CORÉE
L'année 1890 a été assez terne en Corée : il n'y a guère
à relever que deux événements : le départ du fameux
américain Denny; Tenvoi d'une mission par la Chine
désireuse d'affirmer solennellement sa suzeraineté sur
le royaume de Corée.
A la fin de 1889, un complot fut découvert : Shin-
., un officier, en était l'âme et son projet était
assiner le roi et les membres de la famille royale.
►aspiration devait éclater le 7 décembre. Shin-
trahi par sa femme, fut arrêté ainsi que deux
dignitaires de la cour, ses complices supposés. Pak, ancien ministre de Corée à Washington, et que Denny avait envoyé aux États-Unis pour affirmer la souveraineté entière de la Corée, et son indépendance à regard de la Chine, a fini dans la disgrâce. Il y a deux ans et demi, Pak avait traversé solennellement le Pacifique sur un navire de guerre américain, en dépit des protestations de Yuan, représentant de la Chine à Séoul. La Chine s'était inclinée devant le fait accompli; mais elle avait insisté, en faisant cette concession, pour que Pak n'entrât pas en relations directes avec le gouvernement américain, et fit régler ses affaires par l'intermédiaire du ministre chinois à Washington. Pak ne tint pas compte de l'arrangement. Yuan demanda le rappel de Pak et un exemple sévère. Pak fut rappelé à Séoul; il allait être dégradé et envoyé en exil, quand il fut pris d'une maladie subite et tout orientale.
A la fin de 1889, le gouvernement coréen, à bout de ressources, imagina d'imposer une taxe écrasante aux commerçants chinois et japonais qui ont réussi à monopoliser le commerce de Séoul. Les natifs, qui poursuivaient de leur haine leurs rivaux heureux, avaient demandé plus encore, l'expulsion des marchands étrangers. Ceux-ci, effrayés de la tournure que prenaient les choses, se mirent en grève et fermèrent boutique d'un commun accord. La grève dura cinq jours.
Le 15 avril 1890, la Gazette officielle de Séoul publiait l'avis suivant : « M. Denny, étant arrivé au terme de son contrat, nous lui retirons les fonctions de vice-président du ministère de l'intérieur. » Ce Denny avait essayé pendant deux ans de prendre en mains les affaires étrangères de la Corée; il avait brouillé les cartes à plaisir.
Dans le courant de 1890, le gouvernement coréen essaya de contracter un emprunt : il était entré en i port avec un syndicat étranger quand la Chine inter etfît avorter cette tentative.
Le commerce extérieur de la Corée en 1888
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élevé à 3,046,443 dollars pour les importations. Les importations se répartissent entre les pays étrangers dans les proportions suivantes : marchandises britanniques 60 p. 100; japonaises 17; chinoises 12; allemandes 7; américaines 3; françaises 1 p. 100. Dans le dernier trimestre de 1889, le^ droits de douane perçus dans les. trois ports ouverts se sont élevés à 115,975 dollars ; ils n'avaient produit que 71,475 dollars dans la périodecorrespondante de 1888. La Chine a interdit à la Corée d'ouvrir le port de Ping Yang. Le 4 juin 1890, est morte à Séoul la reine-mère Chwo ; elle avait quatrevingt-un ans. Une ambassade fut envoyée immédiatement pour porter la nouvelle à Pékin. La Chine saisit l'occasion de manifester solennellement ses droits de suzeraineté sur la Corée. Elle dépêcha une missionpour porter ses compliments de condoléance à la Cour de Séoul et représenter la puissance suzeraine aux funérailles de la reine-mère. On était assez curieux en Chine de savoir si le vassal, le roi de Corée, se soumettrait au cérémonial humiliant que Té tique tte chinoise lui impose pour recevoir les envoyés de la cour suzeraine. Le roi doit franchir l'enceinte de sa capitale, venir au-devant des ambassadeurs à l'endroit fixé depuis plus de deux cents ans, et saluer en se prosternant sur le sol (Kaou-taou) Tédit impérial enveloppé dansune gaine de soie jaune. Les conseillers du roi de Corée, ceux qui depuis plusieurs années le poussent à proclamer son indépendance, ceux qui Font persuadé d'envoyer, en vertu de son pouvoir souverain, des ministres en Europe et en Amérique, Tamèneraient-ils à refuser de donner cette preuve publique de sa vassalité ? La mission chinoise a été reçue en octobre 1890 à Séoul avec tout le cérémonial prescrit. Il se trouve alors que les Duissances européennes commettent une errreur en a jditant des représentants auprès d'un prince qui n de son aveu, qu'un vassal de la Chine.
Max Leclerc.
Le Congrès national Hindon a tenu en décembre 1889 sa cinquième session, close le 1** janvier. Deux mille délégués y ont pris part et ont voté les résolutions suivantes :
i* 11 sera réservé à des députés hindous, élus au suffrage universel^ la moitié des sièges au conseil impérial et un siège dans chacun des Conseils provinciaux. Le Conseil impérial discutera et votera le budget, et les députés hindous pourront appeler de ses décisions à une commission permanente de la Chambre des communes.
— 2* Les pouvoirs judiciaire et exécutif seront séparés. — 3* La compétence du jury sera étendue. — 4" On procédera à un règlement permanent de Fimpôt foncier, actuellement soumis à des révisions périodiques.
— 5® La loi sur les armes sera modifiée (actuellement, les Hindous, ne pouvant en porter sans une licence difficile à obtenir, sont souvent victimes des fauves). Ces vœux n'ont touché ni lord Salisbury ni les Hindous eux-mêmes. Le premier les a déclarés « dangereux et absurdes ». Quant aux Hindous, les revendications faites en leur nom les laissent indifférents. Les « nativistes » ne sont qu'un petit nombre, appartenant à la classe
a reçu, depuis vingt ans, Téducation anglaise dan cinq universités et les cent collèges de l'empire indien Congrès précédent, celui d'iJlahabad, il y avait 455
cats OU juristes, 73 journalistes, 59 professeurs et 4^ médecins. La population agricole ne prend même pas la peine d'aller voter, comme elle en a le droit depuis 1883, aux élections pour les conseils municipaux ou de district ; c'est dire si elle se désintéresse des questions gouvernementales; quant aux zémindars et aux rajahs, contents des honneurs qui leur ont été laissés, ils ne souhaitent rien de mieux. Les vrais promoteurs du Congrès sont des Anglais, MM. Hume et Bradlaugh ; ce dernier est le défenseur des nativistes à la Chambre des communes. C'est un ancien fonctionnaire, et ses ennemis lui reprochent de toucher une pension de 1,000 livres du gouvernement. Toutefois, on a longuement discuté en Angleterre les résolutions votées par le Congrès, ce qui tend à faire croire que malgré tout on y attache quelque importance. La presse s'est surtout élevée contre la nomination d'une commission permanente, sous le prétexte un peu spécieux que la grande majorité des membres de la Chambre des communes n'entendant rien aux affaires de rinde, les commissaires que cette Chambre désignerait ne sauraient avoir les connaissances nécessaires.
Quoiqu'une délégation ait été chargée d'aller appuyer auprès du Gouvernement britannique les revendications des nativistes, elles ne paraissent pas devoir être prises en considération ; d'ailleurs, elles sont vivement combattues par les mahométans (ils sont 40 millions dans rinde) qui, s'exagérant leur portée, ont solennellement déclaré à plusieurs reprises qu'ils n'accepteraient pas d'être gouvernés par des indigènes. Ces mahométans se piquent au contraire de la plus grande fidélité aux institutions anglaises. Au Mahomedan Education Congress, Syed Ahmed Khan, le chef des mahométans du Bengale^ a pressé ses coreligionnaires de rechercher de plus en plus r — itié des Anglais, « que Dieu leur avait envoyés pour 1< ^uverner ».
Iques réformes administratives ont été réali- Si le 21 février, lord Cross a présenté un bill qui é ' les attributions de plusieurs conseils de l'Inde.
L'acte de 1861 n'avait pas donné au conseil du vice-roi le pouvoir de discuter le budget dans tous les cas ; le bill de lord Cross le lui accorde. 11 reconnaît aux membres de ce conseil le droit d'interpeller les ministres, autant que ces interpellations seront compatibles avec Tintérêt public. Enfin, le vice-roi pourra nommer un plus grand nombre de membres de son conseil. Des droits analogues seront accordés aux conseils provinciaux. Ce bill a été adopté le 18 mars. Au cours des, débats, lord Ripon proposa que ces membres supplémentaires fussent désignés par les conseils municipaux; lord Cross répondit que le Vice-Roi ou les gouverneurs pourraient sans doute consulter ces conseils, mais que la responsabilité du choix devait leur incomber. Le bill de lord Cross a produit une grande émotion parmi les « nativistes » ; de tous côtés des protestations se sont fait entendre. Des meetings ont été tenus dans plusieurs villes du Bengale; à Londres, on a accusé les nativistes d'avoir obtenu la plupart des signatures en faisant croire aux Hindous qu'il s'agissait d'une simple demande de réduction des impôts. Les mahométans ont répondu par une adresse, couverte de plus de cent mille signatures, en faveur du Cross's bilL
— A la fin de janvier, M. Andrew Scoble a présenté au Conseil législatif un bill portant amendement à la loi sur les manufactures ; il demandait que l'âge à partir duquel il est permis de faire travailler les enfants fût porté de sept à neuf ans, que les femmes ne fussent pas assujetties à un travail quotidien de plus de onze heures, et qu'on leur accordât quatre jours de repos par mois. La Chambre de commerce de Blackburn a cru devoir adresser à ce sujet à lord Cross un mémoire qui fait ressortir l'inégalité du traitement appliqué aux ouvriers en Angleterre et dans llnde; entre dix et douze ans, nar exemple, les jeunes Anglais travaillent cinq heures jour et les jeunes Hindous neuf heures. La Chambr' î commerce du Bengale] s'est élevée contre ces con sions ; la condition des enfants, dit-elle dans une adr \
au Gouvernement, est plus heureuse que ne semble l'indiquer le chiffre élevé de leurs heures de travail ; leurs parents sont presque toujours employés dans les fabriques où ils sont employés eux-mêmes, et cette longue présence n'est qu un moyen de faciliter la surveillance paternelle. En octobre, une Factory Commission a été nommée; elle a publié son rapport en décembre. Elle propose que Tâge d'admission des enfants dans les manufactures soit élevé à quatorze ans et leur travail quotidien limité à six heures trois quarts ; que celui des femmes soit fixe' à onze heures et qu'on accorde aux ouvriers un jour de repos hebdomadaire, obligatoire pour les femmes et les enfants. Avec un travail moindre, et même en supposant que le salaire ne soit pas diminué, l'industriel de rinde réalisera encore des bénéfices très respectables. Dans les établissements industriels montés par actions, tandis qu'en Angleterre le dividende donné aux actionnaires est au maximum de 3 5/8 p. 100, il s'élève dans l'Inde à 7 p. 100.
La question de la suppression de Yincome-tax, établi depuis 1886, a été soulevée cette année dans les circonstances suivantes. A la fin d'avril, les bureaux de recouvrement ont ordonné aux commerçants de leur indiquer les noms des personnes, étrangères à l'Inde, dont ils reçoivent des marchandises à vendre, et le montant du bénéfice réalisé sur la vente. Si ce chiffre n'était pas indiqué, le collecteur le déterminerait approximativement, d'après la valeur des marchandises ; le tout, afin de soumettre ce bénéfice à l'impôt. Cette mesure a causé un grand émoi ; la Chambre de commerce du Bengale en a appelé au gouvernement ; celui-ci a pris l'avis des autorités locales qui se sont toutes élevées, sauf celles de Madras, contre les prétentions du fisc. Tandis qu'on .df jérait en haut lieu sur la décision à prendre, un se id ordre du collecteur général est venu augmenter la -»uvaise impression déjà produite par le premier. Il nandait aux banquiers de lui faire connaître la lis ^es gens qui avaient en permanence des capitaux
déposés chez eux ; les banquiers n'y ont pas voulu consentir, n'ayant pas le droit, disaient-ils, de divulguer l'état des affaires de leurs clients. A la suite de ces incidents, il arriva qu'on discuta la légitimité même de cet impôt. Dans un meeting, les commerçants de Calcutta réclamèrent sa suppression. Pour calmer les esprits, le gouvernement suspendit (mai) l'application des mesures prises et demanda aux différentes associations commerciales des rapports sur la question. Ils furent tous hostiles à la nouvelle taxe. Ce serait, disait la Chambre de commerce du Bengale, un grand trouble pour le commerce, le prétexte de fraudes, et un droit déguisé sur les importations; elle priait même le gouvernement d'examiner si le moment n'était pas venu de supprimer Vincome-tax : les nécessités budgétaires de 1886 n'existent plus et, d'ailleurs, l'assiette de cet impôt est si défectueuse que les seules villes de Calcutta et de Bombay en payent plus du quart. La « British India Association » composée des propriétaires fonciers du Bengale, et où les natifs dominent, la « Calcutta Trades Association », r (' Anglo-India Defence Association » présentèrent des observations analogues. Le 14 septembre, le gouvernement, tout en déclarant légitime l'extension de Vincome-tax aux bénéfices réalisés par les importateurs sur la vente des marchandises données en consignation à des négociants hindous, rapporta les décisions prises par le collecteur « à cause de la difficulté' que présentait l'évaluation de ces bénéfices ». Quant à la suppression de Vincome-tax, il ne pouvait la faire espérer; il faisait du reste observer que c'était le seul impôt qui frappât les classes officielles.
La réforme de la législation qui régit le mariage des Hindous est une des plus graves questions qui se soient posées celte année. En août, un comité s'est forir" à Londres pour la défense des femmes de l'Inde; il coi e parmi ses membres le duc de Westminster, lord et 1 y Dufferin, le cardinal Manning. Son but est de favor Jr le mouvement qui s'est produit parmi quelques ^ ^*
de haute caste en faveur des jeunes femmes et des veuves, dont la condition est, en effet, digne d'intérêt. Les Hindous considèrent le mariage comme un devoir religieux des plus absolus. Dès qu^une enfant a atteint sa septième année, elle est conduite à la cérémonie des fiançailles; son fiancé a quelquefois quarante ou cinquante ans de plus qu'elle; à dix ans la jeune fille, l'enfant pour mieux dire, est supposée capable de consentir au mariage, et le mari peut réclamer ses droits. Si Ton considère que le développement des femmes n'est pas plus rapide dans llnde que dans nos climats, on comprendra que cette coutume ait pu être taxée de monstrueuse. Quant aux veuves, quoique depuis la conquête anglaise elles ne soient plus forcées de monter sur le bûcher de leur mari, leur condition est néanmoins déplorable. Vêtues d'habits sordides, la tête rasée, elles ne peuvent prendre part à aucune réjouissance; veulent-elles se remarier, elles se heurtent au préjugé qui les déclare infâmes. La loi anglaise elle-même stipule que si elles se remarient, elles perdent tous les biens qu'elles tiennent de leur premier époux. Deux millions de femmes vivent dans celte dégradation. Tels sont les maux qu'on veut combattre. Ce sont des Hindous qui ont commencé la campagne, mais des indous d'un rang élevé et qui ont reçu l'éducation anglaise. Ils demandent que l'âge du consentement soit élevé à douze ou treize ans, qu'on abolisse Faction en revendication des droits conjugaux, et que la veuve qui se remarie soit autorisée à conserver tous ses biens. On craint quelques fanatiques, disent-ils ; mais les a-t-on redoutés lorsqu'on a proscrit des pratiques d'autant plus chères à ces fanatiques qu'elles étaient plus barbares, telles que l'immolation de la veuve ou les holostes des furieux adorateurs de Jaggernaut? La maté des natifs est hostile aux réformes, et la plupart feuilles indigènes s'élèvent contre l'intervention slative. Des meetings de protestation ont été tenus à ^i et à Madras.
Depuis 1889, le budget de l'Inde présente un excédent de recettes ; pour 1889-1890, cet excédent est de 25 millions de roupies (60 millions de francs). Il est dû au produit de la vente de Topium, à Timpôt sur le sel (établi en 1889)^ et à un rendement plus élevé de l'impôt foncier et de la taxe sur les boissons. Les seules contributions nouvelles sont l'addition d'une roupie par gallon au droit sur les alcools importés et un droit sur les bières indigènes, analogue à celui qui frappe les bières étrangères. Sir David Barbour a fait remarquer qu'il ne fallait pas compter sur un excédent aussi considérable Tannée prochaine; il faudra, en effet, doter l'armée de fusils à répétition et créer 21 batteries d'artillerie ; en outre, le gouvernement n'exigera plus des administrations provinciales les 4,900,000 roupies perçues dans les temps de détresse. Il a annoncé que l'excédent des recettes serait consacré à rétablir le fonds de secours contre la famine organisé en 1879 et épuisé depuis 1886 ; la plupart des Anglo-Indiens comptaient que le bénéfice permettrait une diminution de la salt-tax ou de l'incometax.
Commerce. — Du 31 mars 1889 au 31 mars 1890, les importations ont diminué un peu, et les exportations ont augmenté de 107,375,000 francs. Le total des importations s'est élevé à 1,600 millions, celui des exportations à 2,346 millions de francs ; l'augmentation de ces dernières porte sur le chanvre et le coton. La production du charbon en 1889 a été de 2,045,359 tonnes ; depuis dix ans la production a doublé ; quatre nouvelles mines ont été exploitées (Penjab, Inde centrale). Le commerce de la soie est en décadence au Bengale ; de 1874 à 1887, la production moyenne annuelle a été de 1,581,860 livres, en baisse de 457,482 livres sur la moyenne des années précédentes. Cette soie est in^'^ rieure à celles d'Europe et de- Chine; elle se ve 32 francs le kilogramme et les autres 25 francs. Le coi merce de la Russie avec l'Inde fait des progrès rapide l'Inde importe annuellement pour 18 millions de pétro'
russes, et exporte en Russie pour 12 millions de cotons bruts, etc. Les manufacturiers russes tissent ces cotons et les revendent sur les marchés de TAsie centrale, fermés, comme on sait, aux cotonnades indiennes. Au cours de Texpédition dans la vallée du Zhob, les Anglais ont découvert des sources d'huile minérale.
Travaux publics. — Sur la côte orientale on constVuit le railway de Cattack à Bezwada (longueur 507 milles) ; on demande qu'il soit poussé jusqu'à Madras ; il servira à transporter vers le sud, dans les temps de disette, les productions des provinces centrales. En septembre, le gouverneur de Madras a posé le premier rail de la ligne Magararum-Mutapet, construite à Vaide de ressources que les habitants ont fournies spontanément, chacun se taxant à son gré. En novembre, lord Connemara a inauguré la section Villipuram-Trinomandi de la ligne Villipuram-Gantakul. Une société, la « Bengal provincial Railway Company » s'est constituée pour prolonger la ligne de Tarkessur; elle est entièrement composée de natifs; c'est la première de ce genre. Une commission d'officiers du génie a été nommée pour étudier la construction d'un railway dans la vallée du Zhob (v. infra). La longueur totale des railways de l'Inde est de 16,095 milles; 869 milles ont été ouverts en 1889-1890. Au point de vue financier, la perte de l'État sur ses chemins de fer a été cette année de 23 millions, due aux lignes stratégiques, qui sont toujours improductives, et à l'élévation des intérêts garantis aux actionnaires de certaines lignes : 4 3/4 p. 100 en or. Il faudrait ramener l'intérêt à 3 p. 100 pour faire cesser toute perte.
Armée. Expéditions. — L'armée compte 200,000 hommes, Européens et natifs. On a réorganisé des compagnies d'Afridis (tribu puissante sur la frontière nord- 0"" t) dans cinq régiments du Penjab; au moment de erre afghane, la plupart des Afridis ayant déserté, .ait renoncé à recruter chez eux. En juin, le gouîment a autorisé le recrutement dans le Penjab de '^s de police pour l'East Africa Company. Des expé-
Y tl
ditions ont eu lieu dans la vallée du Zhob et dans les Montagnes-Noires. Depuis la déposition du Maharajah de Kachmir, en 1889, les Anglais ont fait de grands travaux stratégiques dans ce pays. La route militaire qui conduisait au camp retranché de Rawul-Pindi à la frontière du Kachmir a été continuée jusqu'à Baramula^ d'où la rivière Jhelam est navigable jusqu*à Srinagar, la capitale. Une autre route, de Srinagar à Gilgit, est en construction ; 40 milles sont déjà faits ; elle deviendra la voie principale de communication avec le Pamir et le Turkestan (v. p. 323). Un projet de chemin de fer est à l'étude, qui reliera Srinagar au terminus de Rawul- Pindi. L'occupation de la vallée du Zhob, due à sir P. Roberts, augmente la force des postes de l'Afghanistan.
La question du Sikkim est enfin réglée. En 1888, le Thibet avait revendiqué des droits sur cette province, et essayé d'intéresser à l'afTaire le gouvernement chinois. Une armée anglaise avait occupé le Sikkim, et des négociations avaient échoué plusieurs fois. 'La Chine avait d'ailleurs désavoué l'amban (résident) chinois de Lhassa, qui avait été rappelé. Le 17 mars, un traité a été signé à Calcutta avec le nouvel amban ; quoique les clauses en soient tenues secrètes jusqu'aux ratifications, il est probable que le Thibet a renoncé à toute prétention sur le Sikkim.
Bibliographie
The indian mutiny, par le colonel Malleson. — Souvenir de notre vice-royauté ^ par la marquise de Dufferiû (traduit de l'anglais).
Siam et Laos. — Le royaume de Siam paraît subir l'influence politique de FAngleterre, qui a intérêt à s'implanter dans ce pays où son commerce a le premier rang. L'Angleterre a pris la haute main sur une partie des services publics, sur les postes et télégraphes ; elle a aidé le roi de Siam à réorganiser son armée et sa marine. L'Allemagne tient la seconde place au point de vue commercial ; aussi semble-t-elle désirer faire sentir, elle aussi, son influence dans le pays. L'immigration chinoise a continué de se diriger vers le royaume de Siam. On a poursuivi en 1890 l'étude des tracés de chemins de fer qui doivent relier Bangkok aux provinces septentrionales et orientales. Le point vers lequel la ligne principale serait dirigée est Korat. C'est un ingénieur allemand qui serait chargé des travaux par le gouvernement siamois. On peut supposer que, de Korat, on chercherait à prolonger le chemin de fer dans la direction du Mékong.
Le Laos est tributaire de Siam; il est divisé en grandes et en petites provinces, ces dernières relevant des grandes. Les provinces sont -administrées par des gouverneurs indigènes, nommés par le roi de Siam et qui perçoivent pour lui l'impôt de la capita ; quelquefois le roi envoie des collecteurs spécii . Les provinces sont divisées en districts et les di: .cts en village. Depuis 1883, la cour de Bangkok, in :te des progrès de la France en Indo-Chine, a
envoyé dans les provinces laotiennes voisines des possessions françaises, notamment à Stung-Treng, des fonctionnaires qui tiennent les gouverneurs sous leur dépendance. Il est évident que les Siamois cherchent à faire des progrès du côté du Laos; c'est ce qu'a pu constater au mois d'août, M. Pavie, consul de France à Luang-Prabang, en descendant de cette localité à Pnom-Penh par le Mékong. Les Siamois s'efforcent de détourner par la voie de Bangkok le commerce du Laos.
La pénétration commerciale dans le Yun-nan met en présence les intérêts français et anglais : le Mékong est la route naturelle qui conduit de la Cochinchine et du Cambodge en Chine, et les Anglais cherchent à pénétrer dans le haut Mékong par la Birmanie.
On sait que le principal obstacle à la pénétration par le Mékong a été pendant longtemps l'existence des rapides qui gênent le cours de ce fleuve. Ce sont d'abord les petits rapides de Krauchmar, puis, entre Sambor et Stung-ïreng, ceux connus sous le nom de rapides de Préa-Papang, et dont le nom véritable est Préa-Tapang, et plus haut enfin les cataractes de Khon. Les rapides de Krauchmar ont été franchis en 1872. Ceux de Préa-Patang, considérés pendant longtemps comme infranchissables, l'ont été successivement par le capitaine de vaisseau, aujourd'hui contre -amiral, Réveillère , avec le torpilleur 44 , en 1885 , puis par le lieutenant de vaisseau de Fésigny, et en août 1889, par le lieutenant de vaisseau, aujourd'hui capitaine de frégate, Heurtel. Cet officier, après être passé une première fois sur l'aviso Y Alouette, a pu piloter ensuite dans la même voie le Cantonnais^ des Messageries fluviales de Cochinchine, qui portait à son bord M. de Verneville, résident général français au Cambodge. Restait la cataracte de Khon. Elle avait bien ^ franchie en 1866 par Doudart de Lagrée, mais tant < > les rapides du bas Mékong ne l'avaient pas été, . découverte n'avait pas une réelle importance. La p? '
a été de nouveau traversée cette année même, en février, par des Français, MM. Pelletier et Fontaine, et M. le D'^ Mougeot. Ils avaient appris d'une façon certaine que les indigènes allaient de Siemboc à Bassac sans changer de bateau. Mais ceux-ci avaient reçu Tordre, de Bangkok et de Bassac, de ne pas laisser soupçonner la passe, sous peine des châtiments les plus cruels. Ce fut en employant successivement la ruse et la menace que MM. Pelletier, Fontaine et Mougeot finirent par détermiiter un guide laotien à la leur montrer ; le bras navigable se trouve caché par un rideau d'arbres et de verdure qui ne permet pas d'en distinguer l'entrée. Au delà de Khon, les difficultés delà navigation deviennent bien moindres. A la suite de cette découverte, la chaloupe à vapeur V Argus fut mise à la disposition de la mission du Mékong par le gouverneur général de l'indo- Chine, en vue d'étudier cette passe. V Argus est parti à la fin de septembre, sous le commandement de l'enseigne de vaisseau Guissez. Le 2 octobre, le gouverneur général de l'Indo-Chine, M. Piquet, est monté sur le steamer le Cantonnais, pour se rendre à Khon, afin de juger par lui-même de la possibilité de naviguer sur le Mékong ; il avait avec lui MM. Pavie et Mougeot. Le flavire ayant été arrêté par la baisse des eaux à la hauteur de Ca-Plan, le gouverneur général dut revenir en arrière. Il aurait voulu remonter jusqu'à Bassac, sur la rive droite du Mékong, vers 15** Nord, capitale d'une principauté quasi indépendante qui paie toutefois tribut au roi deSiam. MM. Pavie et Mougeot, laissant le Cantonnais, remontèrent jusqu'à la passe de Khon, où le roi de Bassac et un commissaire siamois étaient venus les attendre. Ils trouvèrent aussi là Y Argus qxxi venait de reconnaître la passe et d'y pénétrer, mais q"' était également retenu par la baisse des eaux. La p ,e Pelletier-Mougeot a environ 6 à 7 kilomètres, d t Y Argus a franchi la moitié. Elle n'est barrée par a le chute, mais son lit est embarrassé par sept s< ' de roches ; lorsqu'ils auront été enlevés, la navi-
galion y deviendra facile au moins pendant une partie de Tannée.
On peut donc penser que le Mékong sera sûrement ouvert pour la France à la navigation à vapeur; par là viendront en Cochinchine les produits du sud-ouest de la Chine et ceux du Haut-Laos, et ainsi un trait d'union sera créé entre les possessions françaises de la Cochinchine et du Tonkin. Déjà, la Compagnie des Messageries fluviales de Cochinchine a fait spécialement construire un vapeur de rivière pouvant facilement remonter les rapides du Mékong, le Bassac. On peut espérer qu'en 1891 un service régulier sera organisé entre Saigon et Luang- Prahang. Un groupe de négociants a fondé le Syndicat français du Haut-Laos ^onr essayer d'établir un courant commercial de ce côté. Le délégué de ce syndicat, M. Paul Macey, parti de Marseille le 17 novembre 1889, avait obtenu l'autorisation de se joindre à la mission Pavie. Le 15 mai 1890, il a inauguré un comptoir à Luang-Prabang en présence du roi et des notables, et plus tard dans d'autres localités sur le cours du Mékong.
On sait que la France, en même temps qu'elle faisait des progrès sur le Mékong, tournait aussi ses efforts vers le haut fleuve Rouge ou Son-Koi qui met en communication le Tonkin avec le Yun-nan. L'action de la France, tant du côté du fleuve Rouge que du côté du Mékong, doit aboutir à ce même résultat d'amener vers les possessions françaises le commerce du Yun-nan que lui disputent à la fois Siamet la Birmanie, et par ce dernier pays, l'Angleterre. Au mois d'août, le gouverneur général, M. Piquet, a remonté le fleuve Rouge, de Hanoï à Lao-Kaï (400 kilomètres), sur le vapeur le Yun-nan, de la Compagnie des Messageries fluviales, qui a pu franchir sans encombre les rapides de Tac-Kaï et de Bao-ha. Une voie ferrée est projetée entre ces deux points, "i«is dès à présent ils sont réunis par un service régulie e bateaux à vapeur.- Le 20 mai, le raccordement entr !S lignes télégraphiques française et chinoise a été ^ é à Lao-Kaï.
Un chemin de fer, destiné à unir entre elles les diverses parties des colonies françaises de Tlndo-Chine a été projeté entre Vinh, sur le golfe du Tonkin, et Lakhon, sur le Mékong. Le capitaine Cupet avait d'abord exploré cette voie et M. Macey, de retour à Saigon, est reparti pour Vinh afin d'étudier la construction de ce chemin de fer.
La mission de délimitation au Laos, sous la direction de M. Pavie, consul de France à Luang-Prabang, a commencé ses opérations, d'accord avec les commissaires de la cour de Bangkok. Elle s'est divisée en deux sections; l'une, sous la direction de M. Pavie, a suivi le chemin de la rivière Noire, l'autre, ayant à sa tête le capitaine Cupet, a rejoint Luang-Prabang par. Vinh. M. Pavie a déterminé les sources de la rivière Noire. Au-dessus de Muong-Té, la rivière Noire reçoit le Chimapa et le Lysien. Plus haut, la rivière est formée de la réunion du Lou-ma (rive, droite) et du Papien (rive gauche); le Lou-ma serait la plus grosse source. Les opérations terminées, M. Pavie, suivant le cours du Nam-Ou, a rallié le Mékong à Luang-Prabang, a descendu ce fleuve et est arrivé à Pnom-Penh le 24 août. Dans un voyage à Bangkok efi*ectué d'octobre à novembre, M. Pavie a obtenu du gouvernement siamois l'établissement d'agents commerciaux au Laos, à Stung-Treng, Oubon, Houten et Luang-Prabang. La cour de Siam a consenti aussi à la construction d'une ligne télégraphique devant aller de Sombor à Luang- Prabang, continuant ainsi notre réseau indo-chinois. Birmanie. — D'après le Rangoon Times ^ un complot a eu lieu, au commencement de 1890, pour proclamer roi de Birmanie l'un des prétendants de la dynastie des Alompra. On devait mettre le feu à la ville de Mandalé et " vahir le palais du gouvernement. Le complot ayant et écouvert, les autorités anglaises ont fait de nombi 3S arrestations. Malgré l'occupation par des troupes ai ises, le pays continue à être troublé par les rêve ■ -^es Dacoïts. Une expédition a été dirigée contre
les Chins-Luchaî qui avaient tué un agent anglais. L'établissement de voies commerciales menant au Yun-nan est toujours Tobjet des préoccupations anglaises dans la Birmanie. Les routes naturelles qui y conduisent sont, pour l'Angleterre, Tlraouaddi et le Salouen; elle a fait un pas rapide en avant. Une voie ferrée, conduite en 1889 jusqu'à Mandalé, à environ 600 kilomètres à vol d'oiseau des bouches de l'Iraouaddi, va être poussée jusqu'à Bhamo. Il est vraisemblable qu'elle sera prolongée par le Schoui-li, afQuent de riraouaddi, jusque vers la région du haut Salouen, appelé là Lou-Kiang. De là, les Anglais s'efforceront d'accaparer le commerce du haut Mékong, ou Lan-Sang- Kiang. L'Angleterre a envoyé aussi ses explorateurs reconnaître le cours supérieur de l'Iraouaddi. En mai 1890, le capitaine Barwick, le major Fenton et le commissaire Shaw ont remonté ce fleuve jus(|U'au point où il cesse d'être navigable; ils ont exploré deux de ses affluents, le Malika venant dii Nord-Ouest et leNmai-Ka ou Mek-Kha venant de l'Est, le premier pendant six milles, le second pendant trois milles. Ces deux rivières se jettent dans l'Iraouaddi à 150 milles de Bhamo.
Nécrologie.
E. Colbome Baher, résident anglais à Bhamo, explorateur de b Chine centrale.
Bibliographie.
J. Taupin, Relation d'un voyage d'exploration et d'études au Laos (Société normande de géographie, 1890 et 1891 ; Bulletin de la Société de géographie commerciale de Paris, t. XII, 1889-1890, p. 448.) — D' Mougeot, Étude sur le passage des bateaux à vapeur à travers les chutes de Khon (Mékong) (Bulletin de la Société des Études indo-chinoises de Saigon, premier semestre 1890, p. 4). — Heurtel, Voyage au Laos, (Revue maritime et coloniale, cet. 1890, p. 63). — François Deloncle, Carte politique de Vlndo-C'^^'e,
Carte de la Birmanie et des contrées voisines, au 1/202 0, comprenant tout l'ouest de l'Indo-Chine de 12° à 30° N. et d 8* à 1040 0 ; publiée par le service géodésique de l'Inde, mars 0.
Gustave Regelsperger.
Durant Tannée 1890, le Japon est entré dans une nouvelle phase de son histoire, l'ère constitutionnelle. Et^ comme pour montrer qu'il était mûr pour les institutions représentatives, le peuple japonais s'est passionné pour plusieurs grandes questions d'intérêt public ; c'est surtout la re vision des traités qui a causé dans tout le pays une fermentation parfois dangereuse. Un ministrea été assassiné ; un cabinet est tombé ; un autre s'est formé ; le premier Parlement s'est réuni ; les traités conclus avec les puissances occidentales ont disparu dansla tourmente populaire et l'évolution que le Japon cherche à accomplir dans ses rapports avec les étrangers reste encore incertaine : tel est à grands traits le bilan de l'année.
Au mois de septembre 1889, le comte Okuma, le négociateur des nouveaux traités, était attaqué par un; fanatique qui jetait une bombe dans sa voiture; le ministre des affaires étrangères fut grièvement blessé, sa vie mise en danger pour plusieurs mois. 11 est au Japon,. pQirrQÎ ce peuple de mœurs si douces, une catégorie de ( assés, presque tous des étudiants qui n'étudient pas ( i grisent de politique, les Shosei, agités et agitat 'S, qui de tout temps ont joué un rôle considérable» T T)eu des hommes politiques célèbres du Japon en
ce siècle sont morts dans leur lit de leur belle mort; presque tous ont péri sous les coups d'un fanatique sorti des rangs des Shosei. Tel faillit être le sort de Thomme d'État qui, avec des vues hautes et une diplomatie consommée, travailla à obtenir que le Japon fût traité désormais par les puissances occidentales à très peu près comme un pays de même civilisation. Ces Shosei se persuadent qu'ils sont les seuls dépositaires du patriotisme du vieux- Japon, qu'ils sont désignés pour être les sauveurs de la patrie si un traître veut les livrer aux étrangers. Le comte Okuma avait naturellement encouru leur haine. Après l'attentat où il faillit perdre la vie, l'agitation, l'émotion furent intenses dans tout le Japon pendant plusieurs semaines. Le cabinet Euroda, déconcerté, désemparé, mit sous cape et attendit. Puis l'un des principaux membres du cabinet, le comte Ito, donna le branle, et, le 11 octobre, il remit sa démission à l'empereur. Ses collègues essayèrent en vain de changer sa détermination, puis suivirent son exemple. Tout le cabinet se retira, à l'exception du comte Okuma, alors entre la vie et la mort. Au comte Kuroda succéda comme premier ministre le Prince Sanjo, un des principaux acteurs de la Restauration de 1868, qui occupa la place de chancelier de l'empire pendant de longues années et, en 1885, devint garde des sceaux.
Le 14 décembre, le comte Okuma, à peu près rétabli de l'amputation de sa jambe blessée, put enfln faire connaître sa décision. Il donnait sa démission de ministre des affaires étrangères dans des termes qui valent la peine d'être rapportés. Il disait que, pour lui, il ne regrettait pas la perte de sa jambe, mais qu'il regrettait profondément pour le Japon que l'œuvre qu'il avait entreprise et poussée énergiquement dans l'intérêt de *^'^u pays eût été réduite à néant; que son seul désir éta e passer le reste de sa vie dans la retraite. Cette fa e question de la revision des traités a donc déjà d ' é deux des plus habiles hommes d'État du Japr-
temporain: le comte Inouye d'abord, puis le comte Okuma, son successeur.
Le cabinet constitué par le prince Sanjo au mois d'octobre 1889 n'avait été qu'un cabinet d'attente. La décision du comte Okuma une fois connue, le comte Tamagata fut chargé de constituer un ministère. La liste des nouveaux ministres fut publiée le jour de Noël. Le comte Yamagata est un esprit conciliant qui ne s'est compromis dans aucun parti et est bien vu de tous ; c'est un homme prudent et d'expérience. Il prend l'intérieur. Les affaires étrangères passent au vicomte Aoki, ancien ministre à Berlin, et qui fut sous-secrétaire d'État au département sous les comtes Inouye et Okuma. C'est un bon fonctionnaire qui reçoit une promotion. A l'agriculture, le sous-secrétaire d'État, M. Iwomura, devient également ministre et succède au comte Inouye. C'est donc un cabinet de fonctionnaires, un ministère terne de transition. Toute la politique de ce cabinet à sa naissance parait avoir dû se résumer dans <ïesmots: faire le mort.
Au commencement de janvier, le premier ministre faisait connaître son programme en adressant une circulaire aux gouverneurs des provinces. Dans ce document assez incolore, il recommande à ces hauts fonctionnaires de déconseiller au peuple toute agitation politique, de cultiver l'entente entre les gouvernants et les gouvernés; d'expédier rapidement les affaires publiques ; d'inviter la population à se consacrer au progrès matériel et au développement de l'éducation dans les districts provinciaux, plutôt que de se mêler des détails compliqués de la haute politique et de la diplomatie qui sont du ressort du gouvernement central.
Le nouveau cabinet marqua son arrivée aux affaires
'*.hangeant une vingtaine de gouverneurs de pro-
es, en publiant une déclaration dans laquelle il dé-
^ avec plus de précision comment les ministres sont
lairement responsables. Enfin il promulgua une loi
""•e contre le duel.
An
Le comte Yamagata, tenant à montrer que son cabinet était bien réellement un cabinet d'affaires, obligea les ministres qui faisaient partie d'une association politique quelconque de retirer leur adhésion. Malgré cela, ou à cause de cela même, le nouveau ministère man- . de consistance et de prestige ; on n'apercevait pas où il allait, où il voulait aller. La force de l'aditration semblait s'être relâchée; les fonction- !S intriguaient, dans l'espoir d'arriver, à l'exemple lusieurs des collaborateurs du comte Yamagata, purs plus haut, jusqu'au fauteuil ministériel. . milieu de mai, le comte Yamagata crut nécessaire emanier son cabinet. Parmi les changements de annes opérés, un seul a de l'importance, c'est celui permit l'arrivée aux alTaires de M. Mutsu, ancie» stre à Washington. En s'adjoignant ce nouveau borateur, le comte Yamagata a certainement pensé uverture prochaine du Parlement. Il a fait entrer . le cabinet un homme d'une intelligence rare et e éloquence prestigieuse. \ la suite de ces modi&- )ns, le nombre des nobles dans le ministère a diaé au profit des roturiers, et des hommes nouveaux pris la place de ministres dont le principal titre t d'avoir pris une part active à la Restauration, année 1890 a bien été pour le Japon, S. tous égards, année de crise : le peuple n'a pas été moins agité les régions officielles. Les questions politiques, le de politique étrangère, ont passionné les massesplutôt les clans, car l'esprit . de clan n'est pas t et il mettra longtemps à mourir, s'il disparaît ais.
est difficile de démêler la part de chacune des deux îes qui ont amené l'effondrement du grand édifice omatique que le comte Okuma avait élevé: la part 'esprit du parli, la part du vieux préjugé japoi ître les étrangers. Le comte Okuma, dans Vautoi i 889, semblait à la veille de réussir : l'Allemagne î Is-Unis avaient signé le traité. Le parti des / -
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hinto ou progressistes, dont Okuma était le chef, chantait déjà victoire; il exultait: d'où jalousie féroce des autres partis et agitation soulevée par eux dans le pays.
La campagne fut menée contre les traités avec un entrain et un succès extraordinaires; c'était d'abord des protestations contre l'emploi de juges étrangers : violation de la Constitution qui réserve aux Japonais les^ offices publics ; atteinte à la dignité nationale ; — des protestations contre le principe même des traités : le Japon devait traiter d'égal à égal avec les nations étrangères. Enfin le parti réactionnaire s'opposait à ce qu'on ouvrît davantage la porte aux Européens ; il s'était constitué en association « pour la défense et la conservation des qualités japonaises ».
L'agitation fut si vive que le gouvernement se crut autorisé à employer les grands moyens ; il saisit, suspendit des journaux à plusieurs reprises, et cela sans se soucier d'être accusé d'arbitraire.
L'agitation des villes avait gagné les campagnes: les. fermiers, les paysans s'organisèrent pour forcer les propriétaires à abaisser le prix des fermages. Les propriétaires se liguèrent de leur côté, offrirent des réductions^ sans importance et obligèrent les fermiers à céder.
Le peuple japonais est devenu singulièrement irritable dans ses rapports avec les étrangers ; il s'imagine à. propos de tout que l'Européen veut attenter à sa dignité,, blesser son patriotisme, que sais-je? L'année 1890 a été assez désagréable pour les Européens à passer au Japon : il y a eu comme une poussée du vieux sentiment de haine contre l'étranger qui avait disparu ou sommeillé.
Même les attentats à la vie des Européens, qui depuisvingt ans avaient complètement cessé, ont recommencé plus belle ; les missionnaires surtout ont été visés;, missionnaire anglais, M. Large, est assassiné la nuit zlui par des hommes masqués; un autre, M. Sum- •, est frappé à coups de lance par un soldat du cor-
tège impérial pendant un défilé ; un missionnaire américain est assailli à coups de poignard par des étudiants du grand collège de Tokio pour être entré sur le terrain où ils jouaient au base-bail.
Le Japon a vu s'ouvrir dans Tannée 1890 son premier Parlement. La lutte électorale a été chaude.
Deux partis principaux se trouvaient en présence : les progressistes, dont le chef, le comte Okuma, fut mi* nistre des affaires étrangères dans le cabinet Kuroda jusqu'en janvier 1890; les libéraux, dont le principal leader est le comte Stagaki, ancien président du Sénat. Les progressistes sont restés aux affaires pendant vingt ans, jusqu'au mois de décembre 1889.
Les libéraux, condamnés pendant vingt ans à une opposition stérile, reprochaient aux progressistes de prétendre à conserver éternellement le pouvoir sous le fallacieux prétexte qu'ils avaient fait seuls la révolution de 1867. « Or, disaient-ils, s'ils ont proclamé l'abolition de la féodalité et restauré le pouvoir du Mikado, c'est à contre-cœur et la main forcée. Leur administration a été détestable ; le pays est écrasé dïmpôts qui pèsent trop lourdement sur l'agriculture. La Dette est énorme ; l'intérêt annuel nous coûte 60 millions. Les progressistes ont abusé du pouvoir pour faire la fortune de leurs (créatures. Enfin, leur politique étrangère manque de dignité : ils font aux Européens des concessions qui répugnent au sentiment national. » Les progressistes répondaient : « Notre programme, un vrai programme de gouvernement, peut se résumer en quelques mots: rester en bons termes avec les puissances étrangères sans compromettre l'indépendance de notre pays ; maintenir l'ordre à l'intérieur et réaliser lentement et prudemment les progrès nécessaires. Ce programme, nous l'avons appliqué, et c'est ainsi que nous avons fait du Japon ce qu'il est aujourd'hui. Il a fallu emprun pour créer des chemins de fer, des télégraphes, c ports, une marine; mais nous avons consacré, chaq année, 20 millions à l'amortissement de la Dette. »
Les élections, dont le mécanisme avait été réglé par une loi de mars 1890 complémentaire de la loi organique, eurent lieu en juillet. L'électeur se présentait devant le bureau électoral composé d'un chef de district et de plusieurs assistants ; il donnait son nom au président qui pointait la liste électorale, lui remettait un bulletin blanc. Sur ce bulletin, Télecteur inscrivait le nom de son candidat, le sien, son adresse et apposait son sceau. Le bulletin était ensuite introduit dans l'urne.
Quoique la lutte ait été active et le nombre de votants considérable, les élections se passèrent sans désordre, et apparemment sans pression gouvernementale.
Jetons un coup d'oeil sur les éléments qui composent le Parlement ouvert le 29 novembre 1890.
La Chambre des Pairs compte 252 membres dont 10 appartiennent à la famille impériale et 139 à la noblesse de différents degrés; 59 membres roturiers ont été nommés par l'empereur en considération de leur savoir ou des services qu'ils ont rendus à l'Etat, et 44 membres, également roturiers, représentent l'élément électif; ils ont été choisis par leurs pairs parmi les 15 contribuables qui, dans chaque district électoral, payent le plus gros chiffre d'impôts. Parmi les nobles, 31 sont des princes ou des marquis, lesquels siègent en vertu de la Constitution; 105 appartiennent à la petite noblesse et ont été élus par les membres de leurs classes. Les membres nommés par l'empereur appartenaient presque tous à l'ancien Sénat, créé en 1875. Les opinions politiques de la plupart des membres de la Chambre haute sont inconnues ; il est impossible de prévoir quelle attitude ils prendront à l'égard du gouvernement. On s'accorde à croire cependant que la Chambre haute sera un corps actif, puissant, qui saura :cer une influence modératrice.
L Chambre des Représentants compte 300 membres, upart propriétaires fonciers, négociants, hommes 'oi, journalistes ou anciens fonctionnaires ; ce sont
généralement des hommes de trente-cinq à cinquantecinq ans. Les partisans des vieilles coutumes japonaises, légèrement modifiées pour les mettre en accord avec les idées modernes, forment l'élément dominant; le reste est composé d'adeptes de la nouvelle école, dont quelques-uns ont des "grades universitaires, japonais ou étrangers. On prévoit que la première Chambre japonaise sera calme, digne et laborieuse.
Politiquement, elle se répartit entre plusieurs partis sans qu'aucun d'eux possède la majorité absolue. Le plus nombreux est le parti libéral constitutionnel, combinaison de plusieurs éléments où domine le parti qui mena l'opposition pendant vingt ans contre les progressistes. 130 membres sur 300 appartiennent au parti libéral constitutionnel qu'on suppose devoir combattre le cabinet actuel, sans toutefois s'engager dans une opposition factieuse. Viennent ensuite les indépendants au nombre de 115, modérés qui répugnent à se ranger sous la bannière des vieux partis. Ils comptent dans leurs rangs beaucoup d'hommes distingués, partisans de la nouvelle école, et prêts sans doute à appuyel? le ministère actuel. En troisième ligne, arrive le parti progressiste, avec 50 membres : c'est ce parti que vingt années de pouvoir ininterrompu destinaient, malgré le prestige de leur chef, le comte Okuma, à une défaite certaine. Enfin, les conservateurs modérés, au nombre de 5.
L'empereur a donné la présidence de la Chambre haute an comte Ito, l'auteur de la Constitution. La seconde Chambre a élu comme président, et l'empereur a approuvé ce choix, M. Nakajima, un membre du parti libéral constitutionnel, ancien sénateur, ancien préfet, et fervent adepte du christianisme.
La cérémonie d'ouverture a eu lieu dans la salle dfts séances de la diète. L'édifice où elle se trouve est plus simples: c'est une construction en bois qui guère coûté qu'un million. Le gouvernement japona: jugé bon, avant de construire un palais au nouv
JAPON ses
' vu à. l'œuvre et d'avoir pu s'ins- Expérience.
séances sont disposées à peu près e des députés : elles sont bien venlit à la lumière électrique, empereur lut d'une voix lente et mbres des deux Chambres assem-
Tpône: n Nous annonçons, dit-il, chambre des Pairs et à ceux de la entants que toutes les institutions tration intérieure, établies durant inéesquis'estécoulée depuis notre
ont été amenées à un état voisin un arrangement régulier. En vertu i ancêtres, et d'accord avec vous- )ns continuer et développer ces recueillir des fruits heureux de la e en vigueur, et manifester de la lU dehors, la gloire de notre pays 1 entreprenant de notre peuple... »
: des relations qu'il entretient avec rangers, des sacrifices nécessaires ver le niveau des forces militaires les projets de loi que le ministère termes insignifiants et solennels ilièrement tous les discours du entend et scrute sans y Jamais dée y cherche. D'emblée, le Mikado monarqueconstitutionnel.
i Pariement Japonais de suivre les îr^n lui adressait en terminant:
vos délibérations et les résolutions i sujet de ces projets de loi seront
d'impartialité et de discrétion, et rous établirez des précédents qui ï!e» à l'avenir. «
ct«s du nouveau Parlement a élé 1893 la mise en videur du non-
veau Code de commerce. — Le Code de procédure civile et la plus grande partie du Code civil ont été publiés en avril 1890.
Le projet de budget pour la vingt-troisième année fiscale de Meiji (1890-91) a été publié le 3 mars 1890 : les recettéssont évaluées à 81 ,980,081 yen etles dépenses à 81,978,578 yen. Les ressources ordinaires (taxes, licences, revenus des industries et domaines de l'État, etc.,) fournissent 76,733,419 yen. Les ressources extraordinaires (produit de ventes des domaines de TÉtat, revenu des forêts, fonds spéciaux pour la marine, etc.), 5,246,662 yen. Pour les dépenses ordinaires : la maison impériale coûte 3 millions de yen ; le département des affaires étrangères dépeuse 844,636 yen ; le dépar* tement de l'intérieur, 6,634,678 yen ; celui des finances, 30,614,041 yen dont 20 millions de yen pour le service de la dette; la guerre, 11,833,265 yen ; la marine, 6,053,045 yen; la justice, 3,787,062 yen; l'instruction publique, 987,077 yen; agriculture et commerce, 1,013,382 yen; le département des communications, 4,411,892 yen. Les dépenses extraordinaires s'élèvent à 12,799,496 yen dont 1,929,790 pour la guerre et 4,655,644 pour la marine.
Le marché de l'argent a été très resserré au Japon pendant toute Tannée 1890. Le ministre des finances explique le manque de numéraire de la façon suivante.: le commerce du Japon a augmenté de 50 p. 100 pendant les trois dernières années ; il se trouve que la monnaie en circulation ne suffit plus aux échanges. D'autre part, une foule de compagnies ont été lancées et 80 millions de yen ont été placés en actions de ces compagnies dont le montant n'a été versé qu'à moitié. C'est en effet la principale cause du malaise : une circulation très limitée ; un nombre illimité de compagnies qui épuisent sans cesse le marché des capitaux. Le capital 5 représentent les actions de toutes les compagnies j naises n'est pas moindre de 300 millions de yen, i une circulation de 100 millions. Le remède à '^ ^
situation semble être dans un appel au capital étranger. Il est en. effet remarquable que, tandis que les Japonais placent leur argent au dehors, au Pérou et ailleurs, la loi interdit aux étrangers de prendre des actions de compagnies japonaises. Il est clair que pour activer ses travaux publics, pour développer ses nouvelles industries, le Japon ne peut plus se suffire à lui-même et devra comme tous les pays neufs — neufs aux progrès mécaniques — venir puiser aux réservoirs des capitaux européens.
En mai 1890, le gouvernement a élevé de 70 à 85 millions de yen le pouvoir d'émission des banques pour le papier remboursable.
Commerce et industrie, — La production de la houille au Japon a augmenté de 30 p. 100 en trois ans. En 1889, le Japon a vendu à l'étranger pour 17,700,000 dollars de charbons japonais; cependant la plus grande partie de la houille extraite des mines de TÉtat a été consommée dans le pays et ne figure pas dans ces chiffres.
Le bureau des douanes japonaises a publié en mai 1890 un rapport sur le commerce extérieur du Japon de 1868 à 1889. Le total des exportations et importations est passé en vingt ans de 26,226,544 yen en 1868 à 136,164,472 yen en 1889. De 1887 à 1888, le total fait un bond de 96 millions à 131. Jusqu'à 1881, les importations excèdent généralement les exportations; depuis 1881, c'est le contraire qui est la règle.
Les exportations du Japon dans les pays étrangers ont généralement monté graduellement; ainsi les exportations du Japon en France ont depuis 1873 passé de 3 millions à 14. Le commerce de la France au Japon semble reprendre sensiblement : de 1878 à 1881, les ^""•^ortations françaises au Japon ont toujours dépassé illions par an ; de 1882 à 1886, elles tombent à 1 milet demi en moyenne; enfin de 1886 à 1889, les ^es sont 2, 4 et 3 millions.
lée et marine, — L'empereur a fait aux provinces
centrales du Japon, au printemps de 1890, une visite qui a eu quelque importance. Il allait assister aux manœuvres combinées de l'armée et de la flotte. Le Japon peut aujourd'hui, après vingt années d'efforts incessants, mettre en ligne 100,000 soldats bien équipés et 20 bateaux solidement construits.
Aux manœuvres du printemps 1890 ont pris part quinze vaisseaux de guerre et 29,000 soldats. L'armée et la flotte japonaise ont prouvé en cette circonstance qu'elles étaient prêtes à mobiliser et à se concentrer en un point donné dans l'espace d'une semaine. Ces manœuvres ont tourné, d'après l'avis des juges compétants européens qui y assistaient, tout à l'avantage des forces militaires et navales du Japon moderne.
Etat du pays, — Population, — D'après le dernier recensement, la population du Japon était en 1889 de 40,072,020 âmes. Le taux d'accroissement annuel est à peu près celui de l' Autriche-Hongrie, de la Belgique ou de l'Italie. Le nombre des couples mariés était de 7,445,119. Pour 340,445 mariages annuels, il y avait 107,478 divorces.
La ville de Yokosaka a été presque entièrement détruite par un incendie. — Un cyclone a dévasté^ en décembre 1890, Woo-KoYanna. — En septembre 1890, un incendie a détruit 2,500 maisons à Osaka. — Une épidémie de choléra a fait de grands ravages. Elle a éclaté en juin 1890 à Nagasaki, elle a envahi toutes les provinces de l'Empire. Elle était terminée à la fin de Tannée seulement. Au 10 novembre, elle avait fait 28,425 victimes sur 41,556 personnes atteintes.
La misère avait été très grande au Japon pendant tout l'été de 1890 ; un nombre considérable de personnes n'ont vécu que de la charité publique.
L'exposition industrielle nationale a été ouverte avec un grand succès le l**" avril 1890 à Tokio.
Politique extérieure. — Dans notre revue de l'an dernière, nous avons exposé à quel point les négo tions entre les puissances occidentales du Japon j
vr^
la revision des traités en étaient arrivées dans Tautomne de 1889 : il semblait que les longs efforts du comte Inouye et du comte Okuma allaient aboutir, que le Japon allait s'ouvrir aux Européens, que le régime des capitulations allait disparaître, que les étrangersallaient devenir justiciables des tribunaux japonais, sous cette réserve que le tribunal suprême comprendrait quelques juges européens, et que le Japon allait devenir maître de ses tarifs douaniers, lorsque la main d'un fanatique fit s'écrouler en une seconde cet instrument diplomatique si laborieusement assem-^ blé.
La tentative d'assassinat dirigée contre le comte Okuma découragea l'espoir d'une entente. Le sentiment hostile aux étrangers qui sommeille au fond des âmes japonaises se réveilla, éclata, s'imposa au gouvernement paralysé.
Vers le milieu de 1889, le gouvernement japonais avait déjà pris une mesure préparatoire au nouveau régime que les traités devaient inaugurer : il avait déclaré ouverts au commerce d'exportation neuf des principaux ports qui n'étaient pas encore des ports à traité. Jusqu'alors les sujets japonais n'avaient pu affréter des vaisseaux étrangers pour l'expédition de leurs marchandises outre-mer que dans les cinq portsouverts par les traités, et dans lesquels était concentré tout le commerce extérieur de l'empire. Déjà, il y a quelques années, trois ports de la côte sud -ouest avaient été ouverts dans un but analogue au commerce avec la Corée. Les nouveaux ports ouverts sont : Yokkaichi dans la province dise : Shimonoscki en Nagato ; Hakata en Chikuzen ; Moji en Buzen ; Kuchinotou et Karàtsu en Hizen ; Misumi en Higo ; Fushigi en Etchin ; Oiurxi en Yezo.
icté de l'assassin du comte Okuma s'explique nént par le fanatisme. L'opposition presque unielle aux traités tels que le comte Okuma les avait f^rés a ses causes dans la conception particulière
que le peuple japonais a de son intérêt d'abord, de sa dignité ensuite.
Les Japonais qui ont appris à connaître les Européens, leur esprit d'entreprise et leur supériorité dans les industries mécaniques, ne se soucient pas de voir le champ tout grand ouvert à des concurrents redoutables. Ils considèrent d'ailleurs que le Japon, s'il conclut des traités avec les étrangers, doit traiter sur le pied d'égalité absolue et que si les étrangers sont admis dans le Japon tout entier, ils doivent se soumettre, sans privilège ni exception d'aucune sorte, à toutes les lois. L'opinion publique, existe au Japon ; elle a des organes très puissants, des journaux à grand tirage, et le gouvernement qui s'est pris à en suspendre un certain nombre, a par là même rendu hommage à leur force. Le Japon, au temps de la féodalité, éts,it divisé en classes qui se faisaient une guerre acharnée ; depuis la Restauration, les clans se sont transformés en partis politiques et ces partis vivent d'opposition les uns aux autres. Le comte Okuma était le chef d'un parti ; les partis adverses devaient naturellement trouver très mauvaise sa politique étrangère. Le peuple japonais paraît bien décidé à ne pas admettre que des juges étrangers soient admis à s'asseoir dans des cours japonaises et à rendre la justice au nom du Mikado. On lui a rebattu les oreilles de ses droits ; on lui a appris ce que c'est qu'une constitution à l'européenne; on lui en a donné une : il déclare qu'aucun peuple européen n'admettrait une pareille immixtion des étrangers dans ses affaires.
Et puis il y a au Japon le parti des réactionnaires dont le cri de guerre est : le Japon aux Japonais, et dont l'idéal serait un Japon complètement fermé.
Les partisans de la conciliation. Japonais ou étî»»!!gers, ceux qui ne désespèrent pas de voir un l'accord se produire et les traités revisés au mieux » intérêts des deux parties, font observer que le Jr i a réalisé dans les vingt dernières années d'imir'^ ;
progrès, que les nouveaux codes japonais sont conformes aux lois européennes les plus respectueuses des droits de Tindividu civilisé, que la justice est pendue au Japon par des tribunaux éclairés et impartiaux, — que par conséquent les étrangers n'auraient rien à craindre en se soumettant au droit commun, si on leur donnait en échange libre accès dans le pays tout entier. Mais les Japonais ne sont pas seuls à prolester contre les nouveaux traités ; la grande majorité des étrangers, résidant au Japon, est opposée aux arrangements conclus. Les négociants étrangers, avertis sans doute par la recrudescence du sentiment hostile aux Européens qui s'est manifestée violemment dans Tannée 1890, ont déclaré à plusieurs reprises qu'ils n'étaient pas du tout disposés à se soumettre à la juridiction japonaise, qu'ils pensaient que le moment n'était pas proche encore où ils croiront utile et sûr de s'y soumettre. Dans une réunion nombreuse de toute la colonie étrangère de Yokohama, tenue en septembre 1890, des résolutions en ce sens ont été votées à la presque unanimité. Il a été décidé qu'un comité serait constitué pour faire connaître aux différents gouvernements européens la manière de voir de la colonie étrangère de Yokohama.
Le vicomte Aoki, le ministre des affaires étrangères du cabinet Yamagata, n'a pas perdu l'espoir d'arriver à une entente avec les puissances occidentales. Il poursuit les négociations sur des bases nouvelles ; d'ailleurs l'agitation ne s'est pas apaisée dans le peuple japonais. L'amour-propre national mis en éveil ne se calmera plus sans doute que lorsque les clauses jugées humiliantes auront été rayées des anciens traités.
Le vicomte Aoki a repris la voie diplomatique, et le TkliiQ discrètement du monde. On sait très peu de chose ''état des négociations ; on sait seulement qu'elles .oursuivent. Les bases adoptées seraient les suies : Ig. juridiction consulaire, dont jouissent les -'^ers, ne devrait plus exister que pour un nombre
d'années déterminé ; pendant ce temps, les étrangers seraient autorisés à faire le commerce, à voyager et à résider librement dans Tintérieur du Japon, à la condition de se soumettre à la juridiction japonaise en dehors des limites des ports à traité, et à la condition d'observer les lois japonaises qui régissent le commerce étranger sur le territoire japonais, de la même manière que les Japonais sont obligés dans les pays occidentaux de se soumettre aux lois de même nature qui y sont en vigueur. Jusqu'à l'abolition de la juridiction consulaire, les étrangers ne seront pas autorisés à acquérir des propriétés foncières en dehors des limites fixées par les traités. Tel est, à l'heure actuelle (1), l'état des choses.
Max Léclerc.
(1) DécemÎDre 1890.
Politique extérieure. — Nasr-ed-Dine, celte année encore, a accordé quelques satisfactions aux deux grandes nations qui se disputent ses grâces. On a reçu en avril la nouvelle que le shah avait signé avec le gouvernement russe une convention aux termes de laquelle il devait envoyer à Pétersbourg un agent chargé de négocier auprès de plusieurs établissements financiers la construction de routes et de chemins de fer; il promettait en outre d'ouvrir le port de Murghab aux navires de guerre et de commerce russes, et aussi de instruire de bonnes routes entre Téhéran, Recht et la entière russe. Presqu'au même moment, on a appris ne Nasr-ed-Dine avait concédé à un syndicat anglais le lonopole de la fabrication et de la vente du tabac dans lute la Perse ; en juillet, il a accordé à une autre comignie anglaise, moyennant une redevance, le privilège ïclusif de la pêche des perles dans le golfe Persique, et e l'exploitation des mines, du sel gemme et du guano 6 l'ile Tavilah et des Ilots d'Ormuz, Le « Novoié ''^"lya )) a publié en mars un article qui résume lesitions actuelles de la Russie. « 11 faut, dit ce jour- , que le Khorassan rentre sous l'influence exclu- : de la Russie ; c'est là que passe la route mili- 3 qui aboutit à Hérat, et dans l'éventualité d'opé-
372 LA. VIE ÎOLÏTIQUE A L'ÉTRAÎÎGER
« rations militaires contre Thide, ce pçiys formerait « notre base de ravitaillement. » L^'occapaJion du Khorassan est nécessaire à la sécarité du chemin de fer transcaspien qui longe pendant 300 milles les montagnes du Gulistan ; si une nation ennemie sUnstallait sur ces hauteurs, elle serait maîtresse de la ligne. On croit savoir en Angleterre que la Russie n'aurait pas construit le transcaspien dans de pareilles conditions si elle n'avait pas été sûre de Talliance de Nasr-ed-Dine ; on prétend que le traité secret de 1883 autorise le gouvernement impérial à occuper militairement le Khorassan, sous certaines conditions. Si jamais cette occupation se réalise, la frontière russe du Seistan ne se trouvera plus qu'à une centaine de lieues de la frontière anglaise de Pishin, et 650 kilomètres la sépareront seulement du golfe Persique. Les habitants du Khorassan accepteraient sans doute avec indifférence un changement de régime; Télablissement des Russes sur leur frontière a déjà contribué à leur prospérité en les délivrant des incursions turkomanes.
Que ce soit à tort ou à raison qu'on prête à Londres ces intentions à la Russie, le désir de cette puissance d'étendre son influence sur le Khorassan s'est manifesté par l'installation d'un consul général à Meched. Le traité d'Akhal-Khorassan (1881) lui avait permis d'entretenir des agents dans certains postes de ce pays, mais le shah s'était opposé à l'intrusion des étrangers dans le centre religieux de Meched. En 1888, le gouvernement russe nomma pourtant un consul général dans cette ville, en omettant d'ailleurs de consulter Nasr-ed-Dine, et celui-ci finit par accorder Texequatur (1889). Le gouvernement britannique sollicita aussitôt et obtint la même concession. Les deux agents ont de lourdes fonctions, car nombre de négociants afghans, ou arméniens ou turcomans, viennent î citer de MM. Wlassof ou Mac-Lean la qualité de tégés russes et anglais.
Quant à l'Angleterre, elle joue, peut-être fau^ !