‹ La vie politique à l'étrangerChapitre 20 sur 68 · EV · texte numérisé non relu

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Cardinaux créés en 1890, au consistoire du 23 juin : V. Vannutelli, nonce à Lisbonne; S. Galeoti, archevêque de Ra venue; G. Mermillod, évéque de Lausanne; A. de Dunajewski, prince-évéque de Cracovie.

Nous avons apprécié, dans le chapitre « Italie » le vote delà loi sur les œuvres pies, qui a été le principal incident de la querelle du Saint-Siège avec le gouvernement italien. Au mois de juillet on a fait grand bruit d'une prétendue sortie du Pape; sa voiture a en effet traversé une petite place voisine du Vatican et qui appartient au territoire italien. Ce fait insignifiant n'indique certainement chez Léon XIII aucune pensée de réconciliation. Dans un discours qu'il a prononcé le 2 mars devant le collège des cardinaux le félicitant à l'occasion de l'anniversaire de sa naissance, le pape a, comme de coutume, revendiqué pour le Saint-Siège, la liberté et l'indépendance. Le 20 avril, il a reçu 6,000 pèlerins italiens et a flétri à cette occasion les attaques dirigées par des sectes sataniques contre, la religion et le morale. « Le Code pénal italien, la lo' ir les œuvres pies, le discours de M. Crispi à Palerme it de nouvelles manifestations de cette guerre inr 3. L'Italie officielle est l'ennemie de la patrie, de la fano e, de la religion. Le but des catholiques italiens doit »e

le rétablissement complet de la puissance pontificale. » Dans une encyclique du 15 octobre, Léon XIII représente le gouvernement italien « poursuivant le plan conçu notoirement par la franc-maçonnerie. On peut craindre pour notre Italie, ajoute-t-il, la destruction de la foi. Une Italie fidèle au pape retrouverait son ancienne gloire et profiterait des progrès modernes. » Le 23 décembre, il a déclaré, devant les cardinaux, que ritalie était « le centre de la foi et le centre de toutes les attaques contre la foi. L'Église respecte tous les droits, mais veut qu'on respecte les siens. »

La manifestation du cardinal Lavigerie (12 novembre), qui recommande au clergé une attitude conciliante à l'égard du gouvernement de la République française, a fourni à Léon XIII l'occasion d'expliquer la doctrine de l'Église au sujet des relations du clergé avec les pouvoirs établis. Il avait déjà traité ce sujet dans une encyclique du 10 janvier de prœcipuis civium christianorum officiis, intitulée : Sapientiœ christianœ. « L'Église est la première des sociétés humaines; son chef invisible est le Christ et le pape est investi dans l'Église de la plus haute puissance. Nous devons aimer la patrie, mais bien plus encore l'Église; puisqu'on ne peut servir deux maîtres, il n'est pas douteux quel est celui des deux qui doit avoir la prépondérance. L'État qui repousse l'union avec Dieu n'est pas une vraie société humaine. Quand les lois de l'État sont en opposition notoire avec le droit divin, quand elles entravent les devoirs religieux ou outragent dans le pape l'autorité du Christ, leur résister est un devoir obligatoire, leur obéir est un crime. Aujourd'hui on laisse un libre cours à la liberté de l'erreur; on enchaîne la vérité de l'enseignement chrétien. Les fidèles doivent ressembler le armée bien ordonnée pour le salut de l'huma- . » Dans la même encyclique, le pape s'était proie contre l'ingérence indiscrète des laïques et surdes journalistes dans les affaires ecclésiastiques; Dmmandait à tous les catholiques une stricte sou-

ic:

mission à leurs évêques. Nul doute, en effet, que les intérêts supérieurs du catholicisme n'aient souffert de l'influence considérable exercée par des journalistes qui ont cherché à compromettre TÉglise dans des alliances politiques suspectes. Le cardinal Rampolla a, par une circulaire, éclairci les doutes que l'attitude et le langage du cardinal Lavigerie avaient fait naître dans l'esprit d'un grand nombre de prélats français. Il a rappelé une encyclique de Grégoire XVI écrite au moment des troubles de l'Espagne : « Le Saint-Siège, disait alors le pape, reconnaît les gouvernements constitués, sans que cette reconnaissance implique une approbation de leurs principes. » D'après le ministre de Léon XIII, « TEglise dont la divine mission embrasse tous les âges et tous les lieux, n'a rien dans sa constitution ni dans ses doctrines qui répugne à une forme quelconque de gouvernement; avec chacune d'elles, un excellent état de société peut s'établir et se maintenir par la justice et la sagesse; s'élevant au-dessus des formes changeantes de gouvernement, comme des rivalités et des passions de parti, elle considère avant tout le progrès de la religion et le salut des âmes. Il serait injuste et inexact de considérer les catholiques comme les adversaires du régime actuel de la France, et de croire qu'être catholique pût équivaloir à : être ennemi de la République. Il convient que les fidèles prennent part aux affaires publiques, afin d'obtenir, par leur action et leur autorité, que les institutions et les lois se conforment aux règles de la justice et que l'esprit de la religion et sa bienfaisante influence pénétrent dans tout l'organisme social. » C'est, il ne faut pas l'oublier, l'autorité absolue que Pie IX a conquise sur le catholicisme dans le monde entier et particulièrement sur l'Église de France qui permet à Léon XIII de conduire l'Eglise, avec ^ pouvoir absolu qui lui a été légué, dans des voies pi modérées que ne le faisait son prédécesseur, et de fai sentir partout sa prudente influence.

Sans inviter les fidèles à faire acte d'adhésion

la République, le pape a entretenu les meilleures relations avec le gouvernement français. Il a manifesté rintention de respecter et, autant que possible (V. Chine), de faire respecter les droits de protectorat que la France exerce ab antiquo sur le clergé latin en Orient et en Extrême-Orient. On affirme que, dans les négociations de la curie avec la Grande-Bretagne au sujet des affaires religieuses de Malte (voir : Grande-Bretagne), il n'a rien été dit qui pût porter atteinte aux droits du primat d'Afrique, archevêque d'Alger et de Carthage, sur les Maltais de son diocèse. Le 17 juillet, le pape a encouragé le cardinal Lavigerie par une lettre, qui a été publiée, à poursuivre activement l'œuvre de civilisation entreprise en Afrique. On sait quel appui moral et matériel il a donné à l'œuvre anti-esclavagiste du cardinal ; il a suivi avec intérêt les travaux de la conférence de Bruxelles et ceux du Congrès libre anti-esclavagiste de Paris ; il a adressé le 20 novembre à tous les é vêques une encyclique sur la répression de la traite.

Les œuvres sociales attirent tout particulièrement l'attention du souverain pontife, comme il l'a déclaré dans son allocution du 2 mars. Nous avons mentionné plus haut la correspondance qu'il a échangée avec l'empereur d'Allemagne au sujet de la conférence de Berlin. Le 20 avril, il a, -dans une lettre à l'archevêque de Cologne, invité les évêques allemands à s'occuper des questions sociales; il faut noter, dans le même ordre d'idées, la circulaire des évêques réunis en conférence à Fulda (23 août), la déclaration du Centre badois (27 octobre), le manifeste du Volksverein fur das katkoiische Deutschland (20 décembre), la lettre pastorale de l'évêque de Mayence (28 décembre). Par l'ordre du pape, le cardinal Rampolla a affirmé, dans une lettre e à M. Decurtius, promoteur du Congrès d'Olten, irêt que l'Église prend aux projets de réformes lies. Nous avons défini ailleurs les tendances qui se 'ait jour au Congrès de Liège, communes préoccupations de Léon XIII et de

Guillaume il les ont rapprochés, comme dous l'avous dit. Si la situation reste difficile en Bavière, elle s'est améliorée en Allemagne d'une manière inattendue pour les catholiques. La Curie s'est entendue avec la chancellerie impériale sur la nomination de l'évoque de MûDster(brefdu30décembrel889; décret dull février 1890); elle ne s'est pas encore mise d'accord avec elle sur le choix des évêques de Strasbourg et de Posen. Les congrès catholiques allemands ont été nombreux: à Coblentz, en Bavière, à. Mayence, à Stuttgart. Le souci des questions sociales rapproche aussi le pape du gouvernement helvétique. L'élévation de Hgr Mermiliod au cardinalat a été bien accueillie en Suisse; la paix confessionnelle est rétablie dans la Confédération; le vieux-catholicisme agonise. Avec la Hongrie, l'entente a été troublée par la question des mariages mixtes ; nous avons caractérisé l'allitude des èvêques d'Antriche à l'égard de la question scolaire. Un congrès catholique s'est tenu en Espagne; on en prépare en Portugal et en France. Une conférence des évéques catholiques de l'Inde s'est tenu fi Goa sous la présidence de Mgr Zaleski.

Les relations diplomatiques du Saint-Siège se son étendues depuis que sa puissance matérielle a disparu son prestige s'accroît chaque jour. Les rapports suivi; du Pape avec la Russie, qui ont abouti à la nominatioi d'évêques dans le diocèse de Pologne, sont de na ture à lui donner satisfaction, non moins que la missioi de Sir J. Simmons, quoique ni le tzar, ni la reine Victorii n'aient manifesté l'intention d'accréditer des représen tants officiels et permanents près du Vatican. Tous le gouvernements rendent hommage à l'esprit concilian et au caractère élevé de Léon XIII et reconnaissen l'empire de son influence morale, même en TurP"" et en Perse, La hiérarchie catholique a été établ" Japon. Le cardinal secrétaire d'État a vanté, dans circulaire, la liberté dont l'Église jouit aux Ëtats-C où les évêques prennent, avec l'approbation du P

i des questions sociales. Le République du Brésil, bien la séparation de l'Église et de ! civil et sécularisé les cimebrésiliens ont, par une circues sectes fussent mises sur le ;t protesté contre les mesures

lateur a rendu au Sacré-Cœur

officiel, et lui a consacré- la à Quito une revue intitulée :

Corawn. C'est un des organes tionale militante qui poursuit

le Nouveau Monde que dans lemeut du règne terrestre du 1 a tenu un congrès à Issoudun ec éclat le deuxième cente- ;uerite-Marie Alacoque. L'idée I ne s'accorde d'ailleurs avec

projetée, dans chaque Ëtat, idépendaut des partis polila forme du gouvernement.

XIII qui sacrifiera jamais les

permanents de la religion, le théories mystiques irréalit les fâcheuses discordes de iments établis.

crologie.

le. — Cardinal PallolH. — Cardinal éfet des Archiver du Saint-Siège té de Wilrzboarg.

Pendant Tannée 1890, la Serbie a poursuivi avec énergie l'œuvre de consolidation et de réorganisation inaugurée paria nouvelle Constitution. Celte tâche aride a été facilitée par le concours de deux circonstances : la réunion de la majorité du pays sous le drapeau du parti radical et la résolution de la Régence royale de se maintenir strictement sur le terrain constitutionnel et parlementaire en confiant le pouvoir aux hommes désignés par la Skoupschtina nationale. Le cabinet radical, présidé par le général S. Grouitch, s'est montré à la hauteur de la tâche qu'il avait à remplir à l'intérieur comme à l'extérieur. Mais jusqu'ici les dissentiments qui déchirent la famille royale ont échappé aux eflForts réunis de la Régence, du gouvernement et de la Skoupschtina. Des pubUcations regrettables, des discussions ont eu lieu à ce sujets et ont porté atteinte au prestige de le dynastie. Il est à prévoir que si tous les autres moyens restent inutiles, on devra recourir à des mesures qui imposeront aux parents du roi Alexandre le respect des intérêts du trône et de la patrie (1).

En suivant le programme tracé par les dispositions

(1) La reine Nathalie, ayant repoussé le compromis qm i était offert le 10 août, adressa le 6 décembre au président d t Skoupschtina un mémorandum, sorte d'autobiographie, que semblée a refusé de discuter.

constitutionnelles, le gouvernement a élaboré et la majorité delà Skoupschtina a voté les projets de loi garantissant contre toute atteinte les droits publics et politiques des citoyens serbes. Pendant la session extraordinaire, ouverte en octobre 1889, a Skoupschtina, a voté les lois suivantes : — loi électorale, — loi contenant le règlement de la Chambre des députés, — loi municipale, — loi sur l'organisation autonome des départements et des arrondissements, — loi ecclésiastique, — amendements à la loi militaire rétablissant la milice nationale supprimée au temps des progressistes.

Pendant la première session ordinaire, ouverte, conformément à la Constitution, le l®** novembre 1890, on a voté avant la fin de Tannée, la loi sur la responsabilité ministérielle, la loi sur l'organisation et la compétence du Conseil d'État, ainsi que le règlement intérieur de cette assemblée. Elle vient de commencer la discussion des projets de loi sur la presse et sur les réunions publiques.

Au point de vue économique et financier, l'action du gouvernement qui s'est exercée soit directement, soit par l'assistance donnée à l'initiative privée, a amené des résultats satisfaisants. L'exploitation des richesses minières s'est surtout développée ; le commerce avec Salonique a pris plus d'activité. Le budget présente des plusvalues importantes. La Serbie n'en est plus réduite à se procurer de l'argent en aliénant à des sociétés étrangères les revenus de l'État; elle est maîtresse de ses richesses et de ses ressources.

La politique extérieure de la Serbie, pendant l'année 1890, peut être considérée comme un retour résolu mais en même temps très circonspect à sa direction franchement nationale et traditionnelle. La nation serbe a repris au milieu de la grande famille slave la position Qu'elle avait auparavant, et en s'émancipant de toutes les i 3nces étrangères, elle a regagné la confiance et la 1 e faveur de la Russie et de son puissant souverain. ( que le gouvernement serbe ait cherché à éviter tout ( i aurait pu porter ombrage à des puissances voi-

Ï6B LA YIE POLITIQUE A

EJnes, des complicalions ne purent être évitées; elles eurent môme, à un moment, une certaine gravité. Les allures indépendantes de la politique serbe, après une servitude de plus de sept années, avaient choqué l'Autriclie-Hongrie, qui y voyait une provocation suscitée par des intrigues russes. L'altitude des journaux officieux de Vienne et de Pest était franchement liostile, le comte Kalnoky sembla l'approuver dans son discours (juin) aux Délégations. Il y exprima en termes très clairs les appréhensions que lui donnaient les affaires de Serbie, et il indiqua que l'Autriche-Hongrie avait entre ses mains des moyens efficaces de faire sentir à ses voisins son mécontentement. Le lendemain, parut le décret par lequel le ministre hongrois de l'agriculture soumettait à des conditions quasi prohibitives l'importatioD des porcs de Serbie, Sans perdre son sang-froid, le gouvernement serbe protesta contre une pareille violation du traité de commerce, et déclara que si l'Autriche-Hongrie persistait dans cette voie, la Serbie de son c6té se considérerait comme déliée des obligations que ce même traité lui imposait. Une longue discussion diplomatique s'engagea; et le gouvernement hongrois après avoir d'abord soutenu que le traité de commerce et la convention vétérinaire l'autorisaient à avoir recours pour des causa sanitaires k de pareilles mesures, renonça à cette thèsi et consentit au rétablissement du statu quo. La solutioi définitive de l'incident eut lieu lors de la rencontre di comte Szapary, président du conseil hongrois, et di général Sava Grouitch, président du conseil serbe, i l'inauguration des travaux des Portes de Fer.

L'exécution de ces travaux avait donné Ueu à de Ion gués négociations entre la Serbie et l'Autriche-Hongrie Le gouvernement hongrois avait commencé par émettn la prétention que la Serbie, à laquelle le traité de Berlii imposait l'obligation de faciliter l'exécution de ces vaux, était tenue de mettre, sans aucune compensât à la disposition de l'entrepreneur l'usage de son t( toire. Mais la Serbie exigeait une indemnité peur

matériaux extraits de ses carrières, pour l'occupation des terrains communaux ou privés, et pour les dommages apportés aux pêcheries. Toutes ces questions ont pu être réglées d'une manière satisfaisante; le général S. Grouitch a communiqué à la Skoupschtina un livre bleu contenant les pièces relatives à cette négociation.

Les relations amicales qui lient la Serbie à la Roumanie ont trouvé leur consécration dans la conclusion d'une convention commerciale provisoire par laquelle les deux pays s'accordent réciproquement le traitement de la nation la plus favorisée.

L'assassinat du vice-consul à Prischtina a un instant compromis les relations de la Serbie avec la Sublime Porte. La Turquie ne voulait pas accorder de réparation, prétendant que le meurtre avait été commis par un tsigane, maltraité dans la journée même de l'assassinat devant la porte du consulat serbe, sur l'ordre du consul. Pour le gouvernement serbe, cet assassinat n'était pas l'œuvre delà vengeance personnelle, mais celle du fanatisme des Arnautes qui croyaient pouvoir ainsi se débarrasser du seul représentant des puissances européennes, témoin gênant de leurs crimes. La Serbie ne voulait pas attendre le résultat de l'enquête judiciaire ; elle tenait à ce que la question fût réglée diplomatiquement; elle demanda aux puissances de la soutenir. La Russie et la France répondirent immédiatement à cet appel. L'Allemagne, l'Autriche-Hongrie, l'Italie, puis l'Angleterre s'y associèrent avec quelques hésitations. La Porte céda devant les conseils amicaux des puissances. L'enquête judiciaire, qui était dirigée par le tribunal impérial d'Uskub avec une lenteur singulière, fut pressée, et la sentence rendue condamna l'assassin à la peine de mort, "* "")& complices aux travaux forcés. Par une note sée à M. Novakovitch, ministre de Serbie à Consiiople, Saïd-Pacha déclara que des honneurs mili- !s seraient, à titre de réparation, rendus aux dé- ^^es du vice-consul ; enfin le sultan accorda, sur son

gv-v.

trésor privé, une somme de 3,000 livres sterling (75,000 francs) à la veuve du vice-consul, M. Marinkovitch.

Les relations avec la Bulgarie, sans avoir un caractère d'intimité, sont en tout cas en voie d'amélioration. Il y a cependant encore des deux côtés beaucoup de méfiance. La Bulgarie s'est alarmée bien à tort des bruits qui ont circulé au sujet des intentions belliqueuses prêtées à sa voisine. De son côté, la Serbie n'a pu voir sans regret le succès remporté par le gouvernement bulgare dans la question des *bérats. A ses yeux, en accordant ces bérats aux évêques bulgares de Macédoine, la Porte a violé les intérêts les plus sacrés des nations serbe et grecque. Peut-être a-t-elle donné ainsi le signal du déchaînement des passions nationales en Macédoine. L'assassinat du pope Stojan de Podgoritza, près Okrida, un des plus énergiques défenseurs de la cause serbe dans ces contrées, a ouvert la série des actes sanglants qui pourront donner lieu à des complications dont la portée ne peut pas être prévue. •

La question macédonienne est d'une importance capitale pour les destinées de la Serbie et de toute la Péninsule. Les dissentiments et les discussions au sujet de cette province forment le principal obstacle à l'entente des peuples balkaniques et empêchent la solution la plus juste, la plus conforme aux intérêts généraux, du grand problème oriental, solution qui donnerait la péninsule balkanique à la confédération des peuples qui l'habitent.

La question de^runion a été, en 1890 comme les années précédentes, Tobjet de discussions passionnées. Les radicaux norvégiens n'ont pas trouvé d'écho dans la démocratie suédoise qu'ils voulaient entraîner dans leur campagne contre la politique du cabinet de Stockholm : « La communauté des sentiments démocratiques, disaient-ils, est seule capable de créer entre les deux nations une solidarité pratique et conforme à leurs besoins. » Le cabinet norvégien sera peut-être impuissant à dominer les sentiments ardents des adversaires derUnion.

Les deux États n'ont pas eu en 1890 la même politique économique : tandis que la Suède manifestait l'intention de rompre les traités de commerce, la Norvège exprimait le désir de les renouveler. La Suède et la Norvège étant complètement indépendantes l'une de Tautre au point de vue douanier, les rapports entre les deux royaumes sont réglés par une sorte de traité de commerce. Cet acte, déjà modifié plusieurs fois (notamment en 1825, 1874 et 1887), vient de l'être encore en 1890 e* '- "ouvel arrangement est entré en vigueur le 1^"* juil- 1 -.es produits de l'un ou l'autre des royaumes entrent c mchise dans l'autre; si la Suède établissait des ï .s à l'exportation, elles ne seraient pas valables l la Norvège ; enfin certaines marchandises de pro-

lace étrangère paient, en passant ta frontière suédo-

?égienne, des droits équivalant à la différence des

Is qui les frappent dans les tarifs suédois et norvé-

>s négociations relatives à. Télaboration d'un code

itime Scandinave commun aux trois royaumes ont

fin; la Commission nommée en 1883 avait pris me base le projet danois et avait soumis en 18S7 tsultat de son travail aux trois gouvernements qui ont mis d'accord en 1890. Le projet commun sera ssamment soumis aux trois parlements.

:s Hinistéres suédois et norvégien n'ont pas subi lodifications. Le comte C. Lewenhaupt est toujours istre des affaires étrangères; M, Gram, ministre, at norvégien, et les conseillers d'Etat Rotl et Thome ent à Stockholm près du roi. A Christiania, les déements sont dirigés par MM. Bonnevie (cultes et inslion publique), Birch-Reichenwald( travaux publics),

(défense), Furn (intérieur), Hygh (finances), Arne- ; (.justice), conseillers d'État, sous la présidence de itang, ministre d'Ëtat.

)litique extérieure. — Le roi a déclaré, le 18 jan- , àl'ouverture du Riksdag suédois, que la politique iOTi gouvernement était la neutralité absolue. On , croire à sincérité de sentiments si conformes

intérêts des Royaumes-Unis, Cependant les radi- : norvégiens accusent la diplomatie suédoise de ances germanophiles; à les croire, les mesures taires recommandées par le gouvernement seraient ;s contre la Russie. — Le roi a été nommé amiral a flotte allemande, en môme temps que l'empereur leinagne recevait le titre d'amiral de la flotte norenne. Cette année encore, Guillaume II a visité la ■ège. Le roi est allé le recevoir à Chrislir"'traité a été conclu entre la Suède et l'Autr 3 ■ la protection des marques de fabrique (n ■oi a accepté de nommer le juge suprême de el Samoa (Océanie) sur ia demande des gouv-

ments de Londres, de Berlin et de Washington. Il a renoué ses relations diplomatiques avec la Bavière en accréditant à la cour de Munich son ministre à Berlin, M. de Lagerheim.

Tandis qu'en Suède, les débats parlementaires sont surtout occupés par la question économique, en Norvège, il y a des partis politiques assez tranchées. Dans Fun et Tautre pays, le socialisme a recruté des adhérents. « Dans des pays où la terre est pauvre, les esprits cultivés, Thorizon politique limité, le sort des classes laborieuses deviendra, dans un temps peu éloigné, le véritable champ de bataille des partis, dit M. René Millet. L'impression générale que Ton garde d'une étude sur la condition de l'ouvrier Scandinave est favorable ; il gagne peu, mais il n'a pas de grands besoins : il se contente, le plus souvent, d'une nourriture assez simple dont les pommes de terre, le hareng, le lard et le lait forment la base. Les objets de consommation les plus ordinaires sont à bon marché, et le grand nombre des cités ouvrières assure aux travailleurs de bonne conduite un minimum de confortable. Cent institutions diverses, dont quelques-unes peuvent servir de modèles aux peuples du continent, s'occupent de sa moralité, de son instruction et de son bien-être. Il est, en général, de tempérament flegmatique, respectueux de l'autorité et de la loi. Mais le parti ouvrier représente une force bien supérieure à son importance numérique parce qu'il a l'instinct de la discipline, l'entente et l'habitude de l'action commune. » La suppression complète des corporations ne date en Suède que de 1840 ; en Norvège, de 1869. Les anciennes corporations n'ayant pas disparu brusquement dans une tourmente politique , l'esprit d'association volontaire leur a sur- ' '^"-.. Depuis 1884, les deux royaumes ont mis à l'étude roblèmes de législation ouvrière les plus délicats; lois importantes ont été votées ou sont entrées en 3ur pendant l'année 1890. Les Royaumes-Unis ont eprésentés à la Conférence de Berlin et leurs délé-

)s s'y sont prononcés en faveurdc programme formulé • les délégués allemands. Au mois d'août, un Congrès léral des ouvriers Scandinaves s'est réuni à Ghrisla ; tout en proclamant la stérililé des manifestations itiques, il a réclamé le suiîrage universel. 'amille royale. — La santé du roi et celle de la prin- 5e royale ont donné cette année d'assez vives inquiées. Le roi a passé plusieurs mois en Norvège (mars-

lilcsdag. — Comme on le sait, la Constitution suése a institué deux Chambres élues au scrutin secret; première (147 membres ) est élue pour neuf ans par assemblées provinciales [Landstingen) et par les Cons municipaux des trois grandes villes {Stadsfullmak- ) parmi les citoyens âgés de trente-cinq anset ayant •evenu minimum assez élevé: les assemblées muoides et provinciales proviennent elles-mêmes, direcent ou indirectement, d'élections censitaires. La mde Chambre (228 membres) est élue pour trois ans

les citoyens censitaires âgés de vingt-cinq ans; iction a lieu en principe à deux degrés, excepté s les villes formant à elles seules une cireonscn'

et dans les circonscriptions où la majorité des él( ■s adopte le vote direct; l'élection au second degn

devant le juge du tribunal de première instan

lorsqu'il y a plusieurs circonscriptions dans le ressort [dommga), se transporte d'une circor tion dans l'autre ; il résulte de cette manière de pi T que la période des élections à la seconde Chamb i durer fort longtemps. Les membres des d" mbres doivent être luthériens (il n'y a que 21 idents dont 900 catholiques et 3,000 juifs 5,000 habitants).

1 a calculé que la proportion des citoyens ayaj

STJÈDE ET NORVÈGE 263

droit de vote dans les questions politiques est seulement de 5.9 p. 100; c'est-à-dire que la Suède est, à cet égard, parmi les derniers pays, immédiatement avant la Hongrie et la Belgique, qui vient au dernier rang. Pour être électeur à la première Chambre ou éligible à la seconde, il faut posséder une propriété valant au moins 1,000 couronnes ou payer l'impôt pour .un revenu d'au moins 800 couronnes ; il faut que ce revenu soit personnel et qu'on ne soit au service de personne : la plupart du temps, il n'y a donc que le chef de famille qui vote, surtout dans les campagnes; d'autre part, 1.5 p. 100 des citoyens majeurs sont privés du droit de suffrage, bien que payant le cens dans une commune, parce qu'ils n'y sont pas domiciliés, et ils ne votent pas davantage dans la commune où ils sont domiciliés, parce qu'ils n'y paient pas le cens ; d'autres sont privés de l'exercice de leurs droits pour n'avoir pas acquitté à temps leurs contributions. On estime à 22.2 p. 100 la proportion des hommes majeurs ayant le droit de suffrage; mais il arrive assez fréquemment, dit-on, que des personnes (notamment des employés des compagnies industrielles), ayant un revenu supérieur à 800 couronnes, sont taxés à une somme inférieure et privés ainsi de l'exercice des droits politiques. On compte 282,000 hommes majeurs ayant le droit de vote politique et 150,000 ayant le droit de vote communal ; si on abaissait le cens politique actuel au niveau du cens communal, le nombre de votants en politique serait de 9 p. 100 de la population. 7 à 800,000 hommes majeurs n'arrivent jamais à gagner le droit de suffrage dans les élections communales ; ce sont les ouvriers et surtout les ouvriers des campagnes, ainsi que les petits fermiers dont la redevance consiste surtout en journées de trav=^^ et qui ne possèdent pas de terres mais sont au s "0 d'un propriétaire (1).

-es détails ont été extraits par M. Millet d'une brochure ' par le comité d'organisation du Congrès ouvrier de 1890.

La Chambre haute comptait au commencement de 1890 une majorité conservatrice et protectionniste compacte. La Chambre basse se divisait en quatre partis: le vieux parti national, qui a pour chef Sven Nilsson; le nouveau parti national ou conservateur; les progressistes, élus par les villes surtout, etle centre, qui a pour chef M. Herslow. Les conservateurs seuls sont protectionnistes ; ils avaient obtenu la majorité aux élections de 1887. Tous les autres partis sont libre-échangistes; les progressistes acceptent la plus grande partie du programme ouvrier modéré et réclament les réformes sociales et Textension du droit de suffrage.

Les Chambres ont voté le budget, qui se présente en équilibre (94,950,000 couronnes; la banque d'État a réalisé en 1889 un profit de 1,300,000 couronnes). Le ministre delà guerre prépare Taccroissement des fortifications maritimes de Stockholm. On a voté pour les dépenses extraordinaires de la guerre et de la marine (cuirassés, torpilles, artillerie, forteresse de Carlsborg, etc.), une somme de 3,351,860 couronnes. La dette^ contractée uniquement pour la construction de chemins de fer, était de 258,913,247 couronnes au V janvier 1890. Le gouvernement a été autorisé par les Chambres à achever aux frais de TÉtat le chemin de fer de Lulea à la frontière norvégienne (mai) : 7 millions de couronnes ont été assignés en dehors du budget de l'État sur l'administration de la dette, pour l'administration de cette ligne, et 1 million pour des prêts aux chemins de fer privés.

La seconde Chambre a adopté à l'unanimité, mais la seconde a repoussé par 93 voix contre 38 une proposition invitant le gouvernement à présenter au Parlement une loi sur l'abolition des fîdéicommis: il y en a 166, appartenant à 38 comtes, 40 barons, 61 nobles, 27 r'^^uriers. Leur valeur totale est estimée à 100 millions le couronnes; leur valeur moyenne à 659,000; et le ' is considérable à 4,355,700. L'anoblissement accordé ir le roi à M. Wyk, président de la Chambre basse, a i-

levé quelques protestations de la part des démocrates. La loi du 18 avril a aboli le dernier privilège reconnu aux fils, au détriment des filles, en matière de partage de successions (c'était le droit de choisir sa quote-part sans tirage au sort, dans les immeubles ruraux). Les Chambres ont adopté un projet tendant à diminuer le nombre des membres de la Diète et à fixer une proportion déterminée entre les membres des deux assemblées. Ce projet devra, pour acquérir force de loi, être de nouveau voté par la prochaine législature qui débutera en janvier 1891. Quelques modifications, dans le sens d'une atténuation, ont été apportées au Code pénal et au Code de justice militaire (20 juin). On a voté une loi importante sur Thygiène publique. Les Chambres ont demandé que des mesures fussent prises en vue de restreindre le droit de vendre des boissons de malt et de rendre plus rigoureuse l'interdiction d'importer des boissons alcooliques dans certaines parties de la Laponie. On n'a pas discuté encore la réforme de l'organisation militaire de 1885. Mais le ministre de la guerre a nommé, le 20 novembre, un comité pour préparer un projet de loi.

En 1888, la Commission d'enquête instituée en 1884 avait présenté au Parlement, en même temps que le projet qti est devenu la loi du 10 mai 1889 sur la police des ateliers, deux autres projets : sur les assurances obligatoires contre les accidents résultant du travail et sur l'institution d'une caisse publique gouvernementale d'assurances. L'obligation s'étendrait à 200,000 individus environ. Les patrons en supporteraient les dépenses, et verseraient les primes à la caisse gouvernementale. Les deux projets qui introduisaient une large intervention de l'État dans le contrat de travail, ont été discut<^sparle Riksdagen 1890 et rejetés, parce qu'ils ont 1 trop engager la responsabilité de l'État, mais la ( tion des assurances sera de nouveau portée pro- < lement à l'ordre du jour. Les Chambres ont invité le 1 ernement à présenter un projet de loi accordant

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aux ouvriers, quelle que soit la forme de leur engagement, un privilège sur les biens de leur patron, pour le paiement de leur salaire.

Depuis 1887, la majorité des Chambres, émue du bas prix des produits de l'agriculture nationale, a pris une attitude protectionniste. En 1888 et 1889, elle a adopté un tarif établissant des droits élevés ; en février 1890, elle a été sur le point de faire passer une résolution en faveur de la dénonciation des traités de commerce ; sur les observations du ministère, le Riksdag s'est contenté d'inviter le gouvernement à ne pas renouveler les traités de commerce (notamment ceux qui ont été conclus avec la France et avec l'Espagne).

Les élections à la Chambre basse, qui ont eu lieu au mois de septembre, ont donné la victoire aux libreéchangistes. Cette Chambre se compose de 142 libreéchangistes et 86 protectionnistes ; la Chambre haute de 101 protectionnistes et 46 libre-échangistes. Cette différence dans la composition des Chambres ne laissera pas que de rendre difficile la marche des affaires. Quand un conflit se produit entre les Chambres en matière financière, la question doit être tranchée par un vote général dans lequel on additionne les voix obtenues pour et contre daijs chacune des deux assemblées. Dans ce cas, les partis se trouveraient à peu près de même force.

La population ouvrière de la Suède comprend environ 500,000 habitants, dont 75,000 ouvriers de fabrique; le nombre d'ouvriers employés par chaque établissement est très faible: on ne rencontre nulle part, dit M. Millet, dont nous résumons le rapport (v. Bibliographie), de ces agglomérations formidables qui sont trop souvent des foyers de misère, de vice ou d'agitation malsaine. Il y a à Stockholm 25 à 30,000 ouvriers. Au point de vue politique, la direction des ouvriers appartenait autrefois aux délégués des associations vrières, qui se réunissent en un « Congrès ouvrier qui se montrent assez modérés. Le quatrième conr (le premier a eu lieu en 1879) s'est réuni à Stockh^

le 26 juin 1890; une centaine d'adhérents y ont montré un remarquable souci des solutions pratiques ; tout s'est passé avec calme; le prochain congrès aura lieu à Gothembourgen juin 1893. Voici les conclusions votées par le Congrès de 1890 : 1° suffrage universel pour les élections politiques et communales ; 2° liberté de réunion et d'association ; 3° suppression des impôts indirects qui font renchérir les aliments ; 4® liberté de conscience ; droit de quitter l'église d'État (jusqu'ici les fonctions publiques sont presque toutes réservées aux luthériens); suppression des contributions ecclésiastiques obligatoires; 5° développement des écoles primaires; cours etconférences pour les ouvriers; 6° réforme du Code pénal ; jury pour les affaires criminelles (il ne fonctionne actuellement qu'en matière de presse) ; gratuité de la justice pour les pauvres ; création de tribunaux d'arbitrage pour juger les différends entre les patrons et les ouvriers; 7** limitation de la journée de travail à dix heures, en attendant qu'on puisse la fixer à huit; lois protectrices de l'ouvrier; 8° assurances créées avec le concours de l'État; 9"* adhésion aux tentatives internationales qui seront faites pour le maintien de la paix.

Ce programme paraît insuffisant à une grande partie des ouvriers suédois, qui ont pour organes le journal Social Democrat et un club fondé en 1884. Au mois d'avril 1884, le parti social-démocrate a manifesté son existence par la réunion d'un congrès. Le Congrès, autorité suprême du parti, est représenté dans Tintervalle des sessions par des délégués qui surveillent l'exécution de ses résolutions; les sociétés ouvrières sont chargées de l'organisation locale ; la Suède est divisée en districts de propagande et d'organisation. Le 27 avril, le Congrès a adopté le programme suivant : parti, bien que persuadé de la vanité des espér . j fondées sur le suffrage universel , décide de lutter \ obtenir ce premier droit d'un citoyen libre ; — il déc que, par rapport à lui, toutes les autres classes de

^68 LA VIE POLITIQUE X rÉTRANGER

la population ne sont qu'une foule réactionnaire; cepen- <iant, il consent à s'allie^ aux groupes politiques dont le programme offre certains points de ressemblance avec le sien ; — il recommande de relever le moral de la population ouvrière en la détournant de la boisson ; — il <:roit que les lois sur les assurances ouvrières ou les acci- -dents de travail ne sont faites que pour tromper les ouvriers, et il demande huit heures de travail au maximum et un salaire minimum fixé par l'État; — il repousse toute idée de l'emploi de la force; — il déclare que la religion est affaire privée de chaque individu. »

A la suite de cette manifestation, le gouvernement a -dû prendre quelques mesures contre l'abus du droit de parole. « Mais, comme dit M. Millet, on ne doit pas perdre de vue qu'il s'agit d'hommes du Nord, au tempérament calme, et que, par suite, il faut transposer dans une gamme infiniment plus douce toutes les dissonances auxquelles nous sommes accoutumés, pour avoir le véritable diapason des sentiments suédois. Le 1*''^ mai 1890, 20,000 ou 30,000 manifestants se sont réunis sans un cri, sans l'ombre de tumulte, pour se rendre à l'emplacement que la police avait assigné au meeting, et ils se sont dispersés dans le même ordre. Presque tous, ils étaient vêtus avec décence et propreté. » Les ouvriers des campagnes, mal payés et souffrant des longs hivers, sont moins favorisés que les autres ouvriers, et, pendant l'été de 1890, on a signalé chez eux une agitation qui se propageait aux environs de Stockholm, au temps de la moisson : ils réclamaient une augmentation de salaire et la réduction de la journée de travail à dix heures. La loi du 10 mai 1889 « sur les précautions destinées à prévenir les accidents du travail » a créé des inspecteurs industriels nommés par le roi, qui ont commencé leurs tournées au mois de juin 16 ; ils s'occuperont tout d'abord d'inspecter le travail s adultes, leur contrôle s'étendça aussi à la proteci i des enfants, lorsque l'ordonnance de 1881 sur le trr 1

ÎT NORVÈGE S69-

S aura reçu les amendements

eu le 31 décembre 1890.

Izberg, organisée aux frais du lirigée par Gustave Nordensdonné de remarquables résul-

melles; Partis. — Le Parleng se compose de 144 membres lière élection aeu lieu en 1888), itoyens âgés de vingt-cinq ans inditionsde fortune et de résiires et anciens fonctionnaires ïnnes au service d'autrui ne e vote. Le Storthing comprend 'y a qu'une seule élection : les îsun quart d'entre eux pour oibre {Lagthing), les autresfor- ^onditions de cens sont plus Finmarck où il suffit de payer ■ ans) que dans la plupart des censitaire, excepté en Suède, ue. <( Il faut en général, dit aOO couronnes dans les camines dans les villes. Comme il dites d'accorder des remises 1 du gouvernement, on conçoit modifier, dans l'intérêt pécu- , mais au détriment de leur inées qui servent à évaluer ce

; a, dans ces dernières années^ ;ez vive en faveur du suffrage

universel. Aux dernières élections, une moitié du corps électoral ne s'est pas prononcée du tout sur la question du suffrage universel. La droite est opposée à l'extension du droit de suffrage, mais les libéraux modérés, dont l'appoint donne la majorité aux ministres dans le Storthing, admettent la nécessité d'une modification de la loi électorale. Dans la gauche même, certains membres craignent de voir enlever aux propriétaires leur ancienne prépondérance politique au profit de nouvelles couches sociales; la démocratie rurale, dominée par des idées religieuses, se détache des radicaux, adversaires du christianisme, et leur reproche leurs complaisances pour les socialistes. L'agitation socialiste date en Norvège de quinze à vingt ans, et elle n'existe que dans les grands centres. On ne trouve dans le royaume que 50,000 ouvriers de fabrique, la plupart des Norvégiens étant occupés par la pêche, l'agriculture et l'exploitation des forêts. Les associations de métiers et d'industries ont constitué en 1886 une Union générale qui tient de temps en temps une assemblée générale dans l'une des villes du royaume, mais n'a pas de direction générale permanente; l'élément socialiste est représenté dans une certaines mesure dans cette Union qui prend une part active à la politique militante. 11 y a à Christiania un journal socialiste.

« Les grèves ne sont plus une rareté, dit M. Millet. Quelques-unes des plus récentes (celle des ouvriers typographes, par exemple) ont été soutenues par des fonds venus de l'étranger. Mais l'ouvrier ne s'est pas départi de son attitude correcte et la police n'a pas eu à intervenir pour assurer la liberté des travailleurs ou le respect des propriétés. » Au mois de mai, les associations ouvrières ont déclaré qu'elles combattraient tout candidat hostile à l'introduction du suffrage univei ^ C'était indiquer leur intention de passer sur le teri i légal et de faire la conquête du Storthing. La gau cherche à désarmer le parti socialiste par des réform ^Ue accuse le ministère de ne pas agir.avec assez d'é^

gie en ce sens, bien qu'il ait continué Foeuvre entreprise depuis 1885 par le cabinet Sverdrup.

Comme on le sait, les ministres n'assistent pas aux discussions des Chambres, et le Parlement ne peut demander leur destitution; mais il peut se faire communiquer les procès-verbaux du Conseil d'État ; la seconde Chambre a le droit de mettre les ministres en accusation et le Rigsret, qui doit les juger, est composé des membres de la première Chambre et des membres du Tribunal suprême.

Storthing. — Le prince héritier a ouvert le Storthing le 18 février ; il a fait connaître le dépôt de plusieurs projets de loi sur les questions ouvrières et d'un projet introduisant le service militaire obligatoire. La question capitale des^ relations des deux royaumes a occupé le Storthing. Le budget des affaires étrangères n'a été voté, à la seconde Chambre, que par 57 voix contre 56. La question de la représentation diplomatique des deux royaumes a été discutée avec âpreté ; la gauche paraît décidée à faire triompher ses prétentions, dût une révolution s'ensuivre. Le projet accordant les mêmes droits électoraux aux femmes qu'aux hommes a été rejeté (70 voix contre 53), le 9 juin, par la seconde Chambre. 1,670,000 couronnes d'excédents budgétaires ont été consacrées à des dépenses militaires; 1,450,000, aux constructions navales. L'opposition, dirigée par le poète fijornson, a dem§,ndé la réparation des forts de la frontière orientale, du côté de la Suède. Le tarif des douanes a été abaissé en général : mais les droits sur l'alcool et le malt ont été élevés, ainsi que le droit d'entrée sur le café. La dette, de 115,714,200 couronnes, a été contractée pour des entreprises productives, notamment pour la construction de chemins de fer -^--t on évalue la valeur à près de 93,000,000. Au .oment du voyuge de l'empereur d'Allemagne, le 1 irthing a voté les fonds nécessaires à la restauraiio j Palais royal de Christiania qui tombai t en ruine s . 1 ouvrières. — Le 18 janvier, le gouvernement

a fait présenter au Storthing les projets de lois ouvrières préparées par la Commission parlementaire nommée en 1885. L'un d'eux' réglemente le travail des femmes et des enfants : Tâge minimum serait de douze ans pour les jeunes ouvriers; les femmes ne seraient admises au travail que trois semaines après leur accouchement, etc. Un second projet est relatif à Thygiène et à la sécurité des fabriques, qui seraient soumises à la surveillance de comités locaux et d'inspecteurs de fabriques. Enfin, un troisième et un quatrième projet rendraient obligatoires les assurances contre la maladie et les accidents pour tout ouvrier ou employé dont le salaire ne dépasse pas 1,200 couronnes par an (sauf les personnes employées aux travaux de l'agriculture, des pêcheries, des forêts, etc.), une caisse publique encaisserait les assurances, mais les caisses privées pourraient subsister en ce qui concerne l'assurance contre les maladies. Déjà l'assurance volontaire tend à se généraliser dans les grandes exploitations privées. La Commission, ayant fait une enquête approfondie sur la durée du travail, a proposé de fixer à dix heures la durée normale de la journée de travail; le gouvernement n'a pas converti cette proposition en projet de loi.

La loi d'instruction criminelle du l"juillet 1887 est entrée en vigueur le l®"" janvier 1890; elle a soumis au jury toutes les affaires criminelles. Un congrès international contre l'abus des boissons alcpoliques s'est tenu à Christiana du 2 au 6 septembre. Grâce aux mesures législatives adoptées en Norvège contre l'alcoolisme, la consommation de l'alcool par tête d'habitant est tombée à 1 1. 70 (12 en Belgique, 8 en Allemagne, 4 en France).

En 1889, l'émigration norvégienne a été de 12,478 personnes ; c'est le plus faible chiffre atteint pendant les cinq dernières années.

Nécrologie.

M. BehrenSf né en 1820, créateur et propagateur du chau. cal en Norvège. — Le comte Rosensvârd^ lieutenant général '^^ " en

rÈDE ET NORVÈGE 27a

. Pellersen (de TromsÔ), gÉologue et géo-

BlBLIO GRAPHIE.

•avait en Suède et en Norvège, par René BDce à Stockholni. Ce rapport contient Les cliemim de fer suédois (Bulletin du publics, août). — Chronique législative : de Législation :?oniparée, jamier 1891). e de la Suéde ^Bulletin coiisuiaire Trançals,

uitu loBu/. — L, umuii entre la Suède et la Noi'vège, mémoires et

éteuments, par F. Aliu (eu auédoia).

puisse, dont les relations avec l'extérieur avaient Hre compromises en 1889 â la suite de l'incident ;emuth, n"a rien eu de semblable à redouter en Le traité d'établissement avec l'Allemagne a déement aplani de ce cAté les diMcultés et assuré & îse l'exercice du droit d'asile. C'est à l'intérieur L Suisse a eu cette année des complications dues volulion du Tessin; la crise a pu être heureuseconjurée. Enfin la Suisse a eu en 1890 des élecpour le Conseil national qui ont peu changé la on respective des partis et qui ont maintenu la ité aux radicaux.

r l'année 189(1, le président de la Confédération, lOdécembre 1889, a été M, Ruchonnet; il a suci M. Hammer. Le vice-président, élu à la même a élé M. Welti. Les autres membres du Conseil 1 étaient les mêmes que l'année précédente. La ition des départements entre eux était aussi la même. M. Ruchonnet était chargé de la justice :a police, M. Welti, des chemins de fer, postes et nphes, M. Droz, des affaires étrangères, M. Schenk térieur, M. le colonel llauser, des affaires m M. Hammer, des finances. M, Deucher, de 1 B et de l'agriculture.

1 décembre 1890, l'Assemblée fédérale a procé

à l'élection du Conseil fédéral dont les membres sont nommés pour trois ans. Tous les membres en fonctions ont été réélus, à l'exception de M. Hammer, conservateur libéral, qui avait donné sa démission après quinze années de fonctions ministérielles. Il a été remplacé par M. le colonel Frey (radical). M. Welti a été élu, pour 1891, président de la Confédération, et M. Hauser, vice-président. La répartition des départements n'éprouve pour 1891 que deux changements ; M. le colonel Hauser a remplacé M. Hammer aux finances et M. le colonel Frey a été chargé des affaires militaires à la place de M. Hauser.

L'Assemblée fédérale s*est réunie du 4 au 27 juin. Au Conseil national, M. Suter, vice-président sortant, a été élu président, et M. le colonel MuUer, vice-président. Au Conseil des États, M. Muheim, vice-président sortant, a été élu président, et M. Haberstich, viceprésident. Le Conseil fédéral avait proposé aux Chambres un article 34 bis à insérer dans la Constitution et y introduisant le droit de légiférer sur l'assurance contre les accidents et la maladie. Le Conseil national Ta accepté, en le modifiant légèrement, par 112 voix contre 2, et le Conseil des États a adhéré à l'unanimité au projet voté par le Conseil national. Sur la question des arrondissements électoraux, le Conseil national a voté d'abord une loi qui assurait la prépondérance du parti radicaL Le Conseil des États n'a voulu voter cette loi qu'en y introduisant la division de l'arrondissement du Jura, et le Conseil national a adhéré à cette décision. Les Chambres ont ratifié l'opération du Conseil fédéral relative aux actions de la Compagnie Jura-Simplon. Le Conseil des États a discuté une loi sur les pensions de retraite du personnel administratif. Les deux Chambres f\n\ T^nis eu considération l'initiative due aux Grands 3ils de Schaffhouse et d'Argovie en faveur de Funi- 3n du droit pénal ; des travaux préparatoires sont eurs entrepris déjà dans ce sens. La loi sur les douaniers, et la revision de la loi sur les billets

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de banque ont été ajournées à une session extraordinaire, en septembre. Les deux Chambres sont passées à Tordre du jour sur une pétition pour le rétablissement de la croix fédérale à cinq carrés. Elles ont décidé la création d'un musée national. La garantie fédérale a été accordée à la nouvelle constitution de Bâle- Ville. Les Chambres ont ratifié le nouveau traité d'établissement avec l'Allemagne. Enfin, elles ont décidé que le sixième centenaire de la Confédération (1®' août 1891) serait célébré en 1891 dans les cantons anciens de la Suisse.

L'Assemblée fédérale s'est réunie en session extraordinaire le 22 septembre. Elle a eu à se prononcer sur les affaires du Tessin. Une loi dont le Conseil des États s'était déjà occupé, relative aux pensions de retraite du personnel administratif, a été définitivement votée. I^e Conseil national a adopté le projet de loi du Conseil fédéral sur l'initiative, portant que 50,000 citoyens pourront demander la revision partielle de la Constitution, dans les formes statuées par la législation; ils pouvaient jusque-là demander seulement la révision totale. Ont été votées aussi une loi concernant la protection des marques de fabrique et de commerce, et une loi augmentant le nombre des instructeurs d'infanterie. A été adoptée une motion tendant à une entente internationale pour le repos dominical des employés de chemins de fer. A signaler aussi l'adoption d'une motion invitant le Conseil fédéral à présenter des propositions sur la revision de l'article 39 de la Constitution, en vue de donner à la Confédération le monopole de l'émission des billets de banque, dont l'exercice pourrait être confié à une banque centrale à créer. Le Conseil des États a voté le projet de loi sur l'extradition internationale. Le Conseil nation?^ a adopté un nouveau tarif de péages qui majore d > une forte proportion les principales taxes, et qui t destiné à servir de base à la discussion des trj s nouveaux et, en attendant, à procurer des ress^t' 3

•e le renckânnement de la vie combattre cette tendance vers , et elle a protesté avec énertrn des droits d'entrée sur les aliments et objets nécessaires à la vie. Le Conseil naliûnal a rejeté une motion de M. Âdor sur la représentation proportionnelle et une motion de M. Comtesse tendant à donner aux cantons les plus populeux plus de deux représentants au Conseil des Etats. Celte session, la dernière de la législature 1887-1890, a été close le 11 octobre.

Les Elections an Conseil Dational ont eu lieu le "3 octobre dans toute la Suisse. Elles ont maintenu à eu près chaque parti dans la situation antérieure, la lajorité étant toujours aux radicaux; Les libéraux lodérés ont été battus par les radicaux dans la ville B Berne et dans les arrondissements de la Haulei^vie. Les conservateurs catholiques l'ont emporté Fribourg et dans les petits cantons de la Suisse cenale. A Genève, les libéraux ont pris leur revanche ir les radicaux. Dans le Tessin, les élections ont répondu aux prévisions : les conservateurs l'ont emporté dans le grand arrondissement du Nord, leCircondarione, avec 2,206 voix de majorité; dans le petit rrondissement du Sud, le Circondarietto, les radicaux it eu 1,000 voix de majorité. Dans l'ensemble du canin, les radicaux sont en minorité de 1,200 voix. Les mseillers fédéraux Ruchonnet, Droz et Hammer ont é réélus dans leurs cantons ; le colonel Cérésole, icien président de la Confédération, en ballottage à lusanne, n'a pas été élu au second tour. M. Hilty, ■ofesseur à l'Université de Berne, a été élu dans le jiton de Saint-Gall. Deux candidats socialistes ont é élus, à Zurich et Bâle. Quelques troubles ont eu eulement à Fribourg pendant les élections. Les ions complémentaires de Bâle-Ville, Berne et .anne ont été favorables aux radicaux. Le projet '-île constitutionnel donnant à la Confédération le

pouvoir de légiférer sur Tassurance par TEtat contre les accidents et la maladie a été aussi voté le 26 octobre par le peuple à une majorité énorme.

Les Chambres fédérales ont ouvert, le 1" décembre, la législature 1890-1893. Le Conseil national, à la première séance, a été présidé par M. Vonmatt, de Lucerne, doyen d'âge. Ont été ensuite élus : président, M. le colonel Muller; vice-président, M. Lachenal. Le Conseil des États, qui subit la division en législatures du Conseil national, mais qui, au lieu de se renouveler entièrement à des époques déterminées, se renouvelle constamment au gré des constitutions cantonales, a été d'abord présidé par M. Muheim, président sortant. Ont été ensuite élus : président, M. Kellersberger, et viceprésident, M. Gœttisheim.

Le projet de loi sur les rapports de droit civil ^ autrement dit sur le droit privé intercantonal, est revenu pour la troisième fois devant le Conseil des États, partisan du principe de la nationalité, tandis que le Conseil national défend celui de la territorialité; le projet adopté contient encore des divergences avec le texte de l'autre Chambre. Le Conseil national a abordé le projet de loi sur l'extradition déjà adopté par le Conseil des États et l'a accepté dans son ensemble, mais en laissant subsister encore certaines divergences de rédaction. Un article supprime l'ancienne disposition par laquelle étaient affranchies de l'extradition les personnes ayant commis des crimes de droit commun pour motifs politiques. Le Conseil des États a voté le nouveau tarif des péages, déjà débattu par le Conseil national; il a voté le projet de loi introduisant le droit d'initiative pour la revision partielle de la Constitution, sur une base plus large que le Conseil national; il s'est prononcé en faveur de la concession pour le chemin de fer de la Jungfrau. En ce qui concerne le musée ns )nal, le Conseil national a désigné Berne, et le Con il des États, Zurich. La garantie fédérale a été accoi e à la nouvelle Constitution de Saint-Gall. Le budg** fr

1B91 a été voté ; en chiffres ronds, 65 millions de francs de recettes, 78 millions de dépensés. L'Assemblée fédérale a élu le Conseil fédéral le il décembre. La session s'€st terminée le 20 décembre.

La chancellerie fédérale a reçu dans les derniers jours de décembre la demande de référendum pour la loi sur la retraite des fonctionnaires. Le 30 décembre, le Conseil fédéral a arrêté le texte du message qu'il adressera à l'Assemblée fédérale concernant la revision de l'article 39 de la Constitution fédérale.

Armée et défense du pays. — Le département de la guerre a poursuivi l'exécution d'un ensemble de travaux de défense considérables, au Saint-Gothard et à la Furka, pour empêcher l'accès de la Suisse du côté de l'Italie. — Des grandes manœuvres, auxquelles 30,000 hommes ont pris part, ont eu lieu au mois de septembre, sous la direction du colonel Wieland, aux environs de Romont, entre Fribourg et le Léman. — La loi sur l'organisation judiciaire et la procédure pénale militaire est entrée en vigueur le i" janvier 1890, en attendant la revision prochaine du Code militaire luimême.

Chemins de fer. — Le décret du 12 novembre 1889, du Grand Conseil bernois, sur la fusion des deux compagnies, Jura-Berne-Lucerne et Suisse-Occidentale- Simplon, décret ratifié le 8 décembre par le peuple, donnait le droit au Grand Conseil d'ordonner la vente de tout ou partie des actions de la compagnie fusionnée appartenant à l'État de Berne; en même temps il réservait à la Confédération le droit de préemption. Le Conseil fédéral, sur Tinformation du Conseil exécutif bernois, est entré en négociations avec le gouvernement de Berne pour Tachât des 38,000 actions Jura- Simplon. C'est manifestement le premier pas vers le T ,at des chemins de fer suisses, comme l'impliquait le lessage à l'Assemblée fédérale. D'après les clauses p icipales du marché intervenu, Berne a cédé à la C fédération 30,000 des 38,000 actions de priorité

Jura-Simplon que ce canton possède, à 600 francs par action, payées en titres de rente 3 p. 100 reçus par rÉtat de Berne au laux de 90 francs, titres amortissables au gré de la Confédération. Berne s'engage à se dessaisir des 8,000 autres actions en faveur de la Confédération le jour où d'autres cantons se dessaisiraient des leurs, et aux mêmes conditions qu'eux, mais sans que le prix de vente puisse être inférieur à 600 francs. Les deux Chambres ont approuvé à la session de juin l'achat fait par la Confédération, et tout le système du Conseil fédéral pour le rachat du réseau suisse, par voie de pénétration, c'est-à-dire en faisant de la Confédération le plus fort actionnaire, et en lui donnant ainsi la haute main sur l'administration et l'exploitation des voies ferrées.

Sur la question du Simplon, le gouvernement italien a prié le Conseil fédéral de procéder lui-même à l'examen du tracé et à la fixation des devis, pour rouvrir ensuite sur une base solide les négociations relatives à la participation financière de l'Italie.

Questions ouvrières. — La grève des typographes, qui avait éclaté à la fin de 1889 à Berne et à Zurich, a été terminée dans la première quinzaine de janvier, lorsque la police fut renforcée par la troupe.

Le Conseil fédéral, pour faire suite à ses circulaires des 15 mars et 12 juillet 1889, avait adressé aux États industriels de l'Europe l'invitation de prendre part à une conférence relative à la réglementation du travail, qui devait avoir lieu à Berne le 5 mai. Parurent alors les rescrits de l'empereur d'Allemagne. Peu de jours après, le gouvernement allemand faisait demander par son ministre à Berne, M. de Bitlow, si le gouvernement fédéral serait disposé à prendre part à une conférence à Berlin dont le programme lui serait adressé en même temps qu'une invitation officielle. Le Conseil fédér dans sa réponse, reconnut que la décision de l'em* reur n'avait pas eu pour but de contrecarrer la con rence de Berne, mais plutôt d'accélérer la solution d

questions au sujet desquelles la Suisse avait pris Tinitialive. En définitive, le Conseil fédéral déféra au désir du gouvernement allemand, en s'appuyant sur ce que la convocation simultanée de deux conférences traitant en partie des mêmes questions serait contraire à la réussite de l'œuvre, qu'il désirait avant tout. La Suisse se fit donc représenter à la conférence de Berlin.

Un congrès ouvrier, le second de la Fédération ou* i)rière suisse, fondée en avril 1887, s'est réuni à Olten, du 3 au 7 avril. Il comptait 247 délégués représentant 113,000 membres des sociétés fédérées, sociétés qui ne sont pas toutes exclusivement composées d'ouvriers, mais dont quelques-unes, comme la Société du Grûtli, sont ouvertes à tous. Le Congrès s'est prononcé pour que le droit d'organiser l'assurance soit accordé à la Confédération. Après différentes résolutions relatives à la législation sur les fabriques, le congrès a déclaré, non sans opposition de la part des délégués catholiques, que les sociétés fédérées resteraient libres de participer ou non à la manifestation ouvrière du l**" mai. Cette journée du 1" mai s'est passée en Suisse d'une façon très calme et l'ordre n'a été troublé nulle part. 11 est à remarquer qu'en Suisse la facilité avec laquelle se fondent les associations a déterminé la création de vastes sociétés dont l'influence est puissante auprès des pouvoirs publics. Il y a une grande cohésion entre les divers groupes ouvriers et, comme le fait observer M.Emmanuel Arago, ambassadeur de la République française à Berne, dans son rapport au ministre des affaires étrangères, « cette absence de divisions profondes et d'hostilités implacables fait que la Fédération ouvrière jouera un rôle important au Congrès ouvrier international qui se réunira en Suisse l'année prochaine. »

'"lires cantonales. — Le 31 janvier, le peuple de ï -Ville a adopté la nouvelle Constitution par 3 7 oui contre 1,671 non, sur 10,571 votants. Il a, le ^ lars, rejeté, pour la deuxième fois, un projet de loi s "-assurance obligatoire contre la maladie et les acci-

dents. Les élections au Grand Conseil, en avril, ont maintenu la majorité aux radicaux. La représentation proportionnelle a été rejetée, le 23 novembre, par le peuple de Bâle. — Le peuple de Berne a rejeté à une très forte majorité, le 4 mai, un projet de loi sur les impôts q^ui essayait de corriger certains défauts de la loi actuelle et introduisait Timpôt progressif; le même jour, les élections au Grand Conseil ont précisément maintenu la majorité aux radicaux, dont ce projet était Tœuvre. — A Genève, les démocrates ont pris le dessus sur les radicaux au Conseil administratif de la ville, puis au Grand Conseil. — Dans le canton de Glaris, le Landrath a adopté,, le 4 mars, un projet de loi d'impôt sur les successions. Le Grand Conseil de Lucerne a adopté un ensemble de modiflcations à la Constitution cantonale sur lesquelles le peuple se prononcera le 4 janvier 189L L'affaire de Mariahilf s'est trouvée recevoir une solution par la détermination prise par lés vieux catholiques de construire une église pour leur culte. — Dans le canton de Saint-Gall, la Constituante s'est réunie le 12 août et, après des débats laborieux, le projet de nouvelle Constitution à soumettre à la votation populaire a été accepté à l'unanimité. Les libéraux ont pu faire accepter aux catholiques la laïcisation de l'école. Cette Constitution, comme celle de Bàle-Ville, est re visée dans le sens de Textension des droits populaires. — Le tir ' fédéral a eu lieu à Frauenfeld, dans le canton de Thur- GOviE, au mois de juillet. — Dans le canton de Vaud, le Grand Conseil a voté la loi organisant l'Université de Lausanne. — A Zurich, les élections au Grand Conseil, du 4 mai, ont déplacé la majorité libérale au profit des démocrates et augmenté le nombre des députés socialistes.

Révolution du Tessin. — Une véritable révolution a éclaté dans le Tessin en 1890. Depuis 1875, le gouv nement cantonal était aux mains des conservate catholiques. Déjà, en 1889, les élections au Grand G seil avaient suscité entre les partis une lutte assez v

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qui avait nécessité l'intervention du gouvernement fédéral. Le i®*" avril 1890, le caissier cantonal Scazziga. était arrêté à la suite de détournements de sommes considérables. Ce fait causa une grande émotion dans le paysetles radicaux profitèrent de cette circonstance pourjeter le discrédit sur le gouvernement conservateur. On dut prendre des mesures de précaution lors de Touverlure de la session du Grand Conseil; la séance du. 22 avril fut des plus orageuses. Les radicaux firent circuler une pétition demandant la revision de la Constitution quant à la délimitation des arrondissements électoraux, pour assurer à l'opposition une représentation proportionnée à sa force numérique; ils demandaient aussi l'élection des juges. Le nombre de signatures nécessaire fut réuni et la pétition envoyée au Conseil d'État auquel il appartenait de fixer le jour de la votation populaire. Mais le Conseil d'État ne se hâtait pas de prononcer la convocation ; il alléguait que le délai d'un mois prévu pour l'ouverture du plébiscite, devait courir, non du jour où la demande avait été déposée, mais de celui où le nombre des signatures et leur authenticité avaient pu être vérifiés. Les radicaux,, au lieu d'attendre le résultat de leur recours au Conseil fédéral, se firent justice eux-mêmes.

Le 11 septembre, le mouvement insurrectionnel,, concerté à l'avance, se produisit sur plusieurs points. A Bellinzona, une troupe de radicaux armés pénétra^ par ruse dans l'arsenal et s'en empara, puis envahit le palais du gouvernement. Le conseiller d'État Rossi, directeur de l'intérieur, fut tué; MM. Gianella etCasella,. conseillers d'État, furent faits prisonniers. Le même jour, à Lugano, où un tir avait été pour les radicaux un. prétexte pour se grouper, le président du ConseiL d'État, M. Respini, était arrêté. L'insurrection s'étendit b itôf aux autres villes. Une assemblée populaire, d ara déchus le gouvernement et le Grand Conseil.- E nomma un gouvernement provisoire sous la présid "e de M, Rinaldo Simen, directeur du journal IL

ïi-

Dùvere ; les autres membres choisis furent MM. Bruni fils, Battaglini et Perucchi, avocats, et Lepori, ingénieur, jadis au service de l'Egypte. Le gouvernement provisoire avait fixé au dimanche suivant, 14 septembre, les élections générales. Le Conseil fédéral envoya immédiatement dans le Tessin deux bataillons et le conseiller national, M. le colonel divisionnaire Kuenzli, comme commissaire fédéral. Dès son arrivée, celui-ci publia une proclamation dans laquelle il interdit les attroupements armés, déclara que les perturbateurs de l'ordre public seraient sévèrement punis, et fit savoir qu'il était chargé par le Conseil fédéral de pourvoir à ce que la votation populaire sur la demande de re vision de la Constitution eût lieu le'plus tôt possible. Il fit ensuite remettre les prisonniers en liberté, mais ce ne fut que le 14 septembre qu'il prit un arrêté dissolvant ie gouvernement insurrectionnel. M. Scherb, procureur général de la Confédération, dirigea une instruction contre les membres de ce gouvernement, qui furent d'ailleurs laissés en liberté. M. Kuenzli s'adjoignit ensuite, pour l'assister dans ses fonctions, deux radicaux, MM. Censi et Gabuzzi, et deux conservateurs, MM. Soldati et Balli, et il fixa au 3 octobre la votation populaire sur la question de la revision de la Constitution.

Le Conseil fédéral conseillait à M. Respini de faire des concessions, mais celui-ci déclara qu'il n'avait pas à céder aux radicaux. Le 18 septembre, il se présentait à Bellinzona, avec les autres membres du Conseil d'État, pour siéger. M. Kuenzli déclara qu'il devait en référer au Conseil fédéral avant d'autoriser la reprise des affaires par le gouvernement cantonal. Le Conseil fédéral décida de convoquer, dans une conférence, des représentants des deux partis afin de tenter une c^^ticiliation. On peut s'étonner que le Conseil fédéral n t pas purement et simplement rétabli le gouvernem t en se reposant sur le commissaire fédéral du soir î maintenir l'ordre ; à tort ou à raison, le gouverner^ t

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de Berne a craint les conséquences de cette manière de faire, étant donné l'état des esprits. Le 22 septembre, l'Assemblée fédérale entrait en session et recevait un message du Conseil fédéral sur les affaires du Tessin. Avant que les débats ne se fussent ouverts sur la question, la conférence de conciliation s'était réunie le 27 septembre, mais n'avait donné aucun résultat utile. Le Conseil national a abordé la discussion des affaires tessinoises le 29 septembre. Le Conseil fédéral déclara que le gouvernement régulier serait rétabli après le 5 octobre, mais qu'il y avait nécessité à laisser le peuple tessinois procéder à la votation constitutionnelle du 5 octobre, sous les auspices d'une autorité neutre. Le Conseil national a, le 2 octobre, approuvé les mesures prises par le Conseil fédéral, mais non à l'unanimité ; le Conseil des États a adhéré dans les mêmes conditions aux. décisions du Conseil national, le 9 octobre.

A la veille du vote, les effectifs de troupes avaient été renforcés dans le Tessin. De nombreux Tessinois étaient arrivés de l'étranger et de la Suisse. Le vote a eu lieu sans troubles. La revision a été acceptée, mais seulement à la majorité de 89 voix sur 23,843 votants. Il a été voté en même temps que la revision serait faite par une Constituante. Les chiffres des votes étant constatés, le Conseil fédéral a, le 11 octobre, invité le commissaire à rendre la direction des affaires cantonales au gouvernement du Tessin; mais le commissaire restait chargé du maintien de l'ordre et de tout ce qui concerne la votation du o octobre; il était chargé aussi de présider les élections à la Constituante, ainsi que les élections et la votation fédérale du 26 octobre. L'occupation militaire était maintenue. C'est ainrc^ que M. Respini annonça que, dans la prochaine s on du Grand Conseil, il donnerait sa démission. l nouvelle conférence de conciliation fut tentée, i elle ne put aboutir.

1 Grand Conseil tessinois s'est réuni le 30 octobre,

' LA TIE POUTIQCE A LETRASGEB is les élecHoDs géoérales. La fraction de l'extrême ch^.jlJ£'ssi&tait pas à la séaDce. Les conseillers LaL ResQÎDl et Bonzanigo donnèrent leur démission. ^uche consentait bien & entrer dans le gouverneli, mais à la double condition qu'on lui offrit deux :es à son choix et qu'on rétablit les anciens cercles :toraux, et elle contestait au Grand Conseil le droit soccuper de la loi électorale, qu'elle regardait ime étant du ressort de la Constituanle. M. Soldati, rde la fraction modérée du parti conservateur, n'en osa pas moins un projet de revision des lois électos, qui fut discuté en l'absence de la gauche. Le Confédéral chercha à amener une entente, dans une velle conférence de conciliation, en proposant d'inluire la représentation proportionnelle. La déle'j^a-

conservatrice a accepté le système, et la loi pour iction de la Constituante, avec la représentation protionnelle pour base, a été votée presque à lunani- É. L'élection a été fixée au H janvier 1891. Le Cond'Etat a été reconstitué avec MM. Casella, Gianella oldati, et deux membres de l'opposition, MM. Rusi, avocat, etColombi, secrétaire au tribunal fédéral, .session de l'Assemblée fédéralede décembre, l'exai des affaires du Tessin a été ajourné. Le commise fédéral et les troupes ont quitté le Tessin le décembre. L'Angleterre a refusé l'extradition de tioni, l'auteur de l'assassinat du Conseiller Rossi. n ce qui concerne le conflit de compétence qui ait élevé en 1889 entre la Confédération et le can-

du Tessin, le tribunal fédéral a été appelé à se aoncer en 1890. Le Conseil d'Etat tessinois préten- , que le Conseil fédéral n'était pas compétent pour icher les recours des citoyens tessinois relativeit à leur droit de vote ; qu'il ne l'était pas non plus r ordonner des enquêtes pénales sur les dé t imis ix l'occasion des dernières élections au Gra ■ seil; et que le Conseil fédéral n'avait pas comi - ',e pour interdire ou entraver l'enquête pénale ( -

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donnée par le Grand Conseil tessinois contre les Conseils communaux qui ont admis à voter des citoyens exclus par décision du Conseil d'Etat et de ses préfets. Sur le premier point, les recours relatifs au droit de vote, le tribunal a décidé de ne pas entrer en matière aussi longtemps que le Conseil fédéral n'aurait pasdéclaré prendre ces recours dans sa compétence et ne les aurait pas tranchés, sans quoi il n'y a pas le conflit de compétence prévu par l'article 113 de la Constitution. Le tribunal a écarté les autres points, et décidé qu'il était aujourd'hui sans objet de se prononcer sur la légalité de l'arrestation de Belloni. Le Conseil fédéral a déclaré alors qu'il prenait ces recours dans sa compétence, en sorte que l'affaire reviendra devant le Tribunal fédéral et peut-être aussi sera-t-elle portéedevant l'Assemblée fédérale.

Dans les rapports entre la Suisse et l'Allemagne, un traité d'établissement est venu définitivement mettre fin aux difficultés quis'étaient élevées entre les deux pays, à la suite de l'incident Wohlgemuth, en 1889. Ce traité a été signé à Berne le 31 mai, par M. Droz, pour la Suisse, et M. Otto de Bûlow, ministre d'Allemagne eu. Suisse. Le nouveau traité remplace celui du 27 avril 1876,. signé à Berne entre MM. Anderwert et de Boeder, et qui devait expirer le 31 décembre 1886, mais avait subsisté depuis par tacite reconduction. En juillet 1889,.. lors de l'afiaire Wohlgemuth, l'Allemagne avait dénoncé le traité de 1876 pour qu'il prit fin à l'expiration d'une année, soit au 19 juillet 1890. Le traité du 31 mai est entré en vigueur le 20 juillet 1890, et il sera valable^ jusqu'au 31 décembre 1900. Il comprend douze articles, et il est suivi d'un protocole de clôture.

1^'après l'article l®'' du traité, les Allemands seront T' Jet traités dans chaque canton de la Confération, T' ivement à leurs personnes et à leurs propriétés,, s e même pied et de la même manière que le sont oa p Tont l'être à l'avenir les ressortissants des autres

cantons. L'article 3 établit la réciprocité pour les Suisses en Allemagne.

L'innovation la plus importante du traité se trouve dans Farticle 2. Dans l'ancien traité, les Allemands, pour prendre domicile ou former un établissement en Suisse, devaient être munis d'un acte d'origine et d'un certificat par lequel l'autorité compétente du pays du requérant attestait qu'il jouissait de la plénitude de ses droits civiques et d'une réputation intacte. On se souvient que cet article avait été l'objet de controverses lors de l'incident Wohlgemuth. Aucune contestation ne peut plus s'élever à ce sujet avec le nouveau, texte de l'article 2, ainsi conçu : « Pour pouvoir invoquer le bénéfice de l'article premier, les Allemands en Suisse devront être munis d'un certificat de leur légation, constatant qu'ils possèdent la qualité de ressortissants allemands et jouissent d'une bonne réputation. » Ainsi d'après cet article, les Allemands munis de papiers ont le droit d'être reçus; quant aux autres, ils ne peuvent invoquer ce bénéfice et sont à la merci des autorités suisses, qui sont libres de les recevoir ou non. Le droit d'asile est donc sauvegardé. C'est bien en ce «ens que devait être compris un traité d'établissement. Les ressortissants de chacun des États contractants ont donc le droit de s'établir sur le territoire de l'autre, moyennant certaines conditions; riiais chaque État reste libre d'ouvrir ses portes aux étrangers qui ne remplissent pas ces conditions. Une autre innovation résulte de l'article 2. L'acte d'origine et le certificat de bonnes mœurs ont été remplacés par un certificat de la légation d'Allemagne, en sorte que les autorités cantonales chargées de la police des étrangers, peuvent, «i elles le jugent convenable, s'en remettre à la légation d'Allemagne du soin d'examiner la régularité '^^'^ papiers dont le ressortissant allemand est portf . €ette mesure n'est pas applicable aux Suisses en A • magne ni aux Allemands déjà établis en Suisse.

L'article 4 réserve le droit pour chacune des pa" >

contractantes d'interdire son territoire aux ressortissants de Tautre, soit en vertu d'un jugement, soit pour des raisons de sécurité et de police. Nous n'avons paâ à insister sur les autres articles de ce traité. Signalons seulement la fin de l'article 12 : « Dans le cas où douze mois avant la fin de ladite période aucune des deux parties contractantes n'aurait notifié son intention de faire cesser des eff'ets du traité, il demeurera obliga-» toire jusqu'à l'expiration d'une année à partir du jour où l'une ou l'autre des parties contractantes l'aura dénoncé. »

— Des pourparlers ont été engagés à Paris entre M. Cogordan, pour la France, et M. Lardy, ministre de Suisse à Paris, relativement à la délimitation de la frontière franco-suisse entre le Valais et le département français de la Haute-Savoie. Les études topographiques ont amené un accord; il ne reste plus qu'à s'entendre sur la forme à donner à l'accord.

Le Conseil fédéral a été choisi par l'Angleterre, les États-Unis et le Portugal comme arbitre de leur différend relatif au chemin de fer de la baie de Delagoa, . Une convention internationale concernant le droit international sur les transports des marchandises par chemin de fer a été signée à Berne le 14 octobre. V Union internationale de droit pénal a tenu à Berne sa deuxième session, du 12 au 14 août.

Nécrologie.

12 janvier : Le colonel divisionnaire Pfyffer, chef d'état-major, né en 1834 ; il avait pris part aux combats engagés entre Tarmée napolitaine et les Garibaldiens comme officier au service de Naples. Il se trouvait être le général désigné en cas de guerre ; il a été remplacé à la tête de Tétat-major par le colonel Relier et i tête de la VIII® section par le colonel Ilem-i Wieland. — 15 illet : Gottfried Keller, poète et littérateur, né à Zurich le 19 illet 48i9. — 3 novembre : le général Ochsenbein, né en 1811 ; il Dué un rôle important dans la révolution de Berne en 1845, et en 1846, chef du gouvernement bernois, puis en 1847, pré-

t290 LA VIE POLITIQUE A L'ETRANGER

sident de la Diète qui décida la guerre du Sonderbund: il devint •ensuite membre du Conseil fédéral créé en 1848, mais ne fut pas réélu, chose très rare en Suisse. En 1854, il était entré au service -de la France avec le grade de général de brigade. — 3 novembre : Louis BarmanUy ancien colonel fédéral et ancien député au Con- «eil national, né en 1805. — Citons encore : le conseiller d'État .au Tessin, Émilio Rossi, tué le 11 septembre; le professeur Schwarzenhach, doyen de TUniversité de Berne ; Bachelin, peintre et écrivain neucbâtelois; le collectionneur Gustave Remlliod, de Genève.

BlfiLIOGRAPmS.

Politisches Jahrbuch der Schweizerischen Eidgenossenschaft ■feerausgegeben von D' C. Hilty, Professor des Bundes-staatsrechts an der Universitât Bern ; 5» année, 1890. — Sir Francis- •Ottiwell Adam s, et C.-D. Cunningham : La Confédéi^ation suisse^ édition française, par H. Loumyer. — L. Marsauche, La Confédération helvétique d'après sa constitution ^ Paris, 1891. — Dr. J . Langhard : Das Recht der politischen Fremdenausweisung^ mit besonderer Berilcksichtigung der Schweiz; Leipzig, 1891. — Les conditions du travail en Suisse, rapport au ministre des affaires étrangères, par M. Emmanuel Arago, ambassadeur de la République française à Berne. Paris, 1890.

Gustave Regelsperger.

L'année 1890 a été pour la Turquie pleine d'événements dont quelques-uns ont été considérables et ont failli compromettre un instant la tranquillité du pays et, jusqu'à un certain point, la paix de l'Europe ellemême. Les conflits religieux, la question de l'Église orthodoxe, la question arménienne, celle des bérats bulgares— qu'on trouvera traitées plus loin — ont été pour les hommes d'État ottomans la source de graves préoccupations. Comme toujours, la Turquie a subi dans sa politique intérieure et extérieure des influences et des pressions diverses. C'est une des conditions de son existence et nul n'a le droit de s'en étonner ; mais on verra plus loin que, pendant l'année 1890, il s'est opéré dans les régions officielles un heureux retour de confiance, d'estime et de sympathie du côté de la France qui est la plus vieille amie de la Turquie.

Politique extérieure; concessions de travaux pu- Mics accordées à des étrangers. — Dans notre précédent volume, nous constations que l'Allemagne exerçait en Turquie une influence voisine de la fascination. Cette situation prépondérante, quoique moins marquée p< être, 's'est maintenue cependant. Le 7 février fu signé le nouveau traité de commerce entre l'i îmagne et la Turquie dont les négociations û' 'ent pas duré moins de huit ans. Ce traité aura

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pour effet de développer singulièrement les relations commerciales entre les deux pays. Il y a six ans, les exportations de l'Allemagne dans Tempire ottoman ne dépassaient pas deux millions de francs; en 1889, elles atteignaient déjà seize millions. Au mois de mai, l'ambassadeur d'Allemagne, M. de Radovitz, trouva une occasion favorable pour affirmer de nouveau son crédit. Un jeune matelot allemand avait été grossièrement insulté par cinq agents de police turcs dont l'ambassade d'Allemagne demanda la punition. Les jugés turcs les acquittèrent et M. de Radovitz obtint non sans peine la destitution de ces magistrats. Le ministre de la justice, Djevdet-Pacha, osa s'en plaindre au Palais, ce qui lui valut sa propre destitution. Il a été remplacé par Riza- Pacha,dont on vante le caractère droit et l'intégrité. Au ministère des travaux publics, les Allemands ont continué de rencontrer des préférences qui se démentent rarement. Le 28 octobre, M. KauUa, représentant de la Deutsche Banky qui construit le chemin de fer d'Ismidt à Angora (486 kilomètres), a obtenu pour quatre-vingtdix-neuf ans et avec une garantie kilométrique de 14,000 francs la concession d'une ligne allant de Salonique à Monastir (206 kilomètres), ligne stratégique et commerciale d'un grande importance, qui traversera des contrées d'une extraordinaire fertilité. Dans les premiers jours du mois de juin, la société allemande, qui construit la ligne d'Ismidt à Angora, a inauguré 45 kilomètres de cette ligne aboutissant à Ada-Bazar. Au mois de décembre, 60 autres kilomètres ont été livrés à la circulation. Le grand vizir a engagé la société à entreprendre la construction de 300 kilomètres entre Angora et Yuzgath ; mais jusqu'à présent, les Allemands ne se sont point décidés.

Le traité de commerce entre la France et la Turquie expirait le 1/13 mars 1890. Il n'a pas été renouvelé ; dt » une convention intervenue entre les deux gouvei ments et signée dans le courant de février a prolo * de deux ans le traité existant et assuré à nos natio"

pendant cet intervalle le traitement de la nation la plus favorisée. La solution prompte que reçut cette question fut une preuve évidente des dispositions amicales du sultan à l'égard de la France. Le gouvernement fran- . çais, de son côté, consentit, sur le désir du sultan, à interdire définitivement la représentation du Mahomet de M. de Bornier. Abdul-Hamid chargea le comte de Montebello de transmettre à M. Carnot l'expression de ses vifs sentiments de reconnaissance. Au mois de mai, trente ingénieurs français étant allés faire une courte excursion en Turquie, y furent Tobjet de nombreuses et délicates attentions. Le sultan déclara expressément qu'il était prêt à accueillir toutes les propositions sérieuses, présentées par des industriels ou des capitalistes français et de nature à développer les ressources de la Turquie. Cette assurance un peu vague devait recevoir une confirmation éclatante vers la fin de Tannée. M. Granet, ancien ministre des postes et télégraphes, se rendit à Constantinople dans le courant de Tété et y reprit les négociations entamées dix ans auparavant par Michel-Pacha, en vue de la construction d'un quai à Constantinople. Le 18 novembre, M. Granet signait la convention relative à ce projet et recevait le firman de concession. Les quais de Constantinople, larges de vingt mètres et construits dans la mer, auront une longueur de 3,150 mètres. Le même jour, le sultan chargeait M. Granet de former un groupe financier pour exploiter les quais de Smyrne que TÉtat devait acheter aux premiers concessionnaires français. M. Granet a pleinement réussi dans cette seconde entreprise, et son double succès aura pour effet de mettre entre des mains françaises les quais des deux plus grandes villes commerciales de Fempire ottoman. -Tandis que M. Granet poursuivait ses négociations, le $ m recevait la visite de l'amiral Duperré, accom- I aé des contre-amiraux Alquier et Sallandrouze, et ( .viron 120 officiers. Un dîner de gala fut donné en l -ineur de l'amiral français, les officiers furent

invités à assister à la cérémonie du Sélamiik, comblés d'attentions et de décorations, et avant leur départ du palais, le sultan vint serrer la main à plusieurs d'entre eux. Le ministre turc de la marine offrit un banquet aux marins français qui partirent enchantés . et persuadés que les Turcs n'avaient point tout à fait oublié les services qui leur ont été rendus pendant la guerre de Grimée. En somme, la France, grâce, en partie, au tact et au caractère conciliant du diplomate qui la représente en ce moment à Constantinople, a regagné, ou peu s'en faut, la place qu'elle aurait dû toujours occuper en Turquie. Il en faut voir encore un témoignage dans les preuves de bienveillance données parle sultan au capitaine Berger, attaché militaire à l'ambassade de France, qu'il a chargé d'une mission dans l'Asie-Mineure et la Mésopotamie et auquel il a donné les médailles de VJmtiaz, que les ambassadeurs recevaient seuls jusqu'ici.

Entre la Turquie et l'Angleterre, il n'y a qu'une grosse question : la question égyptienne, qu'on discute de temps à autre, avec plus ou moins de vivacité, et qu'on ne résout jamais. Au mois d'avril dernier, Rustem-Pacha, ambassadeur ottoman à Londres, fut chargé de faire au cabinet anglais de nouvelles propositions relatives à l'évacuation de l'Egypte; il l'invita à fixer une date pour l'évacuation de la vallée du Nil. Dans les premiers jours du mois de mai, lord Salisbury répondit qu'il était disposé à donner le signal de l'évacuation de l'Egypte^ mais aux trois conditions suivantes : 1° une nouvelle convention serait conclue entre les deux gouvernements, et cette convention devrait obtenir l'assentiment de toutes les grandes puissances; 2° l'Angleterre se réservait le droit de réoccuper l'Egypte . en cas de troubles intérieurs, ou si le pays était menacé d'in^'**sion; 3° toutes les réformes et améliorations in duites en Egypte, au point de vue financier, écc mique et administratif, devaient être garanties maintenues. — A la Porte, ces conditions firent un

Teffet d'une mauvaise plaisanterie. On chargea Rustem- Pacha de poursuivre les négociations qui durèrent jusqu'à la lin du mois d'août. Lord Salisbury finit par opposer un refus poli, mais très net, aux demandes de la Porte. Il ne voulut pas consentir à fixer une date quelconque, même jéloignée, pour l'évacuation de la vallée du Nil. Cette fâcheuse issue de négociations longues et laborieuses faillit porter malheur au grand vizir, Kiamil-Pacha, qui s'était plus d'une fois vanté de son crédit auprès du cabinet anglais. Kiamil-Pacha se défendit assez habilement en rappelant que trois ans auparavant (en 1887), il avait conseillé au sultan de signer la convention Drummond WolflF, qui fixait à trois ans la durée de l'occupation légale de l'Egypte. Si on l'eût écouté^ dit-il, la Porte aurait eu, dès le mois de juin 1890, le droit de dire aux Anglais : « Le moment est venu de partir. » Cet argument est spécieux, mais peu sérieux, La convention Drummond Wolff, en effet, stipulait le droit pour les Anglais de prolonger leur occupation si quelque danger intérieur ou extérieur venait à menacer l'Egypte. Les prétextes frivoles que les Anglais donnent aujourd'hui, pour rester dans la vallée du Nil, auraient été invoqués par eux à l'expiration de la convention, que fit avorter la ferme attitude du comte de Montebello.

Les Anglais poursuivent avec la persévérance et l'énergie qui leur sont propres le développement de leurs, intéréts'industriels et commerciaux sur tous les point» de la Turquie. Déjà des compagnies anglaises ont obtenu et construit trois lignes de chemins de fer, partant de Smyrne, faisant éventail et rayonnant dans l'Asie Mineure . C'est aussi une compagnie anglaise qui possède le chemin de fer d'Adana à Tarse et à Mersine- Dans le courant du mois de mai, une nouvelle concessi , plus importante au point de vue politique, fut ac- Cl iée à un nouveau groupe anglais, représenté par r îpin Youssouf Elias et l'Israélite anglais Isaac Pilli (qui avait derrière lui de gros capitalistes). Lanou-

velle voie comprend une ligne principale de 183 kilomètres à écartement normal, entre le port de Saint-Jeand'Acre et Damas. Il y aura trois embranchements, dont deux sont facultatifs; le seul qui soit obligatoire est celui de Césarée à Hama, sur la frontière du Hauran ; il aura une longueur de 40 kilomètres. La concession aura une durée de quatre-vingt-dix-neuf ans, et ce qu'il y a de plus singulier, c'est que les concessionnaires n'ont demandé aucune garantie kilométrique, comptant sur la longue durée de la concession pour amortir leur capital. D'aucuns soupçonnent que le gouvernement anglais lui-même s'intéresse à cette entreprise. L'incident de Fao (voir plus loin) a révélé ses visées dans le golfe Persique.

Les rapports entre la Porte et l'Italie ont été, en 1890, empreints d'une certaine cordialité. Vers la fin du mois de mars, un croiseur italien amena à Constantinople le jeune prince de Naples, héritier présomptif de la couronne d'Italie; il fut logé au Chalet^Kiosque, qui avait été habité par l'empereur Guillaume II, et les fêtes d'usage eurent lieu en son honneur, au palais. Il avait amené avec lui, et non sans dessein, un vieux médecin, le docteur Bocca, qui avait fait partie en 1855 du corps •expéditionnaire piémontais. Le 8 avril, le fils du. roi Humbert s'embarqua à bord du yacht impérial turc Sultanié pour Batoum d'où il alla visiter l'Asie centrale. Assurément, le jeune prince italien a dû emporter la meilleure impression de l'accueil gracieux dû sultan qui est le plus hospitalier des souverains. Malgré cet échange de politesses, on ne saurait dire que les Osmanlis éprouvent une confiance sans limite à l'égard des Italiens. A différentes reprises, ils ont été informés de desseins, vrais ou prétendus, que les maîtres de la Sicile nourrissent contre la Tripolitaine, et ils ont cru devoir prendre des précautions. Des travaux de défr 3 ont été exécutés à Tripoli et sur la côte, et vers les< niers jours de décembre, une commission composer 3 «inq membres dont quatre pachas militaires, s'est

barquée à destination de cette province, la dernière sur la côte nord de l'Afrique où flotte encore le drapeau du sultan.

Pendant le cours de Tannée dernière, les relations entre la cour suzeraine et la principauté vassale de Bulgarie ont constamment tendu à s'améliorer, et ce résultat est dû, en grande partie, à la rare habileté déployée par le docteur Voulcovitch, représentant diplor matique de la Bulgarie auprès de la Porte. L'indulgence de cette dernière à l'égard de sa vassale a pris des proportions inattendues. Les Bulgares ont inauguré vers la fln de mai la ligne de Yamboli à Bourgas, construite sans l'autorisation de la Porte, sur le territoire de la Roumélie Orientale. Quinze jours plus tard, M. Voulcovitch remetlait au grand vizir, qui est son ami personnel, une note de M. Stambouloff invitant, pour la dixième fois, le gouvernement du sultan à reconnaître le prince Ferdinand. A Stamboul et au palais de Yildiz, on connaît trop bien les traités pour y commettre une pareille infraction, et il est probable que la reconnaissance formelle du prince de Cobourg sera ajournée jusqu'à l'époque, peut-être fort lointaine, où il aura été reconnu à l'unanimité par les grandes puissances signataires du traité de Berlin. Les relations de la Turquie avec les autres États de la Péninsule ont été affectées par les affaires religieuses que nous allons examiner et qui ne pouvaient manquer d'attirer de même l'attention de la Russie. (Voir aussi : Finances.)

Conflit entre la Porte et le Phanar. — Il y a au fond

de cette question religieuse une question politique

d'une haute importance et qui intéresse l'avenir de la

race hellénique en Orient. Cette race s'est conservée

par sa religion ; elle a vécu à l'abri de ses temples, et

le Grec orthodoxe, en Turquie, confond dans le même

urfilial la religion de ses pères et l'idée de la patrie

lue, mais qu'il espère reconquérir un jour. Aujour-

:i encore, on peut voir dans le vestibule du palais

iarcal au Phanar l'écusson impérial de Byzance,

portant l'aigle à deux têtes et la devise fameuse du Labarum : ev toutw vixa, traduction du : In hoc signo vinces; la croix espère toujours triompher du Croissant. C'est à ce point de vue que le conflit entre la Porte et le Phanar offre un intérêt exceptionnel.

Personne n'ignore que, depuis la conquête de Mahomet, les patriarches grecs ont exercé la puissance civile sur leurs coreligionnaires, et ont formé pour ainsi dire, un État dans TÉtat. Au civil et au criminel, dans une certaine mesure, les Grecs orthodoxes étaient justiciables de leur patriarcat. L'étendue des pouvoirs exercés par le chef suprême de l'Église d'Orient fut d'abord réduite parle sultan Mahmoud, et ensuite parTefTet des réformes qui suivirent la Charte de Gul-Hané et autres actes semblables; mais, jusqu'au règne du souverain aw;tuel, les privilèges du patriarcat avaient été suffisamment respectés. A partir de 1880, on opéra en Turquie ce que les Osmanlis appellent des réformes, bien que la chose réponde rarement au fait. On réorganisa les tribunaux^ on prétendit u laïciser » l'administration et la justice, et une puissante impulsion fut donnée dans ce sens par un homme d'État turc qui est assurément un esprit cultivé et distingué, bien qu'il ne passe point pour être absolument libre de préjugés et que sa réputation ne soit pas excellente de tout point. Nous avons nommé Djevdet-Pacha, historiographe de l'empire, qui a terminé naguère une magistrale histoire du règne de Mahmoud II, le destructeur des janissaires. Ce personnage, qui a été à dififérentes reprises ministre de l'instruction publique et de la justice, avait rêvé de rédiger un code uniforme pour tous les sujets ottomans et de substituer aux juridictions des divers chefs religieux des communautés non musulmanes, une procédure et une juridiction uniques et égales pour tous. Partout ailleurs, une pareille tentative eût pu avoir des cham de succès; elle était particulièrement inopportune dangereuse en Turquie où les traditions ont force loi, où les communautés chrétiennes, fortes de l'api

moral qui leur vient du dehors, sont fermement résolues à défendre leurs immunités et privilèges contre les empiétements du pouvoir civil ou religieux, représenté par la Porte ottomane. Cette tentative fut faite néanmoins dès la fin de 1882. A cette époque — c'était sous le grand vizirat de Saïd-Pacha, — le patriarcat œcuménique remarqua que dans les bérats ou brevets d'investiture délivrés à certains métropolitains de l'Église orthodoxe,. le gouvernement avait modifié deux paragraphes de la plus haute importance. L'ancienne rédaction était comme suit :

I. — Tout procès civil du patriarche, des métropolitains, évêques et de leurs représentants et subalternes, ne doit être renvoyé ailleurs que dans la capitale pour être jugé devant le tribunal compétent (c'est-à-dire le tribunal patriarcal).

II. — Toutes les fois qu'il s'agit d'arrêter judiciairement une personne du clergé, un évêque, moine, etc., son arrestation doit être opérée par le patriarcat.

La Porte, de sa propre autorité, avait modifié ces deux paragraphes de la manière suivante :

I. — Tout procès civil du patriarche, des métropolitains, etc.^ doit être jugé devant les tribunaux locaux du chéri (tribunal religieux musulman).

II. — Lorsqu'un évêque, etc., est accusé de crime, il sera arrêté par l'autorité ottomane pour être soumis à une instruction et jugé. Si sa culpabilité est établie, il sera dépouillé par le patriarchat de son caractère sacerdotal, et il devra subir sa peine dans les prisons de l'État.

Ces nouvelles dispositions constituaient un affront pour tout le clergé orthodoxe, et elles furent vivement ressenties pour toute la • communauté grecque ; mais elles n'étaient que le prélude d'autres mesures qui tendaient visiblement à saper par la base la juridiction et tous les privilèges du patriarcat œcuménique. L avril 1883, le ministère dé la justice et des cultes ai »risait par une circulaire les tribunaux de l'empire à îcider toutes les questions de legs et testaments ei e chrétiens, toutes les fois qu'une des parties ne

voudrait point se soumettre au jugement de la cour patriarcale. Peu après, une autre circulaire déférait aux tribunaux civils de Tempire la question des pensions alimentaires entre époux divorcés. Le patriarche Joachim III, homme instruit et distingué — aujourd'hui retiré au Mont-Athos — protesta vivement. On lui répondit que la Porte ne se considérait pas comme obligée de respecter les privilèges accordés dans les siècles passés et on Taccusa de vouloir empiéter sur les droits du pouvoir civil. Joachim III adressa à la Porte un mémorandum détaillé, démontrant que ses réclamations visaient simplement le maintien des privilèges existant ab ontiquoy et solennement accordés par les sultans aux chrétiens de Tempire. La Porte fit semblant de reculer; mais elle engagea secrètement des négociations avec le patriarche qui finit par céder sur certains points et consentit, en particulier, à abandonner au bras séculier les ecclésiastiques convaincus de crimes ou de délits. Vivement blâmé et désavoué par le Saint-Synode et par l'Assemblée nationale mixte, Joachim III dut donner sa démission et disparaître, en laissant sa communauté dans le plus grand embarras. On lui donna pour successeur Joachim IV, prélat maladif, d'un caractère faible, qui, personnellement, n'était point capable de tenir tête aux représentants du pouvoir civil. Toutefois, il fut si fort encouragé par ses ouailles dans sa résistance, qu'il eut la satisfaction, avant de mourir, de voir la Porte déclarer solennellement qu'elle entendait maintenir le statu quo ante en ce qui concernait l'Église orthodoxe d'Orient. Cette promesse fut fidèlement exécutée pendant quelques années. Tout fut remis en question, quand Denys V, ancien archevêque d'Andrinople, monta sur le trône patriarcal. Depuis longtemps déjà, ce prélat avait donné au pouvoir civil des preuves et des gages de sa docil D'autre part, Djevdet-Pacha était redevenu ministre la justice et il poussait résolument au rétablissen de la domination du pouvoir civil sur toutes les au

juridictions. La guerre recommença donc en 1888, et la section executive du ministère de la justice refusa d'exécuter les jugements rendus en matière matrimoniale par les tribunaux du patriarcat. Dans les provinces, les cadis turcs intervenaient hardiment dans les questions de testaments. Le ministère ottoman revendiqua aussi un droit de surveillance plus étendu sur les écoles grecques, prétendant nommer les professeurs, examiner tous les programmes et livres d'enseignement. Nouvelles réclamations du patriarcat qui provoquèrent des déclarations évasives et quasi dédaigneuses de la Porte. Le conflit s'accentua et s'envenima au point que le patriarche Denys lui-même se vit obligé par le Saint-Synode de prendre une attitude nettement opposante. Le 22 juin et le 6 juillet 1890, il adresse au grand vizir deux takrirs ou pétitions protestant contre la violence qui est faite à son Église, rappelant qu'elle a joui pendant quatre siècles et demi des droits et privilèges qu'on lui conteste aujourd'hui. Quelques semaines plus tard, le patriarche adresse un mémorandum au sultan personnellement, et en dehors des anciens griefs exposés plus haut, il en mentionne avec amertume un autre tout nouveau : la remise de bérats aux deux évéques bulgares d'Uskub et d'Ochrida. Nous parlerons plus loin de cet incident. Le patriarche œcuménique demandait que les bérats fussent retirés et qu'on obligeât les membres du clergé bulgare à modifier leur costume pour qu'on pût les distinguer des prêtres phanariotes. Les meilleurs amis du patriarcat œcuménique ont regretté qu'il eût mêlé cette question plus politique que religieuse aux griefs personnels qu'il avait contre la Porte et ainsi compromis le succès de ses légitimes revendications. Le patriarcat semble l'avoir reconnu plus tard, car dans ses derniers takrirs, ai ssés à la Porte et au palais, la question des bérats h ires n'est plus abordée.

m ne faisait prévoir la fin de cet opiniâtre confl '^^ gouvernement ottoman, tout en protestant de

son respect pour les droits de TÉglise d'Orient, ordonnait à ses tribunaux en province de se déclarer compétents pour toutes les affaires de testaments et de pensions alimentaires, et cela, en vertu de deux circulaires ministérielles, remontant à Tannée 1883. De nouvelles réclamations du patriarche étant restées sans réponse, Denys V, vers la fin du mois d'août, adressa au sultan un dernier mémorandum, donna sa démission et la motiva dans un takrir qu'il remit au grand vizir; puis il se retira dans une modeste maison particulière à quelques heures de la capitale, à Macrikeuy. Vers le 15 octobre, le Saint-Synode, d'accord avec le patriarche, recourut aux grands moyens et jeta l'interdit sur toutes les églises orthodoxes en Turquie. Le fait n'était point sans exemple ; déjà les patriarches d'Orient avaient usé de ce moyen de combat, en 1204, lorsque les Latins se furent rendus maîtres de Constantinople. Les autorités ecclésiastiques orthodoxes, pendant cette période que les Grecs appelaient la « captivité de Babylone », se retirèrent à Nicée et y restèrent cinquantesept ans. Les églises grecques furent de nouveau fermées, mais pour quelques mois seulement, après la conquête de Constantinople par Mahomet II. Cette foisci, l'interdit a duré près de trois mois et n'a pris fin que le 6 janvier 1891, le jour de la Noël grecque. La vérité nous oblige à reconnaître que la mesure n'avait pas produit sur la population orthodoxe tout l'effet que le patriarcat s'en était promis. Les Grecs, en apparence, au moins, s'émurent médiocrement. Dans plusieurs diocèses môme, l'arrêté du patriarcat ne fut que partiellement ou tardivement exécuté. En somme, l'interdit fut pris plus au sérieux au palais de Yildiz que dans les rangs de la nation grecque. Le palais redoutait des troubles, et, d'autre part, le sultan se montrait fort impressionné par le fait que le tsarévitch avait renonci i voyage de Constantinople à cause du conflit pend ; entre la Porte et le Phanar. La réouverture des églii pour la fête de Noël, fut précédée de négociations c

fidentielles entre des envoyés du palais et les prélats les plus influents du Saint-Synode, Mgr Germanos, archevêque d'Héraclée, en particulier. Le 5 janvier au soir, Riza-Pacha, qui avait remplacé Djevdet, donna aux prélats phanariotes l'assurance formelle que le sultan publierait bientôt un iradé donnant satisfaction sur tous les points au patriarcat œcuménique. Cette promesse devait être tenue quelques jours plus tard, et la paix semble rétablie, au moins pour quelque temps, entre la Porte et le Phanar.

Affaires politiques et religieuses d'Arménie. — Il n'est pas nécessaire de rappeler ici les méfaits des Kurdes qui peuvent tout se permettre et se permettent tout en Arménie. Officiellement, on désigne sous le nom de Kurdistan les provinces de Mousch, Erzeroum. Van et Bitlis, en grande partie habitées par des Arméniens. Le fameux chef kurde Moussa-Bey, justement accusé de vols, d'incendies et d'assassinats accompagnés de circonstances atroces, avait été enfin, sur les instances de l'ambassade d'Angleterre, amené à Constantinople et traduit devant les tribunaux. Après un procès dérisoire, il a été acquitté et plus tard interné à la Mecque, où il sera sans doute vénéré comme un saint par ses coreligionnaires. Ce procès a produit au sein de la population arménienne une déplorable impression; mais le mécontentement de la nation allait être porté à son . comble par le conflit qui se préparait entre la Porte et le patriarcat arméno-grégorien. Déjà, au cours du procès de Moussa-Bey, les prêtres arméniens venus de Mousch pour déposer contre ce bandit avaient été obligés de prêter serment devant les tribunaux turcs, ce qui est contraire à leurs privilèges séculaires; mais ce n'était là qu'un commencement. Le gouvernement turc avait adopté à l'égard de r" lise' arméno-grégorienne une politique absolument « blable à celle qui a été suivie avec l'Église grecquec odoxe du Phanar. Le conflit était de même nature, « PS griefs absolument semblables. Le patriarche

Versés avait, pendant toute la durée de son patriarcat, réclamé avec énergie contre la violation des privilèges de son Église. Il s'était plaint avec amertume de ce que les autorités turques, sous de futiles prétextes, arrêtaient des évêques arméniens en province et les faisaient reconduire à Constantinople entre deux gendarmes. Ce prélat, miné par une maladie lente, mourut du chagrin que lui causait la triste situation de son église et de sa communauté. Il eut pour successeur l'ancien patriarche arménien de Jérusalem, Artin Vehabedian, d'origine arabe, recueilli enfant par les moines de Jérusalem et converti au christianisme. Ce prélat, bientôt rebuté des difficultés de la situation, demanda à rentrer à Jérusalem et donna sa démission. Après son départ, le patriarche, imposé plus ou moins par la Porte à la communauté, fut Mgr Khorène Achikian, ancien supérieur du couvent arménien d'Armasch, près d'Ismidt. On ne tarda pas à s'apercevoir que ce prélat manquait de la fermeté de caractère voulue pour l'exercice de ses fonctions et, en mainte occasion, sa communauté lui témoigna son mécontentement.

La situation, déjà mauvaise, s'aggrava à la suite d'événements imprévus et tragiques qui eurent lieu à Erzeroum le dimanche 20 juin 1890. Ce jour-là, éclata dans cette ville une véritable émeute, cruellement répriméfe parle gouverneur Samih-Pacha, d'origine juive, emporté depuis par une mort mystérieuse à Stamboul. A côté de la version officielle qui parle de 2 Arméniens tués et de 60 blessés, de 2 Musulmans tués et de 45 blessés, il en existe une autre d'après laquelle 30 Arméniens auraient été tués et 300 blessés grièvement par la soldatesque turque, parce qu'ils s'étaient opposés à la violation de leurs églises et de leurs écoles, où la police, mal renseignée, cherchait de prétendus dépôts d'armes. Cet incident eut en Europe un immense retenti ment ; un mois plus tard, il devait avoir son penda Constantinople. — Le 27 juillet, une autre éme moins sanglante, mais d'un caractère politique

accentué, éclatait dans le faubourg de Coum-Capou, sur les rives de la Marmara. C'est là que se trouventla cathédrale arménienne, vieille de cinq siècles, et le siège du patriarcat arménien-grégorien. Pendant le service divin ^ à l'heure même où se célébrait au palais du sultan la fête du Courbam-Baïram, de3 Arméniens de Stamboul assistés de quelques Arméno-russes, dont le fameux Patrikoff, insultèrent grossièrement et maltraitèrent le patriarche en lui reprochant sa complaisance et sa servilité à l'égard des autorités turques, et voulurent l'obliger à se mettre à la tète d'une députation arménienne qui se rendrait au palais pour y exposer au sultan les griefs de la nation. Pendant ce temps, quelques fanatiques faisaient le coup de feu dans l'église et frappaient mortellement des Arméniens et des Turcs soupçonnés de jouer le rôle d'espions. Peu après, les troupes envoyées hâtivement du ministère de la guerre réprimaient l'insurrection et arrachaient le patriarche tremblant des mains des émeutiers. A la suite de ces violentes «motions, le patriarche Khorène donna sa démission et disparut pendant quelque temps. Le gouvernement ottoman, surpris et irrité par ce réveil soudain de la nationalité arménienne, procéda à des arrestations dont le nombre ne sera jamais exactement connu. Un avocat arménien, soupçonné d'être au service de la police secrète, fut assassiné en plein jour à Stamboul, et le curé de la cathédrale arménienne fut bJessé dans son église. La police arrêta Patrikoff, sur lequel on trouva le sceau du comité révolutionnaire arménien (1). On arrêta également un journaliste arménien fort distingué, M. Arpiarian, coupable d'avoir fait pendant ses vacances un voyage dans l'Arménie russe, à Tiflis, et enfin un ancien magistrat ottoman^ l'Arménien Vahram-Bey Dadian, p re neveu du sous-secrétaire d'État aux affaires é ^gères, Artin-Pacha, qui se trouva impuissant à le

5ur ce sceau étaient gravés deS emblèmes Dihilistes : une une pelle, une hache et une paire de tenailles.

protéger. Ces procès, jugés publiquement, n'eurent qu'un résultat : ce fut d'établir qu'il existait au sein de la nation arménienne un parti nombreux qui rêve le rétablissement de l'ancien royaume d'Arménie. La plupart des condamnés ont été déportés dans des forteresses. Vers la fin d'octobre, la Porte, justement inquiète de l'agitation qui se manifestait dans toute la nation et s'était même étendue aux vaillantes populations de Zeïtoun (1), se décida à faire quelques concessions plus apparentes que réelles, et un teskéré grand viziriel, formulant ces concessions, fut adressé au patriarche démissionnaire. Ce prélat finit par céder aux instances du ministre des cultes ; il retira sa démission, alla au palais de Yildiz se prosterner au pieds du sultan et, le 9 décembre, il reprit l'exercice de ses fonctions. Si ses coreligionnaires emprisonnés ont été relâchés plus tard pour la fête de Noël, ils ne le doivent qu'à la générosité du sultan et nullement à leur patriarche dont l'impopularité va grandissant, comme l'ont prouvé de récentes manifestations.

En somme, la question arménienne ne peut pas être considérée comme résolue, malgré le récent acte de clémence du sultan. Les aspirations nationales des Arméniens ne sauraient être refoulées par les. mesures que l'on a prises contre eux. Un bon nombre d'Arméniens, instruits et distingués, se sont enfuis pendant la dernière crise et les bateaux anglais qui traversaient le port avaient reçu du Foreign Office l'ordre de recevoir à leur bord sans papiers, et de transporter gratuitement tous les Arméniens qui viendraient leur demander asile. Vers la fin de novembre, Sir William White, ambassa-

(1) La principauté arménienne de Zeïtoun, fondée en 1040 dans la Cilicie par des émigrés de la grande Arménie fu; "» devant les Mongols, dura jusqu'en 1483. Actuellement, il r ■ dans la montagne de Zeïtoun environ 15,000 montagnards a niens, qu'on a surnommés les « Monténégrins de TAsie Minei Ils se sont révoltés tout récemment, mais cette insurrec p moins sérieuse que celle de 1878, a été promptement répri

deur d'Angleterre, a fait venir M. Cliiford Lloyd, consul anglais à Erzeroum, et lui a demandé un rapport détaillé sur la situation en Arménie. En mainte occasion, la diplomatie anglaise est intervenue en faveur des Arméniens ; l'ambassade de France à Constantinople a fait à la Porte des observations amicales, en l'invitant à se montrer conciliante et clémente à l'égard de ses sujets arméniens dans l'intérêt de la paix.

Les Arméniens catholiques de la Turquie, depuis longtemps connus pour leur fidélité et leur dévouement à la dynastie ottomane^ n'ont été mêlés qu'indirectement aux agitations politico-religieuses qui ont si profondément troublé la communauté, beaucoup plus nombreuse d'ailleurs, des Arméno-grégoriens. Des bruits calomnieux avaient signalé des membres du clergé arméno-catholique et M^' Azarian lui-même, leur chef spirituel , comme des dénonciateurs qui avaient appelé sur la tête des Arméniens d'Erzeroum les sévérités de Tautorité militaire ottomane. Le patriarche a prouvé à tous qu'il était un patriote arménien aussi sincère que personne. On l'a vu visiter dans leur prison plusieurs notables arméno-grégoriens arrêtés pour cause politique, et il y a lieu de croire qu'il a hâté la déhvrance de quelques-uns d'entre eux.

Dans le cours des mois de juillet et d'août, M^"" Azarian a réuni dans sa résidence d'été, à Kadi-Keuî (l'ancienne Chalcédoine), douze archevêques ou évêques de sa communion, convoqués de tous les points de l'empire ottoman. Bien que le secret ait été gardé sur les délibérations de ce petit concile, on croit savoir que les prélats arméno-catholiques ont décidé l'introduction dans leur communauté d'un calendrier grégorien destiné à remplacer le calendrier oriental. En Egypte, les arméno-catholiques ont adopté sans difficulté le ca drier grégorien.

question des Bérats bulgares se rattache étroitem t à celles qui viennent d'être traitées plus haut. L^ :icore, il s'agit d'une question religieuse, compli-

quée d'une question nationale. Vers les premiers jours de juillet, le docteur Voulcovitch, agent diplomatique de la principauté bulgare à Constantinople, fiomme distingué, très considéré et très influent, bien qu'il ne soit pas officiellement reconnu, remit au grand vizir une Note demandant que la Porte voulût bien remplir une promesse remontant à plus de dix-huit ans et autoriser Texarque à nommer des évêques bulgares en Macédoine, et, pour commencer, dans les diocèses d'Ochrida, d'Uskub et de Keuprulù. La Porte avait longtemps hésité à tenir les engagements pris, parce qu'elle craignait de froisser les Grecs qui, en fait, iie sont guère que 200,000 dans la province contre 700,000 Bulgares. La demande des Bulgares, à peine connue auPhanar, y souleva une tempête d'indignation, et le patriarche Denys V protesta d'avance contre la nomination des évêques bulgares dans un takrir adressé au ministère de la justice. Le patriarche œcuménique demandait dans tous les cas que la Porte déclarât les Bulgares « schismatiques », et obligeât les membres de leur clergé àporter un costume dififérent de [celui du clergé phanariote. Cependant, les ambassades d'Angleterre et d'Autriche appuyèrent auprès du grand vizir les démarches du docteur Voulcovitch, et le grand vizir vers la fin de juillet, put annoncer au représentant de la Bulgarie qu'il serait fait droit à sa demande. Les bérats promis ne furent remis que dans la première quinzaine du mois d'août après une entrevue du grand vizir avec l'exarque des Bulgares, M^"^ Joseph. Ce prélat, fort intelligent, élevé à Paris et très zélé pour la cause de sa nation, fît comprendre à Kiamil-Pachaque s'il consentait aux vœux des Bulgares, il pourrait indisposer les Grecs, mais que s'il y résistait, son refus ferait des trois millions de Bulgares de la principauté, et des sept ou huit cent mille Bulgares de la Macédoine, des enne s acharnés de l'empiré ottoman. Le premier bérat t remis, le 4 août 1890, à M»' Théodose, évêque bul^, 2 du diocèse d'Uskub, le second à M»"" Sinessius, nc" §

au diocèse d'Ochrida. Cette ville, située près du lac de ce nom, a été pendant des siècles et jusqu'en 1774 le siège d'un patriarcat bulgare qui ne fut supprimé par les Turcs que sur la demande du patriarche grec du Phanar. Le prélat bulgare désigné pour occuper le siège de Keuprulu (Vélès), M^"" Cosma, n'a pas encore recule bérat d'investiture qui lui avait été promis. Les deux autres évêques ont été installés sans difficulté et sans trouble, et la Porte s'est acquis par là un titre sérieux à la reconnaissance des Bulgares.

Par contre, elle a provoqué l'inquiétude de la Serbie : une partie de la Vieille-Serbie, irredenta, se trouve comprise dans les nouveaux diocèses. M. Novakovich, ministre de Serbie a fait obsei*ver verbalement, d'un ton amical, au grand vizir, que toute modification du statu guo en Macédoine était une source de complications pour la Turquie et pour les États orthodoxes. Le ministre de Grèce s'est exprimé dans le même sens.

Les Valaques du Pinde qui occupent dans la Macédoine une place beaucoup plus importante qu'on ne le croit généralement, et dont le nombre s'élève, suivant les uns, à 200,000, selon d'autres, à 600,000 âmes (1), ont été encouragés par le succès des Bulgares macédoniens dans leur résistance au Phanar. Ils se sont dit qu'ils avaient, eux aussi, le droit de réclamer un évêque de leur race pour chef spirituel, et dans les derniers mois de l'année 1890, ils ont décidé d'envoyer une députation à Stamboul pour plaider leur cause auprès dugrand vizir. Leur intention est de désigner l'archimandrite Popesco, très considéré au milieu d'eux, comme étant leur candidat pour la dignité de métropolite de toute la communauté valaque et orthodoxe des versants du Pinde. Sa résidence serait à Mitrowitza.

T'^s différentes communautés catholiques n'ont qu'à

Jne brochure très instructive sur cette intéressante peu- ; a été publiée sous le titre : « Les Valaques du Pinde », par l Faveyrial, de la mission des Lazaristes.

se féliciter de la bienveillance du gouvernement ottoman. ^\x mois d'août, le sultan, sur la demande de l'ambassadeur de France, a reçu en audience Mk' Altmayer, dominicain et archevêque latin de Bagdad ; il lui a promis une lettré vizirielle le recommandant chaleureusement aux autorités ottomanes de son diocèse. M»"^ Ilias, patriarche des Chaldéens catholiques, a été reçu aussi à Constantinople de la manière la plus bienveillante au retour d'un voyage à Londres où il avait entretenu lord Salisbury de la situation de ses coreligionnaires établisen grand nombre dans l'Inde (octobre). M*"" Haag a été élu patriarche des Maronites.

Les Bulgares catholiques de la Macédoine sont déjà au nombre de plus de 70,000, placés sous la juridiction de M^"" Petkoff, ancien élève des prêtres lazaristes français de Galata,etle chiflFre des convertis augmente tous les jours.

Affaires de Crète. — Les difficultés qui ont surgi en Crète ayant été exposées en détail dans notre précédent volume, nous nous bornerons à signaler les faits les plus saillants de l'année 1890. Le décret d'amnistie publié le 1" décembre 1889 n'avait contenté personne, car s'il accordait un pardon conditionnel à certaines catégories d'individus, il avait le tort de restreindre singulièrement les privilèges et immunités des Cretois. La plupart des insurgés qui s'étaient réfugiés en Grèce restèrent à Athènes où plus d'une fois leurs manifestations bruyantes créèrent de graves embarras au cabinet Tricoupis. Au mois de février, Tagitation était grande encore dans l'île entière, et la Porte se demandait avec anxiété ce qui allait advenir. A ce moment, le sultan reçut de Paris un mémoire rédigé par un homme qui a une connaissance approfondie du caractère des Cretois, ayant gouverné leur île pendant plus de six ans. Cet homme était Photiadès-Pacha (\ en quittant la Crète, était allé à Rome comme ref sentant du sultan auprès du Quirinal et avait ensuite quitter son poste à la suite de différends a

I la Porte. Dans les premiers jours de mars, on comprit au palais* qu'il était nécessaire de modifier les dispositions du premier firman d'amnistie. On en étendit^le bénéfice à un grand nombre de personnes qui en avaient été précédemment exclues. On fît savoir aux Cretois réfugiés en Grèce que la Porte était disposée à les rapatrier gratis sur les bateaux de l'État s'ils voulaient faire acte de soumission et vivre tranquillement dans leur pays. Une note circulaire datée du 6 mars, mentionnant toutes ces modifications au premier firman, fut adressée aux puissances, et le gouvernement hellénique fut invité à prêter son concours pour assurer le retour des réfugiés crétois. Un certain nombre de ces derniers répondirent à l'appel du gouvernement ottoman ; ils furent bien accueillis par Chakir-Pacha ; l'ordre matériel se rétablit peu à peu et le gouverneur, qui est assurément éclairé et humain, fut célébré dans la presse turque comme le « pacificateur de la Crète ». Quand on put croire que son œuvre était à peu près finie, on le rappela à Stamboul où il rentra le 4 juin. Le bruit coumt alors que le sultan avait songé à lui pour remplacer Kiamil-Pacha comme grand vizir. On nomma comme gouverneur intérimaire le commandant des forces turques en Crète, le général de divisionJDjevad-Pacha, ancien ministre à Cettigné. C'est un des officiers les plus instruits et les plus distingués de l'armée turque. On lui doit le premier volume d'une Histoire militaire de l'empire ottoman qui a paru simultanément en turc et en français.

A un certain moment, il fut question à la Porte de nommera la Canée un sous-gouverneur chrétien, Constantin Carathéodori-Effendi,frère d'Alexandre Carathéodori, qui a été ministre des affaires étrangères et un ^''° trois délègues de la Porte au Congrès de Berlin. Ce I et qui eût pu avoir les plus heureuses conséquences f abandonné. Aussi la situation ne s'est-elle guère a liorée en Crète. Nous ne saurions dire ce qu'il y a C ai dans un bruit qui a été propagé par un grand

812 LA VIE POLITIQUE A L'ETRi

nombre de journaux et d'après lequel M. Odou, miDistre de Russie en Grèce, aurait eu, l'aulomne dernier, une entrevue confidentiel le et prolongée avec un des notables de l'émigration Cretoise, un des anciens chefs de l'insurrection :1e fameux HadjiHikaël. Tout cela est fort douteux. Ce qui est certain, c'est que dans le courant du mois d'octobre, quelques anciens insurgés, venus de Grèce, ont débarqué près de Sphakia des caisses de munitions. Déjà des escarmouches, peu sérieuses, il est vrai, ont eu lieu entre les troupes impériales et des bandes d'insurgés commandés parle chef Liapi. Au mois de novembre, aux environs de la Canée, on naturaliste allemand, M. Robert Reinsch, fut assassiné par trois villageois turcs. Djevad-Pacha fit arrêter aussitôt un certain nombre de villageois grecs qui eurent quelque peine à prouver leur innocence. Plus tard, les vrais coupables furent découverts et jugés.

Turquie d'Asie (1), — Nous avons parlé plus haut des concessions de chemins de fer accordées aux Anglais et aux Allemands en Asie-Mineure. L'Angleterre semble rêver l'occupation du petit port de Fao, à l'embouchure du Chat-el-Arab dans le golfe Persique; il y a quelques années, elle a cherché à y empêcher la construction de fortifications par les Turcs; le commerce y est entre ses mains, et ce point a quelque importance en raison de sa proximité de l'embouchure du Karo ouvert l'an dernier par le gouvernement persan {i année 1889, p. 424). Sir W. White, ambassadeur d' gleterre, a, par deux Notes du 16 et du 20 mj réclamé une léparation pour l'attitude hostile de garnison turque contre des officiers anglais qui v laient visiter les fortifications de Fao; ces officiers obtenu l'autorisation nécessaire et la Porte a fait c damner à six mois de prison le chef du poste qui ai fait tirer en l'air à, leur approche.

Finances. — L'Arménien Agop-Pacha, qui est mini

(!) Sur les affaires d'Arabie, Toir Asie.

I desfinances et de la liste civile depuis tantôt quatre ans, continue d'administrer son double département avec autant d'habileté que de succès. Bien que les jugements portés sur ses capacités financières soient assez divergents, on ne saurait contester qu'il a introduit l'ordre, l'économie et une comptabilité à peu près régulière. Dans les premiers jours du mois de janvier 1890, Agop- Pacha, justement irrité des obstacles qu'il avait rencontrés chez les fonctionnaires turcs de son département, avait donné sa démission. Un mois plus tard, la volonté formelle du souverain le ramenait à son poste, et, aidé des membres d'une commission financière qu'on Ini avait adjainte, il s'efforçait d'établir le budget pour l'année 1306 de l'Hégire, c'est-à-dire 1890-91. En Turquie, il est toujours difficile de rien dire d'exact et de précis sur la situation financière du pays. Le dernier budget publié remonte à 1878.

La situation du ministre ottoman des finances au printemps de 1890 était loin d'être enviable ; car, de plusieurs côtés, il se voyait harcelé par de farouches créanciers. Au mois d'avril, M. Mauser, qui a promis de livrer aux Turcs 450,000 fusils d'un modèle ancien et démodé, réclamait un arriéré s' élevant à plus de 18 millions de francs. D'autre part, le gouvernement du tzar réclamait environ 16 millions dus sur l'indemnité de guerre, et M. de Nélidoff avait déjà remis deux Notes fort pressantes à ce sujet. Une assez grosse opération que la Turquie réalisa à ce moment lui permit de sortir de ses plus pressants embarras, nous voulons dire la conversion des obligations de priorité ottomane à 5 p. 100 en obligations à 4 p. 100. De longues négociations eurent lieu entre la Porte et la Banque ottomane dont la direction avait été complètement renouvelée. L'ancien directeur général, M. Poste avait été remplacé vers la mi-octobre 1889 par Si Igar Vincent dont on connaît les débuts en Egypte, e< .. Emile Deveaux, directeur spécial de la Banque à "tantinople, avait fait place à un autre Français,

M. de La Fuente, qui arriva en Turquie vers la fin de novembre 1889. Le syndicat composé de la* Banque ottomane et de son groupe consentit à donner le prix de 76 pour 1,500,000 livres de nouvelles obligations, et il avança la somme nécessaire pour retirer les titres connus sous le nom de Sckims et de Dahliés. Cette double opération eut un plein succès, pour la Banque surtout qui en retira de notables bénéfices. Elle a d'ailleurs sensiblement allégé la situation financière de la Turquie. Le service de ce nouvel emprunt qui laissa entre les mains des Turcs une soûl te d'environ 25 millions de francs, fut garanti par une assignation sur les dîmes du vilayet de Brousse et.de quatre sangdjaks ou arrondissements du vilayet d'Angora. Il fut convenu que ces revenus seraient perçus par l'administration de la Dette publique ottomane qui inspire toute confiance aux capitalistes européens. La 'conversion des obligationsdouanes est à l'étude depuis plusieurs mois et semble avoir quelque chance d'aboutir.

Une autre grande opération financière intéressant la Turquie et ses créanciers a été faite dans le cours de 1890, en dehors du gouvernement ottoman, et même sans qu'il eût été consulté. Le baron de Hirsch, le promoteur des chemins de fer de la Turquie d'Europe, a cédé l'an dernier une large part d'intérêt à deux institutions de crédit : la Deutsche-Bank de Berlin, et le BanUrVerein de Vienne. Pour pouvoir émettre des titres en représentation de leurs intérêts dans les chemins de fer orientaux, les nouveaux acheteurs ont créé un établissement spécial, la Banque des chemins de fer orientaux, sorte de trust anglais, système acclimaté en Suisse depuis quatre ans. Cette banque, dont le siège est à Zurich, émettra des titres de chemins de fer ottomans qu'elle aur^ittc(tuis et placés dans son portefeuille. Elle a été constituée r^i3 millions en actions de préfère ï, 50 millions en actions ordinaires (libérées de 20 p. 0 à la souscription), ensemble 63 millions. Ses stal s Tautorisent à émettre un capital égal en oblige*' s

4 1/2 p. 100 amortissables pendant la période restant à courir de la période d'affermage de l'exploitation. La Banque de Zurich, moyennant 71 millions et demi , a fait l'acquisition : 1° de 88,000 actions des 100,000 qui composent le capital de la Compagnie d'exploitation des themins de fer orientaux ; 2° de créances s'élevant à 41 millions* trois quarts dus par le Trésor ottoman à la Société et à M. de Hirsch. A la suite de ces transferts d'intérêts, le conseil d'administration de la Compagnie d'exploitation des chemins de fer orientaux a été reconstitué; le baron de Hirsch, M. de Soubeyran, le marquis de Piennes et M. Van der Winkcle se sont retirés du Conseil. Ont été nommés à leur place, MM. Maurice Bauer et Joseph Joly, directeurs del'Union- Banlc de Vienne; M. Ernest J. Cassel, de Londres, banquier; M. Alfred Kaulla, directeur de l'Union-Bank de Wurtemberg; M. C. Abegg-Arter, président de la Compagnie de crédit suisse, et le docteur G. Siemens, de la Deutsche-Bank.

Le sultan et la population entière ont été vivement impressionnés par le naufrage de l'ErthogrouL Cette frégate, ainsi nommée du fondateur de la dynastie ottomane, avait quitté la Corne d'or en juillet 1889, pour se rendre au Japon, où elle allait porter au Mikado des présents du sultan. V Erthogroul^ après bien des difficultés, avait rempli sa mission, mais au retour il se perdit sur lés côtes du Japon dans la nuit du 17 au 18 septembre. 600 marins périrent, et il ne resta de l'état-major et de l'équipage que 63 hommes, que deux corvettes japonaises ramenèrent à Constantinople.

Nécrologie.

Le maréchal Djemil-Pacha^ aide de camp du sultan, ancien rerneur d'Alep, fils du nonagénaire Namyck-Pacha, aide de p général. — Sourouri-Pacha, ancien uléma, magistrat disiié, qui, en 1879, avait présidé le tribunal exceptionnel devant el furent traduits les auteurs présumés de l'assassinat d'Ab- \zis. Il fut plus tard gouverneur de Trébizonde et de Koniah.

LA VIE POLITIQUE A rÉTRANGEB

iamib-Packa, ei-gouverneur d'Krzeroum. — Sirecier-Facha, cier prussien au service turc depuis 18S4, anden commandanl milices rouméliote». — Uikran Bey Dus, ricbe arménien catliiie, qui avait été pendant de longues années directeur de h maie ottomane juaqu'en 1879, Pendant un siècle et demi, cei itioDS avaient été héréditaires dans la famille Duz, qui, d'après version autorisée, descend duo liorloger de Nuremberg, gré en Turquie vers la fin du ivi° siècle. Depuis dii ans, li iction de la MoonaLc a été confiée à des Musulmans. — Ornnan , premier chambellan, ancien gouverneur du Sultan. — reddine, longtemps premier ministre du bey de Tunis, grand r en 1S7S. — H>' Dahdah, archevêque maronite de Damas.

Bibliographie.

avrages en tare ; Vu tour en Europe, par Ahmet Milbal ndi, rédacteur en cheC du journal Terdjumani liakikal; Lu ■TM mai-itimea des Ottomans, par l'adjudant- major SouleimaL tki; Le registre de t Économiste, étude sur ia constitution Dcière de l'Empire ottoman, par Suleiinan Suhdi Effendi, Dbre du Conseil des Qnances. — Il a paru pendant l'aDDËe I un grand nombre de traductions d'ouvrages scieatîllques et ■omauB Irançais. — Tke trulh about Àsia minor, par l'amiral oda-Pacha, — Tkeislands of the Mgean, parTozer. — Reisenin n-Asien und Nord-Syrien, par Humaun et Puclistein (Berlin]. 7arle de la partie occidentale de l'Asie Mineure, 15 reuilles, Kiepert fBerhn). — ZeUoun, par Dasbiam {Mitth. de la Sociélé jéo graphie de Vienne).

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