‹ La vie politique à l'étrangerChapitre 30 sur 70 · MAURICE · texte numérisé non relu

MAURICE

Des élections législatives ont eu lieu à Maurice; tous les candidats mauriciens ont été élus, notamment MM. Newton et G. Guibert; c'est un succès pour la politique suivie autrefois par sir J. Pope Hennessy et qu'il n'a cessé de recommander.

Le Conseil législatif de Maurice et celui des Seychelles ont voté un subside pour la pose d'un câble télégraphique reliant ces deux colonies à Zanzibar.

Nécrologie.

Le capitaine Emile von Zelewski, comiuandant des troupes du protectorat dans l'Afrique orientale, ancieu agent de la Compagnie allemande de l'Afrique orientale, né en 1834; et ses compagnons les lieutenants von Zilzewilz et vo?i Pirch et le médecin Buscitow. — Sir Tahria Topan, riche Hindou de Zanzibar; il avait fourni la plus grande partie des fonds de rhô|>ital. — Le P. Sc/iijnze, missionnaire de la Congrégation du Saint-Esprit, explorateur des régions du lac Victoria, né en 1859. — Arthur Rimbaud, agent de la maison Bardey, explorateur du Harrar et du Choa (1881-1891), connu surtout comme poète symboliste.

Bibliographie.

Le Bechouanaland et le protectorat anylais, par le vicomte de

Monlniort [Revue de c/éograpliie). — Correspondence relative ta Jreat Brilain and Portugal in Easl Africa{Africa, n" 1 ; C. 6495).

— Manica, being a report addressed to the ministre of the Marine of Portugal, par le colonel Païva d'Andrade (Lisbonne). — Carte des possessions portugaises de l'Afrique méridionale, à 1/60 000 000; des bassins du Poungoué et du Busi, à 1/300 000; du delta du Zamb'eze à 1/500 000 (Lisbonne). — Zambezia, p.ir E.-P. Matther (Londres;. — Delagoa bay and ils natives, par R. Monteiro (Londres). — A Lady's leller from Cei}lral Africa, par Jane Moord (Glasgow). — Ein kolonial programm fUr Ostafrika par Vohsen (Berlin). — Kriegsbilder ans dem Araberaufstand in Deulsch Ostafri/ca, par H. -F. von Behr (Leipzig). — Tana-Baringo-Nil, p»v A. von Tiedemann (Berlin). — Trade of Zanzibar [Foreign Office, annual report, n" 982). — Géographie de Maurice, par Décoller. — Reisen inCEquatoi'ial Africa, par Junker (3 vol.. Vienne). — Dix ans en Equaloria, par Casati (traduit de l'italien).

— Dieci anni nel Sttdan Egiziano, par Gessi-Pacha. — My mission to Abyssinia, par Portai (Londres). — Mahdism and the Egyptian Sudan, par Wiugate (Londres). — Proceedings de la Société de Géographie de Londres (relations de Doyle, Maund, Buchanan, Sharpe, Jackson, avec cartes). — Millheilungen ans den Deutschen Schutzgi^bielen (cartes des expéditions de Wissmann au Kilinandjaro, de Stublmann à l'Ouganda, d'Emin-Pacha au Karagoué).

— BoUettino délia Sociela Geogrnfica italiana (relations de Brichetti- Robecchi, avec cartes; et de Baudi di Vesme).

Les troupes khédiviales, qui, pendant toute l'année précédente, étaient restées sur leurs positions, ont repris en 1891 l'ofTensive contre les Mahdistes.

Le 16 février, une colonne composée de 2 000 hommes environ, sous le commandement du général Smith- Pacha, gouverneur du littoral de la mer Rouge, quitta Trinkitat et s'avança par El Tepp sur Tokar. EUo rencontra l'ennemi le 19 février derrière les collines sablonneuses à l'ouest de Karaboudji, lui tua un grand nombre d'hommes et occupa le jour même Tokar et Afîafite. Le chef des derviches, Osman Digma, s'enfuit vers Kassala et s'établit à Adamarab, sur l'Atbara, près d'Ed Damer. Depuis, aucun mouvement important n'a été tenté de l'un ou l'autre côté; les Anglais se sont bornés à garder la frontière et à prendre les mesures nécessaires pour empêcher les armes et les munitions de guerre de parvenir aux derviches par les voies commerciales. Hunter-Bey, gouverneur de Souakim, a formé un corps de troupes pourvues de dromadaires, qui rayonne jusque dans les environs de Berbcr. Dans l'hinterland de Souakim, les Hadendnuh, Beni- Amer et Schakarich se sont soumis aux Anglais.

Depuis la bataille de Toski, au mois d'aoïU 1889, dans laquelle les troupes du Mahdi furent battues par le général Grenfell, et où le Madhi lui-même, le vain-

queur de Hicks et de Gordon, perdit la vie, la si (nation au Soudan était restée enveloppée d'obscurité. Les rares informalions parvenues en Europe pendant ces deux dernières années étaient incomplètes, souvent contradictoires et plutôt de nature à déconcerter qu'à éclairer l'opinion publique. Emin-Pacha lui-même, chassé de l'Equatoria par ses propres troupes aflblées par l'approche des derviches, et ramené à la côte par Stanley sans avoir pu se rendre compte du véritable état de choses, n'avait pu dire où s'étaient arrêtés les derviches. On a eu à la lin de l'année des renseignements authentiques extrêmement précieux sur la situation; ils ont été apportés au Caire parle Père Ohrwalder et les SœursCatarinaChincarini et Elisabeth Venturini, membres de la Mission autrichienne du Soudan, qui avaient été faits prisonniers dans le Kordofan en 1883, et qui se sont évadés le 29 novembre d'Omdurman, où ils étaient détenus, à la faveur des troubles occasionnés par les rivalités des chefs Danaghas et des partisans de Boggara, qui se disputent les bonnes grâces du khalife Abdallah.

D'après le Père Ohrwalder, le mouvement d'expansion des derviches est en décroissance; le Darfour et le Bahr-el-Ghazal sont abandonnés ; l'Equatoria n'est occupée qu'en partie, Ouadelai même serait encore entre les mains des anciens soldats d'Emin, et sur le Nil, les derviches d'Omar Saleh ne seraient pas installés en amont de Redjaf. Le nouveau Mahdi, Abdallah, reste sur ses positions et ne prêche plus la guerre sainte ; ses soldats sont relativement peu nombreux, ses généraux peu sûrs et indisciplinés, les indigènes mécontents; les trois cinquièmes de la population entière du Soudan auraient été détruits pendant les dix dernières années par la guerre, la famine et les épidémies. Un eflfort vigoureux des troupes anglaises sur Omdurman aurait de grandes chances de succès ; une expédition fortement organisée et habilement conduite pourrait reconquérir le Soudan. Peut-être ces piévisions sont-ellee

un peu opliniistos. Mais, en rapprochant les récits des membres de la Mission du Kordolan des derniers événements connus, on a de sérieuses raisons de croire que les derviches, dans leur poussée du centre de l'Afrique sur la vallée du Ml et la côte orientale, ont usé une bonne partie de leurs forces et qu'ils manquent aujourd'hui de l'énergie et des ressources nécessaires pour chasser les Européens des points où ils sont fortement établis. Pour l'instant, du moins, ils ne sont plus un danger; quelques précautions suffiront à les contenir. — Au moment où le Père Ohrwalder s'est évadid'Omdurman, il y avait encore prisonniers dans la villf et les environs, 75 Européens et Syriens, 500 C<»ptes et 1,500 Égyptiens; parmi les Européens étaient Slatiiibey, MM. iNeufeld et Cuzzi.

L'influence anglaise paraît s'être affermie. Au moide février, sir Evelyn Baring réussit à faire nommer M. Scott, conseiller judiciaire du gouvernement égyptien et président d'un comité de trois membre- (M. Scott, M. Moriondo — un Italien, le procureur général Le Grelle), chargé de la surveillance des tribunaux indigènes. Le comte d'Aubigny, ministre de France, protesta officiellement contre les mesures adoptées ;iu sujet de ces tribunaux, mesures constituant un nouvel empiétement de l'action anglaise dans l'administration de l'Egypte. Riaz-Pacha, le président du conseil, menaça le 12 février de donner sa démission, mais la crise ministérielle fut ajournée. Elle éclata de nouveau le 12 mai, à la suite d'un désaccord absolu survenu entre Riaz- Pacha d'une part, MM. Scott et Kitchener-Pacha d'autre part, en raison des projets de réorganisation de la police proposés par ces derniers. Le 13 mai, un nouveau ministère fut constitué sous la présidence de Mustapha-Pacha Fehmy, qui prit le portefeuille île l'intérieur; Hushdi-Pacha eut les finances, Zeki-Pacha les travaux publics, Tigrane-Pacha les affaires étrangères, Eakhri- Pacha la justice, Artin-Pacha l'instruc-

lion publique et Choukhdy-Pacha la guerre. Ce Cabinet a encore montré plus de docilité que l'ancien à suivre les conseils de sir Evelyn Baring; Fakhri-Pacha, qui ne soutenait pas avec un zèle suffisant les projets de réforme judiciaire élaborés par M. Scott, a été invité au mois de décembre par le Khédive à donner sa démission et a été remplacé à la justice par Ibrahim- Pacha-Fuad, à qui Ahmed-Baligh l succédé comme président de la Cour d'appel indigène.

Les rapports du gouvernement khédivial avec la France et la Russie ont été assez tendus pendant la dernière partie de l'année à l'occasion de cinq règlements édictés par le gouvernement égyptien et relatifs, notamment, à la police sanitaire et à l'imposition d'un droit de patente sur les commerçants et industriels étrangers. Ces règlements avaient bien été approuvés, conformément à l'annexe D à la circulaire du ministère des affaires étrangères, en date du 9 octobre 1888, par l'assemblée générale de la Cour d'appel mixte d'Alexandrie chargée de s'assurer que les règlements « ne contenaient aucune disposition contraire au texte des traités et conventions » et n'établissaient point, en cas de contravention, de peines supérieures à celles de simple police. Mais, en fait, ils violaient, à la fois, et les Capitulations et l'annexe D : les Capitulations, en autorisant la police égyptienne à pratiquer de véritables violations de domiciles européens, et en permettant la perception de taxes en dehors des taxes douanières; l'annexe D, en édictantdes peines de beaucoup supérieures à celles qui punissent de simples contraventions. Les représen»tants de la France en Egypte protestèrent contre l'extension abusive du pouvoir des autorités khédiviales et refusèrent leur adhésion aux règlements. Le gouvernement passa outre. Mais, sur des instructions venues de Paris, un agent du consulat de France, assisté d'un kawas, interdit aux agents égyptiens l'accès du domicile des Français où l'on voulait pénétrer pour appliquer Ips règlements. Cet acte de résistance effective, joint à

la remise d'un mémorandum , donna à réflécliir au Cabinol du Caire. Tigrane-Pacha ordonna de surseoir, en ce qui concernait la France, à l'application des nouveaux règlements, et se déclara prêt à négocier. A la demande du consul général de France, le marquis df Reverseaux à qui se joignit le réprésentant de la Russie, on reprit l'œuvre des jurisconsultes khédiviaux rt l'on toniha assez rapidement d'accord sur une nouvellf rédaction (jui sauvegardait les intérêts des étrangers. Un décret supprima les taxes à percevoir pour la délivrance des autorisations nécessaires à l'exercice de l.i médecine et de la pharmacie, taxes imposées contrairement à l'article 63 de la Capitulation de 17 40. En mèiiif temps, Ti^rane-Pacha consentit à relarder, jusqu'à rf qu'un af'coi'd ultérieur intervînt, l'application des règli ments relatifs à la pharmacie et à la vente des sul»stancesvénéneuses. Enfin, lesrèglements amendés furent soumis à la Cour d'appel mixte d'Alexandrie qui, apn's les avoir approuvés, exprima à l'unanimité le vœu d'étrr relevée par le gouvernement égyptien et par les puissances du mandat que lui conférait l'annexe D.

La situation générale de l'Egypte a donné lieu on Angleterre, à la Chambre des communes et dans di s réunions publiques, à de nombreux discours de membres du gouvernement et de l'opposition. Lord Salisbury, sir J. Fergusson, M. Chamberlain ont continué d'affirmer que l'occupation anglaise était toujours nécessaiii' et que l'on n'apercevait pas le moment où elle cesserait de l'être. MM. Gladstone et Morley ont déclaré que l'occupation de l'Egypte était une cause de faibles-i' pour l'Angleterre et qu'il importait d'aviser aux moyens d'y mettre fin. En France, M. Ribot, ministre des affaires étrangères, interpellé le 26 octobre à la Chambre des députés par M. Deloncle, a rappelé les engagements d'évacuation éventuelle pris par la Grande-Bretagne, et dit qu'il veillerait à ce qu'ils fussent tenus.

Les comptes détinitifs du budget pour l'exercice IHOl se sont soldés par 10,599,301 livres égypliinnes ;iux

Iecettes, et 9, 52"), 361 livres aux dépenses, soit par un xcédent de 1,073,740 livres. Le fonds de réserve, u 31 décembre 1891, était de 2,203,000 livres. Le projet de budget pour 1892 comporte 9,930,000 livres pour les recettes et 9,100,000 livres pour les dépenses. — En raison de la suppression des taxes de patente, le gouvernement français et à sa suite, les autres puissances, ont consenti à ce que la partie de leKCédent annuel qui reste à la disposition du gouvernement égyptien fût augmentée de' 23,000 livres prises sur les économies ésultantde la conversion de la Dette, en vue de l'aboliion de la corvée. — Le 6 mars, a été signée àConstaninople entre la Porte et la maison Rothschild une conention pour la conversion d'une partie de la Dette ttomane, sur l'engagement de l'Egypte de payer penant soixante ans à la maison Rothschild la somme nnuelle de 678,394 livres égyptiennes, montant actuel du tribut dû à la Porte.

Il y avait, à la fin de 1891, 1,136 milles de chemins de H. fer en exploitation, dont 28 livrés à la circulation pendant l'année ; les travaux de la ligne d'Assiout à Ghirgheh sont poussés avec activité.

L'armée se compose de 384 officiers, dont 73 anglais et 509 indigènes, et de 13,181 soldats.

En automne, les princes Abbas-Pacha et Mohamed Ali-Bey, tils du khédive, ont visité Paris et Vienne.

M. Testoud, professeur à la Faculté de droit de Grenoble, a été nommé directeur de lÉcole khédiviale de droit, en remplacement de feu Vidal-Pacha.

Page 1