Quant au Bornou, une expédition de la Compagnie partie pour Kouka en 1890, sous le commandement de M. Mac-Intosh, en est revenue en janvier 1891, sans avoir pu obtenir de traité; une nouvelle expédition s'y est rendue avec un millier de noirs, soldats d'escorte ou porteurs; le sultan déclare qu'il ne veut entretenir aucunes relations avec les Européens.
M. Mizon, blessé dans l'agression dont nous avons parlé (V. année 1890, p. 410) a dû attendre près de deux mois à Akassa, que la Compagnie, ayant reçu l'assurance que son voyage avait un caractère scientifique, lui permît de toucher aux ports d'entrée pour se procurer du combustible et des provisions, tout en lui interdisant d'atterrir en tout autre point ; il dut promettre aussi d'observer les lois et règlements, sans en connaître le texte, qu'il ne put obtenir malgré ses ré-
clamations réitérées. Il a quitté Akassa le 11 décembre, poursuivant sa route par une chaleur de 3o degrés et malgré la baisse des eaux; deux de ses compagnons sont morts bientôt de la fièvre; deux autres, dont le capitaine Silvestre, ont dû revenir en France. M. Mizon est parvenu en septembre à Yola; il a été bien accueilli par le sultan de TAdamaoua; il s'est proposé de se diriger vers la haute Sangha pour gagner le Congo français.
Le Syndicat du Haut-Benilo, qui a commandité M. Mizon, a formulé contre la Compagnie du Niger une demande de dommages-intérêts : il se plaint que les obstacles suscités à l'expédition, la mettant dans l'impossibilité de poursuivre sa route au moment favorable, en aient compromis gravement le succès; il estime que l'agression du 14 octobre était la conséquence indirecte des instructions malencontreuses données par la Compagnie aux indigènes, qui ont ordre d'interdire aux étrangers l'accès des rives; il proteste enfin contre les prétentions de la Compagnie qui, en interdisant ou en limitant étroitement la faculté d'atterrir, rend impossible l'exercice du droit de libre navigation, garanti par l'acte de Berlin, et s'arroge, de fait, un monopole commercial. C'est seulement lorsqu'il ei'it promis de conserver à sa mission un caractère purement scientifique que M. Mizon obtint l'accès des ports d'entrée ; il dut, il est vrai, à cette promesse l'avantage d'être affranchi des droits exagérés de patente et de transit dont se plaignent les commerçants allemands. Les réclamations de M. Hônigsberg (V. année 1889, p. 231) qui portaient à la fois sur la création d'échelles obligatoires, sur la violation de la liberté de transit, etc., ont été soumises à l'arbitrage du baron Lambermont, secrétaire général du ministère des afl'airos étrangères de Belgique (mai). 11 parait qu'en fait, la fermeture de certains ports a pour but d'interdire aux négociants étrangers l'accès des marchés importants. L'Allemagne se plaint que l'élévation des taxes soit contraire à la con-
vention anglo-allemande de mai 1883 et rende impossible les opérations commerciales des concurrents de la Compagnie : elle ne gêne guère celle-ci, qui, en qualité de souveraine, reçoit ce qu'elle paie en qualité de Compagnie commerciale ; il en résulte pour elle un monopole. Enfm la difficulté de se procurer les règlements de la Compagnie est telle que Ton est exposé à les violer souvent faute de les connaître ; l'Allemagne en 188(), la France en 1891, n'ont pu en obtenir communication.
La Compagnie réclame la souveraineté des territoires situés sur la rive droite de la Bénoué jusqu'à 100 milles au-dessus de Ribago. Le sultan de l'Adamaoua a refusé de recevoir à Yola le major Macdonald parce qu'il n'avait pas de lettre d'introduction du sultan de Sokoto.
M. Macdonald a pris possession des fonctions de commissaire du gouvernement dans les Rivières d'huile ; il se propose de payer des subsides aux chefs indigènes, mais interdire toutes les exactions auxquelles les négociants étaient soumis. Des droits d'entrée sont perçus depuis le 1" août.
La colonie de Cameroun a fait quelques progrès, quoique, cette année, les tentatives de pénétration n'aient pas été heureuses. Les missions catholiques et protestantes ont augmenté le nombre de leurs établissements. Les missionnaires de Bâle ont créé une station dans le Malimba, et ont fondé un petit séminaire ; les presbytériens américains sont installés à Grand- Batanga. Le préfet apostolique Vieter a établi la station de Marienberg, sur le Sannaga, près d'Edea, et son école a quelque succès; la Société Afrika [Afrikaverein deutscher Katholiken) a accordé aux stations catholiques de Kribi et d'Edea, pour 1892, une subvention de 20,000 francs. Les deux écoles créées par le gouvernement à Bonamandone et Bonehola avaient à la fin de novembre 90 élèves.
Les recettes locales ont atteint 289,000 marks en 1890-1891, et, du 1" mars au 1" octobre 1891, 200,032
marks. Un poste de douanes a été installé à la rivière Campo.
Les populations de la côte, qui ont le monopole des échanges, cherchent à interdire aux négociants de pénétrer dans l'intérieur ; le mouvement commercial est entravé par les droits que perçoivent les intermédiaires, et les planteurs ne peuvent aller recruter au loin les travailleurs nécessaires. La maison Jantzen et Thormàhlen, qui a d'importants intérêts dans la colonie et qui a fondé dès 1885, avec l'aide de la maison Woermann, la Société des plantations récemment pourvue des droits de corporation, a exposé au gouvernement la nécessité de mettre fin aux privilèges des Duallas et d'ouvrir des relations directes avec les riches contrées de l'intérieur où des établissements nouveaux pourront être fondés; il faut construire des routes et organiser des troupes locales qui assureront la tranquillité et rendront infructueuse toute tentative de résistance des indigènes. La maison Jantzen et d'autres capitalistes offraient de faciliter un emprunt de 1,500,000 marks contracté par la colonie à 5 p. 100 : les droits de douane auraient garanti le paiement des intérêts et l'amortissement de l'emprunt destiné à lorganisation de la troupe et à la construction des routes. Cette opération pouvait se faire sans le concours du Reichstag, en vertu du pouvoir qu'avait jusqu'ici l'empereur d'administrer sans contrôle les finances des pays de protectorat, ainsi que M. Kayser l'a déclaré au Reichstag le 13 mars. Mais une vive opposition s'éleva contre cette procédure : si les projets conçus sont utiles, il vaut mieux, disait M. Richter, recourir à un emprunt de l'Empire qu'à un emprunt colonial : le gouvernement impérial aura à payer un intérêt moins élevé s'il offre aux prêteurs sa propre garantie que s'il fait indirectement un emprunt garanti par les douanes de la colonie. La commission du budget se montra hostile aussi à un mode de procéder qui ne donnait au Reichstag aucun contrôle sur les dépenses coloniales.
Le gouvernement se décida alors à demander à l'Assemblée le vote d'un crédit de 1,425,000 marks pour favoriser le développement de la civilisation et du commerce à Cameroun ; il ne s'agissait que d'un prêt ; les recettes douanières de la colonie devaient, d'après les prévisions de l'administration, permettre de rembourser, en seize ans à l'État cette somme et les intérêts. Le programme des travaux à exécuter comprendrait : des routes, conduisant l'une à Ngila, l'autre à Barombi et à Bali, et surveillées par une chaîne de postes (la première devait coûter 200,000 marks, la seconde 350,000) ; les quais de la rivière de Cameroun, des ateliers de réparation pour les navires, un phare, etc. Pendant trois séances, MM. Richter, Bamberger, de Bar, Haussmann, s'efiforçèrent de démontrer l'inutilité du crédit, alléguèrent l'insalubrité de Cameroun, discutèrent les statistiques fournies par M. Kayser, s'élevèrent contre les expéditions coloniales et recommandèrent le respect des droits des indigènes; le Reichstag approuva néanmoins les propositions du gouvernement (9 avril).
Les nouvelles qui parvinrent peu de temps après en Allemagne démontrèrent la nécessité d'une action énergique et la difficulté de la tâche de pénétration. Zintgraff (V. année 1890, p. 413) était arrivé le 9 décembre 1890 chez les Bali ; le roi Garega lui permit de construire une station et s'engagea à autoriser tous les Européens parcourir son pays et à y trafiquer. Mais les indigènes de deux villages voisins, Bandeng et Bafout, qui commandent la route de Bagnio, tuèrent deux messagers que ZintgralT leur avait envoyés. Le docteur se décida à les attaquer avec l'aide des Balis ; mais, accablés par le nombre, les Allemands furent repoussés; le lieutenant Spangenberg fut tué, ainsi que deux des agents de la maison Jantzen, et cent soixante-dix auxiliaires indigènes. Zintgraffse retira sur Bali (31 janvier) ; laissant cette station à la garde de M. Carstensen, il rentra à Cameroun pour y chercher des renforts. Le 23 août, il
était à Bail, où Garega l'accueillit bien et conclut un traité avec lui. Plusieurs blancs ont été mis depuis lors à sa disposition pour diriger la construction de la roule projetée et rétablissement des stations qui y seront faites à 60 kilomètres Tune de l'autre. Il n'est pas question pour le moment de dépasser Bali dans cette direction.
Morgen (V. année 1890, p. 414) a publié la relation de son voyage de 1890-1891. Il a reconnu que le Mbam, fleuve considérable qui s'unit au Sannaga un peu à l'ouest de Ngila, oflrirait une route facile vers l'Adamaoua. De Ngila, il s'est dirigé au Nord vers le pays de Tibati (octobre 1890) qui s'étend de l'ouest à l'est du Mbam, jusqu'au 13° long. E. Gr., et, du sud au nord du Sannaga au 6° lat. Les progrès des Foulah ont refoulé peu à peu vers le Sud les gens de Tibati ; l'islamisme fait de grands progrès de ce côté. Le 1'' décembre, Morgen fut reçu à Sanserni, à quatre journées au sud-ouest de la ville de Tibati, par le roi de ce pays, vassal du sultan de Yola. Il y a un grand mouvement de caravanes de Tibati à Bagnio. Ayant traversé le Mbam, Morgen arriva le 1"^ janvier à Bagnio, l'une des localités les plus importantes de l'Adamaoua, point d'intersection des routes d'Yola, d'Ibi et de Tibati ; l'explorateur gagna Ibi par Gachka (31 janvier 1891).
Morgen s'est trouvé trop soufiVant pour retourner à Cameroun. Le capitaine de Gravenreuth a été chargé de continuer son œuvre : mais, avant de se diriger sur Ngila, il a cru nécessaire, d'accord avec le lieutenant gouverneur, de rétablir l'ordre dans les régions voisines de la côte; déjà, en juin, M. Krause, capitaine de r//a6<c/i/, avait châtié les Bakolo; en octobre, Gravenreuth brûla deux villages des Abos qui, depuis le printemps, fermaient aux blancs la route du Wuri. Il se proposa ensuite de pacifief le pays des Bakwiris, troublé par les gens de Buea qui menaçaient la station établie parle D"" Preuss, comptant sur un dénouemonl pacifique des palabres qu'il comptait avoir avec les indigènes, il
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n'emmena que des forces peut-être insuffisantes; les noirs commencèrent le feu; il fallut riposter et tenter d'enlever Buea ; le village fut brûlé, mais cette victoire était chèrement payée : le capitaine avait été tué un des premiers (o novembre). Il a été remplacé par M. Ramsay, un des officiers de Wissmann, qui doit établir une route militaire de Kribi à Ngila.
La Kolonial Gesellschafl a, dans l'assemblée générale du 30 juin, tenue à Nuremberg, voté, à la suite d'une communication de M. Morgen, un vœu tendant à l'expansion de l'influence allemande jusqu'au lac Tchad; elle a invité le gouvernement à ouvrir avec la France et l'Angleterre des négociations en vue de fixer les limites de Cameroun d'une manière favorable aux prétentions de l'Allemagne.
Dans la région située à l'est de Cameroun et au nord du Congo français, plusieurs expéditions françaises ont été accomplies ou sont en marche; mais elles se sont heurtées à des difficultés considérables, et l'on a eu à déplorer des pertes cruelles.
Mi\I. Fourneau et Gaillard ont continué l'exploration de la Sangha que M. Cholet avait remontée (V. année 1890, p. 414). M. Gaillard a remonté à partir de son confluent avec la Sangha (près d'Ouesso, dont le chef a accepté le drapeau français), le N'goko, qui naît dans le même massif montagneux que l'Ivindo, le Lekoni et le Djah; il s'est arrêté par 2" lat. N. et 12° 33' long. E., à peu de distance du point fixé par la convention anglo-allemande; le fleuve n'était plus navigable, non plus que son affluent la Bomba; au confluent de celle-ci, un poste commercial français a été établi, chez le chef Padingda qui accepta le protectorat (mars). MM. Gaillard et Husson remontèrent ensuite la Massa ou Sangha supérieure, puis l'une des deux rivières qui la forment, la Massieba, jusqu'à 3° 31 lat. et 13° long. Des traités furent passés avec les indigènes, pacifiques, de ces territoires très riches en ivoire (i avril).
Les traitants musulmans viennent du Nord, le long
de la rivière Ikéla, jusqu'à quelques jours de son confluent avec la Massieba. M. Fourneau, ayant précédé de quelques jours M. Gaillard sur la Massa, a remonté rikéla (8 mars-20 avril), puis a marché parallèlement à cette rivière. Huit jours plus tard, il était dans un pays parcouru par des marchands musulmans qui parlent toucouleur et dont les indigènes subissent l'influence ; dès lors les noirs se montrèrent hostiles, sauf le chef Djambala, qui accepta le drapeau français. La mission fut attaquée cà limproviste, dans la nuit du 10 au 11 mai, dans le village de N'zaouré, vers 7' lat. ; M. Thiriet fut tué, ainsi que sept Sénégalais et trente porteurs indigènes; M. Fourneau dut faire une retraite précipitée, combattant pendant quatre jours, jusqu'au confluent de la Massieba. M. de Brazza a pris lui-même le commandement d'une expédition destinée à assurer l'influence française sur la haute Sangha par la création de postes; il a quitté Brazzaville le 27 novembre. Il semble qu'il y ait, à l'approche des États musulmans, une zone dangereuse qui a été fatale aux explorateurs allemands, à Zintgraft" en 1891, à Tappenbeck en 1888, aussi bien qu'à la mission Fourneau et à celle de M. Crampel, qui cherchait à se rendre de l'Oubanghi au Chari. M. Crampel, parti du camp de Dioukouale 1*' janvier 1891, a marché vers le Nord, en installant successivement des campements; ayant traversé le territoire des Langouassis, des N'Dapwas et des N'gapous, il pénétra dans un pays où il vit des traces de relations avec les musulmans; le 25 février, il était au village d'El- Kouti, dont on ignore la situation exacte; les indigènes ont été soumis par des brigands musulmans qui prétendent relever du sultan de TOuadaï; ils accueillirent tout d'abord assez bien la mission, tout en l'empêchant, sous divers prétextes, de marcher plus avant; puis, un jour, ils attirèrent M. Crampel dans un guetapent et l'assassinèrent ainsi que ses compagnons (fin avril); ils se rendirent de là au camp où était resté M. Biscarrat, à M'poko, et le massacrèrent (25 mai). Un
domestique indigène, échappé aux meurtriers, prévint M. Nébout, qui, en marche pour rejoindre le gros de la mission, était à une journée en arrière, à 230 kilomètres environ de l'Oubanghi. i\"ayant que huit Sénégalais avec lui, le chef de l'arrière-garde ne pouvait penser à venger ses compagnons; il battit en retraite et parvint le 11 juin à Bangui.
M. Dybowski, commandant une expédition organisée par le Comité de l'Afrique française en vue d'assurer les communications de la mission Crampel avec l'Oubanghi, n'a pu que recueillir la triste nouvelle du massacre. Il a dirigé sur la route d'El-Kouti une première reconnaissance; il a détruit un camp musulman occupé par les meurtriers de Crampel. Une nouvelle expédition, commandée par M. Maistre, a quitté la France en décembre 1891 ; elle doit suivre les traces de M. Dybowski. La commission chargée de régler le litige franco-espagnol n'a pu aboutir à une solution; il est probable qu'il faudra recourir à un arbitage.
ÉTAT DU Congo et possessions portugaises.
Les administrateurs de l'État du Congo ont reçu le titre de secrétaires d'État. M. Van Neuss s'est retiré (septembre); M. Van Eetvelde a passé au déparlement de l'intérieur, et le comte de Grelle-Rogier, ancien ministre de Belgique à Lisbonne, a reçu le département des affaires étrangères. Le roi-souverain a nommé un troisième inspecteur d'État, le commandant Fivé. Le major Wahis, de l'état-major belge, a été nommé vicegouverneur en remplacement du capitaine Coquilhat (février). Un nouvel ordre, celui de Lion africain^ a été créé (avril). Une exposition des produits du Congo a eu lieu à Liège (juin). L'État a conclu avec l'Allemagne
a;i8 LA VIE POLITIQUE A L'ETRANGER
un traité d'extradition. Un service de l'intendance a été créé (mars). Le décret du 20 février a réglé les conditions du séjour des étrangers dans les territoires de l'État.
Une loi pénale contre la traite a été édictée conformément à l'Acte général de Bruxelles : des peines graduées, 100 à 2,000 francs d'amende, trois mois à cinq ans de servitude pénale, la mort même en certains cas sont prononcés contre les traitants, leurs bailleurs de fonds, les receleurs d'esclaves. Naturellement, l'application de celte loi ne pourra être que progressive à mesure que l'autorité de l'État s'affirmera sur une plus ' grande étendue de territoire. De graves imputations ont été dirigées contre l'État du Congo, lors d'un procès intenté par son ancien agent Becker à un de ses collègues, ainsi que dans une brochure publiée par un aventurier américain, le soi-disant colonel ÂVilliams; les soldats de l'État seraient des pillards; ils feraient la traite des femmes; on n'empêcherait ni les razzias ni même les actes de cannibalisme! Interpellé par M. Carlier à la Chambre des représentants de Belgique au sujet de la publication de "Williams, M. Beernaert n'a pas eu de peine à convaincre ses auditeurs de la fausseté de ses allégations ; il a déclaré, en outre, que l'État du Congo ne faisait pas le commerce au détriment des négociants.
Les administrateurs de l'État ont, dans un rapport officiel au roi-souverain, récapitulé les progrès accomplis depuis 1889. L'étendue des cours d'eau reconnus a passé de 3,000 à 12,000; on a établi des bouées, des balises, des feux dioptriques. Le nombre des Européens était, au 31 décembre 1890, de 744, dont 338 Belges. La mortalité des Européens est tombée de 7.08 à 4.80. On a établi un régime foncier calqué sur l'Acte Torrens; sur le haut Congo, les étrangers peuvent, sans autorisation, occuper des terrains non exploités n'excédant pas 10 hectares. Le nombre des envois postaux a passé de 33,000 à 75,000. Le
service des porteurs dans la région des cataractes transporte 70,000 charges au lieu de 1,200. La flottille comprend 3 steamers et 18 autres embarcations; il y a sur le fleuve deux ateliers de réparations. Le service sanitaire a été organisé (10 médecins); on a généralisé Tusage de la vaccine; chaque station a sa pharmacie: il a été dépensé en 1890 pour 24,260 fr. de médicaments ; un hôpital a été inauguré à Borna (23 mars). Il y a 11 chefs-lieux de station, 24 autres postes, 53 établissements commerciaux, 38 établissements de missionnaires (dont quelques-uns fort avant dans Tintérieur). Les stations ont peu à peu fait reconnaître dans leur rayon l'autorité de l'État, et on a pu répartir le territoire en districts dontles chefs exercentune autorité effective. Le personnel administratif comprend 69 fonctionnaires. Il n'y a de tribunaux que dans le bas Congo ; au-dessus de Stanley-Pool, la seule juridiction est celle des conseils de guerre; les indigènes recourent volontiers aux bons offices des administrateurs. La force publique comprend 11 compagnies, commandées par 60 officiers et 60 sous-officiers; des camps d'instruction ont été établis à Léopoldville et à Equateur ; on a constitué des postes défensifs pour garder les routes; il y a des canons dans cinq stations.
Les exportations de l'État se sont montées en 1890 à 4,203,000 francs, pour le bas Congo et à 4,039,011, pour le haut Congo, soit un total de 8,242,100 francs. Pour les années précédentes, les chiffres étaient en 1889, de 4,297,543; en 1888, de 2,609,300: en 1887, de 1,980,440. Le budget de l'État pour 1891 était de 4,555,000 francs; parmi les recettes, l'avance du Trésor belge figurait pour 2 millions, le versement du souverain pour 1 million, les droits de sortie pour 510,000 fr., l'impôt direct pour 47,000, les licences sur les alcools pour 193,000 francs, et les droits d'entrée créés par la Conférence de Bruxelles pour 220,000 francs; la ratification de l'Acte de la Conférence n'ayant pu se produire en 1891, les droits d'entrée n'ont pu être établis. Au
budget des dépenses l'administralion d'Europe figure pour 187,000 francs, celle d'Afrique pour 649,000 francs, lu force publique pour 2,271, (X)0 francs, le service sanitaire pour 101,000 francs, la justice pour 43,900 francs. La Conférence a autorisé, on le sait, rétablissement de droits d'entrée s'élevant au maximum à 10 p. 100 (V. année 1890, p. 548), mais celte charge nouvelle doit être largement compensée par l'abaissement ou la suppression des autres droits, que l'État du Congo a effectués à la suite d'une négociation dont voici l'origine : il est évident que si des États voisins n'adoptaient pas un tarif commun, le commerce se porterait vers le pays où les droits auraient été le moins élevés; la menace d'établir un tarif inférieur à celui du Congo fut l'arme dont la France, sollicitée d'adhérer à un tarif commun, se servit en vued'obtenir de l'État indépendant un adoucissement du régime des taxes, légales, mais exorbitantes dont se plaignait le commerce (V. année 1890, p. 419). Dans la pensée du gouvernement français, le tarif commun, si on en établissait un, devait d'ailleurs être fixé par des négociations de Cabinet à Cabinet, conduites entre la France, le Portugal et le Congo, et pourrait être revisé par ces États d'un commun accord quand ils voudraient. (Lettre de M. Ribotà M. Bourée, 21 novembre 1890.) Le 13 décembre, le gouvernement du Congo adhéra à cette manière de voir; la commission technique réunie à Bruxelles, en novembre, se rangea sans difficulté au même avis ; deux tarifs devaient être arrêtés; l'un, pour ce qui concerne la côte orientale par la France, le Portugal et le Congo; l'autre, pour la côte orientale, par l'Angleterre et l'Allemagne ; ces tarifs devaient être communiqués et non soumis à la commission. La seconde condition posée par la France à l'acceptation d'un tarif commun fut acceptée également : les négociations poursuivies à Paris, par M. Ribot et le baron Beyens en vue de l'abaissement des droits de sortie, de licence, etc., aboutirent à un accord constaté par un
échange de lettres (23, 29 et 30 décembre 1890, 1" fé vrier 1891).
La France, le Portugal et le Congo fixèrent la tarification de droits d'entrés, par le protocole du 9 février; ce tarif commun sera révisable d'année en année, sur une demande formulée six mois d'avance.
Aussitôt, le roi-souverain a, conformément à ses engagements, ordonné, parle décret du 19 février, la modification des taxes dont on s'était plaint. Ce décret fixe à 10 p. 100 le droit de sortie sur le caoutchouc ; l'ivoire recueilli dans la zone commerciale paiera un droit de sortie de 10 p. 100 (la zone commerciale comprend les territoires situés en aval de Stanley-Pool, et, dans le haut Congo, une bande large de 20 kilomètres sur chaque rive du Congo et de ses affluents navigables). L'ivoire recueilli dans le reste de l'État paiera 25 p. 100 ad valorem. Une valeur de 2 fr. était attribuée au kilogramme de caoutchouc pour la perception des droits de sortie ; une valeur de 10, 16 ou 21 francs (suivant la grosseur des dents) au kilogramme d'ivoire. « Ces chifl"res seront revisés périodiquement dans des conditions de nature à donner toute satisfaction au commerce, d'après la valeur marchande à la côte d'Afrique. » Le droit de patente sur la récolte et le commerce de l'ivoire, était supprimé.
Ce régime devait être appliqué à partir du 9 février et établi pour dix ans; les dispositions qui l'établissent devant être considérées comme sans effet, à partir du !*'■ septembre 1891 si, à cette date, les droits d'entrée n'étaient pas perçus, c'est-à-dire si l'Acte et la Déclaration de Bruxelles n'étaient pas ratifiés.
Les droits de licence qui, d'après le décretdu 16 juillet 1890, devaient être perçus sur les vendeurs ou débitants de spiritueux installés à l'ouest de l'inkissi (l'importation, la fabrication et le débit en sont interdits au delà de ce fleuve), et qui montaient de 1,000 à 20,000 francs suivant le débit présumé, devaient être réduits à un tiers, en vertu du décret du 19 février, à partir de la mise en vigueur des droits d'entrée; cinq
ans plus lard, ils pourront être relevés, mais sans pouvoir, pendant cinq ans encore, être supérieurs à la moitié du taux fixé par le décret du 10 juillet 1890. Enfin le décret du 19 février réduisait des deux tiers pour cinq ans et de moitié pour les cinq années suivantes, les conti'ibutions directes et personnelles établies par un décret du IG juillet 1890 et un arrêté du 3 septembre suivant : à savoir un impôt sur les bâtiments et enclos; un impôt sur les embarcations et un impôt variant d'après le nombre d'employés ou d'ouvriers, indigènes ou non. La réduction, appliquée à partir du 9 février 1891, devait cesser de l'être le l^"" septembre si ce jour-là les droits d'entrée n'étaient pas perçus.
En vertu des articles 92 et 93 de l'Acte de Bruxelles, un droit de 15 francs par hectolitre sera perçu sur l'entrée des boissons alcooliques.
En ce qui concerne la liberté de navigation, le baron Beyens a écrit à M. Ribot le 31 janvier : « Le gouvernement indépendant veillera à ce que les opérations commerciales ne soient soumises à aucune entrave contraire à l'esprit de l'Acte général de Berlin. »
Le résultat des longues négociations poursuivies avec l'État du Congo pouvait passer au premier abord pour satisfaisant. Néanmoins, les négociants intéressés au trafic du Congo se sont plaints vivement du régime établi par le protocole du 9 février et le décret du 19. La valeur attribuée à l'ivoire serait trop considérable, el, d'ailleurs, en fait, on ne récolterait guère d'ivoire dans la zone commerciale, où le droit est réduit à 10 p. 100; presque toujours, il serait recueilli dans la zone où il paiera un droit do 25 p. 100. De nouveaux pourparlers eureut lieu entre Paris et Bruxelles. La distinction des deux zones fut supprimée, le droit devant être partout de 10 p. 100. D'autre part, l'État indépendant promit de ne faire acheter d'ivoire par ses agents que dans les régions où il n'existerait aucun comptoir particulier. Dans ces conditions, l'Acte de Bruxelles et ses annexes
auraient été ratifiés sans peine si la Chambre française des députés n'avait refusé son approbation aux stipulations relatives à la vérification du pavillon (V. Congrès).
Les puissances signataires décidèrent alors d'étendre jusqu'au 2 janvier 18921e délai de ratification pour permettre au gouvernement français de convaincre les Chambres. Le gouvernement du Congo décida que les adoucissements apportés au régime des impôts par le décret du 19 février cesseraient d'avoir leur effet le l*' janvier si d'ici là les droits d'entrées ne pouvaient être perçus. La France ayant ratifié l'Acte de Bruxelles, le régime établi par le décret du 19 février a été prolongé provisoirement : il sera définitivement en vigueur le jour où, le Portugal ayant ratifié l'Acte de Bruxelles, la perception des droits d'entrée pourra avoir lieu.
Un décret du 4 août a aboli les taxes de licence sur les spiritueux dont le décret du 19 février avait promis la diminution. Le 24 janvier, les États-Unis et le Congo ont conclu un traité de commerce stipulant la clause de la nation la plus favorisée et interdisant la perception de droits de transit et tout traitement différentiel. D'ailleurs, comme l'a dit le baron Nothomb dans le rapport qu'il a fait le 13 mars 1891 à la Chambre des représentants de Belgique sur l'Acte général de Bruxelles, « la Conférence n'a voulu toucher à l'œuvre de Berlin que dans la mesure rigoureusement nécessaire au but qu'elle poursuivait. Elle a maintenu et confirmé les dispositions qui, bien plus que la franchise des droits d'entrée, constitue la charte de la liberté commerciale en Afrique, la prohibition de tout traitement différentiel et la liberté de transit. »
La Compagiue du Congo pour le commerce et Vindustrie et ses succursales, qui ont avec l'État d'étroites relations, ont pris un grand développement. La, Compagnie (au capital de 1,227,000 francs) remplit le rôle d'un comité d'études; elle crée, à mesure qu'un besoin est né, qu'il a été reconnu et étudié, le mécanisme destiné
à l'exploiter, c'est-à-dire une société filiale; celle-ci poursuit son but propre en pleine indépendance, mais avec la force que lui donne l'appui des autres filiales. Elles ont chacune un but, un conseil, un personnel distinct, mais elles ont une direction générale commune. Au 30 juin 1891, les actions de la Compagnie sont libérées de 402 fr. 50, à concurrence de 250 francs par le versement des actionnaires et de 212 fr. 50 parles affectations faites depuis 1888 des prélèvements sur les bénéfices; elle paye, après ces prélèvements, un dividende de 5 p. 100. Toutes les sociétés réunies ont un capital de 35 millions environ (dont 25 pour la Compagnie du chemin de fer), 394 agents européens (dont 213 Belges), 29 établissements (au lieu de 19 en 1890), 10 steamers (au lieu de 5). La Société pour le commerce du Haiif-Congo a réalisé des bénéfices notables pendant l'année 1890; en 1891, elle a fondé sept postes, dont un sur le Louli et un au confinent de Kassaï et du Sankourou. La Compagnie des produits du Congo (1,200,000 fr.) dirige des opérations d'élevage et a commencé à fabriquer de l'huile de palme. La Compagnie du chemin de fer poursuit les travaux de construction; la plateforme est prêle jusqu'au kilomètre 8 ; 2,750 travailleurs sont répartis sur les chantiers jusqu'au kilomètre 15. On espère mettre en exploitation 25 kilomètres en 1893. C'est la partie difficile de la ligne. La maison Woermann et deux compagnies britanniques de navigation se sont engagées, par traité avec les compagnies commerciales belges, à envoyer chacune un steamer par mois d'Anvers à Matadi.
Dans les régions déjà bien connues où le gouvernement a installé des agents, des magistrats et une force publique, les succursales de la Compagnie du Congo ne peuvent avoir d'autre rôle que celui des Compagnies commerciales, agricoles ou industrielles. Il n'en est pas de même dans les contrées où nulle autorité n'est établie, où le commerce européen n'a pas pénétré, dont les traits géographiques sont à peine connus : là, l'Étal
peut abandonner une délégation de sa souveraineté et certains privilèges à une Compagnie particulière chargée d'explorer le pays, d'en étudier les produits, d'y maintenir l'ordre, d'y créer des voies de communication. C'est dans ces conditions que s'est constituée la Compagnie du Katanga, nouvelle succursale de la Compagnie du Congo, en vue de coloniser la partie sud-est de l'État.
Nous avons dit (V. année 1890, p. 424 et 444), qu'une difficulté de délimitation pouvait se produire sur ce point. M. Sharpe, puis MM. Thomson et Grant s'étaient rendus chez le Msiri en 1890, avec une mission de la Compagnie britannique de l'Afrique du Sud; mais le premier seul avait pu voir le Msiri, et il n'avait pas conclu de traités. L'État du Congo s'est préoccupé de régler la question de souveraineté à l'encontre des prétentions britanniques : le capitaine Paul Le Marinel s'est rendu près du Msiri et en a été fort bien accueilli (décembre 1890 -avril 1891). Quant à la question de l'exploitation des ressources de cette région, elle a été résolue par une entente entre la Compagnie du Congo et les capitalistes anglais qui avaient eu aussi l'idée de l'entreprise; ils ont, d'un commun accord, constitué (avril) une nouvelle succursale de la Compagnie du Congo, au capital de 3 millions de francs; la Compagnie du Congo a cédé à cette nouvelle Société, dénommée Compagnie du Katanga les résultats de l'expédition, en cours, dirigée par M. Delcommune. Le gouvernement a conclu avec cette société un traité par lequel il lui concède dans les régions situées en amont de Riba-Riba jusqu'à la frontière méridionale de son territoire et s'étendant, de l'est à l'ouest du Tanganyikaau SS^long., la propriété d'un tiers des terrains appartenant à l'État, un droit de préférence pour la concession des mines et la construction des travaux publics, etc. La Compagnie devra d'ici trois ans, établir trois stations; elle devra organiser la police; ses agents pourront recevoir une délégation des attributions ressortissant aux divers
services publics; elle remettra enfin à l'Étal 10 p. 100 de toutes les actions ou parts de fondateurs créées ou à créer.
M. Delcommune a quitté Benakamba le 30 janvier; il a remonté le Lomami, malgré les dangers très sérieux qu'offrent les rapides ; il n'a rencontré d'hostilité de la part, ni des noirs, ni des Arabes; le 31 mai, il a quitté Ngonga Lutika, situé par 4°o0' lat. La Compagnie du Katanga a organisé deux nouvelles expéditions : celle du capitaine Stairs qui a pris la route de Zanzibar et est arrivé à Tabora le 7 septembre, et celle du capitaine Bia, qui a quitté Lousombo le 11 novembre. Elle a constitué, par une entente avec la Société du Haut- Congo, un syndicat pour l'exploitation commerciale du Lomami et du Haut-Congo au lieu dit des Stanley-Falls (novembre); le syndicat a organisé une expédition dirigée par M. Hodister.
La partie méridionale du territoire de la Compagnie du Katanga est occupée par les royaumes indigènes, mais la partie septentrionale est sous la domination de deux grands traitants arabes, Tipo-Tip et Mohara. Ceux-ci, qui ont donné au pays une organisation administrative, n'ont pas été hostiles ouvertement jusqu'ici aux entreprises belges, et dans les régions où ils sont installés depuis longtemps on ne rencontre plus guère les atrocités de la traite. Mais leurs lieutenants sont souvent barbares, et des colonnes volantes ou des bandes indiciplinées dévastent les pays riverains du Tanganyika; la Société antiesclavagiste belge, a chargé le capitaine Jacques d'aller porter des secours à M. Joubert, qui se maintient dans Mpala ; l'expédition était à Karema le 10 novembre.
Les Arabes paraissent disposés à étendre leur action vers le Nord en remontant la rive droite du Congo. Le gouvernement du Congo s'est préoccupé de mettre une barrière à cette invasion. Pour préparer l'établissement de camps, des explorations ont été dirigées vers les régions inexplorées du territoire de l'État au Nord-Est.
Le capitaine van Kerckhove, qui a quitté Léopoldville le 4 février avec 300 liommes, doit se rendre du Roubi à l'Aroubimi ci étendre peut-être jusqu'aux approches du bassin du Nil l'influence de l'État. La force publique a dispersé des bandes qui pillaient le pays compris entre l'Arouhimi et l'Itimbiri ; plusieurs postes ont été fondés entre l'Arouhimi et l'Ouellé, cinq sur l'Oubanghi et le Mbomou. Le capitaine Van Gèle a poursuivi ses explorations dans les régions du Haut-Oubanghi où il empiète quelque peu sur la zone française d'influence (voir année 1890, p. 422); il s'est rendu d'Yakoma à Bangasso et de là à Djabbir (janvier), il a reconnu la partie inconnue du fleuve en aval d'Abdallah; M. Milz s'est rendu de Djabbir au Mbima. La multiplication des postes a naturellement, de bons effets pour la pacification du pays; c'est autour d'eux que se groupent les populations pacifiques. Une ligne de postes doit, en attendant mieux, arrêter les Arabes sur l'Arouhimi, d'une part, et de l'autre sur le Sankourou, où Lousambo a une garnison de 500 hommes. On ne peut que se réjouir de voir l'État du Congo occuper les territoires qui lui sont dévolus, à condition que ses agents maintiennent une stricte discipline sur leurs auxiliaires noirs.
Cette année, on le voit, a été marquée par une tentative vigoureuse, pour étendre l'action de l'État au Nord- Est, au Nord et au Sud-Ouest. D'autre part, un traité a assuré le succès des prétentions de l'État au Sud-Ouest. Le 25 mai, le ministre des affaires étrangères de Portugal et le ministre de Belgique à Lisbonne ont signé une convention attribuant à l'État du Congo la plus grande partie du Mouata-Yamvo (V. année 1890, p. 42o) : la frontière partira du point d'intersection du parallèle de Nokki et de la rivière Kouango ; suivra le cours de ce fleuve jusqu'au 8" parallèle S.; ce parallèle jusqu'au Kouilou; descendra le Kouilou jusqu'au 7° lat.-, suivra ce parallèle jusqu'au Kassaï ; ce fleuve jusqu'au lac Dilolo, et se confondra, à partir de ce point, avec la
ligne de partage des eaux du Congo et du Zambèze.
M. Dhanis a fondé plusieurs stations dans le district du Kouango ; il ira prochainement au Katanga.
Un traité signé à Bruxelles le 25 mai entre le Portugal et le Congo, les deux gouvernements ayant enfin réussi à s'entendre directement, a fixé les limites de l'enclave de Cabinda, le partage du lit du Congo entre l'embouchure et Nokki, ainsi que la frontière du Congo et de l'Angola dans la région de Nokki.
On a inauguré une nouvelle section du chemin de fer de Loanda à Ambaca, long de 350 kilomètres, qui doit unir à la côte la région productrice du café. On a parlé d'un chemin de fer partant de Benguela pour Cacondo, le Bihé et l'intérieur, de manière à faciliter l'exploitation des richesses forestières.
Territoires allemands du Sud-Ouest.
On a dû démentir en 1891, à plusieurs reprises le bruit de la cession des territoires allemands à l'Angleterre. Mais la Chancellerie impériale a donné son assentiment à un accord projeté entre la Compagnie du Sud- Ouest et un consortium anglo-hambourgeois : la Compagnie a cédé la partie de ses possessions située au nord du 26° lat. au consortium qui doit, avant le 18 février 1892, constituer une société ayant son siège à Hambourg ; le prix de vente est de 3 millions de marks ; au 31 mars, 200,000 marks avaient été versés par le consortium. La Compagnie du Sud-Ouest emploiera ce qu'elle touchera à exploiter le reste de ses possessions, et à exécuter quelques travaux d'utilité publique. La nouvelle Société est fondée au capital de 20 millions de marks.
Bien qu'une somme de 292,300 marks ait été affectée
pour 1891-1892 et qu'une somme égale ail été demandée au Reichstag pour 1892-1893 en faveur de la colonie, il ne paraît pas que le gouvernement tente rien de sérieux pour l'exploiter. Toutes les fonctions administratives sont concentrées aux mains du chef des troupes de protectorat, le major von François, auquel on a adjoint récemment un administrateur, M. Kôhler. Le siège du commissariat impérial a été transféré au mois de décembre à Windhoek dans le Namaland (io6 habitants). La population des territoires est estimée à 622 Européens (dont 310 Allemands et 270 Anglais) et 116,000 indigènes : 30,000 Hereros, 30,000 Ovambos, 12,000 Damaras, 8,000 Namaquas, etc. En fait, l'Allemagne n'exerce quelque influence que chez les Hereros et les Bastards.
Le pays continue d'être troublé par les intrigues des Anglais et par les querelles des chefs indigènes. Les syndicats anglais, qui basent presque tous leurs prétentions sur une prétendue concession générale qui aurait autrefois été accordée au sieur Lewis par les Hereros, ont demandé au gouvernement allemand de les reconnaître ; le Conseil colonial a déterminé dans quelles conditions les sociétés étrangères pourraient faire des établissements dans le pays; mais l'Allemagne tout en ne refusant pas d'examiner les cas de concessions isolées, se refuse à admettre la validité de la concession générale invoquée par M. Lewis, et à laisser rentrer celui-ci dans les territoires d'où il a été expulsé; des membres influents du Parlement soutiennent Lewis.
Hendrik Wytboï, chef des Namaquas, et les chefs Hereros continuent à piller les troupeaux les uns des autres. Wytboï à qui l'Anglais Duncan a vendu des armes, a reçu la visite du major François, mais a refusé d'accepter le protectorat allemand (avril). Chez les Bastards de Rehoboth, que le major a visités également, c'est, paraît-il, le parti allemand qui remporte(mai). M. Kôhler c'est rendu chez Samuel, fils et successeur de Kamaherero, et a été bien accueilli. Le major a parcouru le
nord du pays des Damaraset celui des Ovambofjanvier), en passant par Upingtonia. 11 a d'ailleurs pendant toute Tannée exécuté des voyages de reconnaissance qui doivent familiariser les indigènes à l'idée de l'influence allemande.
On n'a pas encore pu déterminer un mouvement d'émigration d'agriculteurs ou d'éleveurs vers les teiritoires du Sud-Ouest, malgré les informations encourageantes publiées par le KoloniaWlatl officiel. M. Hermann, agent de la Compagnie, dirige une station d'élevage de moutons à Kubub, dans le Namaland, sur la route de Liideritzhafen à Béthanie : M. d'Uchtritz, j chargé d'une enquête sur les ressources agricoles duli pays, s'est rendu à Otjimbigue et à Windhoek ; d'apr^-s' I le major François, le territoire de ce dernier villai;'^ serait fertile. On a fait quelque bruit des découvertes du D'' Fleck, agent d'un syndicat minier dont le membre i le plus important est M. Lilienlhal (d'Elberfeld) ; il a visité le pays de Rehoboth, le désert de Kalahari et, dans la zone anglaise, le territoire du Ngami.
Des ordonnances ont été rendues pour interdire l'émigration de travailleurs indigènes, ainsi que pour réglementer les transports de marchandises et empêcher la contrebande.
Nécrologie.
Forichon, administrateur de la Casaniance, assassiné le 21 mai à Sedhiou par quatre fanatiques. — Le capitaine Underberrf, les lieutenants Spitzer et Virjy, le sous-lieutenant Orsal, morts au Soudan (voir p. 320, 321 et 322^. — Paul Quiqiœrez, lieutcn.mtde dragons, âgé de vingt-quatre ans (voir p. 324). — Bugslaff, memt)re des expéditions de Mechow etde Wissmann au Congo (1882-1886) et de celles de Wolf et de Kling au Togo (1887-1891). — Le lieutenant-colonel Klipfel, ancien commandant du corps expéditionnaire du Dahomey. — Le révérend Crouther, missionnaire protestant noir, évèquc du Niger depuis 1804. — Le lieutenant de Spangenherg, membre de l'expédition Zintgralï. — Le baron Karl de Graveu' reulh, capitaine bavarois, né en 1856, entré au service de la Compagnie de l'Afrique orientale en 188j: un des officiers les plus dis-
tingués de Wissiuann, tué à Cameroun. — M. Thiriel, de l'expédition Fourneau. — Paul Crampel, né en 1864; ses compagnons Orsi et l'ingénieur Lauzière, morts de la fièvre; Biscarrat et Mahommed-Ben-Saïd, tués. — J.-R. Werner, ancien agent de l'État du Congo, explorateur du Congo et de la Mongalia, mort à Elmina. — Le général Sanford, ancien ministre des États-Unis à Bruxelles, meml)re du Comité exécutif de l'Association internationale africaine et sou plénipotentiaire à la Conférence de Berlin; il avait été mêlé depuis aux grandes entreprises économiques du Congo. — Le capitaine Coquilhat, explorateur du Congo, vicegouverneur de 1 Élat indépendant depuis 1888. — Le capitaine Delporle, géodésien très distingué, qui avait, en 1890, fait des recherches magnétiques au Congo. — Mer Bridoux, vicaire apostolique du Tanganyika.
Bibliographie.
Bulletin du Comité de l'Afrique française, passim. — A la conquête du lac Tchad, par Harry Alis. — Renseigneynents sur lu situation des colonies publiés par le sous-secrétariat d'État des colonies (extrait du Journal officiel), n»* 14 et suivants (uotammeut : n»» 32 et 40, rapports de Al.M. Pineau et Bonnefoy; 29, de AI. Brosselard-Faidherbe ;38, de .M. Archinard; 41, de M. Marchand; 33, de iM. Quiquaudon; 38, de M. Crozat; 28, de M. de Segonzac; 30, journal de M. Quiquerez; 31, note de M. Armand; 33, rapport de Al. Fourneau ; 34, de Al. Gaillard). — De Koulicoro à Tom~ bouctou, par G. Jaime. — La Casamance, par G. Warenhoi-st. — De Saint-Louis à Sierra-Leone, par J. Bouteiller. — Viagen a Guine portugueza, par de Costa Oliveira. — La mission du Fouta- Djallon, par le D'' Fras [Bull. S. G. Bordeaux). — Carte des territoires parcourus par la mission Brosselard-Faidherbe, à 1/1 000 OOQe,
— La campagne au Soudan, par A. ilambaud {Revue Bleue). — Sierra-Leone (Colonial reports, annual série, W Vi). — Du Niger au golfe de Guinée, par Biuger (2 vol., cartes). — History of Libéria, par Mac-Phersou (Baltimore). — Journal de Paul Quiquerez [Revue de géographie, août). — Assinie, Grand-Bassam et Laliou, pur A. \'erdier (La Rochelle). — Report relative ta agriculture on the Gold Coasl {Colonial reports, Miscellaneous, n" 1).
— Correspondence respecting the administration of the laws against slavenj in the Gold Coast colony {Elue Book, C. 6334). — Kolonial Blatt, pas?im. — Mittheilungen von forchungsreisenden and gelehrten aus den deutschen Schutzgebieien. année 1891 (relations de Wolf, avec carte; deBùttner; de Preuss; de Zintgraff; de Morgan, avec carte; de von François, avec carte; Les maladies au Togo, par Wicke; Histoire du Togo occidental, par Ilerold ; Les fleuves tributaires de la baie de Cameroun, par Schran, avec
carte). — Koloniales Jahrbuch, par Meinecke. — Tropische Krankheilen, parle D"" Fisch (Bâie). — Trois 7nois de captivité au Dahomey, par Chaiulouin. — Proceedings de la Société de Géographie de Londres (relations de Macdoauld, avec carte; de Sharpe, avec carte; les Yoruhas, par Millsan). — La Carlor/raphie de Cameroun, par Habcnicht [Miltlieilungen de Petermann). — L'Ouhanghi, par L. Delavaud (Mouvement t/éographique, dans la Revue de Géographie, novembre). — Du Congo au Tchad (supplément au Temps, septembre ; avec carte). — L'œuvre africaine, par V. Arnould (Bruxelles). — Le mouvement géographique (Bruxelles), passim. ^ Le district de l Arouwimi-Ouellé, par L. Rogct (Bruxelles). — Le Congo, le pays et ses habitants (en holl.), par le D' Blink (Amsterdam). — Le district de Slephanieville, par Destrain (Bruxelles). — Meine zweite Durchquerung Œquatorial Afrika, par H. von Wissmann. — My personal expérience in Œquatorial Africa, par le D' Heazle Parke (Londres). — Deutsch-Suduest Afrika, par If D' Schinz (Oldenbourg). — Deulsch-Sudwest Afrika, par le D"" Gurich (Hambourg).
Cap. — La politique d'absorption poursuivie avec un si remarquable esprit de suite depuis quelques années par le gouvernement du Cap, a été continuée avec succès en 1891. Le cercle qui enserre les États restés indépendants s'est rétréci, les chemins de fer partant des côtes britanniques se sont avancés plus avant dans l'intérieur; sous l'impulsion de M. Cecil Rhodes, premier ministre du Cap et représentant de la South Africa Company^ la question de la fédération sud-africaine, c'est-à-dire en réalité de la domination anglaise dans l'Afrique australe, a fait un grand pas.
Au mois de janvier, M. Cecil Rhodes et sir Henry Loch, gouverneur, allèrent en Angleterre conférer avec le ministre des colonies, lord Knustford, et les membres de la South Africa Company ; pendant leur absence, le lieutenant général Gordon Cameron, commandant des troupes, remplit les fonctions de haut commissaire britannique. A son retour, au mois de mai, M. Cecil Rhodes, profitant d'une invitation qui lui était adressée par V A frikander Bond, prononça à Kimberley un discours qui eut un grand retentissement (31 mars) : il proclama l'impossibilité où était l'Angleterre de gouverner le Cap depuis Londres et la nécessité de donner à la colonie une plus grande somme d'autonomie ; il s'étendit longuement sur la future « union » qui com-
prendrait, sous Tégide de TAngleterre, tous les Étals de l'Afrique australe. Quelques jours plus tard, le 10 avril, M. Sauer, secrétaire colonial, annonça à Aliwal que le gouvernement était décidé à étendre le plus possible le territoire du Cap afin d'en faire le plus grand État de la future confédération, et qu'il avait fait un premier pas en avant en annexant à la colonie tout le Béchouanaland.
Un second pas ne tarda pas à être franchi. Le 8 mai, sir Henry Loch prononça l'anuexion au liechouanaland du pays des Bastards. Ce pays est limité au Sud parle fleuve Orange; à l'Ouest, parla frontière des territoires allemands du Namaqualand, c'est-à-dire par 20" long. E.; au Nord, par le cours du Nosob, rivière qui se jette dans le Moloppo, qui se je lie lui-même dans l'Hygap, affluent de l'Orange ; à l'Est, par le Nosob, le Moloppo et rilygap. 11 forme une bande longue d'environ 5 degrés et large de 1 à 2 degrés. La population est très clairsemée. Le sol, peu fertile, est en grande partie impropre à la culture et à l'élevage ; il est, croiton, assez riche en mines, mais jusqu'ici les résultats obtenus de ce côté ont été insignifiants. Le Bastarland étant déjà compris dans la sphère d'influence anglaise, son annexion au Béchouanaland ne constitue pas un agrandissement proprement dit ; c'est le rattachement à une colonie de la Couronne d'un pays placé auparavant sous l'autorité du « Haut commissaire » de la reine Victoria pour l'Afrique du Sud.
La politique envahissante du Cap causa naturellement une certaine in(iuiétude dans les États Boers. Au printemps, on parla beaucoup d'un nouvel exode, d'un Trek^ que des groupes de Boers mécontents avaient l'intention d'entreprendre afin d'aller fonder une troisième république dans les environs du Machonaland, entre le Limpopo et le Zambôse ; on disait qu'ils étaient assurés de la bienveillance des autorités portugaises. Les terres, où l'on prêtait aux Boers l'intention de s'établir, étaient situées dans la sphère d'influence que la
charte de 1889 attribue à la Compagnie anglaise de l'Afrique du Sud. Sir Henry Loch protesta à Pretoria et rappela au président Kriiger que le traité conclu en 1890 au sujet du Souaziland entre sir Francis de Winton et les plénipotentiaires de la République Sud-Africaine, stipulait que les Boers ne franchiraient pas leur frontière nord et nord-ouest. M. Kruger répondit qu'il empêcherait le Trck et publia un manifeste en ce sens. Les Boers n'en continuèrent pas moins à se remuer ; ils prétendaient qu'ils avaient, en vertu d'un traité passé entre le commandant Potgaieter et le chef machona Chibe, des droits antérieurs à ceux de la South Africa Company sur certaines parties du Machonaland. Les Anglais, de leur côté, soutenaient que ce traité n'avait aucune valeur et menaçaient d'occuper immédiatement le Souaziland si le Trek recevait un commencement d'exécution. Quant à la South Africa Company, elle protestait également et prenait des précautions en renforçant sa police le long de la frontière du Transvaal. Elle déclarait qu'elle ne permettrait de s'installer sur les territoires qui lui ont été octroyés par charte qu'aux Boers qui s'engageraient par écrit à se conformer aux lois de la Compagnie. M. Cecil Rhodes et ses associés étaient disposés à donner, à cette condition, des concessions considérables de terres aux Boers ; mais, comme ils ne tenaient eux-mêmes de Lobengoula, leur vendeur, que des droits partiels qui ne les autorisaient pas à aliéner des terres, ils se trouvaient dans Timpossibilité de conférer des titres de propriété à des colons, et ceux-ci, contre lesquels, dans l'état actuel des choses, pourrait toujours s'exercer un droit de revendication, ne voulaient point aller défricher des terres d'où ils pourraient être évincés d'un moment à l'autre. Le Irek, en somme, que la presse anglaise représentait comme une sorte d'invasion, se réduisit à une tentative d'une centaine de Boers de passer la frontière septentrionale du Transvaal. Ces émigrants furent refoulés par les forces de police de la Compagnie anglaise ; aucun inci-
dent grave ne se produisit et le silence se fit sur cette affaire d'autant plus facilement que, quelques mois plus tard, la Compagnie obtint de Lobengoula le droit d'accorder des concessions de terre.
La question de la prépondérance numérique de l'élément noir sur les blancs, qui est depuis bien des années une des plus graves préoccupations du gouvernement, semble devoir entrer prochainement dans une phase nouvelle. On sait qu'en 1865 la population indigène était une fois et demie plus nombreuse que les blancs; en 1875, elle leur était comme deux à un, et en 1891 la proportion a passé de trois à un (sur 1,524,000 habitants, 377,000 iblancs, 848,000 aborigènes et 299,000 autres gens de couleur), augmentation due aussi bien aux nouvelles annexions du Cap dans l'intérieur des terres qu'à l'extraordinaire fécondité de la race. Cette prépondérance de l'élément noir peut être dangereuse à divers points de vue, mais elle l'est surtout en matière électorale ; on a remarqué en effet que, dans le résultat total des votes de ces dernières années, l'élément blanc n'entrait dans les provinces orientales de la colonie que pour 33 p. 100 et, dans les provinces occidentales, pour 24 1/2. On a cherché souvent à porter remède à cette situation et jusqu'ici aucun projet n'avait paru satisfaisant; le chef de l'Afrikander Bond, M. Hofmeyer, le « Parnell des Boers », en a exposé un nouveau dans les derniers jours de la session parlementaire. Actuellement ont le droit de suffrage tous les citoyens qui possèdent soit une propriété de 25 l. st., soit un salaire de 5 1. st. ; M. Hofmeyer laisserait subsister cette règle, mais il donnerait à la même tête un nombre de suffrages proportionnel à son revenu en prenant ces chiftres comme base; certains diplômés universitaires obtiendraient des droits équivalents, et comme ce sont les blancs qui possèdent et qui sont instruits, ils arriveraient aisément ù dominer les noirs.
M. Hofmeyer désirerait que le Parlement colonial, dans sa prochaine session, examinât au moins le prin-
cipe de sa réforme ; seulement les conditions de la politique intérieure du Cap font que beaucoup de blancs ne veulent en aucune façon s'y rallier. M. Cecil Rhodes a même déclaré que, tout en estimant qu'il y a beaucoup à faire dans la voie qu'indique M. Hofmeyer, il ne prendra sur lui d'appuyer son projet que s'il se produit dans le pays à cet égard un très sérieux mouvement d'opinion. En effet, c'est plutôt, et peut-être même uniquement, le parti Boer qui profiterait de la réforme : les Boers sont, avant tout, de grands propriétaires ; ils ont aussi parfois des diplômes universitaires et par là disposeraient d'un plus grand nombre de voix que les Anglais, dont une grande partie est composée de simples ou vriers mineurs. L'équilibre, si péniblement maintenu, serait détruit et les Boers deviendraient maîtres de la situation. La question, fort intéressante par elle-même, le devient encore davantage quand on sait que VAfrikander Bond, s'il n'est pas séparatiste, comme on l'a dit, et ne rêve pas de rompre tous les liens qui attachent la colonie à l'empire britannique, travaille au moins à relâcher le plus possible ses liens politiques et à transformer l'union actuelle en une simple fédération commerciale.
La construction de la ligne de chemin de fer de la Compagnie anglaise de l'Afrique du Sud a fait de grands progrès ; achevée jusqu'à Vrybourg, elle se poursuit dans la direction de Mafeking, et le tracé est achevé jusqu'à Boulouwayo, par Molopolole, Palapye et Tati, à 450 milles au delà de Mafeking. La route carrossable de Chochong au fort Salisbury est terminée ; on a l'intention de la prolonger de ce dernier point à la côte portugaise. Le télégraphe qui aboutissait au fort Tuli va au delà du fort Victoria. Un grand nombre de concessions de mines ont été accordées ; des hôlels se bâtissent sur les points destinés à devenir des centres miniers. A la suite du règlement du différend angloportugais, les troupes de la Compagnie ont été réduites de 630 hommes à 400 environ.
Dans le cours de l'été, lord Randolph Churchill a entrepris un voyage d'exploration de plusieurs mois dans le Machonaland.
Sir Henry Loch a fait également une excursion dans cette région au mois de septembre ; parti par Natal, il a suivi la roule du Poungoué.
Au Basoutoland, Letsie, chef suprême des Basoutos, est mort ; son lils Lerothodi lui a succédé.
Au Pondoland, placé depuis 1883 sous le protectorat britannique, plus nominal que réel, le chef du pays, Sigcau, a été pendant toute l'année en guerre avec son premier ministre Umhlangaso. Le gouvernement du Cap fit offrir à Sigcau par M. Scott de lui fournir des munitions, à condition qu'il permettrait à un résident britannique de s'installer dans le pays. Sigcau refusa obstinément ; après un combat sanglant, il força Umhlangaso à s'enfuir sur le territoire du Cap. Là, Umhlangaso fut désarmé et retenu prisonnier sur parole; mais il s'enfuit et reprit la campagne. Au mois d'octobre, Sir Henry Loch visita lui-même Sigcau afin de le décider à accepter un résident anglais. Sur son refus réitéré, il Ta menacé de soutenir Umhlangaso contre lui.
NataL — Le 10 février, le Conseil législatif a voté en troisième lecture un bill tendant à donner au Natal, aujourd'hui colonie de la Couronne, un gouvernement responsable. Aux termes de ce projet, il devait y avoir une Chambre unique composée de 37 membres élus et un Cabinet de G membres responsable devant la Chambre. Soumis au ministre des colonies britanniques au mois d'août, le bill n'a pas été agréé par lui : la métropole met comme condition à l'institution d'un gouvernement responsable la création d'une Chambre Haute, et l'exercice d'un certain contrôle de la Couronne sur les affaires indigènes. 11 y a, en effet, 430, OIX) Cafres contre -43,000 blancs dans la colonie, et il y aurait danger à laisser les affaires relatives aux noirs entre les mains d'une Chambre unique, élue, jtrobablement dominée par les politiciens. Lord Knustford a donc renvoyé le
bill au Conseil législatif de Natal afin qu'il lui fit subir les modifications nécessaires.
Le 7 avril, a eu lieu à Laing's Nek l'inauguration solennelle du dernier tronçon de la ligne de chemin de fer de Durban à la frontière du Transvaal. Le président Kriiger, accompagné du général Joubert et de plusieurs personnages importants de la République, a assisté à la cérémonie ; il a été reçu avec les honneurs royaux par le gouverneur du IS'alal, Sir Ch. Mitchell, et a séjourné huit jours dans la colonie.
Au Zoulouland, sir Ch. Mitchell a fait une tournée dans le courant de l'année ; il a été bien accueilli par les chefs.
Orange. — A la fin de 1890, le Volksraad de Blœmfontein avait adopté des propositions concertées entre les représentants de l'Orange et les ministres de la colonie du Cap, aux termes desquelles l'Orange autorisait le gouvernement du Cap à construire les prolongements des lignes de chemins de fer de Béthulie et du Yaal, ainsi que la ligne du district de Grain. La construction devait se faire aux frais et risques du gouvernement du Cap.
A la fin de 1891, la ligne du Vaal était construite jusqu'à Kronstad, à 80 kilomètres de la frontière du Transvaal.
Republique Sud-Africaine. — La grande alTaire de l'année a été le trek projeté au Machonaland(V. supj'à, Cap).
La situation financière, qui paraissait relativement brillante les années précédentes, a empiré. Le gouvernement a frappé d'un impôt de 3 p. 100 les marchandises passant en transit sur le territoire de la République. Il a négocié avec des banquiers anglais et hollandais l'établissement d'une Banque nationale à Pretoria. Aux termes du contrat intervenu, et ratifié par le Volksraad au mois d'août, le capital de la Banque sera de 4 millions de livres sterling, la Banque aura le monopole de l'émission des billets de banque et
devra avoir au [minimum une réserve en espèces de 33 p. 100 du montant des billets émis. Le gouvernement, avec certains droits de contrôle, aura une part dans les bénéfices de la Banque, après un prélèvement de 10 p. 100 au profit des actionnaires. Une Compagnie française a obtenu la concession d'un embranchement de chemin de fer qui, partant de la ligne de Pretoria à la baie de Delagoa, desservira la région minière du Siloti. Mais la ligne de Delagoa, terminée jusqu'à la frontière transvaalienne, n'est pas encore construite au delà; les compagnies à qui le gouvernement de Pretoria avait accordé la concession n'ont pas pu réunir le capital nécessaire.
Conformément à la convention conclue entre le Transvaal et l'Angleterre au sujet du Souaziland (V. année 1890, p. 437-439), les trois commissaires devant former le Comité de Gouvernement ont été nommés : ce sont MM. Théophilus Shepstone, pour le Souaziland; le colonel Martin, pour le Transvaal; M. Esselen, pour l'Angleterre.
PROTECTORATS BRITANNIQUES DE l'aFRIQUE MÉRIDIONALE ET DE L AFRIQUE CENTRALE", POSSESSIONS PORTUGAISES.
Le conflit anglo-portugais s'est terminé par le traité du 11 juin 1891 qui modifie peu la délimitation fixée par le traité du 20 août 1890 et le mod"S vivendi du A novembre suivant. Au cours des pourparlers, qui furent repris en janvier 1891, plusieurs incidents se produisirent en Afrique, qui faillirent entraver le succès des négociations.
Des deux côtés, à la suite de l'incident de Manica, dont nous avons parlé l'an dernier, on avait fait des préparatifs belliqueux. A Lourenço Marquez, un bataillon de volontaires fut organisé ; deux expéditions, fortes chacune de 400 hommes environ, partirent de Lisbonne pour le Mozambique. Au mois de février, 300 Portugais et 400 soldats indigènes marchèrent de Lourenço Marquez sur Massikessé; ils atteignirent Sarmento où ils se fortifièrent. Un conflit armé dans le Manica paraissait imminent.
L'occupation et l'exploitation du Manica, c'était la grande alTaire de la Compagnie. 11 s'agissait pour elle
de faire triompher ses prélenlions à rencontre do< droit? que le traité même du 20 août 1890 avait reconnus au Portugal, ensuite de dominer la route qui conduit du Manica à la côte orientale à travers les possessions portugaises, route plus courte que celle du Bechouanaland construite à grands frais en 1800 de Mafeking à Fort-Salisbury. Toute sa politique en 1891 a tendu à ce but : pour l'atteindre, elle a employé la violence et la ruse à la fois; elle n'a pas reculé devant un refus d'obéissance aux autorités britanniques; elle était décidée à réussir; en altérant la vérité, elle a pu prolonger les négociations en restant en possession du territoire contesté ; le gouvernement britannique était peutêtre embarrassé de la conduite de la Compagnie, mais il a dû se convaincre qu'on ne la délogerait du Manica que par la force : or, la force il nevoulait ni l'employer ni permettre au Portugal d'y recourir. Dans ces conditions, la victoire devait rester à l'audacieuse Compagnie, qui profitait, pour émettre les assertions les plus contestables, de la (lifliculté qu'éprouvaient les deux Cabinets à les contrôler.
Il ne pouvait guère y avoir de doute sur la question de la situation du Manica; la discussion se prolongea cependant, grâce aux arguties et aux affirmations quelque peu hardies de la Compagnie. Cependant le 18 dé cembre 1890, le haut-commissaire l'avait invité à évacuer Massikessé et tout le pays situé à Test de la frontière fixée par le traité du 20 août, à l'exception de Moutassa. Les agents de la Société négligèrent d'obtempérer aux ordres de sir H. Loch; ils ne tinrent aucun compte non plus d'une lettre du consul anglais Churchill (en date du 11 décembre) qui leur annonçait la signature du modiis vivendi et (|ui leur fut remise, à Massikessé, le 5 janvier, par le secrétaire du district de Manica, M. Almeida Freire.
M. Jameson a, en janvier, succédé à M. Colquhoun comme administrateur du Machonaland; sous ses ordres était placé le capitaine Ileymann, qui s'intitulait
commandant de Massikessé : il assumait l'administration de ce district, quoique le Foreiyn Office, répétant docilement les assertions de la Compagnie, affirmât que Massikessé était évacué; le gouvernement britannique dut reconnaître, à la fin, que ses ordres n'avaient pas été rigoureusement obéis et que tout au moins quelques hommes au service de la Compagnie étaient demeurés à Massikessé, sous prétexte de garder des objets lui appartenant. La difficulté d'éclaircir les faits matériels mêmes, rapportés contradictoirement parla Compagnie et par les fonctionnaires portugais, était habilement exploitée par celle-là, et même par le gouvernement anglais. Le 22 avril, lord Salisbury fil inviter la Compagnie de nouveau à évacuer Massikessé si ce n'était déjà fait. A ce moment, ses agents s'étaient enfin décidés, après un long atermoiement, à exécuter les ordres qu'ils avaient reçus en janvier de sir H. Loch; le capitaine Heymann avait quitté Massikessé et s'était retiré à quelques milles à l'Ouest. Le colonel portugais Xavier, commandant à Sarmento, avisé de l'évacuation, se dirigea sur Massikessé et l'occupa; puis il invita l'officier anglais à sortir du Manicaland ; le capitaine Heymann s'y refusa; c'est dans ces circonstances que se produisit, entre Massikessé et Moutassa, un combat, dont chacun des deux adversaires imputa à l'autre la responsabilité; les Portugais furent battus et se retirèrent sur Sarmento (11 mai). Ces faits ne furent d'ailleurs connus en Europe qu'après la signature du traité définitif; et la discussion relative au Manica ne porta que sur les incidents qui s'y étaient passés antérieurement, de septembre 1890 à mars 1891.
La question de l'ouverture des fleuves de l'Afrique orientale portugaise aux bâtiments anglais (Voir année 1890, p. 442 et 447), avait donné lieu aussi à des pourparlers en raison d'incidents fâcheux. Les Anglais avaient voulu profiter de la clause du traité du 20 août 1890, confirmée par le modus videndi, pour nouer des relations avec le Manica et même pour transporter des
hommes et des armes dans les territoires litigieux. Les Portugais soutinrent naturellement qu'ils ne pouvaient être contraints de laisser traverser leur territoire par des expéditions armées qui, une lois parvenues à leur destination, entreraient en campagne contre eux. Ils voulaient bien accorder le passage à des voyageurs isolés, mais ils ne le concéderaient à des expéditions anglaises considérables que si le Manica était préalablement évacué. L'état de siège fut proclamé à Beïra. En raison de la situation troublée de la province, la Compagnie Britannique, agissant comme en pays conquis, avait concédé kYAuglo-Aynerican Pionen' Lhi'' Coinpani/, l'établissement d'un service régulier dr navigation sur le Poungoué. Un capitaine des hor?( guards, sir J. Willoughby, passé au service de la Compagnie avec le grade de major de ses troupes, avait été chargé de conduire 400 hommes au Machonaland par la voie du Pongoué. Lorsque le 15 avril, ï Agnes, qu'il montait, se présenta à l'entrée du fleuve, les autorités portugaises signilièrent à sir John que l'accès en était refusé à tout navire chargé de soldats et porteur de contrebande de guerre. Deux autres bâtiments, le i Norsp.man et le ^hark, ayant voulu passer sans faire la déclaration de leur chargement, furent arrêtés; ils étaient montés par cinq Européens et par une centaine' d'indigènes commandés par sir J. Willoughby. Une conversation assez vive s'engagea naturellement au sujet de cette saisie et de la proclamation de l'état de siège à Beïra.
Un autre incident du même genre s'était produit, le mois précédent, sur le Limpopo, et donnait lieu de traiter les mêmes questions de droit international. Il s'agissait, dans ce cas, de la saisie d'un navire qui portait | des armes non pas à la Compagnie Britannique, maisàun chef indigène prés de qui intriguaient les agents de celte Compagnie et dont l'hostilité aurait porté un coup dangereux à la domination portugaise : c'était le roi du pays de Gaza, Gougounhama (V. année 1890, p. 446).
Le territoire de ce chef avait été placé par le traité du 29 août dans la sphère portugaise; mais la Compagnie paraissait se soucier peu de cette délimitation, et elle continuait à combattre les prétentions du Portugal à la suzeraineté du Gaza. Un de ses agents, le docteur Schulz, a obtenu du roi noir, dit-on, le 4 octobre 1890, la concession des travaux publics et des exploitations minières à entreprendre dans ses territoires; Gougounhama aurait même promis de ne conclure aucun traité sans une autorisation écrite de la Compagnie. Le 29 décembre suivant, il tint une grande assemblée de chefs, en présence des agents portugais, de MM. Colquhoun etSchutz, etc. ; là, d'après les assertions portugaises, il aurait solennellement déclaré qu'il se considérait comme un fidèle vassal du roi de Portugal. Au mois de février suivant, un navire équipé par la Compagnie Britannique, la Comtesse de Carnarvon, ayant pu remonter le Limpopo sans être arrêtée parles Portugais, apportait des armes à Gougounhama ; celui-ci les accepta, et, au dire des Anglais, ratifia la concession faite à M. Schulz. Le mois suivant, il recevait la visite de trois agents de la Compagnie, MM. Doyle, Jameson et Moodie, venus du Manica; il leur renouvela ses promesses, paraît-il. Pendant leur séjour chez ce chef, la Comtesse de Carnarvon, qui était retournée à Durban chercher un second chargement d'armes, l'apporta à Gougounhama, ayant réussi une fois encore à échapper à la surveillance des Portugais; mais, au retour, ce navire fut saisi par la douane portugaise etconduilà Lourenço-Marquez (^15 mars). Les Portugais ne voulaient pas admettre que la Compagnie Britannique pût fournir des armes aux chefs indigènes qu'elle cherchait à détourner de leurs devoirs de vassaux.
C'est qu'au fond, ils ne peuvent guère se fier aux promesses de Gougounhama; ce roi, comme tous les autres noirs, est prodigue de protestations; il préfère évidemment la suzeraineté du Portugal à celle des Anglais qui serait autrement sérieuse et effective, mais, si
de ce cnei ei t : il a, dit-on, 1 isils Martini-
audacieuses que soient parfois les assertions des agents de la Compagnie Britannique, ils n'ont sans doute pas inventé tout ce qu'ils disent des promesses que leur a faites Gougounhama en vue d'obtenir d'eux des armes ou de l'argent. Ce serait une grande simplicité, de la part du Portugal, de faciliter le double jeu de ce chef et de laisser les Anglais lui fournir des armes 20,0UU guerriers, dont 2,000 armés de fus Henry, et ce ne serait pas un adversaire à dédaigner Ce qui permet surtout au Portugal de compter sur sa fidélité, c'est qu'il ne lui demande rien. M. Doyle a bien amené en .\ngleterre deux prétendus ambassa- j deurs de Gougounhama (avril-mars), Houlouhoulou et f Oumfeli, qui ont été l'objet de la curiosité publique; mais le baron de Worms, sous-secrétaire d'État des colonies, a pris soin de déclarer à la Chambre des communes (12 mai) qu'ils n'avaient pas été reconnus officiellement; on aurait pu s'y tromper lorsqu'on voyait reçus solennellement par des sociétés savantes ou par des municipalités les deux chefs noirs qui exprimaient au nom de leur roi le désir de l'établissement du protectorat anglais sur leur pays. A la même époque, deux autres ambassadeurs de Cougounliama allaient à Lourenço-Marquez, et, en présence des consuls étrangers, déclaraient que leur souverain resterait toujours fidèle au Portugal.
En tout cas, c'est dans la sphère d'intluence portugaise que le traité du 11 juin 1891 a placé le Gaza, comme avait fait le traité du 20 août précédent. La conclusion de ce traité à mis fin aussi aux négociations secondaires engagées au sujet des incidents du Manica et la saisie des navires anglais, que les autorités portugaises ont relâchés. La négociation du traité lui-même ne se heurta pas à d'aussi grandes difficultés que celle delà convention précédente; le Portugal était résigné à accepter, au prix de quelques modifications de forme, les conditions du traité du 20 août 1890, et même à renoncer, moyennant une compensation, à une partie du
Manica, puisqu'il était impossible d'en faire partir la Compagnie Britannique. Pour permettre aux négociations d'aboutir, le viodus Vivendi fut prolongé jusqu'au 14 juin. Les termes du traité furent arrêtés entre lord Salisbury et M. de Soveral, le 28 mai, et l'instrument définitil' fut signé à Lisbonne le 11 juiix par sir G. Petre et le comte de Valbom.
Ce traité confirme à l'Angleterre la souveraineté des territoires compris entre le fleuve Orange, la colonie allemande du Sud-Ouest, la province d'Angola, l'État du Congo, l'Afrique orientale allemande, les possessions portugaises de l'Afrique orientale, et les républiques boers; le Portugal ne pouvait plus songer à réaliser son rêve de la jonction des deux côtes; mais le gouvernement britannique a consenti à agrandir le territoire du district portugais de Zoumbo en échange d'une rectification des frontières dans la région du Manica. L'article premier reproduit les termes du commencement du traité du 20 août sur les limites septentrionales de l'Afrique orientale portugaise, mais ajoute :
A partir du confluent du Rono et du Chiré, la frontière suivra le centre du chenal de ce dernier fleuve jusqu'à un point se trouvant immédialement au-dessous de Chiouanga. De là elle se continiiera vers l'Ouest jusqu'à ce qu'elle attei^^ne la ligne de partage des eaux entre le Zambèze et le Chiré, suivra cette ligne, puis la ligue de partage des eaux entre le Zauibèz' et le lac Nyassa jusqu'au li" lat. S. De là, elle se rendra, en suivant une direction sud-ouest, au point où le 15" lat. S. rencontre le fleuve Aroangoa ou Loangoua et se continuera par le milieu du chenal de ce fleuve jusqu'à son confluent avec le Zambèze.
Il s'agit, on le voit, d'agrandir assez notablement le territoire portugais au nord du Zambèze, mais, en revanche, par l'article suivant, la Compagnie Britannique acquiert la partie occidentale du Manica.
Au sud du Zimbèze, les territoires qui se trouvent compris dans la sphère d'influence du Portugal sont bornés par une ligne qui, partant d'un point situé vis-à-vis de l'embouchure du fleuve Aroangoua, court directement du Sud jusqu'au 16° lat. S., suit ce
parallèle jusqu'à son interseclion avec le 31° long. E. Or., et lie là se rend directenicnt vers l'Est jusqu'à l'endroit où la rivii re Mazoé est conpée par le 33* long. E. ; elle suit ce degré vers l; Sud jusqu'à son inlerst-cliou parle IS" 30' lat. S; de là, f ' longe la pai-lie supth'ifure du versant Est du plateau de Mani' dans une dircitiou Sud jusqu'au centre du chenal priucipal i i Siibi, suit le chenal jusqu'à sou confluent avec le Louiiti, d'uù elle se rend eu ligne droite jusqu'à l'extrémité Norl-Est de 1 1 frontii-rc de la Républiqu'^ Sud-Africaine et suit la frontière oriinlale de la République, puis celle du Souaziland jusqu'à la rivii rc Mapouto. Il est entendu qu'en traçant la ligue-frontière le Iniu du versant du plate. lu, aucun territoire à l'oufstdu 32° 30' long. 1^ Gr. ne sera compris dans la sphère portugaise et aucun teri i toire à l'e>t «lu 33° long. E. ne sera compris dans la sphère il- intérêts anglais. La ligm-, cependant, pourra être détournée est néoes-aire pour laisser Moutassa dans la sphère anglaise ■ Massikessi dans la sphère portugaise (art. 2).
L'article 3 du traité reproduit en d'autres termes les dispositions du traité précédent sur les limites di^ zones d'inlluences au sud de la baie Delagoa :
La Grande-Bretagne s'engage à ne faire aucune objection ' l'extension de la sphère d'influence du Porlug.il au sud de Del i goa jusqu'à une ligue qui suit le parallèle allant du confluent l* la rivière Pongolo avec la rivière Mapouto jusqu'à la côte.
L'article 4 substitue à la limite du Kabompo indiquée parle traité de 1890, « les limites occidentales du territoire des Barotsés, » expression sans doute équivalente. Une commission mixte, qui, en cas de dissentiment, nommera un arbitre, fixera ces limites; le pays des Barotsés restera dans la sphère britannique, et le Portugal pourra étendre ses possessions à l'ouest de ce royaume.
Par les articles o et 6, le Portugal reconnaît comme étant dansla sphère britannique tous les territoires de l'AI'rique centrale compris entre les frontières ci-dessus désignées. L'article 7 déclare ces limites « susceptibles de rectification conforinément aux nécessités locales » et substitue un droit de préemption réciproque à celui qui avait été stipulé en faveur de l'Angleterre seule : c'est, naturellement, une concession de pure forme destinée à ménager les susceptibilités portugaises.
Des concessions commerciales ou minièrps ainsi que des droits de propriété fonrière possédés par des Compagnies ou individus appartenant a l'ime ou l'autre pui-sance seront reconnus dans la sphère de l'autre puissance si leur validité est dûment établie. Pour décider de la validité des concessious minières octroyées par l'autorité légitime dans une zone de 30 udlle» le long de chaque côté de la frontière au sud du Zambéze, un tribunal d'arbitrage sera nommé par entente commune. Il est entendu que les concessions de ce genre seront exploitées conformément aux lois et aux règlements locaux (art. 9).
Le transit des marchandises à travers les territoires portugais situés entre li côte occidentale et la sphère d'inilnence britannique ne sera pas, durant une période de vingt-cinq ans à partir du moment où cette convention sera ratifiée, soumis à des droits excédant 3 p. 100 de la valeur tant sur les importations que sur les exportations. Ces droits n'auront, en aucun cas, le caractère de droits différentiels et ils ne dépasseront pas les droits de douane imposés eux mêmes marchandises dans les territoires susmentionnés. Le gouvernement de S. M. aura droit pendant une période de cinq ans à partir de la date de la signature de cet arrangement, de demander la liberté de transit pour le reste de la période de vingt-cinq ans contre le paiement d'une somme capitalisant les droits annnels pour cette pério ie au taux de 30,000 livres sterling par an. Monnnies et métaux précieux de tout genre seront exportés du territoire britannique et y seront importé-!, libres de tout droit de transit. Il est entendu qu'il y aura liberté de passage pour les snjets et les marchandises des deux puissances à travers le Zambèze aios^i qu'à travers les districts qui avoisinent la rive gauche de ce fleuve, au-dessus de l'embouchure du Chiré et ceux qui avoisinent la rive droite du Zambèze, au-dessus de l'embouchure de la rivière Louenha (Rouenga), sans qu'il y ait d'empêchement de quelque sorte que ce soit, ni de droits de transit à payer. Il est encnre entendu que dans les districts ci-dessus désignés, chacune des deux puissances aura le droit de construire «les routes, des chemins de fer, des pont* et des lignes télégraphiques à travers les districts réservés à l'autre puissance, pour autant que cela pourra être raisonnablement exigé en vue d'assurer la communication entre les territoires soumis à cette puissance. Le Portugal aura les mêmes droits dans le territoire britannique sur les rives du Chiré et dans le territoire britannique compris entre le territoire portugais et les rives du lac Ny-sa. Tout chemin de fer construit ainsi par l'une des deux puissances sur le territoire de l'autre sera soumis aux règlements locaux et aux lois convenus entre les deux gouvernements et, en cas de divergence d'opinion, soumis à arbitrage, ainsi qu'il sera expliqué ci-après (art. 11).
J^es articles 12 et 13 développent et précisent les stipulations de 1890 relatives à la liberté de navigation sur le Ztunbèze, le Chiré et leurs aflluenls et sur les voies de terre qui suppléent aux parties innavigables du cours de ces rivières. Sur le Zambèze et ses affluents, les sujets et les pavillons des deux puissances seront traités sur le pied d'une égalité complète, même pour le petit cabotage. En outre, le gouvernement portugais s'engage à permettre et à faciliter le transit pour toutes personnes et pour les marchandises de tout genre par le Poungoué, le Bousi, le Limpopo, le Sabi et leurs affluents, et par les routes qui les suppléeront.
Le Portucral consent à accorder liberté absolue de passage <;ntre la sphère d'influence britannique et la baie du Poungoué pour les uiiuchamlises de toute espèce, et à donner les facilités nécessciires pnur l'amélioration des moyens de communication.
Le gouv<-rneuient portugais promet de construire un chemin entre le Poungué et la sphère britannique. L'étude de cette ligne sera terminée <ians le délai de six moi?, et les deux gouvernements s'enli'udront sur l'époque à laquelle le chemin de fer devra être Commencé et achevé. Si l'entente ne s'établit pas, le gouvernement portugais concédera la construction du chemin de fer à une Société qui sera désignée par une puisr^auce neutre, et qu'il estimera capable d'entreprendre les travaux immédiatement. Le gouvernement portugais ou bien construira lui-même ou bien fera faire la construction d'une route, depuis le point navigable le plus élevé du Poungoué ou de tonte antre rivière, qui sera considérée comme plus favorable pour le trafic, jusqu'à la sphère britaimique, et il devra construire ou faire construire dans la baie du Poungoué et sur le fleuve tous les débarcadères. 11 est entendu qu'aucune taxe supérieure au maximum de 3 p. 100, sous la condition stipulée à l'article XI, ne sera prélevée sur des marchandises en transit par le fleuve, par route ou par chemin de fer (art. 14).
La Grande-Bretagne et le Portugal s'engagent à faciliter les comnjunications par voie télégraphique et à donner toutes facilités pour la jonction des lignes télégraphiques construites dans leurs s|)héres respectives.
Il est entendu qu'un traité définitif dans les stipulations cidessus sera conclu dans le plus bref délai possible.
Il est entendu qu'au moment de la signature du traité :
I. — Une noie sera aiiressée au gouvernement de Sa .Majesté par le gouvernement portugais, dans laquelle celui-ci promettra de
louer pour quatre-vingt-dix-neuf ans, à des personnf^s désignée» par le gouvernement de Sa Majesté, une cert.iiiie éti-iiduc de terrain pré? de Chindé, à l'embouchure du ZambézH, pom- servir, d'après les règlements à établir, au déchargement, cunnagasinage et transbordement des marchandi.-es. Trois commissaires, dont deux seront nommés par les gouvernements anglais et portugais et le troisième par ime puissance neutre choisie par eux, décideront d"s prix de location, emplacements des lorrains el fixation des règlements. Au cas de divergence d opinions enti e b-s comniis?aires, la décision de la majorité fera loi. Une note sera aussi adressée au gouvernement portugais par le gouvernement de Sa Majesté, promettant, à la demande du premier, de louer dans le même but el aux mêmes conditions, à des personnes >lésignées par le gouvernement portugais, une certaine étendue île terrain, quelque part sur la côte sud-ouest du lac Nyassa, qui aura été reconnu apte à cet usage, après entente entre les deux gouvernements.
II. — Des notes seront échangées entre le gouvernement portugais et le gouvernement de S. Majesté en ce qui concerne les tarifs de transport à établir sur le chemin de fer.
Cette convention avait pour l'Angleterre l'avantage de préciser les grands avantages économiques que lui attribuait la convention rejetée par le Portugal. Les stipulations relatives à la route du Pongoué comblaient les vœux de la Compagnie britannique désireuse de s'assurer une voie facile et courte entre la côte et les plaines du Machonaland.
Actuellement la sphère d'influence britannique, au nord des colonies de l'Afrique australe, est divisée en deux parties, au point de vue administratif, par le cours du Zambèze : la région méridionale est placée sous le contrôle du haut-commissaire de l'Afrique méridionale, Sir H. Loch, qui est en même temps gouverneur du Cap, du Bechouanaland britannique et du Pondoland; la région située au nord du Zambèze, appelée communément .4 //7yuece?î/)'a/e britannique^ est sous l'autorité d'un Commissaire et Consul général depuis le P"" février 1891 : ce poste a été confié à M. H. H. Johnston, qui conserve les fonctions de Consul d'Angleterre dans les territoires portugais de l'Afrique orientale.
La charte de la Compagnie britannique de l'Afrique
méridionale s'applique à toute la région située au sud du Zambèze, onproterioral de l' Afrique méridionole excepté au territoire de Tati (dont l'art. 2 de la charte fixe les limites); elle doit les coloniser, les exploiter, et y exercer les droits de souveraineté ou d'administration que les chefs lui ont conférés ou lui concéderont. Le protectorat du Dechounnnlnnd (qui comprend le pays du Kalahari, le pays duNgami, le Bamangouato, etc., au nord du Bechouanalanii britannique, au sud du Zambèze et à l'est des territoires allemands) est compris dans sa sphère d'action aussi bien que le pays des Matebeles (sauf Tati) et celui des Machonas. Mais elle se ne préoccupe que de la partie orientale de la région, et particulièrement du Machonaland.
Il n'y a pas d'établissements anglais dans le pays du lac Ngami. Le roi Moremi est mort le 4 novembre 1890; depuis lors, un conseil des chefs gouverne la tribu des Batouanas ; le 3 février, une grande assemblée tenue à Demokane a approuvé les concessions minières faites aux Anglais par Moremi. Les Namaquas n'ont pas cessé de faire leurs incursions dans ce pays.
Les pays de protectorat du Bechouanaland ont été parcourus en 1891 par un voyageur français, M. Dècle, et par un belge, le comte de Lalaing. Partis de Mafeking en juillet 1891, ils se sont rendus à Palapye, capitale de khama, ville située par 22" -43' lat. S. et 27» 33' long. E. Gr. Traversant ensuite un désert sans eau, M. Dècle a gagné Secheké sur le Zambèze; il désirait visiter le pays des Barotsés, mais le roi ne l'a pas auto- ■ risé à pénétrer dans son territoire ; il est revenu à Palapye sous des pluies torrentielles, à travers un désert où il n'a pu trouver aucune nourriture.
La Compagnie de l'Afrique méridionale a décrété une amende de 500 livres contre quiconque vendrait des armes aux indigènes dans la région comprise dans sa sphère dintluenoe. Lllc a introduit, paraît-il, 3,000 colons dans ses territoires. La route qu'elle a fait construire a coiHé 80,000 livres. La ligne télégraphique
a coûté 60,000 livres : elle a été continuée jusqu'à 60 milles au nord du fort Victoria et atteindra dans les premiers mois de 1892 le fort Salisbury. Des journaux bi-hebdomadaires paraissent à Macloutsie, à Touli et à Fort-Salisbury. Des recherches uiiuières ont été poursuivies dans les vallées de l'Oumfouli et de la Mazoé.
Un certain nombre de Boers, ne se résignant pas à accepter la frontière du Limpopo, avaient formé le projet de faire un trek dans le pays des Banyaïs ; ils prétendaient qu'en vertu d'un traité passé entre le commandant Potgaieter et le chef machona Chibe, ils avaient des droits antérieurs à ceux de la Compagnie britannique. Celle-ci se déclara prête à les recevoir sur son territoire, à condition qu'ils arriveraient en colons, reconnaissant sa souveraineté et ses lois et ne réclamant que des droits de propriété privée. Sir F. Carrington fit surveiller la frontière; le 24 juin, un parti de Boers se présenta pour la franchir; M. Jameson leur demanda de signer l'engagement de respecter les lois et règlements de la Compagnie ; sur leur refus, il leur interdit de passer; seul, l'un deux, le « colonel » Ferreira, tenta de forcer la consigne ; il fut arrêté. Par un décret royal, il a été déclaré que toute tentative d'occuper le pays des Banyaïs serait considérée comme une agression contre les droits de la Grande-Bretagne et contre ceux de la Compagnie.
Dans le pays des Matebeles. la Compagnie de Tafi a, dit-on, obtenu d'heureux résultats. Le Syndicat du Mafeè^/e/a«rfquijouit d'une certaine faveur près de Lobengoula, aobtenu de ce roi le 17 novembre, moyennantle paiement immédiat de 1,000 livres, et la promesse d une rente annuelle de 500, le droit de disposer des terrains qu'occupe ou occupera la British Soiuh Africa Company et d'y exercer tous droits souverains. En vertu d'un accord conclu antérieurement entre le Syndicat et la Compagnie britanique, qui n'avait pu obtenir jusqu'ici de Lobengoula que le droitd'exploiter des mines, les droits concédés au Syndicat doivent passer à la Com-
pagnie : celle-ci aura ainsi en main un titre, plus ou moins valable, pour exercer (dans la mesure où Lobengoula le permettra en fait) le protectorat sur les territoires qu'elle occupera.
L'acquisition d'une partie du Manica(voir p. 3(37) est pour la Compagnie un résultat considérable, en raison des richesses minières du territoire. M. Rhodes s'est rendu au Manica et au Machonaland par la voie du Poungoué (septembre-octobre) ; il en est revenu parla route de Fort Salisbury à Kimberley. Le gouvei'nement portugais a conclu un arrangement avec la Compagnie de Mozambique en vue de la construction des chemins de fer de Beïra au Manica, qui sera sans doute plus utile aux Anglais qu'aux Portugais : cette ligne sera conduite par la vallée de la rivière Busi, qui présente de meilleures conditions que celle du Poungoué. Le consul d'Angleterre, M. Pepon, et le gouverneur général du Mozambique, M. Machado, ont réglé un certain nombre de questions se rapportant à l'usage de cette voie ; ils ont fixé les droits de douanes et décidé que trois bureaux de poste seraient établis à Beïra, à Mopanda et sur la frontière du Manica. Le Portugal consent à ne plus exiger de passeports des Anglais se rendant au Machonaland. L'état de siège a été levé à Beïra le 10 mai.
Un décret royal du 12 octobre a réorganisé l'administration des possessions portugaises qui ont reçu le nom d Etat libre de l'Afrique Orientale. Ces territoires comprennent deux provinces, ayant pour ligne de démarcation le Zambèze. L'exploitation en sera conliee a de grandes Compagnies; [irès chacune de celles-ci sera placé un intendant ou commissaire du gouvernement. Dès le mois de janvier 1891, la Compagnie de Mozam~ bique, qui exploite depuis longtemps les placers du Manica, s'était reconstituée avec l'appui de capitaux français considérables; elle a obtenu, par une charte du 10 septembre, le droit d'exploiter le territoire compris entre le Sabi, le Zambèze et l'Océan, elle devra d'ici 1896, introduire mille familles de colons; elle reçoit
indépendamment de pouvoirs administratifs, la possession des territoires appartenant à l'Etat, le privilèfçe de certaines exploitations (mines, chasse des éléphants, pêche des perles et du corail), le droit de lever des taxes d'entrée, de sortie, de licence. Le gouvernement recevrai") p. 100 des bénéfices nets de la Compagnie; c'est celle-ci, comme nous l'avons dit, qui construira le chemin de fer de Manica. Deux autres Compagnies, celles de Delagoa et d'Inhambane, ont reçu les mêmes privilèges, la première au Sud du Limpopo, la seconde entre le Sabi et le Limpopo; la Compagnie d'Inhambane ou groupe Serpa Pinto, doit construire un chemin de fer reliant Inhambane au Transvaal. Une autre compagnie doit se former sous la direction de M. Carvalho pour l'exploitation des territoires compris entre la Rovouma et le Lurio. Enfin la Compagnie Bernardo Daupias fondée au capital de 500,000 livres sterling doit continuer jusqu'au Nyassa la ligne de chemin de fer qui ira de Quelimane au Chiré.
M. Ennes a été nommé Commissaire royal dans l'Afrique Orientale (18 juin). Il devra veiller à l'exécution du traité du 11 juin. La délimitation sur le terrain sera entrepris en 1892.
Un voyageur français, M. Foa, s'est rendu du Transvaal au pays de Gaza, puis a entrepris l'exploration des régions situées au nord et au nord-ouest de Tèle.
Par décret du 14 mai, le gouvernement britannique a fixé les frontières du protectorat anglais du Nyassaland, borné à l'Est et au Sud par le territoire portugais, au Nord par la zone d'influence allemande; à l'Ouest, la frontière part du point d'intersection de la zone du commerce libre avec la frontière portugaise, suit cette ligne au Nord jusqu'à sa rencontre avec la ligne du bassin géographique du Congo, puis celle-ci jusqu'à sa rencontre avec la frontière anglo-allemande. Le consul Buchanan a parcouru les pays voisins de la frontière méridionale du Nyassaland et a distribué bon nombre de drapeaux anglais. Le commissaire et consul général
376 hA. VIE POLITIQUE A LÉTEANGEK
Johnston est arrivé à Chiromo (Chiré) ^« .^ ! \f j^^^^J^i;/!^ arboré le pavillon britannique et a donne a la localilt le nom de PortHerald. Ce sera la tête des bgnes de naviga- Ton Le cUer-lieu de l'Afr.que centrale br„^^^^ établi près du Mont Zomba. Le cap.ta n Se ater et^udj^ la construction des ro^^^^'.,^"^ '^'' ,nhn.ton- il a, 150 hommes est à la di^P"«^V'\ niJ^efde; Yao au mois d'octobre, réprimé ^«^ ^ngandages des ^o Pt IPur a imposé une indemnité de guerre, il a corrige u 1 M;rr,un des soi-disants Arabes qui evaste cette région par leurs rarms d escla^es mais .1 a e e moins heureux contre Makangde; deux ^Uncs on été tués dans l'attaque infructueuse dirigée cont. e le v lUage
'Tlhomsonest revenu du Katanga à B^-^yr^^février 1891; il a, dit-on, conclu des traces dans la région comprise entre les lacs Nyassa et Ba g >ue o mfis il n'a rien obtenu dans le Katanga; il comptait y retourner, mais son voyage a été contremande à a suite de raccord intervenu entre les ^ap^ al. s tes anglais et belles qui ont fondé la Compagnie du l^aUnga % page 34'). M. Sharpe, dans le voyage dont nous avoués Vlé(V. année 1890, p. 444), « avait obtenu de Msi'i aucun traité; il avait v-te (oclob 1890)
Cazembe, qui l'avait bien reÇ^V\fi-' décembre et KatangaàÂbercorn(lacTanganyika)leiode^^^^^^^^^^
à Mandale (Chiré) le 14 février 1891. ^"^ ^ ^^ '^ constaté, c'est un lieutenant de Tipo-T.p, Abd^^^^^ ^/^^ Suleiman, qui exerce Tautorite^ sur les pay^ «^^ues au sud du Tanganyikaet au nord du M-ro, la gaen ravage les régions voisines du Moero et du Banboueio.