‹ La vie politique à l'étrangerChapitre 13 sur 68 · GNE ET IRLANDE · texte numérisé non relu

GNE ET IRLANDE

lereur d'Allemagne à la reine de cet hOte auguste incitant ie : « Il y a des gens, contieodeot que l'Egypte est assez désormais de nos soins; ces coup à ceux qui, voyant de pdin, trouveraient qu'il n'est le jardinier. »

dans ses rapports avec TAlleint; strictement correct avec n'a gardé pour le Portugal que la puissance de ce petit de son courage. L'ultimatum era une page glorieuse dans i côté du bombardement de mce, avec l'Allemagne, avec 1, le cabinet de Saint-Jame& ain colonial plus ou moins t : avec le Portugal, il a cru (orie du « droit du poing »^ auspices duquel avait comdes cours de Berlin et de

:vention anglo-allemande du an à l'Allemagne de la souve-

ijesté la reine cède à Sa Majesté -éserve d'approbation par le Parieiur l'Ile d'HÈligolaad et ses dépen-

ind autorisera tous les indigènes

xir la nationalité anglaise par la

>ur les entants mineurs, cette décla-

s parents ou tuteurs. Lu déclara-

■ janvier 1892.

Titoire cédé et leurs enrants nés.

traité, sont exempts de tout ser-

! allemande.

ixistantes devront, autant que pos-

ï(I s'engage (i ne pas élever, avant

raineté d'Helgoland, sous réserve de Tapprobation du Parlement anglais. Aux yeux du gouvernement impérial, le canal qui doit réunir la Baltique à la mer du Nord ne pourrait acquérir son entière valeur sans cette annexion, et, en cas de guerre, la présence d'une escadre «nnemie dans les parages d'Helgoland neutre serait de nature à créer plus d'un obstacle au passage de la ûotte allemande de Kiel à Wilhelmshafen, et réciproquement.

A la Chambre des lords, le « Premier » justifia la cession surtout par des considérations d^ordre militaire. « En cas de guerre avec l'Allemagne, dit-il en substance, cette puissance occuperait aisément l'île avant l'arrivée de la flotte anglaise ; en cas de guerre avec une autre puissance, il faudrait immobiliser une escadre britannique. Au contraire, l'Allemagne a un grand intérêt stratégique à posséder He'lgoland, et elle n'a pas hésité à faire en Afrique de sérieuses concessions. On a critiqué la convention en soutenant cette idée étrange qu'il y a un avantage spécial à posséder une bande de territoire s'é tendant du Cap aux sources du Nil: cela n'est d'aucun avantage pour l'Angleterre, soit stratégiquement, soit commercialement. En outre^ l'Allemagne ne veut pas être cernée et privée de tout xîontact avec l'État du Congo. Sans cette concession^ les négociations n'auraient pas abouti, et d'ailleurs le

le 1" janvier 1910, les droits de douanes existant actuellement Aur le territoire cédé.

6. Tous les droits de propriété que des particuliers ou des Sociétés ont obtenu du gouvernement anglais^ restent valables. Les obligations qui en découlent restent à la charge dé l'empereur d'Allemagne. Dans le terme ci-dessus « droits de propriété », est compris le droit de signaux que la Compagnie du Lloyd exerce actuellement.

7. Les droits des pêcheurs anglais en ce qui concerne Vi crage en tout temps, l'approvisionnement en vivres et eau,, réparations, le transbordement de polis d'un bateau dans •autre, la vente de poisson, le débarquement et le séchage j £lets restent intacts.

gouvernement de la Reine ne croit pas que Tun des deux pays obtienne un avantage sur Tautre ; il estime que chacun d'eux est favorisé, parce que chacun a obtenu ce qui répond à son but. »

Le bili fut adopté en troisième lecture par la Chambre des lords le 1®"" juillet, par les Communes le 28 juillet. Sir James Fergusson prononça devant les députés un discours analogue à celui de lord Salisbury. M. Gladstone félicita le cabinet de l'esprit qui avait présidé aux négociations, mais il exprima le regret qu'on ne se fût pas assuré de Fassentiment préalable de la France, garante de Tindépendance de Zanzibar. Il souleva ensuite un intéressant débat de droit constitutionnel. Il fit remarquer que le Parlement n'avait jamais été appelé à donner son assentiment à une cession de territoire, et que le gouvernement de la Reine créait là un précédent susceptible, dans l'avenir, de conséquences considérables. N'était-ce pas mettre en question le droit de la couronne de conclure des traités internationaux ? M. Goschen affirma que le cabinet n'avait jamais mis en doute les prérogatives de la couronne en cette matière : « Mais, dit-il, tout en reconnaissant ce droit, je ne suis pas absolument sûr que, sur un point aussi essentiel que la cession d'un territoire en temps de paix, l' assentiment du Parlement ne doive pas être sollicité. » M. Balfour alla plus loin : il reconnut qu'un précédent était dûment posé, et que la cession d'une terre anglaise devait, en Tabsence de tout danger public et de toute complication diplomatique, recevoir l'assentiment préalable des deux Chambres. Au scrutin, les gladstoniens s'abstinrent, les parnellistes et les radicaux votèrent contre, de sorte que les conservateurs étendaient les droits du Parlement, alors que l'opposition libérale ndait les prérogatives de la couronne.

politique de l'Angleterre a donc été cette année xculièrement active sur le terrain colonial. Lord sbury s'est, en somme, efforcé de donner, dans une 7 large mesure, satisfaction aux aspirations des

Compagnies coloniales, bien que des lii fixées à leurs convoitises. Le « Premier aux entreprises lointaines de ses cor base conventionnelle solide. L'Aoglete de la possession de presque toute l'Ai et d'une immense zone de régions fertiles dans le bassin du Niger et le Soudan occidental. Celte ardeur à pénétrer de toutes parts le noir continent s'explique peut-être par la révolution pacifique qui menace de faire de l'Australie, du Canada, de l'Inde, des pays concurrenls de la métropole sur le terrain commercial.

La Fédération impériale qui s'est fondée en 1884 pour consolider l'unité de l'empire britannique se propose de réunir par des liens étroits les colonies et la métropole, et d'accroître ainsi l'influence de la race anglo-saxonne. * Unissons-nous, disait lord Roseberry au mois d'avril, et aucun coup de canon ne pourra être tiré dans le monde sans notre autorisation. » Mais les colonies se défient; elles se demandent si, en cas de danger, elles pourraient efficacement compter sur la mère-patrie, et en outre la diversité des tarifs douaniers est à elle seule un obstacle insurmontable. En attendant, elles deviennent audacieuses et entreprenantes; elles engagent la métropole dans des entreprises aventureuses, inquiétantes parfois au point de vue des relations du cabinet de Saint-James avec les puissances étrangères. L'attitude des Terre-Neuviens est le meilleur exemple qu'on en puisse donner.

L'éternelle questioD irlandaise a redoublé cette année d'acuité et même d'intérêt. En dépit des assurances prodiguées par le redoutable M, Balfour, l'agitation nationaliste persiste dans l'île, et la diminution des crimes agraires est certainement due moins au régime coercitif qu'à la confiance des Irlandais dans Ip succès plus ou moins prochain du home mie. Le g. vernement parait décidé à chercher ailleurs que da le terrorisme les éléments d'une pacification ou, pc mieux dire, d'une trêve. « On vous soumettra, dis

I le discours du trône du 11 février, des propositions I pour augmenter, avec les précautions financières indispensables, le nombre des propriétaires présents dans leurs propriétés, et pour étendre à Flrlande les principes du self government déjà adoptés en Angleterre et en Ecosse, dans la mesure où leur application peut contribuer à Tamélioration du bien-être national des populations de ce pays, et plus particulièrement des districts pauvres. »

Le lendemain même (13 février), le rapport de la Commission chargée de l'enquête sur les allégations portées par le Times contre M. Parnell et ses collègues fut distribué à la Chambre des communes. Contrairement à Tavis des nationalistes et des gladstoniens, la Chambre avait ordonné à la commission de porter ses investigations sur l'ensemble de l'agitation irlandaise depuis la fondation de la Ligue agraire ; mais M. Parnell n'eut, en fin de compte, qu'à se réjouir de la campagne maladroite inspirée par le cabinet Salisbury. Le « roi non couronné de l'Irlande » sortit blanc comme neige des accusations calomnieuses à l'aide desquelles on espérait écraser son parti. Le gouvernement se trouvait dans la nécessité de donner une sanction aux conclusions des juges. Les parnellistes le mirent en demeure de les poursuivre, s'il donnait à ces conclusions le sens d'une flétrissure, ou de venger la députation irlandaise des accusations du Times en constatant l'innocence du parti politique chargé des crimes les plus monstrueux par le journal .de la Cité. Lord Salisbury refusa de choisir entre les deux termes de ce dilemme : il proposa aux Communes de remercier les juges de leur impartialité et d'enregistrer le rapport sans commentaire ■ (3 mars). M. Gladstone développa au contraire un amendement exprimant la vive satisfaction de la C bre de ce que l'enquête T'i/we^-Parnell eût lavé 1 landais de calomnies qui, prouvées, « eussent

1r ' M. Parnell moralement coupable de lâcheté, de B ^nge et d'hypocrisie. » A la faible majorité de

71 voix, ramendement Gladstone fut rejeté (339 voix contre 268); mais la Chambre se trouva alors ea présence de Tamendement Jennings, tendant à joindre à la résolution du gouvernement un blâme contre les instigateurs d'une condamnation fondée principalement sur des documents reconnus faux. M. Jennings n'était que le « compère » de lord Randolph Churchill qui, dans la séance du 11 mars, dénonça en termes énergiques Fillégalité de la procédure suivie et parut vouloir briser les liens déjà très lâches qui le rattachaient au torysme officiel. Jamais le bouillant orateur ne fut plus agressif, plus violent, moins maître de lui-même. Il alla si loin que M. Jennings refusa de le suivre jusqu'au bout et retira son amendement qui, repris par un libéral unioniste, M. Caïne, fut rejeté à la majorité de 62 voix. La Chambre adopta alors sans scrutin la motion du gouvernement,, mais lord Salisbury sortait fortement amoindri de cette malencontreuse affaire.

Conformément à l'avis du discours du trône, M. Balfour introduisit le 24 mars un bill tendant à faciliter le rachat des terres en Irlande, au moyen d'avances faites par l'État. Le gouvernement proposait de centraliser en un seul département [Land Department) y^ toutes les affaires intéressant la propriété foncière en Irlande, et de supprimer les cinq administrations existantes chargées de ces affaires. La loi n'aurait pas un caractère obligatoire. Quand le fermier et le propriétaire se seraient mis d'accord sur le prix du terrain à acheter par le premier (ce prix ne devrait pas dépasser une somme équivalente à vingt années de loyer capitalisées), le Land Department avancerait les fonds nécessaires et le tenancier deviendrait immédiatement propriétaire. Pour s'acquitter envers l'État, qui aurait hypothèque sur la terre, le propriétaire paierait p^ dant quarante-neuf ans une annuité calculée au ta i de 4 p. 100 sur le prix du terrain ; il recevrait, de £ i côté, des bons de création nouvelle portant 2 3/4 p. ^ )

d'intérêt. L'écart entre l'intérêt de 4 p. 100 payé par le tenancier et l'intérêt de 2 3/4 p. 100 servi au propriétaire (soit 1 1/4 p. 100) irait au fonds d'amortissement. Comme garantie, le gouvernement aurait les subventions que le Trésor paie à l'Irlande, soit 240,000 livres sterlings par an, mais la retenue en cas d'insolvabilité du tenancier se ferait par comté et non sur le pays tout entier. A mesure que les fonds rentreraient dans la caisse du Land Department^ ils seraient de nouveau aflFectés à d'autres achats de terre : il y aurait ainsi un fonds de roulement qui ne pourrait, d'ailleurs, en aucun cas, dépasser 33 millions. Le bill instituait aussi une commission chargée de faciliter l'émigration des districts trop peuplés soit à l'étranger, soit en Irlande même.

Adopté sans débat en première lecture, le projet Balfour revint en délibération le 21 avril. Lord Randolph Churchill l'avait combattu dans l'intervalle par une série de lettres adressées au Morning Post; suivant lui, le bill rendait l'État anglais créancier de la population irlandaise tout entière, en solidarisant les fermiers qui n'auraient pas profité de la loi avec ceux qui auraient bénéficié de ses avantages, mais se trouveraient sans moyens de rembourser les avances du Trésor. Le 21 avril, M. Parnell combattit l'adoption : « Le land purchase bill, dit-il en substance, n'est pas une solution de la question irlandaise ; il permettra seulement à un dixième environ des grands propriétaires anglais, qui ne résident pas en Irlande, de se débarrasser de leurs terres à des prix exorbitants. Il se fera ainsi comme an drainage des capitaux flottants qui peuvent exister dans l'île, et par suite la misère deviendra plus intense. Tandis que le gouvernement prétend rendre propriétaires cinquante mille tenanciers, c'est tout au plus si ' lart de ce nombre acquerra la propriété. Il faudrait, 33 millions, mais 66,300,000 de livres au moins p le rachat qu'on propose. Au lieiî de faire des "es auxtenanciers,mieuxvaudraitenfaire auxland-

'Vr:^'

lords pour leur permettre de dégrever lei^rs biens hypothéqués, et leur accorder une compensation en échange de la diminution des fermages ». M. Gladstone parla dans le même but, mais en faisant valoir des arguments^ d'un autre ordre. Pour lui, l'application du bill serait Forigine de troubles d'une extrême gravité. Quand il arriverait à TÉtat de saisir les subsides alloués aux municipalités irlandaises pour renseignement et la bienfaisance, les municipalités saisiraient les biens des femmes, et alors, on verrait recommencer la série des évictions, avec cette différence, que la résistance présenterait le caractère d'une rébellion rurale contre la loi. M. Gladstone ajouta — et cet argument vaut qu'on qu'on le signale — qu'il combattrait le projet même s'il le jugeait bon, du moment où les parnellistes le repoussaient : c'était reconnaître aux Irlandais le droit d'accepter ou de refuser toute mesure concernant l'Irlande votée par le Parlement anglais. Sans aborder cette grosse question du self government, que soulevait indirectement M. Gladstone, M. Balfour se contenta de répondre que le bill n'avait pas le caractère d'une solution définitive, mais constituait un grand pas dans la voie de la pacification. Il se déclara opposé au contrôle des transactions par les Conseils de comté, comme le demandait M. Chamberlain, car les autorités locales ne manqueraient pas de se laisser influencer par les députés parnellistes.

Par 348 voix contre 268, le bill fut voté en seconde lecture (1" mai). Les landlords avaient fait un accueil des plus froids à la disposition qui imposait la limite de vingt ans de loyer comme base du prix de vente de leurs domaines; une députation s'était rendue chez M. Balfour pour le prier d'amender son projet et chez lord Hartington pour lui demander son appui contre une mesure qu'ils estimaient menaçante pour leu intérêts; enfin, lord Henry Bruce, au nom des ce servateurs, porta devant la Chambre les doléani du landlordisme. Néanmoins, au moment du vo^

ORANDE-BEETAGNE ET IRLANDE 137

la majorité était demeurée fidèle au gouT€yrnement.

Le lendemain (2 mai), M. Cameron présenta une motion tendant à la séparation de TËglise et de TËtat en Ecosse, TËglise anglicane subventionnée par TÉtat n'étant pas celle de la majorité des Écossais. Cette thèse avait été fréquemment soutenue, tant pour TÉcosse que pour le pays de Galles ; elle n'offrait donc rien de bien nouveau, mais M. Gladstone, jadis si résolument acquis à la religion d'État, adhéra formellement à l'idée du disestabliskmenty et la motion Cameron ne fut rejetée qu'à 38 voix de majorité. Ce chiflfre comparé à ceux qui avaient, les deux années précédentes, assuré le rejet du disestablùkment, accusait une évolution rapide dans le sens des revendications écossaises.

Un rapport officiel, en date du 15 août, sur l'état des récoltes en Irlande, ne tarda pas à provoquer de vives polémiques. La maladie des pommes de terre, constatée ^depuis quelque temps déjà, se développait à vue d'œil, et l'on ne se rappelait pas sans appréhension les famines de 1845-46 et de 1879-80, causées précisément par l'absence du tubercule qui est l'aliment presque unique des classes agricoles, surtout dans les miséra*bles comtés de l'Ouest. M. John Morley passa le canal de Saint-Georges pour aller étudier sur place la situation, pendant que M. Balfour, retiré dans ses terres d'Ecosse, se livrait à son passe-temps favori pour le golf et se contentait de lire des rapports. C'est de là, non de Dublin, qu'il lança Tordre d'arrêter les députés John Dillon et William O'Brien, ainsi que Patrick O'Brien, David Sheehy, Thomas Condon et David Humphrey, prêtre catholique de Tipperary (18 septembre 4890). Cette mesure était motivée par l'attitude des députés irlandais qui, en prévision de la famine, poussaient les tftnnticiers à exécuter plus que jamais le plan de came, et aussi parle désir d'empêcher MM. William ^ ien et John Dillon de s'embarquer pour l'Amé- 1 B. Ces députés étaient en effet sur le point de se 1 "'^ aux États-Unis pour y recueillir des souscrip-

tions nationalistes autant, disait-on^ que pour organiser le parti modéré, créé, grâce aux efforts de M. Parnell, en opposition aux sociétés secrètes révolutionnaires d'O'Donovan Rossa et consorts. MM. Dillon et O'Brien étaient particulièrement accusés d'avoir prononcé, depuis six mois, des discours enjoignant aux tenanciers de M. Smith Barry de ne pas payer leurs fermages. A peine arrêtés, ils furent remis en liberté sous caution, et, le 23 septembre, ils comparurent devant les magisti'ats de Tipperary. II y eut une échauffourée, lorsqu'ils arrivèrent devantle tribunal. Au cours des débats, l'avocat Harrington, refusant de retirer des paroles offensantes pour la couronne, reçut l'ordre de sortir, et lePrésident dutfaire évacuerla salle (3octobre). Pendant ce temps. M, John Morley, de retour d'Irlande, racontait ce qu'il avait vu. 11 tint à Saint-Helens (Lancashire) un meeting où il évoqua le « spectre hagard de la famine » se levant à l'horizon de l'Ouest irlandais, et où, faisant allusion au passe-temps de M. Balfour : « Tout le monde, dit-il, ne peut pas jouer au golf, et comme il faut bien faire quelque chose, j'ai cru ne pas mal faire en allant visiter l'île-sœur ». De son côté, M. Parnell convoqua pour le lundi 6 octobre une grande réunion du parti irlandais pour qu'on y discut&t la situation faite à l'Irlande par la famine et la politique de M. Balfour. Cette réunion eut lieu en effet à Dublin sous la présidence de M. Justin Mac Carthy. M, Parnell ne put s'y rendre, mais il envoya par écrit quelques paroles d'exhortations, et les assistants entendirent la lecture de télégrammes de MM. O'Brien et Dillon, empêchés par leur comparution devant le tribunal de Tipperary. La communication de M. Parnell se terminait par ces mots : <i Tous mes souhaits pour le succès de la mission de MM. Ditlon et O'Brien. « On compril tout ce que cette phrase contenait d'ironiq lorsqu'on apprit que les deux députés auxquels elle f ■ sait allusion avaient quitté l'Irlande le 1 octobre, mal{ i la surveillance de la police, et s'étaient embarqi >

à Cherbourg pour les États-Unis. Ils arrivèrent le 2 novembre à New-York, où ils furent accueillis chaleureusement par les membres de la colonie irlandaise. M.O'Brien lut une adresse où il déclarait que le but de son voyage était de créer une caisse nationale de combat afin de lutter vigoureusement contre les exigences du gouvernement et des propriétaires (1). Partout des manifestations sympathiques accueillirent les députés. Le moment parut venu à M. Gladstone de sortir de son château de Hawarden pour faire une campagne de discours en Ecosse. Le 21 octobre, eut lieu au Corn- Exchange, à Edimbourg, un premier meeting de 0,000 personnes sous la présidence de lord Rosebery, et, malgré son grand âge, le chef des libéraux déploya une énergie qui rappelait sa fameuse campagne du Middlothian ; il s'y occupa principalement du home rule irlandais, dont il demanda le 25 octobre, à Dalkeith, l'application à TÉcosse et au pays de Galles (2). A West- Colder (23 octobre), il se déclara partisan de la réforme électorale basée sur l'attribution d'une seule voix à chaque électeur et la réduction de la durée du mandat législatif; sur la question ouvrière en général, il émit l'opinion que les ouvriers sont désormais les maîtres de la situation dans la concurrence entre le travail et le capital, mais il réserva formellement son sentiment sur la fixation légale de la journée de travail, sauf pour les ouvriers des mines. A Edimbourg (27 octobre), il critiqua la mission du général Simmons auprès du

(1) 11 convient de noter la réunion à Paterson (New-Jersey), le 21 octobre, de l'Assemblée biennale des membres de TAssociations féniane qui, jusqu'ici, était en antagonisme ouvert avec le mouvement nationaliste constitutionnel irlandais. Le président, M. George Smilh, exposa la nécessité de modifier l'organisation '^'^ ^'Association, de telle sorte qu'elle ne fût plus vme société

e 25 février 1890, les home rulers écossais et gallois avaient une réunion à Westminster et nommé un comité de douze bres chargé de travailler au triomphe de leurs idées autono-

140, LA TIB POUTIQUE ± L'ETBAW

Vatican, « qui n'est pas un pouvoir temporel », comme « équivalant presque à la reconnaissance » des revendications par le Saint-Siège d'une partie du territoire italien(l). Enfin à Dundee {29 octobre), où il reçut le droit de bourgeoisie, il condamna en termes énergiques le bill Mac-Kinley, n tarif d'oppression et de fraude ». Il rentra le 6 novembre à Hawarden non sans s'arrêter à Carlisle, où il rappela malicieusement un discours de lord Salisbury déclarant en 1884 qu'un ministère ne doit pas refuser la dissolution quand sa majorité n'est plus d'accord avec le pays. Les élections partielles (2) et le renouvellement des conseils municipaux (3) justifiaient cette invitation du « great old man ». Du reste, la majorité qui soutenait aveuglément le cabinet dans sa politique irlandaise se montrait beaucoup moins docile sur certaines questions. On l'avait bien vu lors de la discussion du bilI tendant à accorder des indemnités aux taverniers dont on ne renouvellerait pas les licences. Le bill ne contenta personne, pas même les membres des sociétés de tempérance qui, considérant la fermeture des cabarets comme une

(i) La mission dont (ut chargé en 1889 sir John Lintom Si mmons avait pour objet la constitution ecclésiastique de 111e de Malte. Le Salnt-Si^ge consentit k choisir dans l'Ile de Malte des prêtres de nationalité anglaise. Il se montra molus accommodant sur la question des mariages mixtes ; il admit que les Maltais non catholiques fussent autorisés à se marier entre eux, conformément aux loia de leur religion ou de leur nationalité, mais quant aux mariages mixtes, il se retrancha derrière les décisions du concile de Trente pour maintenir en vigueur la loi canonique.

(l) Des candidats anti-gladstoniens furent élus à Partick (11 février], à Stamtord {8 mars), à Ayr (26 mars), 4 Windsor (3 avril), mais les libéraux triomphèrent à Glamorgan (20 février), à North-Salnl-Pancras (4 mars), t Stoke-iipon-Trent (14 mars), à Carnavoû (10 avril), & Bristol (9 mai), à Barrovi' (2 juillet), à Durham (17 juillet), à Eccles (32 octobre). La première éIect="Ti qui suivit la scission parnelllste, celle de Bassetlaw (NotUngb i) tit favorable aux unionistes.

(3) Les élections municipales eurent lieu le I" novembre i, s toutes les villes du Boyaumc-Uni, Elles se traduisireol pour s libéraux par un gain d'une quarantaine de sièges.

AGNB ET lELANBE 141

. public, De concevaient pas merçants lésés. Lord Salisbury trois bills d'un vote difficilo :

ide, projet sur la dlme, projet ne tout bill non voté dans une i doit suivre de nouveau toute parlementaire, le » Premier »

nenl, et il convoquaau Carltonîrvatrice, dans l'espoir bientôt mes; au contraire, lord Harstes la promesse du concours n, le bill sur les cabarets ne ,e 4 voix (228 contre 224). Ce le M. Smith, lord de la tréso- , le retrait des articles autorï- 5 à racheter les licences; mais er la première partie du bill, Iditionnels sur les spiritueux ction des licences, et M. Gosjit de l'impôt serait accumulé nent statuerait sur leur destisans M. Healy, qui venait de nent déterminant l'affectation ibles : le speaker dut rappe- I devait être immédiatement eu la secrète pensée de gagner tiers: il n'aboutissait qu'<i se errible du groupe parnelliste.

t réduit à une politique pureve. 11 retira donc les bills sur es dîmes pour les représenter

1 tout semblait concourir & iphe de la cause du home rule, vint compromettre les résula question irlandaise avait été ngitation sur le terrain parle- 'Shea avait intenté un procès

m LA VIE POLITIQUE A L'ÉTRANG

en divorce à M" O'Shea qu'il accusait d relations adultères avec le chef du parti nationaliste. L'affaire fut appelée devant la Cour des divorces le 15, novembre. H. Pamell avait affecté jusqu'alors une attitude si dédaigneuse que l'avocat de M" O'Shea, M. Lockwood, produisit un étonnemenl général lorsqu'il annonça au nom de sa cliente qu'il n'interrogerait aucun des témoins de M. O'Shea et ne prendrait aucune part aux débats. Le soliciter général, Sir Ed. Clarke, représentant M. O'Shea, constata que les défendeurs, en faisant défaut, avouaient implicitement leur culpabilité et rappela un certain nombre de faits tendant à établir l'accusation, après quoi le capitaine confirma

■les déclarations de son avocat. Le divorce fut accordé

■le 17 novembre.

Le jour même où commençait le procès, M. Parnell adressa à ses amis de la Chambre des communes une circulaire les invitant à se trouver exactement à Westminster à l'ouverture delà session; car, disait-il, « il est hors de doute que la session prochaine sera une session de luttes depuis le commencement jusqu'à la fin et que de grandes questions dépendront des débats ». Cette circulaire était une réponse catégorique à ceux qui annonçaient déjà que M. Pamell, se conformant à des précédents célèbres, allait abdiquer la direction du parti nationaliste à la Chambre des communes. Quelle allait être l'attitude des libéraux? M. Parnell se souciait peu de l'opinion anglaise, mais il n'en était pas de même de M. Gladstone, qui comptait parmi ses partisans la grande armée des non-conformistes, dont le puritanisme était intraitable sur les questions de morale. M. Gladstone fît en effet savoir à M. Justin Mac Carthy qu'il considérait comme impossible la réélection de M. Parnell à la tète des nationalistes ; voyant que l'on ne tenait aucun compte de ces avejtisf ments, il écrivit le 24 novembre à M. John Morl pour le prier de s'entremettre auprès de M. Parn^ et de ses amis. Le lendemain eut lieu l'ouverture r'

Parlement (1). M.Parnell ayant été réélu chef de son parti, M. Gladstone eut avec le député de Cork u» entretien au cours duquel il le pria vivement, mais en vain, de démissionner. Il livra alors à la publicité sa lettre à M. John Morley, lettre où il soutenait que M. Parnell devait se retirer. « Son maintien comme leader, disait-il, non seulement placerait dans une situation très embarrassante beaucoup d'amis sincères et ' réels de la cause irlandaise, mais rendrait la prolongation de ma situation comme leader du parti libéral, basée surtout comme elle Test sur la défense de la cause de Tlrlande, presque une nullité. » La publication de ce document produisit à la Chambre une telle impression que les députés parnellistes se réunirent le 26 novembre pour délibérer sur la situation qui leur était faite par les déclarations de M. Gladstone, et,, après une longue discussion, ils se montrèrent favora-^ blés à la retraite de leur chef, sans toutefois prendre une décision ferme (2). Obligé de prendre un parti, M. Parnell n'hésita pas à passer le Rubicon (28 novembre), c'est-à-dire à lancer un manifeste où il demandait « au peuple irlandais son jugement dans une ques-

(1) Le discours du trône rappelait les négociations anglo-italiennes relatives à l'Afrique nord-orientale, la convention angloportugaise du 20 août, les négociations anglo-françaises sur les pêcheries de Terre-Neuve. Il annonçait des mesures destinées & atténuer les suites de l'insuffisance de la récolte des pommes de terre en Irlande, la reprise du projet sur a l'application indirecte des droits de dîme et de redevance aux terres en Angleterre et dans le pays de Galles », et celui du rachat des terres erx Irlande, etc. Le gouvernement annonçait aussi des mesures « pour alléger les charges que la loi concernant l'instructioa obligatoire avait imposées dans les dernières années à la partie la plus pauvre du peuple ». Ainsi, les» conservateurs acceptaient la gratuité de l'enseignement primaire, après l'avoir depuis un '^"~- -iècle, combattue en principe.

ans la séance môme du 26 novembre, M. Gladstone pro-

Jn bill tendant à rendre légale la nomination d'un cathoaux postes de lord chancelier et de vice-roi d'Irlande,

^és exclusivement à des protestants par l'acte d'émancipa-

(ion où l'Irlande seule a le droit de se prononcer », et où il revendiquait l'in dépendait ce de son parti à l'égard de B tout parti anglais « ; il disait pouvoir conclure de ses entretiens avec M. Gladstone et avec M. Horley que les libéraux ne feraient rien pour le plan de campagne, qui n'avait donc pas à souffrir ou à bénéficier de sa retraite; il affirmait aussi que M. Morley lui aurait offert le poste de secrétaire pour l'Irlande, au cas où les libéraux arriveraient au pouvoir, mais qu'il avait refusé «d'aliéner l'indépendance du parti irlandais », laquelle constitue son arme la plus forte (1). Ces assertions furent contredites par M. Gladstone (2) et par M. John Morley (3).'

(1) M. Parnell affirmait que dans son entrevue à Hawarden avec M. Gladstone, la discussion avait porté sur quatre points : 1° maintien au Parlement impérial de députés irlandais; 2°.règleinent des difficultés agraires en Irlande ; 3° contrôle de la potice irlandaise; 40 nomination de la magistrature, y compris les Juges ■de la Cour suprême, des Cours de comtés et des tribunaux da police. M. Parnell aurait consenti à la réduction du nombre des députés irlandais au Parlement de Westminster, en retour de 'Concessions sur d'aulres points.

(2) Suivant M. Gladstone, il n'y a en aucun projet formé entre le chef des libéraux et le cbef des nationalistes, mais un simple échange de vues. M. Parnell n'aurait soulevé aucune objection sérieuse, et la conversation des deux hommes d'État aurait été communiquée secrètement par M. Gladstone à ses co]~ lègues du cabinet de 1886. Celte lettre rectificative adressée à la presse te 26 novembre se terminait par la déclaration suivante : " 1* J'ai toujours été d'avis, dans ma vie publique aussi bien que dans ma vie privée, que le parti nationaliste irlandais devait rester entièrement indépendant du parti libéral de la Grande-Bretagne; il est de notre devoir, et du mien surtout, conformément -à l'esprit de Grnttan et d'O'Connell, d'étudier tous les accommodements dans la grande question du home rule qui seraient de nature A. attirer de notre c6té ceux de nos adversaires qui sont modérés et équitables. Mais si Je proposais une mesure quelconque en dehors de celles qui pourraient recevoir Vapprobat'"" de l'Irlande sur les bases déjà établies, ce serait de ma part Acte de folie et un acte de trahison è l'égard de la nation ir) daise, et, même à cûté de M. Parnell, j'ai le droit de prétendj

lui porter un certain intérêt. »

(3) M. John Morley prélendit n'avoir jamais fait.i H. Par

GBANDE-BSKTAOKE ET IBLANDE 145

Le parti naiionafil^te se réunit le 1®' décembre en réunion plénière, dans un bureau de la Chambré des commune»; le matin, M. Parnell avait convoqué ses amis personnels pour leur communiquer les déclaratioi» qu'il se proposait de faire dans l'après-midi. Après une discussion très agitée et qui dura plusieurs jours, 45 députés contre 29, plus les délégués en Amérique, votèrent contre le maintien du leader actuel. La majorité comprenait les membres les plus importants du parti, M. Mac Carthy en tête, et en Irlande, le clergé catholique prit position dans le même sens. En Angleterre, les unionistes, si çicharnés contre M. Parnell lors de Tincident Pigott, affectaient d'approuver maintenant son attitude, qu'ils jugeaient évidemment fatale à la cause nationaliste.

M. Clancy, Tun des députés restés fidèles à M. Parnell, proposa alors à ses collègues une motion portant que le parti tout entier s'engageait à n'accepter aucun projet de home rule ne conférant pas au Parlement irlandais le contrôle de la gendarmerie, de la magistrature et de la législation agraire, auquel cas M. Parnell « prendrait en considération l'ensemble des circonstances». M. Parnell avait, le i*"^ décembre, chargé M. Mac Carthy de présenter à M. Gladstone l'ultimatum suivant: extension du principe du home rule tel qu'il avait été formulé dans les bills de 1886 etdansles entrevues de décembre 1889 à Hawarden, comme condition sine qua non de la retraite de M. Parnell. M. Mac Carthy n'ayant pas réussi dans cette négociation, M. Clancy reprenait la proposition, mais en la modifiant en ce sens que le parti irlandais se lierait, même s'il n'avait pas l'assentiment préalable des libé-

une Droposition ayant pour objet « l'absorption du parti irlanans la politique anglaise par la nomination de ses membres fonctions officielles anglaises » ; il avait simplement voulu irer, pour en informer M. Gladstone, « si M. Parnell mainte- 63 idées d'abnégation personnelle qu'il avait émise en 1880, » ^nse qu'il reçut fut « conforme à ses prévisions ».

raux ; de celte manière, la question de M. Parnell perdrait tout caractère personnel, et l'ancien chef des nationalistes conserverait une influence occulte, mais réelle, sur la marche des affaires. M. Gladstone répondit qu'il était prêt à conférer avec les députés irlandais au sujet de questions ayant trait è. leur pays, mais qu'il existait en ce moment « un obstacle s'opposant à un entretien au sujet de l'entrevue de Hawarden », et qu'il agirait comme si rien n'avait eu lieu, le jour 0(1 cet obstacle serait levé. A la suite de cette démarche, les députés nationalistes se réunirent le 6 décembre. M. Abraham ayant lu une résolution portant que M, Parnell n'était plus le « chairman » du parti, le député de Cork refusa de mettre aux voix cette résolution, ce qui détermina les 43 membres de la majorité à quitter la salle des délibérations. La minorité continua à délibérer, et, après une allocution apologétique du colonel Nolan, M. Parnell prit la parole. « Les hommes qui viennent de déserter leur parti, ditil, craignent l'opinion publique en Irlande. C'est au peuple irlandais qu'appartient la décision suprême. Nous sommes la minorité, mais nous sommes les vainqueurs ». La majorité, de son côté, après avoir élu M. Mac Carthy, s'engagea à n'accepter aucun projet de home rule dont ne voudrait pas la nation. Ainsi futconsommée la scission du parti nationaliste. M. Parnell, après avoir promis de se démettre si la majorité de ses collègues l'exigeait, refusait de tenir parole, et allait combattre pied à pied ses anciens amis, soutenus par l'Église catholique d'Irlande.

La courte session d'hiver (23 novembre-9 décembre) passa inaperçue au milieu de l'agitation produite par la scission survenue dans le parti parnelliste. Le 27 novembre, M. Balfour demanda la première lecture du bill relatif à l'achat des terres en Irlande et exposa I modifications qu'il y avait introduites pendant 1 vacances. M. Labouchère présenta un amendeme tendant au rejet du bill et qui ne réunit que 117 vo

I contre 268 ; M. Parne.U et une vingtaine de ses amis votèrent avec le ministère, voulant peut-être donner un avertissement à ceux qui menaçaient de Tabandonner. Par contre, on remarqua qu'au moment du vote, MM. Gladstone, John Morley et William Harcourt quittèrent la salle des séances, refusant ainsi de voter en compagnie de M. Parnell. En seconde lecture (2 décembre), M. John EUis reproduisit l'amendement Labouchère, et fut soutenu par M. Gladstone; le 5, la Chambre décida de passer à la discussion des articles, fixant au 22 janvier 1891 l'ouverture de la discussion. Le Parlement adopta aussi, sans débats, un crédit de 500 livres sterlings (125,000 francs) pour permettre de donner aux paysans des comtés de l'ouest les semences de pommes de terre qui leur étaient utiles et de venir à leur aide en entreprenant des travaux publics pour le compte de l'État.

M. Parnell partit le 9 décembre de Londres pour l'Irlande accompagné de quelques députés, ses amis fidèles, et suivi de plusieurs représentants du nouveau groupe Mac Carthy. Dès son arrivée à Dublin (10 décembre), il se présenta aux bureaux de V United Ireland. En sa qualité de membre du Conseil d'administration et de principal actionnaire du journal, il fit expulser M. Bodkins (rédacteur en chef intérimaire en l'absence de M. W. O'Brien) par le ministère du sous-sherif et député Clancy. Le soir, il y eut un grand meeting à la Rotonde ; M. Parnell y qualifia d'hypocrite et d'ignorante l'agitation provoquée contre lui et reprocha à ses adversaires de n'être que des « patriotes à fleur de peau ». Dans la nuit, M. Bodkin reprit, par ruse, pos- ^ssion des bureaux de V United Jreland, que les parnellistes réoccupèrent le lendemain après un véritable •siège. A Cork, M. Parnell reçut un accueil non moins usiaste qu'à Dublin: on remarqua que, pour* la -ière fois, il sollicita le concours « des enfants I *avail aux mains calleuses ». L'élection du comté

I ^kenny-Nord, qui devait avoir lieu le 15 décembre

148 LA VIE POLITIQUE A L'ÈTRAMMaBL

fut l'occasion de manifestations d'une violence ims»û»i un individu jeta de la boue (les parnellistes disent de la chaux en poudre) dans les yeux de M. Parnell. Le député de Cork venait d'adresser un manifeste au peuple irlandais. « Est-ce aux radicaux d'Angleterre à choisir votre chef? disait-il dans ce document emphatique. Montagnards de l'Irlande, vous les compagnons de Gratan, vous les volontaires d'O'Connell, de Davis et de Wolfe-Tone, du vaillant père Murphy, prêtre et patriote, abandonnerez-vous votre chef? Le livrerezvous aux loups Saxons qui hurlent pour sa destruction? Ne vous rallierez-vous pas plutôt autour de lui, comme vos pères se sont ralliés autour des hommes de 1798 et ne crierez-vous pas de vos milliers de voix à l'unisson : Pas de capitulation! Hourrah pour Charles-Stewart Parnell, le chef d'un parti irlandais indépendant! A bas la faction qui voudrait faire du peuple irlandais l'esclave d'une puissance étrangère! Rassemblez- vous, montagnards, autour de votre chef Charles-Stewart Parnell, et jetez le défi à la face de ses ennemis et des ennemis de votre race ! » .

En dépit de cette proclamation enflammée, M. Parnell fut complètement battu à Kilkenny : son candidat, M. Scully, ne réunit que 1,356 voix, tandis que str John Pope Heunessy, le candidat des antiparnellistés, en obtint 2,527. M. Parnell ne se laissa d'ailleurs pas abattre par ce résultat décourageant ; après la proclamation du scrutin, il harangua la foule, qui le porta en triomphe, et déclara que, sûr du succès final, il continuerait la lutte jusqu'au bout. Il est difficile de porter une appréciation nette sur les conséquences de ce scrutin. Les gladstoniens s'en sont réjouis, parce qu'ils y voient le signe que les Irlandais ne sacrifieraient pas l'espoir de leurs revendications au désir de ménager Famour-propre d'un homme; les conservateurs et ^ unionistes ne sont pas moins joyeux, parce qu'ils c sidèrent la scission survenue dans le parti irland comme définitive. Qui faut-il croire ? Un proch- ^

PAGUT! ET IRLANDE H9 fin ne peut que souhaiter à l'Ireu quelques mois les avantages tl. Parnell lui-même, à force . Quelque exagéré que paraisse Jéputé de Cork est aujourd'hui il est à craindre que la pershome rule par l'acliou combinée lis et des libéraux anglais ne ingers.

, social. — Une grève d'une espèce particulière éclata à Londres au mois de juillet. Depuis longtemps, les policemeu de la Cité réclamaient une augmentation d'appointements, une réduction de leurs heures de service et des garanties au sDJetde leur pension de retraite, M. Munro, chef de la police municipale, s'était retiré à la suite du dépôt par H. Uatthews, ministre de l'intérieur (12 Juin) d'un projet qui ne répondait pas à l'attente des agents, et ceax-ci prenant fait et cause pour M. Munro, adressèrent à tous les postes de police, à la suite d'un meeting (13 juin), une circulaire invitant les agents à se mettre en grève si l'on ne faisait pas droit à leurs réclamations, qu'ils formulaient dans les termes suivants: hait heures consécutives de travail par jour; un dimanche de congé par mois; une pension équivalente aoi deux tiers de leur solde au bout de vingt ans de services et de bonne conduite; — 27 shillings par semaine pour les agents de troisième classe, 30 pour wnx de seconde, et 33 pour ceux de première ; — avancement régulier d'une classe dans l'autre au bout de deux ans et de quatre ans, de façon à ce qu'un agent arrive en six ans à. la première classe; paiement des heures de travail supplémentaires. Le samedi soir, 5 iiiillet, un commencement de rébellion se produisit Bowstreet parmi des agents convoqués pour le ce de nuit; le surlendemain, les délégués des rses réunions de la police métropolitaine tinrent "^union, des désordres s'en suivirent. La police

LA VIE POLITIQUE A L'ÉTKANGEE tée et la garde à cheval durent intervenir, pendant sir Edward Bradford, le successeur de M. Hunro, ^dait à de nombreuses révocations.

même temps, avait lieu une grève partielle des oyés et facteurs des postes, qui prétendaient imr à M, Raikes, Postmaster gênerai, le renvoi des ts demeurés en dehors de leur union syndicale illet), et les grenadiers du deuxième régiment de irde (caserne Wellington) se révoltèrent contre

officiers, parce qu'ils avaient h subir trop d'insons et à faire des corvées qu'ils jugeaient inutiles liltet) ; le 22 juillet, le deuxième régiment fut irqué pour les Bermudes, et le Conseil de guerre a quelques mois de travaux forcés au plus ancien it de chaque compagnie.

us arrivons maintenant aux manifestations oues, qui ontprésenté en 1890 un intérêt particulier, lanifestation de Londres (i mai) a démontré que isse des travailleurs londoniens, comme on le préit d'ailleurs, est favorable à la journée de huit es : sur le principe, il y a unanimité entre les es Unions, le Comité central ouvrier et la Fédén démocratique et sociale ; mais, tandis que les es Unions ne veulent rien devoir qu'à elles-mêmes, mité central attend des pouvoirs publics la réalin de son programme. La manifestation du 4 mai, le Park, fut â ce point de vue particulièrement ficative. La résolution votée par les amis de irns disait:

je meeting demande énergiquement une réduction e de huit heures par jour, ou quarante-huit heures emaine, comme maximum de travail pour tous les )rs et commerces, et s'engage à travailler ferme-

pour la possession collective de tous moyens et iiments productifs de richesse parla communau ae le seul moyen d'émanciper complètement le de l'esclavage industriel de nos jours, » La i ion des Trades Unions procédait de conceptio

GEANDE-BEETAGNE ET IKLANDE 151

toutes différentes. « Ce vaste meeting de travailleurs de Londres, sachant que l'excessive longueur des jours de travail cause une irrégularité dans les emplois d'où résulte beaucoup de misère et de démoralisation sociale, croit que le meilleur moyen de mitiger ces maux est de réduire les heures de travail à un maximum de quarante-huit par semaine, félicite cordialement nos compagnons de travail des autres pays, pour avoir demandé ces réductions d'heures de travail, exhorte nos compatriotes à être infatigables dans leurs efforts pour établir avec succès cette limite, par tout moyen légitime en leur pouvoir, et, comme un premier pas, en appelle au gouvernement de ce pays et aux corps locaux, pour fixer immédiatement ces heures, dans tous les départements sous leur contrôle ; demande aux ouvriers des divers districts électoraux d'exiger de leurs députés qu'ils s'efiforcent d'obtenir cette réduction des heures de travail dans les emplois gouverne- ' mentaux et locaux; et, de plus, demande qu'aucun bill pour la construction de chemins de fer, tramways, canaux, etc., ne soit sanctionné par le gouvernement, sans que ce bill contienne une clause limitant les heures de travail, pour ces entreprises, à huit heures par jour. »

A quelques jours de là, le comte de Wemyss crut devoir porter devant la Chambre haute la question du socialisme d'État (19 mai), et il fournit ainsi au « Premier », l'occasion de se prononcer sans réserves en faveur de l'initiative individuelle. « Selon moi, dit lord Salisbury, le socialisme est une grande erreur... Les mesures prises au détriment des droits des particuliers détruisent la confiance et par conséquent le capital ; ce capital serait détourné de sa véritable destination et '''"'^Tistrie future serait ruinée. » Ces déclarations n'emèrent pas le Comité central de la « Ligue des huit es légales et internationales du travail » de procé- ^3 3 juin, à son organisation, louble courant d'idées qui commençait à partager

182 LA TIE POLITIQtrE A L'ÉTBA

définitivement en deux camps les tra' niques donnait un intérêt tout spécial Trades Unions, réuni le 1*'' septembre représentant 1,437,000 ouvriers. La des Trades Unions comme personnes n avait paru devoir mettre l'Angleter agitations socialistes; on pensait que de métiers, puissantes par le nombre, ciplîne, les ressources pécuniaires, s< force à. défendre leurs intérêts sans se terventioQ de rÉtat. Mais les journi labourers) accusèrent bientôt les Tradei dances conservatrices et se séparèrent artisans (skilled labourers). Tout d'abi parti se borna k formuler dans des met dications; mais la grande grève des d lui permit de s'introduire dans l'organ ouvrières, dont cette infusion de s naire modifia profondément le caracfc MH. John Burns, Tom Mann, Ben T leur programme à celui de MM. Broadh Harford, partisans du self-kelp et, de Le Congrès de Liverpool mit en évidi constants que leurs idées faisaient ouvrière : il reconnut les avantages d'i internationale des travailleurs , vota contre l'emploi des travailleurs étrangei anglais, invita le Parlement h fixer â journée de travail, après avoir repoui ment tendant à laisser les corps de mél libres de réclamer individuellement L'élection du secrétaire du Comité pa remplacement de M. Broadburst, qui i cette année une importance d'autant | les Trades Unions traversaient une cris' grès élut M. Charles Fenwick, député thumberland, qui appartenait pluti^tt à l mais qui prit l'engagement de défendi

il n'était pas personnellement partisan ; M. John Burns fut élu le lendemain (5 septembre) membre du Comité parlementaire, en remplacement d'un membre opposé à la journée légale. En somme, il y avait unanimité sur la réduction des heures de travail, divergence de vues sur les moyens de l'obtenir, mais le prolétariat socialiste l'emportait sur les anciennes associations.

Ces tendances déterminèrent les armateurs anglais, réunis à Londres le 2 septembre, à fonder une fédération ayant pour objet d'étudier et d'examiner toutes les questions ouvrières ; — de conférer avec les associations de travailleurs ; — d'indemniser les armateurs dont les navires seraient détenus par ordre de la Fédération ou en conséquence de ses mesures ; — d'exercer des poursuites en faveur des droits de la Fédération, — de protéger le personnel des armateurs contre les associations ouvrières, et de résister aux coalitions de travailleurs ; — enfin, de préparer une législation maritime commerciale appropriée aux circonstances. Un Comité général, siégeant à Londres, correspondrait avec des Comités locaux établis dans les principaux ports, et avec les associations analogues des colonies.

Aussitôt, M. Michaël Davitt fit paraître le premier numéro du Labour World ^ journal qui se proposait de revendiquer une organisation « plus démocratique » du travail, l'attribution à la communauté de la plus-value annuelle, l'extension du contrôle gouvernemental, le retour à TÉtat ou aux communes des monopoles que les corporations publiques ne pourraient exploiter (18 septembre). En même temps, le parti redoublait d'activité, et, le 30 septembre, se réunissait à Londres le premier congrès annuel des Dockers.

La crise financière (i). — L'exagération du crédit

los capitaux européens ont ouvert à l'Amérique du

'^tamment à la République Argentine, a amené

ous devons la communication des renseignements relatifs '■""^ financière à M. Arthur Raffalovich.

if

une catastrophe : la République Argentine, grisée par Toffre de capitaux que la concurrence des banquiers anglais, allemands, belges et français, lui apportait à des conditions de bon marché inouï, a gaspillé des sommes gigantesques, et, retombant dans les pires errements du papier-monnaie sous toutes ses formes, a fait mieux comprendre Law et son système. Les conversions ininterrompues, que les États européens ont eu la bonne fortune de pouvoir imposer à leurs créanciers, ont contribué à guider les capitaux vers les placements exotiques, toujours aléatoires.

Depuis 1888, l'Angleterre avait vu renaître dans de grandes proportions son activité industrielle et commerciale, en même temps que la spéculation à la Bourse se donnait libre carrière sur les valeurs sud-américaines, les brasseries, les mines d'or, les actions de chemins de fer américains. En trois ans, on émit pour près de 15 milliards de valeurs nouvelles. Avec la constitution particulière de la Banque d'Angleterre, telle qu'elle résulte de la loi de 1844, la situation devient tendue lorsque l'Angleterre a de trop grosses dettes à l'étranger ou qu'elle a accordé trop libéralement des crédits à l'étranger. L'or s'écoule au dehors, et la Banque est obligée de hausser l'escompte, ce qui amène un resserrement général du crédit.

Le 31 juillet 1890, la Banque porta l'escompte à5p. 100. Quelques semaines après la révolution deBuenos-Ayres, on commença à avoir des inquiétudes sur les grandes maisons de banque, qui avaient servi d'intermédiaire: au gouvernement argentin auprès du public européen. L'automne vit grandir ces préoccupations : on savait le crédit de Baring frères, la première maison de banque anglaise, la cheville ouvrière des opérations du commerce international, discuté; mais bien peu de ger\<^ soupçonnaient jusqu'à quel point les Baring s'étai( engagés, et quelle était l'étendue de leurs acceptatio notammant celles de traites tirées de Buenos-Ayres i leur agent S. B. Nale.

Le Silver-Act et le Mac Kinley Bill avaient stimulé la spéculation à New York et, lorsque le renchérissement de l'argent y amena une crise, la répercussion fut très vive à Londres. Le 7 novembre, l'escompte fut soudainement porté à 6 p. 100 à Londres; une panique éclata au Stock Exchang. On apprit, quelques jours plus tard, que les Baring, acculés, incapables de faire face à une échéance de 100 millions de francs, avaient dû invoquer l'assistance de la Banque d'Angleterre. Le danger était pressant, M. Goschen offrit au gouverneur de la Banque de suspendre le Bank Act; M. Lidderdale refusa, mais forma un syndicat de garantie qui prit l'actif des Baring et avança les sommes nécessaires pour payer les dépôts et les acceptations (15 à 20 millions livres sterling). On évita ainsi le retour d'un vendredi noir, comparable à celui qui avait suivi la chute d'Overend Gusney.

La Banque de France vint au secours de la Banque d'Angleterre en lui prêtant 75 millions de francs en or, contre un dépôt de fonds publics; la Russie, en donnant 1,500,000 livres contre des bons du Trésor. La maison Baring entra en liquidation, et fut remplacée par une société limited.

Nécrologie

^iggar (Joseph-Gillis), né en 1828, député de Cavan depuis 1874, lun des principaux membres du parti parnelliste. C'est lui qui, en 1875, prit l'initiative de l'obstructionnisme. — Burton (Sir Richard-Francis), né en 1821, consul à Trieste. Après avoir servi avec distinction dans l'armée de Bombay et avoir pris part à la guerre de Grimée, il entreprit avec Speke l'expédition qui aboutit à la découverte du Tanganyika. En 1861, il fut envoyé par lord iohn Russell à la baie de Biafra, pénétra dans le Dahomey et explora la région des lagunes entre Lagos et la Volta. Consul au , il en parcourut les parties ignorées; il visita ensuite le de Midian en Arabie (187()'1877), — Carnarvon (Henry rd-Molyneux-Herbert, comte de), né en 1831, conservateur, it occupé le poste de secrétaire d'État pour l'Inde dans les its de lord Derby et de lord Beaconsfield. — Lamington "1er Dundas-Ross-Wishart-Baillie-Cochrane, lord), né en

eoa»ervateur. Ami iatimede lord Be&coiiafield, il tutuu des Tes de ce parti de la jeune Angleterre, peint dans Si/bil, et e duc de Rutlaod est le dernier surriiaot. Il a écrit des a, des ouvrages historiques et un ouïfagB sur le Théâtre lii sous le règne de Loua XV. — Liddoa {Le Hév. Henry- I, né en 1829, cluaoiQe de la cathédrale de Saint-Paul, préor éloquent et l'un des membres les plus distingués de B aoglicane. Son principal ouvrage est intitulé : La DiviniU ti$-ChrUt. On l'a surnommé le Lacordaîre de l'Augleterre. Uet (Sir Louis), né en 1823, homme politique et économiste, i fonctiounure supérieur du Board of Trade, ancien soualire d'État pour les Indes. Il prit une grande part à la conn du traité de commerce an glo- français de 186(1, et dressa iureinent le tarit douaoier adopté par les deui pays. —

■ de Magdala (Lord), né en 1810 a Ceylan, feid- maréchal. 'a dans le corps du génie du Bengale en 18S6. Lors de la : de 1857, il donna des preuves éclatantes de bravoure et mt. Il commanda en 1867 l'expédition d'Abyssioie qui se la par le suicide de Theodoros et la prise de Magdala. De

1882, lord Napier eierca successivement les fonctions de indant en chef de l'armée des Indes et de gouverneur de tar. Il avait quitté le service en 1882. — Newman (John- I, cardinal, né en 1801. Il fut, de 1832 k 1846, le chef du

mouvement religieux dit d'Oxtord, qui détermina daos ; anglicane un retour vers le catholicisme, et, en 1846, il se t à la papauté. Sous le pontificat de Pie IX, il combattit -tunité de la définition de l'intaillibilitê, et il encourut une lisgrâce, mais Léon XIII lui donna la pourpre en 1879. — mby [George-Augustus-Constanliae Phipps, marquis de), né 9, ancien gouverneur de la Nouvelle -Ecosse, du QuecnslanJ, Nouvelle-Zélande et de Victoria. Il était fils de l'ancieD sadeur à Paris qui a laissé de curieux mémoires sur la ition de 18*8. — Talbot (Christopher), doyen de la Chambre umunes, cunou sous le nom de o Père de la Chambre », né ]. Il a siégé pendant soixante ans sans interruption comme sntant de la circonscription de Glamorgan.

Bibliographie

lettera and diarks of sir Stafford Nortkcole (2 vol.). — ttl Newman, par Hutton. — Problems of Greaier Britain

■ C. Dillte.

lÈCE

pendant l'année 1890, a été lar la chute du Cabinet préicoupis. Les causes qui ont ) ministère ont été, indépeniculières et des rivalités de tenir compte en Grèce : 1° l'atdans la question crétoise et

patriarcat œcuménique et ia ique financière et économique

ment surexcitée par les jourar les doléances des Cretois n 1889, à M. Tricoupis de ne énergie les revendications de ivier 1890, on apprenait, à i, gouverneur de l'ile, venait, ée à Interpréter le firman imlibertés Cretoises, et d'accroîles exclues de l'amnistie. Des ent lues, des télégrammes Qt l'authenticité n'était pas aient complaisamment des meurtre, commis par les complicité du gouverneur, u budget était close quel-

que temps après, par un discours où M. Typaldo, député de Céphalonie, attaquait vivement la politique extérieure de M. Tricoupis, et ajoutait quelques détails nouveaux au « martyrologe » de Candie. VEphiméris publiait presque chaque jour des articles où elle déclarait, avec un grand luxe de métaphores classiques, que M. Tricoupis était le mauvais génie de la Grèce, V « artisan de rhumiliation nationale », la ruine des espérances de rhellénisme. L'A cropo/w, journal officieux, répondait, à peu près sur le même ton, que les déboires diplomatiques de la Grèce étaient Tceuvre de M. Delyannis, dont la politique inconsidérée n'avait abouti qu'au blocus de 1886 et au désarmement de la Grèce humiliée.

L'affaire des bérats d'investiture accordés par le Divan à un certain nombre d'évéques bulgares de Macédoine vint encore aigrir les rapports de la Grèce et de la Turquie, et rendre plus malaisée la situation du Cabinet. On sait les rivalités qui divisent les Etats chrétiens des Balkans, et, particulièrement, la lutte morale que soutiennent les partisans du panhellénisme contre les Slaves de Serbie et de Bulgarie. La « bulgarisation » de la Macédoine est, pour le patriotisme grec, un sujet d'inquiétude. L'octroi des bérats alarma d'autant plus l'opinion publique que, quelques jours auparavant, M. Voulcovich, agent bulgare à Constantinople, recevait de son gouvernement l'ordre de communiquer à la Sublime Porte une note réclamant, en termes presque comminatoires, la reconnaissance des droits de l'Église . bulgare, et dénonçant à la puissance suzeraine les « manœuvres de toutes sortes employées par le patriarcat grec pour empêcher que deux millions de Bulgares, sujets fidèles de S. M. I. le Sultan, aient des chefs religieux qui administrent leurs églises et leurs écoles. »

Cette note, qui indigna les Grecs et qui tende disaient-ils, « à éliminer les Grecs de la pati d'Alexandre le Grand et d'Aristote », fut bien accueil

par le Divan, qui accorda aux évéques bulgares de Macédoine l'investiture officielle. On ne manqua pas, dans les cercles de l'Opposition, d'attribuer cet échec de la politique grecque au « système d'effacement de M. Tricoupis ». Le Patriarche de l'église orthodoxe, Dionysios V, protesta contre cette mesure, dans une série de doléances, auxquelles le ministère répondit par une série de teskérés; puis, en désespoir de cause, il donna sa démission, fit enlever ses meubles de son palais du Phanar, se relira dans sa résidence de Macri-Keui, et se fît faire des cartes de visite avec cette mention : « Ex-patriarche de Constantinople. » Cette nouvelle causa en Grèce la plus vive émotion. Dans le courant du mois d'août, une réunion fort tumultueuse, où il y avait non seulement des Macédoniens, mais encore des Epirotes, des Cretois, des Ioniens d'Asie mineure, fut tenue en l'église Sainte-Irène, et M. Moskakis, professeur de théologie, prononça un discours où il dépeignait, en termes pathétiques, les souffrances de l'orthodoxie persécutée.

Elle a donc été déclarée en état de persécution, s'écriait-il, la mère de toutes les églises orthodoxes, le lien puissant de l'hellénisme au dehors, le gardien de nos plus nobles aspirations et de nos plus chères espéfances, l'arche céleste qui a porté notre race à travers la mer orageuse d'un long et barbare esclavage.

l'Église en état de persécution! Des tyrans étrangers ont porté sur elle une main sacrilège. Ces privilèges octroyés par le Conquérant et que Ton avait jusqu'ici respectés, ces droits, sans lesquels ne saurait exister l'Église orthodoxe, sont maintenant violés, foulés aux pieds d'une manière systématique. Les autorités turques sont illégalement saisies des différends entre époux, prononcent sur la validité des mariages; des écoles placées sous la surveillance du Patriarche œcuménique sont fermées, supprimées, des professeurs et des maîtresses sont condamnés à une longue détention par des conseils de guerre, des gouverneurs procèdent, manu militari^ à la nomination et à ipension des conseils diocésains, et une foule de choses ables sont perpétrées contre l'Église sous le règne du i actuel. Pour comble, la Porte cède aux prétentions anoniques et anti-nationales des Bulgares et délivre, en 'f»n des lois et des traités, au mépris des droits et des

légitimes représeotations da Patriarche CBcaméoique et des deux conseils nationaux, les fameux bérats, et nomme, en pays orthodoxes pourvus de leurs évêques réguliers, des évêques ayant les mêmes titres qu'eux.

C^est ainsi gae Hamid n, se proclame chef suprême de notre Église, et, se plaçant au-dessus des conciles œcuméniques, prononce sur les (Ufférends religieux des Chrétiens, change en orthodoxes des évêques schismatiques, fait naître la confusion et les querelles entre peuples en installant deux évêques orthodoxes dans un seul et même diocèse.

Donc, la Porte s'est mise hors la loi et les traités en face de ses sujets orthodoxes. Elle a outragé l'Église en instituant à ses côtés une nouvelle église orthodoxe dite bulgare, violé ses droits inaliénables. Elle a, en un mot, déclaré une guerre d'extermination à toute l'orthodoxie.

En présence de Tattitnde cauteleuse et hostile que la Porte vient de prendre à l'endroit de l'orthodoxie, les hégètes de rhellénisme extérieur ne pouvaient plus s'arrêter à des demimesures. 11 était temps — quoique eu vain malheureusement — de faire entendre de vigoureuses protestations, et ils l'ont fait de manière à sauver au moins l'honneur et la dignité de l'Église et de la nation, à montrer la force irrésistible de l'orthodoxie. Honneur et gloire au Patriarche œcuménique, il s*est montré le digne émule des vénérables prélats qui ont illustré à diverses époques le siège pontifical de Constantinople. Honneur et gloire à rhéroïque métropolitain d'Héraclée, au Saint-Synode, au Conseil nation dl, qui ont prouvé que la race grecque n'a pas encore dégénéré.

Elle est juste, chers concitoyens, l'émotion intime, la sainte indignation qui a gagné de proche en pro^e toute la Grèce à l'annonce de ces déplorables événements. Vous comprenez qu'il est de notre devoir de suivre la noble et généreuse lutte engagée par rhellénisme du dehors, lutte pour le droit, lutte nationale. A travers les cruelles épreuves que subit notre nationalité, montrons que le dévouement n'est pas resté en partage aux Hellènes du dehors, mais que notre cœur respire un pur et saint amour pour la grande patrie.

D'autre part, TOpposition s'efforça d'attribuei* àM. Tricoupis cet échec du Patriarche. « Dionysios V, disaient les feuilles delyannistes, Dionysios Va manqué d'énergie dans la défense des droits de l'Église. Il s'est dérobé a : devoirs que lui imposait sa situation. Élevé au sic \ pontifical par les intrigues de M. Tricoupis, il n'est j j à la hauteur des circonstances critiques que travers l

l'Église et la nation grecque en Turquie. » On attaquait non moins vivement M. Mavrocordato, ministre de Grèce àConstantinople, que Ton accusait d'avoir conseillé à son gouvernement une politique de concessions à la Turquie, de n'avoir pas su profiter du précédent créé parla «sommation respectueuse » de M. Stambouloff, et de n'avoir point présenté en termes suffisamment énergiques les doléances de la Grèce depuis l'ouverture de la question macédonienne. Ledimanche 17 août, un nouveau meeting [syllalitirion) eut lieu près des Colonnes de Jupiter Olympien, et vota un ordre du jour invitant le gouvernement à agir.

L'irritation des Grecs fut encore accrue par une nouvelle venue des Lieux-Saints. Le tzar avait donné l'ordre d'installer, dans un des couvents du Saint-Sépulcre, trente nouveaux moines russes. On crut voir, dans ce fait, un empiétement sur les droits religieux et nationaux de l'hellénisme, et une preuve évidente que la Russie n'était point impartiale dans les conflits qui divisaient les États chrétiens des Balkans. Le rêve de l'alliance russe, qui avait si longtemps consolé les patriotes hellènes, s'évanouissait comme le rêve de l'alliance allemande. Dans des articles fort aigres, la presse grecque déclarait que « la Russie, dans l'affaire des bérats, n'avait fait qu'une opposition de pure forme pour se donner les apparences de prendre la défense des intérêts serbes et non pour sauvegarder les droits du Patriarcat œcuménique ». Les feuilles officieuses ellesmêmes ne parlaient pas autrement. « La Russie, disaientelles en substance, peut compter sur les sympathies de la Grèce, si elle renonce à la protection exclusive des Slaves, des Bulgares notamment dont les usurpations, encouragées par la triple alliance, sont un danger pour

aussi bien que pour les Serbes et les Monténégrins. I . rien n'indique un changement semblable dans la I ique russe. Nous craignons que la Russie ne tue le ^ gras que lorsque l'enfant prodigue, le Bulgare, ï "^ra dans la maison paternelle. Cette crainte est un

LA TIE POUTIQOE A fBTBAKGEa

e sérieux à un rapprochement avec la Russie. » ^flexions, leNordde Braxelles, organe de la chan- ; russe, répondit assez brutalement que, « sans er de respect et de révérence pour la Mère Eglise litié les Russes à la foi chréLienne, il est naturel peuple russe ait des sympatliies spéciales pour es des Balkans, qui ne sont pas seulement pour

coreligioQDaires comme les Grecs, mais aussi igénères ». '

it noter enfin, après ces grosses déceptions, une incidents, dont la plupart, comme, il arrive comlent en Grèce, furent fort exagérés, mais qui n'en uèrent pas moins, bien que le ministère n'en fût ent responsable, à augmenter les forces de TOppo- Au mois de janvier, des lettres d'Epire, insérées mentèes par les journaux d'Athènes, signalaient >sité toujours croissante des autorités ottomanes l'hellénisme, et annonçaient comme très pro-

l'interdiction de l'emploi de la langue grecque

rédaction des actes publics. Au mois de février, idail de Monastir que le conseil de guerre avait lue M. Kokos, secrétaire du consulat de Grèce, ans de réclusion et à la relégation perpétuelle en

sous l'inculpation d'avoir conspiré contre l'ordre les établi. Deux journalistes grecs, MM. Paskhidis ippidis, accusés de conspiration, furent relégués tan. M. Typaldo, député, questionna, sur cette

M. Dragoumis, ministre des affaires étrangères, s réponses, nécessairement circonspectes, ne connt point l'intransigeance de l'Opposition. Pour 1 une idée plus exacte de l'excitation des esprits, ■ait ajouter à ces divers épisodes, tous les menus acontés et commentés par les journaux delyan-

vexations commises sur des sujets hellènes p-T :has turcs; actes de brigandage tolérés sur '. ; ■es par l'autorité ottomane; et mille autr j de plainte, que l'imagination hellénique amp ilaisir et aggravait par ce procédé de rhétoriq j

aKECE 163

connu ailleurs qu'en Grèce, et que Ton appelle, dans l'argot des journalistes : « horribles détails. »

La politique financière et économique de M. Tricoupis fut critiquée avec autant d'âpre té que sa politique extérieure. Le président du conseil, avec son habituelle largeur de vue et la puissance de travail que ses ennemis eux-mêmes ne lui contestent pas, avait construit, de toutes pièces, un système qui devait doter la Grèce d'une armée, d'une marine, d'un réseau de chemins de fer et de routes, mais dont l'application exigeait une stabilité ministérielle peu en rapport avec les habitudes politiques des Grecs. Avec une sincérité à laquelle il faut rendre justice, M. Tricoupis n'avait pas essayé de dissimuler au corps électoral qu'une aggravation des charges fiscales était imposée par les circonstances. Le peuple grec fut malheureusement plus sensible à l'augmentation des taxes qu'à leur résultat lointain. Le maître d'école de Lidoriki (Doride), me disait, en 1888 : « imétha gaidouria fortoména ; dem horoumé pléon, » (Nous sommes comme des ânes qui plient sous le faix; nous n'en pouvons plus.)

L'opposition ne négligea pas une occasion de porter ces doléances à la tribune de la Chambre. Dès l'ouverture de la session extraordinaire, le député Sotiropoulo profitait de la discussion du budget, pour prononcer une espèce de réquisitoire contre les dépenses du gouvernement. La séance du 6 février fut particulièrement intéressante. M. Delyannis, examinant la gestion financière de son successeur, lui reprocha d'avoir dépensé 400,000,000 en sept ans, et de n'avoir rien donné au peuple en échange. A ce discours qui s'adressait plutôt au corps électoral qu'à la Chambre, M. Tricoupis répondit que le système d'obstruction adopté par la minorité sr'-^-ndait indéfiniment le vote des lois d'intérêt géné- K t réfuta les reproches de ses adversaires en rappelé tout ce que son administration avait fait pour le d loppement de l'outillage national. M. Carapanos r( ''ua, au nom de l'Opposition, pour déclarer que les

tu-

travaux entrepris par le gouvernement n'étaient pas en rapport avec les charges imposées au peuple, et « qu'il était impossible de continuer un système d'emprunts, vraiment ruineux pour le pays ».

Pour doter la Grèce d'une armée, d'une marine et d'un réseau suffisant de chemins de fer et de routes, M. Tricoupis, sous son précédent ministère, avait pris pour collaborateurs, un certain nombre d'officiers et d'ingénieurs français. La mission militaire, commandée par le général Vosseur, qui avait sous ses ordres les capitaines Chevalier, Perruchon et de Prez-Crassier, avait quitté la Grèce, en 1888. La mission navale, à laquelle avaient appartenu le capitaine de frégate Vidal, le commissaire de marine Préaubert et M. Dupont, ingénieur en chef des constructions navales, était placée sous la haute direction du contre-amiral Lejeune. L'œuvre de ces missions était malaisée. Tout était à faire, aussi bien dans l'armée que dans la marine, pour l'instruction du personnel et l'organisation du matériel. Les efforts de la mission navale ne furent pas récompensés selon leurs mérites. Les Grecs, qui sont des gens de mer tout préparés pour la guerre de corsaires, mais qui sont peu initiés aux exigences de la marine moderne, ne furent ni assez dociles aux conseils de l'amiral Lejeune, ni assez reconnaissants pour son zèle. L'honorable amiral quitta 1% Grèce pendant Tété de 1890, entouré de toutes les marques officielles du respect et de la gratitude, un peu découragé peut-être par les attaques puériles dont il avait été l'objet, mais pouvant se donner à lui-même ce témoignage qu'il laissait à la Grèce des cuirassés nouveaux et des équipages capables de les manœuvrer.

La mission des travaux publics, dirigée par MM. les ingénieurs Gotteland et Quellennec, fut l'objet des tiques les plus vives. En l'atteignant, on voulait att( dre surtout le premier ministre. Mais il est permis regretter que les Grecs, dans la violente campagne presse dont la mission a été victime, aient montré

ile des autres et de leur ! parti ne devait pas s'ateot la Grèce, qui ne sonet qui la font bien. Mais I semblaient bon au parti •eprocher à M. Tricoupis i la criminalité, signalée e l'année 1890.

mmencement de février,

j, j.. -- r 'te à ceux qui accusaient

M. Tricoupis « d'introduire la politique dans l'armée ". VÉpkiniém du 2 février annonçait qu'il y avait eu un commencement de pronunciamienlo chez les officiers de Il garnison de Larissa. Quelques officiers, déplacés par ". Tricoupis, ministre de la guerre, avaient refusé Dbéir, et avaient présenté à leur chef, le général Vallos, une requête, demandan tque la direction du déparaient de la guerre fût confiée à un officier général. . Coumoundouros demanda des explications au goumement, et cette affaire occupa deux séances de la lambre. M. Rhalli, ancien ministre, qui a entrepris de rmerun tiers-parti entre les tricoupistes et les delyanîtes, prononça un discours où il s'efforçait de prouver ie l'administration de la guerre était entièrement umise à des nécessités d'ordre électoral. De leur côlé, i officiers de la garnison de Larissa se permettaient adresser directement au roi une requête dans laquelle i se plaignaient des procédés employés à l'égard de rtains d'entre eux, et réclamaient des réformes radilesdans l'administration militaire.

Cet incident, qui dénotait, dans l'armée, de fâcheuses ibitudes d'insubordination, n'eut pas de suites imméates. Toutefois, quelque temps après, M. Tricoupis, ' "irdant pour lui que le département des finances, Jia, au ministère de la guerre, le colonel Tzama-

IX événements, d'ordre très divers, vinrent dis- 'ïuninstantropinion publique de ces irritantes que-

LA VIE POLITIQUE A L'ÉTRANGER 9 juillet, une salve de cent un coups de canon lux Athéniens que la princesse Sophie, femme léri lier Constantin, régent du royaume, vettre au monde un enfant du sexe masculin. elle fut accueillie, en Grèce, avec toute l'allél'on pouvait désirer. D'autre part, à la veille élections législatives, on célébra, à Navarin, ion d'un monuments la mémoire des soldats ■ançais, mort pour l'indépendance hellénique, Lge, un peu tardif, rendu au philhellénisme de réparait de giaves oublis. Depuis quelques iemblait, à voir et à entendre les Grecs, que naissance allât exclusivement aux philheligleterre et d'Allemagne. On eût dit qu'ils volontiers ce jugement de Thistorien allednus : « La France se mit à la tête d'un t philhellénique qui, d'une manière vraiment !, était exempt de toute vue secondaire itionale, politique ou fioancière. » Byron, ihurch, Cochrane, Louis de Bavière, paraislurner à leur profit toute la quantité de ance dont les Grecs sont capables. M. Timonon, maire d'Athènes, bien connu pour ses d'attachement à. l'égard de notre pays, ins une lettre rendue publique, une motion tl juillet 1831, par l'Assemblée nationale ette motion proposait d'ériger deux monu- 1 à Navarin, l'autre à Pétalidi. « Le premier, >osé des motifs, doit éterniser le souvenir ire (combat de Navarin), journée fertile en eureux; le second doit rappeler à la postévenir du jour où l'expédition française a m Grèce, qu'elle a délivrée de la présence li, sauvée du retour de la peste, tout en à l'agriculture, en la rappelant au bonheur » idérants de cette motion étaient ainsi conçus

•rr

ses devoirs, en exprimant à Texpédition française et à son illustre chef, ainsi qu'à tant d'honorables philhellènes, sa reconnaissance pour tous les témoignages de dévouement et de générosité qu'ils lui ont manifestés. L'Assemblée, continue le préambule, ne pouvait mieux remplir ce devoir qu'en autorisant le gouvernement à prendre les mesures propres à éterniser dans le cœur des générations futures les témoignages de reconnaissance de la Grèce, avec le souvenir ineffaçable des événements qui ont préparé le relèvement national. »

Il était étrange que ce décret eût été oublié pendant cinquante-deux ans dans les archives de la Voidi. Le 4 16 avril, le démarque d'Athènes adressa au Conseil municipal un rapport motivé, concluant au vote d'un crédit de trente mille francs, comme première offrande de la municipalité d'Athènes pour la mise en vigueur du décret voté par l'Assemblée d'Argos. Un comité, composé de plusieurs membres de la colonie française, hâta raccomplissement des formalités préparatoires, et l'inauguration du monument fut fixée au 8/20 octobre. Deux navires français, le Cécille et le Seignelay, détachés de l'escadre française de la Méditerranée occidentale et du Levant, reçurent l'ordre de mouiller, à cette date, en rade de Navarin. Le Cécille avait pris à son bord le comte de Monthofon, ministre de France, M. de la Chapelle, secrétaire de la légation, M. Barthe, ancien capitaine de frégate, M. l'abbé Charnaux, directeur du collège de Saint-Denys, M. Stéphanopoli, directeur du Messager d'Athènes, M. Joubin, membre de l'École française. Deux autres membres de la commission, MM. Quellenec, ingénieur en chef delà mission française des travaux publics et Troump, architecte du monument, s'étaient embarqués à bord du Seignelay, La ville était pavoisée aux couleurs grecques et françaises. La route de la citadelle que le cortège devait suivre, escorté par les fusiliersns de l'escadre grecque et des navires français, «jonchée de fleurs et de feuilles de myrte. Sur la 3 de la ville, le démarque de Navarin, M. de Mon- )n et M. Caloghéropoulo, docteur en droit de la 'Ité de Paris, prononcèrent des discours pour affir-

168 LA TIE POLrriQOB A L'ÉTEANG

mer l'union des deux pays. A cause du m l'inauguration du monument qui avait rtlot de Dechli'Baba, en face de la rade, lendemain. Les équipages français et grecs se formèrent en bataille autour du monument ; l'abbé Charnaux récita les prières des morts, et les navires sur rade saluèrent d'une salve de vingt et un coups de canon, les officiers, soldats et marins français morts pour l'indépendance hellénique.

Les élections générales eurent lieu le 26 octobre. 106 delyannisles furent élus tandis que 44 tricoupistes seulement réussirent & passer. H. Tncoupis, devant l'échec de ses partisans, remit au roi sa démission et celle de ses collègues. Le nouveau ministère fut ainsi constitué: M. Théodore P. Delyannis, président du conseil, ministre de l'intérieur et provisoirement de la guerre ; M.LéonidasDéligeorgis, ministre des affaires étrangères; H.ConslantinCarapaDOS, ministre des finances; H. Coumoundouros, ministre de la marine ; M. Alexandre Zaïmis, ministre de la justice; H. Achille Gérokostopoulo, ministre de l'instruction publique.

M. Delyannis, au cours de la période électorale, avait prononcé, à Tripolitza, un discours-programme, où il annonçait une politique prudente mais ferme, et surtout l'allégement des impôts. Depuis son arrivée au pouvoir, il ne s'est rien passé d'important en Grèce. Les fonctionnaires qui avaient servi le précédent Cabinet, furent, à peu près tous, remplacés, comme c'est la coutume en Grèce toutes les fois que le pouvoir est confié à un nouveau ministère.

H. Delyannis, qui est Moraïte de naissance et de cœur et qui parle avec une égale aisance la langue épurée de la Jeune-Grèce et le patois romaïque de l'agora, s'efforcera sans doute de paraître plus « palikare » que ?"" prédécesseur. Sa probité personnelle est au-dess de tout soupçon. 11 a fort habilement représenté Grèce à Paris et à Berlin ; il connaît à merveille te les secrets de la tactique parlementaire ; oratt

^s de parole dans un h un député de mieux doit point se dissimuler le lourde t&che et de iver terne nt le candidat . Maintenant qu'il est leur élu et qu'il a su rallier à son programme une majorité considérable, il est exppsé au double danger soit d'obéir à un mandat compromettant, soit, s'il ne jus~ tifie pas entièrement les espérances que la fraction arancée de l'hellénisme a mises en lui, de recevoir des sommations impérieuses.

Hécrologis.

M, Jean Soul:io, profeseeur de ITIniversité d'Athènes. — MM. liy- I toHJM et Bàiras, anciens combattant» des guerres de l'indépendance, compagnons de Fabvler. — N. Rothoi Khoïdaa, Journaliile, ancien procureur général, ancien député, mort le 15 mai iluis ta prison de Chalcis, où il était incarcËré pour offenas emers le roi. — La Sœur Jeanne Blaneal, supérieure du couvent I triDçais des Sœurs de Saiut-Josepb, à AthÉnea, — M. Michel inloaopotito, secrétaire général du ministère des affaires étrangères.— M. Nicolas P. Detj/aitnia, président de l'Aréopage, Irère I ia premier ministre, mort i Athènes, le 15 octobre.

Gaston Descbahps.

deuil cruel a frappé la maison royale et le pays ! début de l'année : le 18 janvier expirait à Turin ; d'Aoste, frère du roi. Amédée-Ferdinand-Marie, .'Aoste, était né à Turin le 31 mai i845; rien ne t prévoir une fin si prématurée ; le prince était très du peuple italien et de son frère; à tort ou à 1, on le considérait comme le meilleur conseiller couronne, quoi qu'en apparence il se tint toujours irt de la politique ; c'était un esprit juste et éclairé, mme aimable, de manières simples, sympathique ; le monde, môme dans une certaine mesure aux du Vatican qui donnaient volontiers à entendre il avait fixé sa résidence à Turin, c'était pour ne onsacrer i'<tbcupatiûn de Rome en venant y inssa maison. L'armée aussi le chérissait; il avait lart à la bataille de Custozza où, fidèle aux tradide sa famille, il donna des preuves de grand coupersonnel et fut assez grièvement blessé. En 1867, it épousé Marie-Victoire del Pozzo, princesse de terna, fllle d'un noble piémontais. On sait dans ^s circonstances il accepta le trône d'Espagne, sur 'position du maréchal Prim, qui mourut assassf- ' r même où le roi Amédée débarquait à Carth Cette mort le priva dès le début de l'appui s I il comptait le plus. Il abdiqua volontaireme

le 11 février 1873 et rentra en Italie où il fut accueilli avec un enthousiasme indescriptible. De son premier mariage, Amédée eut trois fils : le duc des Fouilles, le comte de Turin et le comte des Abruzzes, dont Taîné prit à sa mort le titre^de duc d'Aoste. Le 8 septembre 1888, Amédée avait épousé en secondes noces la princesse Letizia Bonaparte. Il fut enseveli à la Superga, dans le caveau de la famille royale.

M. Crispi est resté président du Conseil, ministre de l'intérieur et, par intérim, des affaires étrangères, pendant toute Tannée. Le ministère a subi dans sa composition les modifications suivantes : M. Seismit-Doda fut révoqué à la suite de circonstances qui seront narrées plus loin, et le portefeuille des finances fut réuni à celui du trésor entre les mains de M. Giolitti; ce dernier, ayant donné sa démission peu de jours avant l'ouverture de la nouvelle Chambre (décembre 1890), eut pour successeur M. Grimaldi. Les autres portefeuilles furent tenus, sans aucun changement, par MM. Zanardelli (justice et cultes),- Bertole - Viale (guerre), Brin (marine), Boselli (instruction publique), Miceli (agriculture, industrie et commerce), Finali (travaux publics) et Lacava (postes et télégraphes).

Le principal intérêt de la vie politique intérieure de l'Italie durant l'année 1890 se trouve dans la lutte des forces ministérielles, grossies des débris des anciens partis conservateurs et monarchiques, contre le radicalisme ou républicanisme dissimulé, lutte qui donna lieu aux séances les plus violentes qu'ait connues le Parlement italien et qui aboutit finalement, comme c'était à prévoir, à la victoire du ministère aux élections générales du mois de novembre.

Pour se rendre compte du groupement des partis dans la XVP législature (1886-1890) dont le mandat ^ d'expirer, il est nécessaire de remonter à son c tae. De graves dissentiments existaient vers la fin c i législature précédente, entre le ministère Depretis € rihambre dont la majorité était formée des princi-

tance au sujetde la loi sur la sûreté publique. M.Crispi voulait abolir les gardes municipaux et soumettre Complètement la police urbaine au ministère de Tintérieur. Il dut se contenter d'un article qui donne à ce dernier la faculté de dissoudre la garde municipale pour motifs d'ordre public. Peu après, M. Zanardelli fît approuver par la Chambre un projet de loi qui troublait de- nombreux intérêts locaux : celui sur la modification des circonscriptions judiciaires, avec suppression de 600 prétures (justices de paix). Seul, M. Zanardelli, par son grand prestige personnel, était capable de faire passer une telle mesure, presque à la veille des élections générales.

Cependant, les députés radicaux harcelaient de plus en plus le président du Conseil de leurs interpellations; pour mettre un frein à celles-ci, la Chambre avait voté un règlement par lequel on réservait exclusivement les séances du samedi aux interpellations qui, devant venir chacune à leur tour par ordre d'inscription, étaient ainsi renvoyées le plus souvent à des époques où elles n'avaient plus leur raison d'être. M. Imbriani s'en prit un jour avec une telle violence à M. Crispi, que celui-ci reprocha à haute voix au président, M. Biancheri, de ne pas savoir le faire respecter et sortit de la Chambre. M. Biancheri, qui ne dispose pas de moyens disciplinaires, comme le président de la Chambre française, pour couper court aux excès de langage, donna sa démission; le roi intervint personnellement pour arranger les choses; MM. Crispi et Biancheri se firent des excuses et la Chambre refusa à l'unanimité la démission de son président. C'était au commencement de mars. Le même mois, le ministère demanda à la Chambre de voter l'arrestation du député Costa qui venait d'être condamné pour d^^'l politique; la lutte fut chaude ; le ministère î'empor , mais il eut contre lui, avec l'extrême gauche, la gran 5 majorité de la gauche; sans les votes du centre et » la droite, il serait resté en minorité, de sorte que Y i

peut dire que la majorité gouvernementale était à ce moment-là une coalition passagère de groupes ou de personnes. On commenta vivement l'absence du ministre des finances, M. Seismit-Doda, et du sous-secrétaire d'État à l'intérieur, M. Fortis, au moment de ce vote. L'un et l' autre devaient bientôt se retirer du gouvernement, ne pouvant suivre M. Crispi dans sa lutte de plus en plus accentuée contre le parti radical auquel ils appartenaient, lutte qui devait devenir la plate-forme du ministère aux prochaines élections générales.

Le premier à se retirer fut M. Fortis. M. Crispi, en le faisant entrer au ministère, avait pensé détacher du parti radical les éléments les moins intransigeants de ce parti et former avec ceux-ci le noyau d'un parti libéral avancé, sur lequel il pourrait s'appuyer. En même temps, il avait espéré que M. Fortis aurait pacifié les Romagnes, réduisant à l'impuissance dans ces provinces les socialistes et les anarchistes. En fait, M. Fortis ne réalisa ni l'une ni l'autre de ces espérances. Ses coreligionnaires politiques l'abandonnèrent. Dans les Romagnes, malgré le bon accueil fait au roi, la situation, si elle n'empira pas, resta la même. M. Fortis, voyant que ses amis ne le suivaient pas, ne voulut pas rompre les liens qui l'attachaient à eux depuis tant d'années. Ainsi s'explique l'appui qu'il donna à des candidatures radicales dans des élections partielles et notamment dans celle de M. Costa, à Imola. Cela n'empêcha pas pourtant que ses amis ne lui tinssent n^eur de rester solidaire de M. Crispi dans des actes qu'ils réprouvaient, tels que les mesures excessives prises en vue de la manifestation ouvrière du l®*" mai, la prohibition de certaines manifestations radicales, l'intervention même de la police dans un congrès démocr " le. Mal vu des radicaux, il ne l'était pas mieux d'un gr ^ nombre de députés de la majorité qui craignaient <[i sa présence au gouvernement n'exerçât une inflt ce prépondérante et funeste dans les prochaines ^1 '"is générales. Enfin, M. Fortis comprit qu'il se

s LA TIE POLITIQUE A L'ETBANGEE

ouvait dans une fausse position, et il donna sa déission vers la fin du mois de mai (1). C'est alors que dans nne réunion des <c amis du mistère » convoquée par M. CHspi à. la veille de la dis- Lssion du budget de l'intérieur, le Président du Cooii fit des déclarations explicites en faveur de la défense ;s institutions et de l'ordre public, et contre l'agita- >n radicale. A la suite de cette réunion et de la déission de M. Fortis, ou crut que M. Crispi voulait constituer un parti modéré, en se rapprochant de Lucienne droite. Mais cela fut démenti par M. Crispi i-même quelques jours plus tard, dans sa réponse à nterpellation Bovio sur la politique générale, où il iclara hautement qu'il ne ferait ni k la droite, ni aux odérés aucune concession qui pût le mettre en conaidiction avec son passé. M. Bonghi. qui avait été duiten erreur par la déclaration faite à la réunion s amis du ministère et qui avait prononcé un disurs dans lequel il promettait son appui au Président 1 Conseil, vota ensuite contre te Cabinet dans l'interllation Bovio. Par contre, M. di Rudini, le chef des odérés, resta fidèle à M. Crispi. Le vote de confiance t donné sur un ordre du jour de M. Guido Baccelli rogressiste) qui fut approuvé par 329 voix contre 61. Quant à H. Seismit-Doda, il put se maintenir au inistère jusqu'au commencement du mois de sepmbre, malgré les attaques violentes auxquelles il fut butte à l'occasion d'une fourniture de tabacs. En ptembre, il accepta la présidence d'un banquet à Une ; au dessert, plusieurs des convives, dans des ■ists chaleureux, rendirent hommage au patriotisme rouvé du ministre et exprimèrent le vœu que les rres italiennes encore sujettes à. l'Autriche fussent unies à la mère-patrie; on évoqua les plus glor""x uvenirsdela guerredel848-49,danslaquelle M. L sit-Doda avait joué un rûle important et l'or ' it

i] U fut remplacé par le comte Barosi, conservateur.

l'espérance que les exploits de cette époque héroïque se renouvelleraient bientôt. Le ministre écouta tous ces toasts avec le plus graad calme, sans qu'il crût bon de rappeler aux orateurs que les temps étaient changés et que maintenant l'Italie est devenue la fidèle alliée de son ennemie héréditaire. Dès que le Président du Conseil eut connaissance de la chose, il fit signer par le roi le décret de révocation du ministre. On critiqua la forme de cette mesure énergique: les ennemis de M. Crispi ne manquèrent pas de dire qu'il se débarrassait d'un ministre comme on ferait d'un domestique; puis tout rentra dans le calme. M. Giolitti, ministre du trésor, prit par intérim le portefeuille des finances. Beaucoup de personnes se réjouirent de voir de nouveau ces deux portefeuilles réunis dans une seule main, et précisément dans celle de M. Giolitti qui avait fait preuve de fermeté et de capacité dans une occasion récente, où il s'agissait de défendre contre ses collègues l'exécution du programme d'économies imposé par les circonstances. Dans un discours prononcé quelques jours après à Caraglio (Piémont) devant ses électeurs, M. Giolitti renouvela l'engagement d'équilibrer le budget par les économies et annonça publiquement qu'il comptait arriver bientôt à cet heureux résultat.

Le 8 octobre, M. Crispi prononça à Florence un grand discours, dans lequel il traita à fond la question de l'irrédentisme; il en exposa les dangers, en révéla les contradictions, en condamna l'agitation. Il rappela les périls qu'avait courus l'Italie à l'époque de son isolement et fît voir qu'elle en courrait de plus grands encore si elle rompait le pacte qui la lie aux puissances centrales. Il affirma de nouveau en cette occasion que la triple alliance est une alliance pour le maintien de la . Ce discours que l'on attendait avec impatience fut désillusion pour tout le monde ; il ne satisfit perle, excepté peut-être les irrédentistes (radicaux), re lesquels il était dirigé et dont il accroissait l'imance dans le pays; ceux qui ferment les yeux

TkOTV

LA TIE POLITIQUE A LETBASGEE les progrès du radicalisme trouvèrent que me erreur de lui doQuer cette importance et ■tait pas digne d'ua homme d'Ëtal de créer un t pour le combattre plus alsémeat; les autres êrent à M. Crispî de ne pas avoir touché la a économique et Gnancière qui était la grande pation du moment. Aussi, quatre jours plus ! t2), à Florence même, le, député Cavallotti eut X à réfuter point par point le discours du prélu conseil et fut vivement applaudi. M. Crispi it que l'alliance avec l'Autriche pouvait être ^e A un mariage de convenance, M. Cavalotti t que, même dans ce cas, il demandait le

-ogramme des radicaux est, en efTet, la dénonde la triple alliance, et le rapprochement de et dé la France, dans l'intérêt économique de 'S et dans celui de leurs aspirations vers le régime ;ain et de leurs revendications territoriales l'Autriche, ils se distinguent par là de la gauche hique (M, IS'icotera) qui ne croit pas incompa- 'ec un rapprochement vers la France le mainla triple alliance, en enlevant à celle-ci le caracessifquelui donna M. Crispi dès son arrivée au ■, et en maintenant les forces de terre et de mer pied plus modeste et mieux en rapport avec les ces budgétaires du pays et le caractère pacifique intentions.

écret de dissolution de la Chambre fut proà la tin d'octobre et les élections générales lu 23 novembre. On s'y était préparé depuis ips, le gouvernement par des déplacements de et par une série de discours officiels, les divers 5 de l'opposition par des tentatives restée" leuses d'organisation d'un parti assez imposan cueillir, le cas échéant, la succession deM. Crispi terons pourmëmoire les réunions des conserva atholiques de la Lombardie et le mouvemer

créé à Naples par le triumvirat Nicotera-Magliani- Tajani. Le 18 novembre, M. Crispi fit un autre grand discours à Turin (il en avait prononcé un à Palerme avant celui de Florence) ; il défendit la politique générale du gouvernement, en particulier la triple alliance, et il donna l'assurance que la question financière s'arrangerait sans qu'il fallût recourir à de nouveaux impôts. Les élections furent en apparence très favorables au ministère. Il n'y eut pas moins de 410 députés dits ministériels ; l'opposition monarchique (parti Nicotera) eut 40 sièges, les radicaux 37, et les indépendants 9. Toutefois, il est bon de remarquer que le gouvernement ayant eu l'habileté d'accepter le programme de tous les candidats qui n'étaient ni radicaux, ni opposants décidés, parmi les 410 députés classés comme ministériels, il y a des hommes des opinions les plus diverses, et que, par conséquent, les forces réelles du ministère ne pourront être connues qu'après un ou deux votes sur des questions importantes. On ne peut considérer comme telle l'interpellation sur la démission de M. Seismit-Doda qui eut lieu à Touverture de la session et qui donna au ministère 271 voix contre 20. La question véritablement importante est celle des mesures financières, et c'est sur elle que s'engagera la première bataille sérieuse.

Au cours de l'année 1890, la loi sur les élections

politiques subit deux modifications importantes : la

présidence des bureaux fut confiée aux magistrats, et

les personnes purgeant une condamnation judiciaire

furent déclarées inéligibles comme députés, même au

cas où la cause de la condamnation n'est pas de celles

qui font perdre l'éligibilité. Cette dernière disposition

semblait dirigée contre les députés Costa et Sbarbaro.

budget des affaires étrangères fut voté en mai

.es Chambres. Celui de l'intérieur le fut à une très

de majorité au commencement du mois de juin.

i des travaux publics donna lieu à des discussions

""neris où les intérêts de clocher et les préoccupations

de réélection jouaient le rôle principal, comme dans la plupart des pays parlementaires. A Toccasion du budget de la guerre, on agita les questions de la réduction du service militaire à deux ans et de la formation des régiments d'après le système territorial. La réduction du service obligatoire à deux ans est pour ainsi dire à Tordre du jour dans la plupart des Ëtats militaires de l'Europe ; elle a pour partisans des hommes d'une grande compétence et M. Bertole-Viàle, ministre de la guerre, n'y est lui-même pas opposé d'une manière absolue ; il en fait plutôt une question d'opportunité, sans exclure la possibilité d'arriver peu à peu à cette réforme. Il est certain du reste que la faculté laissée au ministre de la guerre de licencier avant l'expiration du service les soldats possédant une instruction suffisante est une sorte de moyen terme qui permet d'attendre la réduction du service. Quant au recrutement et au groupement de l'armée d'après le système territorial, les promoteurs de cette réforme firent valoir la grande économie qui en résulterait pour le budget et la satisfaction avec laquelle la population verrait les soldats en service rester au milieu de leurs parents et de leurs amis. Cependant l'idée fut vivement combattue, et il ne pouvait en être autrement. L'unité italienne n'est pas encore tellement consolidée que l'on puisse sans danger former des régiments napolitains, toscans, piémontais, etc. L'armée a été et elle est encore le principal facteur de l'unification nationale. C'est dans l'armée que se fondent les diverses nuances de caractère, de mœurs du peuple et ce n'est que par le système suivi jusqu'à présent qu'on peut espérer arriver à un type de soldat italien. Le Méridional qui va servir dans la haute Italie, le Piémontais, le Lombard, le Toscan qui vont tenir garnison à Naples et en Sicile se dépouillent leurs préjugés locaux, fraternisent avec les habitai des régions différentes de la leur et acquièrent une idplus précise de la patrie italienne. Ce travail de fusi s'opère lentement; il serait prématuré de le considéi

comme terminé ; de vieilles rancunes existent encore de région à région. Aussi te projet d'adopliondu système territorial fnt-il repoussé.

— Au point de vue des relations extérieures, il y a lieu de signaler une tendance de la part du gouverne- ■ ment italien à renouer de meilleures relations avec la France. La flotte italienne alla k la fin d'avril saluer le président Carnot à Toulon; on croyait qu'en retour la Dolle française viendrait saluer le roi Humbert à La Spezzia où il devait venir assister au lancement du cuirassé la Sa7-degna, et des préparatifs avaient en effet été faits à cette intention. Mais il se produisit on ne sait quels incidents qui ne vinrent point à la connaissance itu public, le roi renonça à son voyage à La Spezzia et la flotte française ne parut point dans ce port. Les funérailles de l'ambasseur de France, M. Mariani, furent célébrées en grande pompe et donnèrent lieu k des manifestations de sympathie officielle et publique envers le défunt et le pays qu'il représentait. L'accueil fait à M. Mérillon et aux francs-tireurs français (mai), à l'occasion du grand concours de tir de Rome, fut très chaleureux. Le correspondant d'un journal français fut expulsé, mais on expulsa en même temps le correspondant d'un journal allemand, afln de ne point donner à Lte mesure un caractère d'hostilité exclusive envers France. Plus tard, M. Crispi envoya à Paris un de s secrétaires particuliers dans le but de s'entendre ec les principaux journaux en vue de les amener k rler de l'Italie en termes plus bienveillants ; lui-même ta Naples avec un rédacteur du Figaro une interview nt la publication fit grand bruit.

^u mois de juillet, une ambassade marocaine vint ésenter des doua au roi de la part du Sultan, ce qui nna lieu à un échange de déclarations amicales entre eux gouvernements ; on a cru voir dans ce fait la ve que les Marocains n'avaient plus aucune appré- 'in au sujet des vues de l'Italie sur leur pays, décret du gouvernement autrichien dissolvant

Tassociation « Pro Patriâ » (juillet) produisit une vive émotion en Italie. Cette association, dont le siège était à Trieste, n'exerçait pas une action politique proprement dite ; elle cherchait surtout à empêcher l'élément italien d'être écrasé à Trieste et dans le Trentin ; elle avait fo^dé des écoles et d'autres institutions; elle était florissante et en voie de progrès. Le gouvernement autrichien vit eu elle une simple association irrédentiste et la supprima. Cette mesure n'était pas de nature à rendre plus populaire en Italie l'alliance avec l'Autriche, 'mais ne pouvait provoquer aucun incident diplomatique. M. Crispi ne réclama point ; il faisait de son côté la guerre aux irrédentistes, et afin de donner à l'Autriche une preuve de la sincérité de ses intentions sous ce rapport, il prononça la dissolution des cercles Oberdank et Barsanti.

Au mois de septembre, commencèrent à Naples des pourparlers entre les délégués de l'Italie et de FAngleterre, au sujet de la délimitation de la sj^ère d'action de chacune de ces deux puissances en Afrique, le long des côtes de la mer Rouge. L'accord semblait s'être établi sur toutes les questions pendantes, même sur l'occupation éventuelle de Kassala par les Italiens, quand au dernier [moment, sir Evelyn Baring, délégué anglais, proposa que, tout en réservante l'Italie le droit d'occuper Kassala si cela était nécessaire pour la défense de ses possessions africaines, l'Italie devrait s'obliger à restituer cette place à l'Egypte le jour où celle-ci en revendiquerait la possession. Les délégués italiens rejetèrent cette clause et les négociations furent rompues. Les relations entre l'Angleterre et l'Italie restèrent d'ailleurs parfaitement cordiales.

Signalons enfin le voyage de M. de Caprivi à Milan au commencement du mois de novembre. Le chancelier allemand fut reçu par le roi à Monza avec de grands égards, mais l'accueil de la population mil naise, tout en étant respectueux, fut très froid. Le r conféra à M. de Caprivi la plus haute distincti^^ italienne, en le nommant chevalier de TAnnonciade.

— Au milieu de Tannée, éclata la crise municipale de Rome, prévue depuis longtemps. Au lendemain de l'occupation de Rome, en 1870, le parlement italien s'était occupé immédiatement de la question de Tassainissement et de la transformation de la nouvelle capitale. Comme il fallait se mettre promptement à l'œuvre, on vota des fonds sans examiner s'ils seraient dépensés utilement, sans s'être arrêté à un projet d'ensemble et à un devis bien définis. L'erreur était d'autant plus grande que Ton ne pouvait traiter Rome comme une ville quelconque; on aurait dû prévoir et résoudre d'avance les difficultés spéciales que présentent et sa configuration topographique et la convenance de conserver ses palais et monuments historiques. L'endiguement du Tibre, en particulier, était un problème qui méritait la plus sérieuse attention, parce qu'il se complique de celui de Técoùlement des eaux souterraines. En effet, dans le sous-sol de Rome, il existe un nombre indéterminé de cours d'eaux qui drainent vers le Tibre les eaux des sept collines de la ville, en deux points principaux, à Ponte-Sisto et à Ponte-Rotto. Du moment où l'on songeait à endiguer le Tibre par des murs de quais d'une épaisseur considérable, opposant ainsi non seulement au fleuve, mais aussi aux nappes souferraines, une barrière infranchissable, il y avait lieu de se demander si ces dernières ne risqueraient pas, en s'accumulant, d'inonder la ville et de créer un danger aussi grand que celui des débordements du fleuve. Mais une inondation du Tibre venait de jeter l'alarme et on voulut faire vite. Pour l'exécution du « plan régulateur », la ville de Rome fut d'abord autorisée à faire un emprunt de 30 millions, puis successivement deux autres emprunts, l'un de 10, l'autre de 8 "ions. Ces 48 millions dépensés, on commença à jt^^rcevoir que tout ou presque tout restait à faire, e le le budget de la ville ne suffirait jamais à faire ft mx travaux à exécuter. Le Gouvernement et la ville r( -*?iit de s'entendre pour associer leurs forces. Dès

fiX'i

184 LA YIE POLITIQUE A L'ÉTRANGEE

lors, on tenta d'établir une distinction entre les travaux qui, intéressant l'État, devaient être faits à ses frais, et les travaux qui, intéressant spécialement la ville, devaient figurer au budget municipal. En vertu de cette distinction, sur 50 millions votés par le Parlement en faveur du plan régulateur, 30 millions durent être dépensés pour le compte de TÉtat et 20 millions pour le compte de la ville. On ne tarda pas à se convaincre que ces moyens étaient encore insuffisants. Insuffisants également les fonds votés spécialement pour Tendiguement du Tibre et fixés a priori à un maximum de 60 millions, dont 30 millions à la charge de l'État, 15 millions imputables sur le budget municipal et 15 millions sur le budget provincial. Ces 60 millions épuisés, on reconnut qu'il en faudrait encore au moins 45 pour les seuls travaux du Tibre. La ville fut autorisée à contracter un nouvel emprunt de 150 millions garanti par TÉtat. Au cours des travaux, de nombreux et onéreux changements furent introduits par l'État dans le plan régulateur primitif. Bref, le 3 mars 1890, l'administration municipale déclara formellement que ses ressources étaient épuisées ; elle accusait, pour Tannée courante, un déficit de 8 millions et un déficit probable de 9 millions et demi pour 1891 ; elle démontrait qu'il lui était impossible de créer de nouveaux impôts et que les travaux du plan régulateur devaient être suspendus jusqu'à ce que l'État eût trouvé le moyen de lui procurer les fonds nécessaires pour les continuer.

Le gouvernement élabora un projet de loi qui souleva une tempête dans la junte municipale et dans le conseil (fin de juin). Le fond de la pensée de M. Crispi était de créer de nouveaux impôts ou d'augmenter les impôts existants, malgré les protestations du conseil communal qui faisait voir que chaque habitant ét**^*, imposé déjà de près de 90 francs et qu'on ne pou\ : dépasser cette limite. Le gouvernement proposait > prendre à forfait l'octroi de la ville pour 12 millio De plus, M. Crispi prétendait mettre pour ainsi dir** i

nale, en obligeant celle-

aque année au ministre

résenter à la préfecture,

unale et provinciale ; il

istration municipale les

, réserver au gouverne-

cret les impôts commu-

5vères sur l'administra-

des motifs du projet de

)D des édiles. Le conseil

municipal se démit en masse, et M. Menoltî Garibaldi

lonna brusquement sa démission de député pour af-

irmersa parfaite solidarité avec ses collègues du con-

eil communal, M. Finocchiaro-Aprile fut nommé com-

aissaire royal.

La commission nommée par la Chambre pour exaliner le projet de loi en question y apporta des moifications essentielles qui furent acceptées par le miistère. La somme pour laquelle l'État prenait à )rfait les octrois de la ville fut portée de 12 à 14 mil- ODs; la ville fut exonérée pour l'avenir de sa quoteart dans les dépenses des travaux du Tibre; l'État ourvoira, par l'émission de titres de rente spéciaux, l'achèvement des travaux qui le regardent spécialelent et d'une partie des travaux qui regardent la ville ; ne subvention annuelle de deux millions et demi fut ecordée à la ville pour achever les autres travaux, 'article relatif aux institutions de bienfaisance fut laintenu avec de légères variantes, l'État prenant à 1 charge l'entretien des œuvres-pies qui sont alimen- Ses par les revenus des biens des confraternités et [>Dgrégations romaines. On supprima la disposition ui avait si fort blessé ramour-propredesRomains et uî donnait au gouvernement la faculté de décréter les Us communaux; on y substitua l'obligation pour lie d'équilibrer son budget. Par contre, on vota la tion d'un bureau technique-administratif, dépendu ministère des travaux publics, qui dirigera et

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surveillera tous les travaux. En résumé, M. Crispi céda sur les points principaux. L'administration démissionnaire obtint ainsi un demi-succès, car on ne manqua pas d'attribuer à son attitude énergique les concessions faites par le ministère. Cette loi mit lin, au moins pour le présent, à une situation anormale. Le commissaire royal eut le tact et la prudence de demander le concours des membres les plus éminerits de l'administration démissionnaire, de sorte que l'agitation se calma assez vite. Le bouc émissaire de la crise fut le préfet, M. Gravina, qui crut de sa dignité de se retirer pour avoir été trop mollement défendu en cette occasion à la Chambre des députés par le ministre de Tintérieur (M. Crispi). Sa démission fut acceptée. Il fut remplacé par M. Calenda.

— Ce ne fut qu'à la fin d'avril que le Sénat commença la discussion de la fameuse loi sur les œuvres pies. Rien ne faisait prévoir une opposition bien accentuée, le ministère ayant accepté la plupart des modifications apportées par la commission du Sénat au projet voté l'année précédente par la Chambre des députés, quand tout à coup, sur un article spécial, le ministère se trouva en minorité. M. Crispi fut très irrité, et sortit du Sénat en menaçant de dissoudre la Chambre ; on ne comprit pas comment un vote contraire du Sénat pouvait conduire à la dissolution de la Chambre, ni comment cette menace de dissolution pouvait effrayer des sénateurs inamovibles ; ce fut une de ces boutades fréquentes chez le président du Conseil, mais qui restaient généralement sans effet. Après avoir reconnu luimême l'absurdité de sa menace, il exprima l'intention de proposer au roi une nouvelle fournée de sénateurs choisis de manière à lui rendre la majorité ; cependant, le temps porta conseil et il n'en fit rien. La loi fut reportée à la Chambre et votée avec certaines mod:''* cations qui concilièrent les vues du gouvernement av celles du Sénat. Par le vote de cette loi importan l'administration de l'immense patrimoine des œuvr

Et

pies, évalué à environ 1800 millions, passe des mains du clergé (pour la majeure partie) entre celles de l'État. Le clergé en souffrira moralement plus que matériellement, car la proportion des revenus affectés au culte n'était que de 7 p. 100. Les œuvres elles-mêmes, c'est-à-dire les pauvres, les malades, les sourds-muets, les aveugles, les orphelins, etc., etc., en souffriront davantage; on ne peut guère espérer, en effet, que l'administration de l'Etat ne soit pas plus dispendieuse que les administrations auxquelles il se substitue et qui ne coûtaient que 13 p. 100 des revenus. D'autre part, les revenus nets du patrimoine des œuvres pies étalent insuffisants à alimenter ces œuvres mêmes ; le surplus venait chaque année de la charité privée, sollicitée par les directeurs des œuvres au nom de la religion; or, TÉtat est mauvais quêteur quand il ne faut quêter qu'au nom de la philanthropie : où donc puisera-t-il les sommes nécessaires pour obvier à l'insuffisance des revenus? De deux choses l'une : ou bien il laissera péricliter les institutions de bienfaisance au détriment des malheureux, ou bien il grossira le budget de l'assistance publique. C'est ce qui a fait dire à des esprits judicieux et du reste sans parti pris que la loi sur les œuvres pies serait de la part de l'État ou une mauvaise action sociale, ou une mauvaise opération financière. Il sera intéressant de suivre les applications de cette loi dès que ses premiers effets commenceront à se faire sentir.

— Les questions de crédit, de banques, de finances, ont continué à occuper cette année une place importante dans les préoccupations du gouvernement et du public. On avait espéré de grands résultats de la création d'un nouveau Crédit Foncier Italien avec le con- (jmii^ de plusieurs établissements financiers allemands « îs principales banques d'Italie. Un projet de loi fut p enté à la Chambre pour accorder à ce Crédit Fonc des privilèges spéciaux qui assureraient, disait-on, h "«cription d'une grosse partie du capital en Alle-

magne et récoulement des obligations foncières sur les marchés étrangers. La commission de la Chambre, chargée d'étudier le projet, y apporta certaines modifications dont M. de Bleichrœder et ses amis prirent prétexte pour se dégager des promesses qu'ils avaient faites. Après bien des tergiversations, on finit par s'entendre, mais le concours des Allemands fut réduit de 40 millions à 5 millions, et Ton dut même accepter que ces 5 millions seraient payés en titres italiens non encore écoulés par ces banquiers sur le marché; de plus, les Allemands ne prenaient plus aucun engagement de placer chez eux les obligations foncières qui ne seraient pas absorbées par le public italien. A la fin de Tannée, le nouveau Crédit Foncier ne fonctionnait pas encore, et bien des gens se montrent sceptiques à l'endroit d'une institution financière qui, de grande qu'elle devait être dans le principe (100 millions de capital), s'est rapetissée peu à peu à des proportions presque insignifiantes et qui ne permettent assurément pas de remplacer, comme on en avait eu la pensée, les instituts de Crédit foncier existant dans le royaume. Ces instituts sont, en effet, au nombre de neuf, et peuvent émettre pour environ cinq milliards d'obligations foncières.

On a beaucoup agité la question de la Banque unique d'émission, mais sans arriver encore à un résultat pratique. On sait que les instituts d'émission sont au nombre de six en Italie, à savoir : la Banque nationale du royaume d'Italie, le Banco de Naples, la Banque nationale Toscane, le Banco de Sicile, la Banque romaine et la Banque toscane de crédit pour les industries et le commerce. La première de ces banques travaille depuis longtemps à se créer des privilèges spéciaux et à absorber ou à faire disparaître les cinq autres. M. Crispi la favorise dans ses aspirations. ^ '^s adversaires de cette idée objectent qu'il résulterai î l'existence d'une banque unique une diminution i crédit et une nouvelle entrave aux affaires industriel j du pays. Dn leur répond que la trop grande facilit'^ j

'ALIE im

îui" à ses ressources a été la mbreuses faillites dans ces nenace de se prolonger longètre considérée comme un d'unification de l'Italie.

ne se sont pas améliorées le s'écouler. On sait que l'anommence le 1" juillet et fmit inte. Le ministre des finances aque année au Parlement le compte rendu général et délinitif de l'exercice échu le 30juin précédent, un projet de loi pour Vasseslamento (l'assiette) du bilan de l'exercice en cours et enfin un projet de budget pour Tesercice suivant. En vertu de cette prescription de la loi du 17 février 1884, M. Giolitti, au cours de l'exercice 1889-1890, déclara un déficit de 234 millions au 30 juin 1889, évalua à oo millions le déficit pour 1889-1890, et à 22 millions celui pour 1890-1891. M. Magliani, dans une polémique qui s'engagea k ce sujet entre lui et son successeur aux finances, ai^cepta le chiffre de 23-1 millions comme déficit de tercice 1888-1889, en faisant observer que cet exere avait été grevé de 127 millions de dépenses raordinaires pour la guerre; pour l'exercice de 19-1890, il évalua le déficit à 81 millions, au lieu 33, et pour 1890-1891, à 50 millions, au lieu de 22. > prévisions, qui semblèrent pessimistes, étaient iirtant plus près de la vérité que celles de M. Giolitti. déficit réel pour 1889-1890 est de 74 millions et ni; celui de l'exercice en cours est maintenant oflillement évalué à io millions. Pour l'exercice 1891t2, M. Giolitti a prévu 1,395 millions de recettes, 1,605 millions de dépenses, soit un déficit de 10 milns.

i mesures à prendre pour combler le déficit du get ont donné lieu à de vives polémiques, à de ides discussions tant dans le Parlement que dans "éunions préparatoires aux élections générales. De

190 LA VIE POLITIQUE A L'ÉTRANGî;R

mauvaises récoltes, le chômage des industries, la diminution du mouvement commercial avec Tétranger (1), le malaise général faisaient écarter absolument Tidée de créer de nouveaux impôts ou de faire rendre davantage aux impôts existants. De toutes parts, on réclama des économies sur les divers budgets; malheureusement, il est plus facile de décréter des économies que de déterminer les chapitres sur lesquels on peut les réaliser, surtout dans un pays où chaque ministère a des légions d'employés qu'on ne peut éclaircir sans se créer de nombreux ennemis. Le gouvernement éplucha vainement ses différents budgets; il n'arriva qu'à faire entrevoir des économies aussi dérisoires que problématiques. C'est qu'on ne voulait pas toucher à Varca sacra^ c'est-à-dire à l'armée et à la marine, qui sont les seuls départements où l'on pourrait réaliser de fortes et sérieuses économies, si l'on se résignait à restreindre les forces de terre et de mer aux proportions des ressources du pays (2). La solution du problème fut remise à la prochaine législature où elle ne manquera pas de créer de grands embarras au gouvernement si, comme c'est vraisemblable, celui-ci ne trouve d'autre moyen que d'imposer davantage les contribuables.

Comme caractéristique du malaise économique du pays, signalons un accroissement d'émigration assez notable. Nous n'avons pas encore la statistique officielle pour l'année complète, mais des documents déjà publiés

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