‹ La vie politique à l'étrangerChapitre 25 sur 68 · ASIE RUSSE ET PAMIR · texte numérisé non relu

ASIE RUSSE ET PAMIR

dépassant F Himalaya et le Karakoroum, ont pénétré sur le versant chinois des montagnes : ils ont établi un poste à SchahidouUah, au sud dTarkand et au sudouest de Khotan. Ils s'avancent aussi de Tautre côté du Pamir; ils ont un résident chez le mehtar de Tchitral et ont établi en 4889, dans ce royaume, un fort àMastoudj, au pied de THindou-Kouch, sur un affluent de l'Indus, et non loin des sources de rOxus. Le khan de Kandjout, dont les sujets sont des brigands redoutés de tous leurs voisins, a accepté cette année la suzeraineté britannique moyennant un subside annuel. D'autre part, les Afghans se sont emparés des khanats du Pamir occidental; ils ravagent le Kafiristan et ont conquis en 1889- 1890 le Chougnan. L'influence anglaise gagne donc du terrain du côté du haut Oxus et se rapproche des possessions russes. Des officiers anglais, qui ont passé l'hiver à Yarkand, commenceront au printemps la délimitation des zones d'influence anglaise et chinoise. Le Nouveau Temps (de Saint-Pétersbourg) a appelé l'attention sur les négociations engagées entre l'Angleterre et la Chine. « C'est avec la Russie, dit ce journal, que l'Angleterre doit traiter et non pas avec la Chine. Les chefs des tribus du Pamir étaient les vassaux de l'ancien khanat de Khokand, qui est devenu un territoire russe. »

Les Anglais et les Russes ont accompli dans cette région des voyages scientifiques importants, non sans une arrière-pensée politique. Plusieurs grandes explorations scientifiques du Pamir et du Turkestan oriental ont été terminées cette année : le capitaine fîrombtchevski a relevé un itinéraire de 7,000 kilomètres dans le Darwaz, dans les parties inexplorées du Pamir, et dans les vallées du Raskem-Daria (affluent de la rivière d'Yarkand) et du Karakach (affluent de la rivière de K'^'^tan) ravagées par les Kandjou tiens; il a rapporté de I breux renseignements sur la situation politique des l situés au nord de l'Hindou-Kouch et du Karaï )um. Le colonel Pievtzov a parcouru le Turkestan ( ~*al et la région du Lob-Nor et a pénétré jusqu'au

Thibet septentrional. Le lieutenant anglais Younghasband a exploré rHindon-Rouch et le Karakoroom, dont il a étudié les passes ; il passera l'hiver à Kachgar. Un voyageur français, M. Dauvergne, établi à Kachmir, a visité le Ouakhan et le pays des sources de l'Oxus ; il a découvert un nouveau passage à travers THindou-Koach.

Nécrologie.

Le docteur He»jf*ldei\ médecin en chef de rarmée russe, auteur de travaux scientifiques sur le Turkestan.

BlBLIOGRAPHIS.

Le toit du monde ^ par G. Capus. — Du Caucase aux monts Alài, par J. Leclerciî. — Ru^sia in central Asia, par G. Curzon. ^From London to Bokhara, par le colonel Le Messurier. — Si6en>Ji, par G. Rennan -.Berlin. — Zeltehen in SH>erien, par le même (Berlin). — Russias railfcaïf adcance. par G. Dobson. — Études de géographie et d'histoire naturelle^ par P. de Tchihatchef.

itoire de Chine que nous avons à ■t qui s'étend de septembre 1889 à marquée par un arrêt, sinon même 3ù la Chine paraissait vouloir s'eninds projets de chemins de fer, qui le ofiicielle en deux camps et pasli, en Occident, s'intéressent au mique des pays d'Extrême-Orient, landonnés ; — deux des plus iilusi défenseurs de la politique des morts, laissant dans leurs rangs împs, ne sera pas comblé.

s de la Chine nouvelle ont trouvé te empereur, parvenu à sa majouses raisons d"espérer. Tsaitïen a ses tendances réformatrices. Nous :asion de revenir sur la décision

qu'il a prise de recevoir en auleurs européens; le même esprit itique intérieure du jeune souve-

soit décidé ou qu'on l'ait décidé,

dans les décisions prises une

ice du prince Chun, père de l'em-

fieux préjugés des Célestes contre

les « Barbares », et à combattre les séculaires abus du mandarinat.

Le gouvernement de Pékin affirme chaque jour davantage sa suprématie sur les autorités provinciales et leur fait sentir plus directement son contrôle. Il peut maintenant, grâce au télégraphe, atteindre sur-lechamp les parties les plus reculées de l'Empire. Frappé des excellents résultats que donne radrainistration des douanes sous l'impulsion de sir Robert Hart et de son personnel européen, il cherche à introduire les mêmes procédés dans toutes les branches de l'administration. Il tend à faire de ce groupement assez lâche de vice-royautés qu'était l'Empire du Milieu, une nation de plus en plus unie.

L'empereur a signalé la première année de son règne par une série de décrets destinés à raffermir et à étendre son pouvoir : le vice-roi Tchang-Tché-T'ong a reçu deux blâmes sévères, l'un pour avoir construit des forts sur la côte de la province de Kouang-ïong sans consulter le bureau de l'amirauté, l'autre pour avoir refusé de livrer les comptes détaillés de sa gestion financière dans les deux Kouang (décrets du 9 et du 14 novembre 1889); les trésoriers et les juges provinciaux ont été invités à envoyer des mémoires au Trône, s'ils estiment que le gouverneur ou le vice-roi de leur province a fait quelque faute (12 novembre) ; — les officiers supérieurs de l'armée ont été sommés de dresser dans un délai de deux mois le relevé des efiTectifs qui sont sous les drapeaux (20 novembre) ; — les administrations subalternes, qui avaient été établies à titre provisoire lors de l'insurrection des Taï-Ping en 1860 et qui avaient subsisté jusqu'à aujourd'hui, ont dû être supprimées (7 décembre) ; — la police a été vertement réprimandée pour sa vénalité (9 novembre).

La Gazette de Pékin du 12 au 17 janvier 1890 puh '• une série de communications impériales sur les a ► qui désolent l'Empire et les réformes à y appor ; l'empereur signale d'abord les abus auxquels d< >

lieu la perception de la taxe sur les grains. Les autorités provinciales, chargées de la percevoir, assiègent le pouvoir central de leurs plaintes, décrivant la détresse, les calamités qui ravagent leurs provinces et demandant une remise des taxes; la remise obtenue, elles n'en perçoivent pas moins l'impôt et en empochent le montant. L'empereur signale ensuite les abus qui vicient le système des examens, lequel devrait être, dit l'empereur, « une institution nationale pour la sélection des talents. » Les fraudes dans les examens doivent être sévèrement réprimées. Le système de perception du « likin » doit être remanié.

Dans le haut personnel administratif, le principal changement a été apporté le 22 novembre 1890 par la nomination de Liu K'un-yi au poste de gouverneur général des deux Kiangs; ce haut personnage était mis en même temps à la tête de l'escadre du Sud.

En novembre 1890, les Chinois ont entrepris de restaurer la vieille et importante forteresse de Kouldja (Nin-Yuàn) sur la frontière russe.

Vers le milieu de 1889, la cause de la jeune Chine semblait gagnée ; il semblait que la brèche était faite dans la forteresse jusqu'alors imprenable, inaccessible, que les chemins de fer allaient franchir l'enceinte, la traverser de part en part et qu'à leur suite l'Occident «barbare », avec tout son cortège d'ingénieurs, de machines, d'inventions industrielles, passerait.

Le jeune empereur, conseillé et appuyé par son père, le septième prince (prince Chun), président de l'amirauté, par l'ex-régente, par Li-Hung Tchang, vice-roi du Pe-Tchi-Li, publia, le 27 août 1889, un décret dans lequel il disait que « les chemins de fer sont une condilion essentielle de la puissance d'un pays ». Mais, recon- P'^'^sant qu'au début les peuples peuvent avoir des c ;es et des soupçons, il recommandait aux vice-rois c provinces que devait traverser la grande ligne cent î projetée, de publier des proclamations expliquant ^ loi il s'agit et recommandant aux peuples de ne

pas y mettre d'empêchements. L'empereur désirait que tous contribuassent à faire de cette vaste entreprise un succès.

Une grande enquête avait été prescrite et tous les plus hauts fonctionnaires de l'Empire appelés à donner leur avis; la plupart d'entre eux, sentant le vent tourner, renvoyèrent des réponses favorables, mais les arguments qu'ils donnent à Tappui sont significatifs. Ils n'admettent pas que les chemins de fer doivent être un moyen nouveau et plus rapide de communiquer avec le monde extérieur, ils font valoir au contraire qu'ils fourniront de plus sûrs moyens de défense contre l'invasion étrangère. Dans tous ces documents officiels, les mandarins rappellent que la Chine est enserrée par la France, l'Angleterre, la Russie, et qu'elle doit se tenir sur ses gardes, excellente raison.de construire des lignes stratégiques.

L'immense majorité des avis étant favorable, il fut décidé que l'on construirait d'abord la grande artère centrale de Hankow à Pékin. Quand il fallut passer aux mesures d'exécution, le parti de la « Chine aux Chinois » eut beau jeu; il fit appel au sentiment national, déclara que les chemins de fer devaient être construits avec des capitaux chinois. Et devant cet accès de chauvinisme, le pouvoir central s'inclina. Du jour où il était décidé que la Chine devrait se suffire à elle-même pour construire les lignes ferrées, on faisait un saut en arrière pour retomber dans la vieille Chine immuable. Car l'Empire chinois ne peut fournir ni les capitaux ni le matériel nécessaires. Du coup, la question des chemins de fer était ensevelie sous des couronnes de Ûeurs patriotiques. Elle ne s'est pas relevée depuis. Le principe est admis, l'application en est rendue impossible.

Cependant, il faut dire que l'ancien vice-roi de iton, Chang Chih-Tung, qui avait été nommé vice-rt îs provinces de Hu, parce qu'il s'était déclaré chaud p isan de la ligne ferrée de Hankow à Pékin, a p''' la

chose au sérieux. Il n'entreprend pas de construire le chemin de fer puisque les moyens d'exécution lui manquent; mais il prépare les voies. Il a engagé des ingénieurs étrangers (allemands et anglais); il fait explorer et exploiter les mines de fer et de houille de son district, il fait installer des usines métallurgiques. Il fait même jalonner le tracé de la ligne future; c'est un travail qui demandera plusieurs années. Il reste à voir maintenant si les partisans sincères des chemins de fer seront assez forts pour triompher à la longue, ou si les Vieux-Chinois, qui ont embrassé les idées modernes pour les mieux étouffer, verront leurs calculs se réaliser. C'est ce que l'avenir seul pourra nous apprendre. Un point est acquis dès maintenant, c'est que les capitaux nécessaires à l'exécution du plan devront être cherchés ailleurs qu'en Chine.

Le 10 novembre 1890, M. Griffon, ingénieur des ponts et chaussées, représentant du Syndicat français, a remis aux autorités chinoises les travaux achevés de Port-Arthur.

Le vice-roi du Pe-Tchi-Li vient de fonder une école de construction des chemins de fer qui sera une branche de l'École militaire. L'enseignement sera donné gratuitement par un Allemand, M. Baur, un représentant de Krupp.

Commerce, — Voici, d'après les documents publiés par l'administration des douanes chinoises, les chiffres qui résument le mouvement du commerce extérieur en 1888 et 1889 :

1888 En taëls.

Importations 108,240,496

^exportations 106,292,991

^xcès des importations. . . 1,947,505

388, la Chine a exporté des métaux précieux

330 LA VIE POLITIQUE A L'ÉTRANGEfi

pour une valeur de 1,672,942 taëls (or), et 1,909,872 taëls (argent).

i889 En taëls.

Importations 96,028,166

Exportations 111,092,703

Excès des exportations. . . 15,064,537

Exportation d'or : 1,625,638 taëls; d'argent, 6,005,155 taëls. Importation de numéraire : 4,379,517 taëls.

La balance du commerce est favorable à la Chine en 1889; et cela, parce que les importations de 1889 ont diminué de 11 p. 100 par rapport à celles de Tannée précédente, tandis que les exportations augmentaient de près de 5 millions de taëls.

Deux nouveaux postes de douane ont été ouverts sur la frontière chinoise, Tun à Lang-Tchéou dans le Kouang-Si, le 1®' juin 1889; l'autre à Mengtzu, dans le Yunnan, le 24 août.

Les inondations et les famines qui avaient désolé d'immenses étendues de pays en 1889 se sont reproduites en 1890. En août, septembre et octobre 1890, une épidémie de choléra a fait de nombreuses victimes dans les provinces du Nord.

Une rébellion assez grave a éclaté à Formose au printemps de 1890 ; les tribus sauvages du Nord-Est et du Sud se sont révoltées. La cause du soulèvement doit être cherchée sans doute dans la mauvaise administration des fonctionnaires chinois. Une expédition envoyée au Nord-Est a été repoussée, et la rébellion finit par s'apaiser d'elle-même.

Des essais de colonisation sont entrepris et poussés avec une patiente lenteur, mais non sans succès dans le Turkestan chinois, en Mandchourie et parmi ces bus indépendantes qui forment comme une zone barbarie entre le Tonkin et la Birmanie d'une par t les provinces du Kouang-Si et du Yunnan de l'autr

Dès le début de son règne, le jeune empereur a voulu montrer qu'il apportait dans ses relations avec les nations étrangères le même esprit libéral qui lui dictait ses règles de gouvernement intérieur. Le 12 décembre 1890, il a rendu un décret dans lequel il annonce qu'il recevra une fois par an le corps diplomatique. En fait, les empereurs de Chine n'ont jamais formellement refusé d'admettre en leur présence les envoyés des pays européens, mais l'étiquette chinoise, dont ils exigeaient le maintien même pour les étrangers, est si humiliante que les représentants des grandes puissances n'ont jamais voulu s'y soumettre. Dans son décret, le jeune empereur ne dit pas que les diplomates étrangers seront exemptés des pratiques répugnantes du Kaou-taou^ mais comme il parait vraiment désireux de recevoir le corps diplomatique, de le traiter autrement qu'il ne l'a été à Pékin jusqu'à ce jour, il faut supposer que les cérémoaies d'introduction, inacceptables pour les représentants d'États souverains, ont été supprimées ou modifiées.

Voici le texte de cet important décret du 12 décembre 1890 :

« Depuis la conclusion des traités avec les puissances étrangères, nous avons échangé d'une façon ininterrompue des Lettres avec les chefs d'État de ces puissances et nos relations amicales ne font qu'augmenter de jour en jour. Nous sommes heureux de constater que les représentants étrangers accrédités à Pékin ont tous été fidèles à la mission à eux confiée de resserrer les liens qui nous unissent aux nations amies, ce dont nous ne pouvons que nous féliciter. L'année dernière, pendant ks fêtes impériales qui ont eu lieu à la première et à la seconde lune, S. M. l'impératrice mère avait ordonné âB '^-ng-li-Yamen d'offrir des banquets aux représen- ^1 des puissances. Maintenant, nous avons pris nouss les rênes du gouvernement depuis bientôt deux it notre devoir est de recevoir les envoyés de tous "S amis. Conformément aux précédents créés

mi an les

882 LA YIE POLITIQUE A L'ÉTRANGEB

déjà par S. M. Tempereur Toung-Then, en la douzième année de son règne, et désireux de montrer notre empressement à regard des puissances, nous voulons augmenter le nombre de nos réceptions. Nous décrétons donc qu'une réception en Thonneur des ministres et chargés d'affaires étrangers aura lieu dans le courant de la première lune de Tannée prochaine, et que le Tsung-li-Yamen prendra d'avance les ordres nécessaires pour fixer le jour de cette réception. Le lendemain, un banquet sera offert au corps diplomatique dans le palais du Tsong-Li-Yamen. Cette cérémonie sera répétée tous les ans à la même époque. Les ministres étrangers qui arriveront dans le courant de Panuèe seront reçus par nous comme leurs prédécesseurs. De plus, à chacune des fêles de TÉtat qui doivent être une occasion de réjouissances pour tous, le TsunglUYamen recevra des oixlres à Feffet d'offrir un banquet au corps diplomatique. Le cérémonial sera fixé d'avance par le Tsung-li-Yamen. Ces dispositions monlr^Mil que nous avons le plus sincère désir d'enlrelenir et d'affermir continuellement nos bonnes relations avec les pays amis. Respectez ceci. »

Quand il s'ai^it des choses de Chine, il ne faut jamais sojK\rt*r la forme du fond, il faut souvent même examiner et placer Tune avant l'autre. Celte question des andionoos est capitale : on peut même dire qu>lle a été depuis dos années à peu près la seule préoccupation des ministres eurv^jnvus à IV^in.

La Chine qui In^iuiS cavalièrement les diplomates^ ses h.* Us. >e >-.^uoi;u; Oîuvrv* m.^îas d'entretenir av« les u,^:;.^::> *Sr;ir,prt> ç Ilc^s-uu'iues les relations que notre dr:;: ^îcs Ct^r.s t:v.r--s<\ La Cîiice, jusqu'à une ^p^^^e Iv u:^* r:Vi:,:;\ u';s\^;: J;u:;ais eu d'ambassadeur e» reà- O: r^jx" v1a::> '.c< oor.rs oa Lt< ca|-: taies de LEurv-^ 'le u'a\;^:: ::u^ ,:u* ;vîs ^:^" .1::^' .^u:.»:îe ; e>t;aîî un serd^re p ic v^,:: ch;:.? l'/.i r.Vvs:^!.^: jvas^ L va quel^suesanc-eii i^ î,:v;yA .ù'v.v jt:r/r^î.><vt,if::rs ea E'^iïvpe : l'un des *

en Angleterre, en France, en Belgique et en Italie. Ces envoyés célestes arrivèrent, se promenèrent, s'informèrent ou se renfermèrent dans leur ignorance, à leur gré, s'en allèrent, tout cela sans faire aux chefs d'États la visite d'arrivée et sans leur demander l'audience de congé. Les Anglais ont travaillé à convertir les Chinois aux convenances internationales, à les débarbouiller de leurs préjugés mongols ; et ils y ont presque réussi : Liu-tze-tien, l'ambassadeur chinois qui a précédé l'am^ bassadeur actuel à Londres, Paris, etc., a remis avant de quitter l'Angleterre ses lettres de rappel à la Reine. Le décret sur les audiences annuelles, la démarche déférente du Chinois à Windsor sont assurément des signes des temps ; se sont les symptômes d'une évolution longtemps attendue en vain.

Ce même Liu-tze-tien, ancien ambassadeur à Londres, vient d'être nommé vice-roi de Canton, et il va créer dans sa vice-royauté un département des affaires étrangères où il mettra à profit les services des jeunes Chinois qui ont servi dans le corps diplomatique à l'étranger, et qui ont sans doute, avant de rentrer en Chine, appris quelque chose des nations occidentales.

Le Tsung-li-Yamen paraît être décidé à organiser un corps diplomatique régulier en Chine, à instituer un examen spécial pour l'entrée dans la carrière et à veiller à ce que les jeunes gens qui y sont admis complètent leur éducation spéciale à l'étranger. Cette réforme n'a pas pris encore uu développement assez précis pour que nous entrions dans les détails : mais la tendance est neuve et significative.

La question du protectorat des catholiques en Chine,

qui traîne depuis des années, qui a paru un moment

émouvoir très vivement l'opinion publique en France et

""î a soulevé les protestations du cabinet de Paris au

ean, n'a pas été tranchée en droit, officiellement ;

; en fait elle est résolue, et contre les prétentions de

•ance. Quand le Saint-Siège annonçait dans ses

"^ations au gouvernement français qu'il était dési-

reux de respecter les privilèges séculaires de la France, au fond il brûlait de rendre Tautonomie aux Italiens, aux Allemands, aux Belges, etc. Et il a cédé à leurs solicita tions pressantes-

D'ailleurs les ministres d'Allemagne et dltalie à Pékin travaillaient de leur côté et signaient des conventions ou adressaient aux missionnaires des injonctions. L'Allemagne a conclu en 1888 un traité avec la Chine dans lequel il est stipulé qu'un passeport allemand suffît aux missionnaires allemands. Les négociations qui ont suivi ont précisé en l'étendant le sens du traité. Dorénavant lous les missionnaires catholiques allemands et la mission du Schan-Tong méridional sont placés sous le pi'otectorat officiel de l'Allemagne, lequel s'étendra même sur ceux des sujets chinois qui embrasseront la religion catholique. Ces derniers auront le droit d'exercer librement sous le protectorat de l'Allemagne la religion catholique et ne sauraient plus être astreints à aucun impôt en faveur du culte païen.

Le prince di Cariati, chargé d'affaires d'Italie à Pékin, a envoyé dans le courant de 1890 une circulaire aux vicaires apostoliques établis en Chine les prévenant qu'en vertu de l'arrangement italo-chinois du 18 décembre 1888 ils devaient demander leurs passeports aux autorités italiennes, et que les autorités chinoises n'en reconnaîtraient pas d'autres.

Mais, à côté des instruments diplomatiques et des déclarations des diplomates, il y a les faits; or, les missions catholiques en Chine se trouvent, suivant l'expression d'un journal de Tientsin, entre deux selles.

L'Allemagne, l'Italie réclament le droit de protéger leurs missionnaires nationaux, sans avoir le moyen d'exercer ce droit efficacement. La France cherche à ^ressaisir un privilège qui lui échappe : elle reçoit les plaintes des missionnaires catholiques de toutes na malités établis en Chine ; elle les porte auTsung-li-Yam mais les fonctionnaires chinois l'arrêtent en lui dem dant : A quelle nation appartiennent vos protégés?

liens, ils sont réclamés par l'Italie ; Alleitiâfids, par l'Allemagoe. — Entre une puissance dont les mouvements sont embarrassés, et une puissance à naître, les catholiques se trouvent fort au dépourvu. Cependant les Chinois profitent -de Toccasion offerte par les rivalités des légations étrangères pour molester, persécuter les missionnaires catholiques. 11 serait temps que cette lutte entre les sauveteurs prît fin; si elle se prolongeait, il n'y aurait bientôt plus personne à sauver.

Par la convention de Tche-Fou (13 septembre 1876), l'Angleterre avait été autorisée à faire remonter des bateaux à vapeur sur le Yang-Tzé-Kiang jusqu'à Chung- King, dans la province du Tse-Tch'ouan. Un négociant anglais, M. Arekibald Little fonda une compagnie de navigation du haut Yang-Tzé et construisit un petit steamer capable de franchir les rapides du fleuve. Mais quand tout fut prêt, les autorités chinoises suscitèrent obstacle sur obstacle; après des démarches sans nombre, la compagnie, que ces délais ruinaient, se lassa d'une lutte stérile ; elle vient de consentir à vendre à la Chine son bateau pour un prix qui l'indemnisait de ses frais.

Mais les Anglais ne renonçaient pas à faire ouvrir la riche province de Tse-Tch'ouan à leur commerce, et à faire déclarer ouvert le port de Chung-King. Le négociateur anglais céda sur un point : il fut convenu que les vapeurs étrangers ne pourraient remonter le Yang-Tse qu'après que des vapeurs chinois auraient ouvert la route. C'était laisser à la merci des Chinois l'ouverture du fleuve à la navigation rapide, mais c'était aussi obtenir le droit de commercer dans la province et de s'établir à Chung-King. La convention fut signée le 31 mars 1890 à Pékin entre le ministre d'Angleterre et le Tsung-li-Yamen. Aux dernières nouvelles (dé-

< bre 1890), les ratifications n'étaient pas encore ingées et les commerçants étrangers attendaient

< des jonques sur le fleuve Yang-Tse.

Le 17 mars 1890, un arrangement a été signé à Cal-

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cutta entre le résident chinois de Lhassa et les autorités britanniques de Tlnde, réglant Talfaire de Sikkim.

Nécrologie.

La Chine nouvelle a perdu, dans Tannée 1890, deux de ses plus fermes soutiens, de ses plus intelligents initiateurs.

Le marquis Tseng est mort à Pékin le 12 avril 1890 : il avait joué en Europe un rôle unique, dans la courte histoire de la diplomatie chinoise. Profondément patriote, mais très curieux de voir emprunter par son pays à la civilisation occidentale ce qu'elle a de bon et d'utile, ce qui pourrait compléter ou renouveler la civilisation chinoise, il avait amplement et habilement profité d'un séjour de huit ans en Europe, principalement ea Angleterre. Nous ne rappellerons pas le rôle qu'il joua pendant la guerre du Tonkin, la campagne ardente qu'il mena contre la France et combien il trouva en Angleterre d'auditeurs complaisants à ses discours, à sa propagande, à ses suggestions. On peut même dire qu'il eut à ce moment l'oreille du cabinet anglais ; et c'est lui qui le décida sans trop de peine à observer, vis-à-vis de la France, une neutralité malveillante dans les mers de Chine.

Tseng avait, en quittant l'Europe, grandi, illustre parmi les barbares d'Occident, lancé le coup de trompette de la Quarierly Review; on se rappelle son article « sensationel » : le Réveil de la Chine. Rentré en Chine, il eut des déboires : c'était un caractère à ne point rester sans impatience au second rang. Or, il s'aperçut qu'il avait été plus vite à Londres qu'on n'allait à Pékin; il avait adopté un rythme accéléré, tandis qu'au Tsungli-Yamen, on s'était contenté d'adapter des paroles nouvelles au rythme lent des ancêtres. Tseng ne sut ou ne put se faire à Pékin la grande place qu'il rêvait ; sa santé devint chancelante, les forces lui manquèrent pour une tâche surhumaine. Il avait été en Chine le premier homme de grande famille qui eût fait une étude approfondie des langues étrangères : il montra ainsi un grand exemple et ouvrit une voie nouvelle. Mourant, il put voir le parti de la réaction qui, ayant réussi à faire dérailler le gigantesque projet des chemins de fer, triomphait. Et rEurope avait la preuve qu'elle s'était trompée en comptant sur Tseng pour inculquer à la Chine officielle l'esprit entreprenant et lui apprendre les pratiques expéditives des Anglais, ses maîtres.

Le prince Chun, le père -*- supposé — de l'Empereur (c*"* '' court en Extrême-Orient de singuliers bruits sur la naiss du jeune souverain), est mort le 2 janvier 1891. C'est pour qui espèrent assister avant longtemps à une évolution d Chine, un coup plus terrible encore.

C'est lui qui était l'inspirateur de la politique toute mo(

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