AMÉRIQUE
L'année 1890 n'a introduit aucun changement important dans Torienlation politique du Canada. La composition du cabinet fédéral reste la même et le vieux leader du parti conservateur, sir John Macdonald, continue à diriger les affaires du Dominion.
' Des législatures provinciales, il n'y a pas lieu de parler. Rappelons seulement que celle de Québec appartient au parti libéral et que c'est un libéral, M. Mercier, qui remplit dans cette province les fonctions de premier ministre.
Au parlement d'Ottawa, l'opposition accentue sa tendance à se rapprocher des États-Unis, au point de vue commercial; mais jusqu'ici ses griefs ne portent ni sur la constitution du Dominion, ni sur les rapports qui relient la colonie à sa métropole.
Sur le terrain purement économique, le gouvernement garde toujours sa liberté d'action; il a souci de maintenir son indépendance intégrale, même vis-à-vis de l'Angleterre. Sur le terrain politique, il demeure, comme par le passé, le loyal sujet de Sa Majesté Britannique (1).
(1) L'année 1891 sera, sans contredit, plus mouvementée. P être nous ménagera-t-elle quelque surprise. Cependant nou 5 croyons pas devoir partager les inquiétudes qu'iospire, à tains journaux, le projet formé par le Canada de se rappro r des États-Unis au point de vue commercial. Jusqu'à preuv i
Le Parlement s'est réuni le 16 janvier et séparé le 16 mai. Des travaux de la session, nous ne signalerons, en dehors de la loi de finances, que le rejet de la proposition faite par le Conseil administratif des territoires Nord- Ouest de supprimer l'usage légal de la langue française. Faisant droit à la réclamation des Canadiens-Français, qui invoquaient Tacte 33 Vict. du 12 mai 1870, le Parlement d'Ottawa rapporta le projet et maintint l'état de choses existant, jusqu'au jour où les électeurs seraient appelés à se prononcer sur la question .
11 n'y a pas lieu d'insister' sur le Banking Act ni sur lebill « concernant les besoins provisoires des Territoires Nord-Ouest en matière de gouvernement local ». Notons seulement que la première de ces dispositions a pour but d'encourager le dévçloppement des élablissements de crédit et que la seconde concerne l'administration des cinq districts de l'Ouest : Keewatin, Alberta, Assiniboia, Athabaska et Saskatchewan, dont la population n'est pas encore assez, dense pour qu'on puisse leur appliquer le mode d'organisation des provinces.
Le budget de 1889-90, clos le 30 juin, se décompose ainsi :
Recettes 39,879,925 dollars.
Dépenses 35,994,031 —
Excédent 3,885,894 dollars.
Comparé au budget de 1888-89, celui-ci présente une augmentation de recettes de 1,097,055 dollars et une diminution de dépenses de 923,803 dollars.
contraire, nous persistons à croire que l'Angleterre est hors de cause dans les négociations qui se poursuivent entre Ottawa et Washington. Avec sa grande perspicacité, sir John Macdonald, prenant les devants sur les libéraux, propose de faire un traité de commerce avec les États-Unis. En même temps, il dissout la C-'Tîbre et fait appel au suffrage afin de mieux s'assurer qu'il { iède la confiance du pays. Les élections du 4 mars nous d nt si le parti conservateur, triomphant depuis 1877, restera a mouvoir. Mais, lors même que le scrutin renverrait à Ottawa V assemblée libérale, la question de l'annexion n'en serait pas h nséquence.
La dette publique s'accroît chaque année. A Tépoque de la constitution du Dominion, elle n'était que de 75,728,641 dollars; en 1877, elle atteignait le chififre de 133,235,309 dollars; en 1887, celui de 227,314,775 dollars; aujourd'hui elle atteint celui de 237,533,211 dollars. Le gouvernement, dans le désir de créer de nouveaux débouchés et d'attirer les colons, est entré depuis une douzaine d'années dans la voie des grandes dépenses. Cette tendance est sévèrement critiquée par le parti libéral. Les droits protecteurs, ayant pour effet immédiat de diminuer les importations de produits étrangers, le Dominion se vit dans la nécessité de pourvoir à l'ensemble de ses besoins, de développer ses industries et. surtout de stimuler la production nationale en facilitant aux colons l'accès du Nord-Ouest. De telles améliorations ne s'obtiennent pas sans grever un pays de charges considérables. D'autre part, la suppression des débouchés ralentit fatalement le mouvement des échanges.
Ces desiderata n'ont pas échappé à M. Laurier, le leader du parti libéral au Parlement d'Ottawa. Ce Canadien-Français, qui doit à son éloquence et k son esprit des affaires la haute situation qu'il occupe, reproche aux conservateurs d'avoir gêné, dans son essor, l'expansion de la richesse nationale, retardé la colonisation du pays, provoqué l'émigration d'un grand nombre de Canadiens aux Etats-Unis, et cela en dépit des sacrifices pécuniaires imposés au pays. A ces griefs, le premier ministre tory répond : « En demandant au pays certains sacrifices, nous édifions sa prospérité future. Qu'était le Canada en 1877, quand les conservateurs sont revenus aux affaires; et qu'est-il aujourd'hui? — Les provinces sont unifiées et reliées entre elles, du Pacifique à l'Atlantique, par un magnifique réseau de voies ferrées, qui met en valeur des territoires immenses. Les industries se développant progressivement; quant à l'activité du commerce, si e «'est ralentie du côté des États-Unis, elle s'est accé' e ■du côté de l'Angleterre. »
Sans prendre parti dans la lutte, nous devons a^ r
que les résultats obtenus par le Cabinet fédéral sont considérables.
Les chemins de fer, qui en 1880 s'étendaient sur une longueur de 6,891 milles, se développent sur un espace de 13,000 milles. Construits en peu de temps, et relativement à bon compte, ils servent à leurs actionnaires des dividendes rémunérateurs. L'intérêt versé chaque année par la Société du Canadien-Pacifique est supérieur à 5 p. 100. Mais plus encore que les actionnaires, les riverains trouvent leur profit dans la construction des voies ferrées. La population des stations principales du C. P. R, augmente rapidement; Winnipeg compte 28,000 habitants; Brandon 4,500; Calgary 4,400; Vancouver, terminus de la ligne, 15,000. Cette ville, fondée en 1885, a été entièrement détruite l'année suivante. Aujourd'hui, c'est une cité florissante, éclairée àla lumière électrique, et possédant tout le confort des grands centres américains.
Pour compléter l'œuvre du Pacifique-Canadien, le gouvernement et les promoteurs de l'entreprise songèrent à relier par deux lignes de steamer, l'Europe à Québec et l'Asie à Vancouver. Un moment, on put croire que la Compagnie des Transatlantiques aurait le service de l'Atlantique. Ce projet a échoué, et c'est la Naval and Armament Construction C®, de Barro\sr-in-Furness, qui se chargera d'établir une ligne rapide, dont les paquebots fourniront, dit-on, une course de dix-neuf nœuds. Le Pacifique sera traversé par trois navires de la même Compagnie. Le premier, Empress of India^ est sur le point de quitter l'Angleterre, pour se rendre par Suez, Hong-Kong et Yokohama, en Colombie anglaise; le second, Empress of Jaipan^ vient d'être lancé et le troisième, Empi^ess of Chinay est encore dans les ateliers ^^ contruction. Tous trois fileront une moyenne de seize ids à l'heure.
j même temps qu'il se ménage des débouchés aux li extrémités de son domaine, le Dominion améliore voies navigables, à l'intérieur. Le Saint-Laurent et
les grands lacs, jusqu'à Duluth, s'étendent sur une longueur de 2,384 milles. Pour utiliser cette ressource unique dans le monde, il fallut construire des digues et creuser des canaux, contrebalancer enfin la différence de niveau de six cents pieds qui existe entre la surface du lac Supérieur et celle du golfe Saint-Laurent. Des travaux récents ont augmenté le tirant d'eau sur tous les canaux. Il est de douze à quatorze pieds en moyenne. Dans Je canal Saint-Pierre, près de Montréal, il atteint, depuis l'année dernière, vingt-sept pieds. C'est dire que les plus gros steamers parcourent aujourd'hui le Saint-Laurent et desservent la métropole du Canada^ tandis que les bateaux marchands, d'un tonnage moyen, peuvent s'aventurer jusqu'à Port-Arthur et Duluth.
A Sault-Sainte-Marie, petite rivière formée de rapides qui relient le lac Huron au lac Supérieur, les Américains possèdent un canal par lequel s'effectue un transit d'une importance exceptionnelle. Les Canadiens Font compris et n'ont pas hésité à creuser, sur ce point frontière, un nouveau chenal dont l'utilité commerciale ne peut pas être discutée (1).
Ce coup d'œil rapide sur la situation économique du Dominion nous a conduit à parler de l'état des esprits Un rapprochement entre les deux confédérations de l'Amérique du Nord paraît imminent. La politique Mac- Kinley n'a pas donné les résultats qu'en attendaient M. Blaine et les Américains. Les marchés se sont successivement fermés à leurs produits. Si le Canada souffre du régime prohibitif dirigé contre lui, les États situés
(1) L^ Annuaire statistique du Canada pour 1889 (le dernier paru) établit que le canal Sault-Sainte-Marie, ouvert 233 jours dans Tannée, a fait passer 7,516,022 tonnes de fret, tandis que Tisthme de Suez, pour toute l'année, n'eut à enregistrer qu'un chiffre '^'^ 6,783,187 tonnes. Sans aucun doute la valeur du fret à Suez incomparablement plus considérable qu'à Sault-Sainte-Mai mais il n'est pas moins certain que la circulation des bâte marchands est plus animée sur les rives canadiennes qu'à l'ent de la mer Rouge.
union subissent, de ce fait, un préjudice encore pli-s considérable.
Quant aux projets d'annexion formulés seulement par quelques agitateurs sans importance, ils ne rencontrent aucun crédit sur les rives du Saint-Laurent. Mais on ne peut nier qu'à la suite de MM. Laurier, Longley et sir Richard Cartwright, le public demande qu'un traité de commerce rétablisse les relations entre Ottawa et Washington.
L'accord qui semble se former sur ce point aura-t-il pour effet de résoudre la question des pêcheries dans la mer de Behring? L'Angleterre et sa colonie le désirent et provoquent dans ce but un arbitrage, mais l'Amérique ne met aucun empressement k répondre à leurs avances. On sait l'origine de ce différend qui passionne l'opinion, A la fin de 1888, le président Cleveland déclarait au Sénat que des mesures seraient prises « d'accord avec les autres puissances » pour empêcher la destruction des phoques à fourrure dans la mer de Behring. Sur ces entrefaites, le premier secrétaire du Trésor, M. Manning, émit l'avis qu'il appartenait au cabinet de Washington de réglementer la pêche dans ces parages, et, joignant les actes aux paroles, il ordonna la saisie de plusieurs vaisseaux, tant américains qu'anglais et canadiens. A la suite d'une énergique protestation de l'Angleterre, les navires furent relâchés. Mais, taudis que le gouvernement des États-Unis, reprenant la première ligne de conduite de M. Cleveland, sollicitait le concours des puissances étrangères, et notamment celui de la Grande-Bretagne et du Japon pour le règlement de cette question, un « comité de la marine marchande et des pêcheries », nommé par le parlement de Washington établissait que la pêche du phoque dans *" mer de Behring serait interdite à tout pécheur non -orisé'par le gouvernement américain.
le projet, qui faisait revivre la politique de M. Mang, fut voté par le Congrès. En conséquence, le nou- .u président, M. Harrisson, requérant l'application
de la loi, déclara que « la réglementation de ces pêcheries appartiendrait aux États-Unis et que tous les contrevenants verraient leurs vaisseaux, engins et cargaisons saisis et confisqués. » Quand la nouYclle parvint au parlement d'Ottawa, sir John Macdonald qualifia ce procédé de « l'attentat le plus inique des États-Unis pour réclamer la possession de la mer de Behring ». L'Angleterre intervint dans la querelle et chargea son ministre plénipotentiaire sir Julian Pauncefote, de défendre ses intérêts au nom du droit des gens.
Il est certain que les États-Unis soutinrent autrefois la thèse que, la mer étant un domaine international, chaque nation peut y exercer son droit de propriété. Ils appliquaient cette théorie au cas de la mer de Behring et considéraient que le caractère exclusif du droit ne pouvait concerner que la pêche côtière... Mais alors, les côtes d'Alaska comme celles de la^ Sibérie appartenaient à la Russie. Cette distinction échappera-t-elle à ia Haute Cour de Justice américaine, auprès de laquelle est porté le débat? Nul ne le sait encore. Quoi qu'il en soit, l'Angleterre paraît décidée à soutenir les revendications du Dominion avec un zèle d'autant plus grand qu'elle se trouve elle-même directement intéressée dans la querelle.
Bibliographie.
Journal des Campagnes du chevalier deLévis {11^ et IIP vol.), publié par le gouvernement de Québec. — Vie de M«^ de Laval^ premier évoque de Québec, 2 vol. Québec, Deniers, édit. — Le lac Saint- Jean^ par Al. Buies, Québec, 1890. — Journal des Campagnes au -Canada de 1735 à 1760, par le comte de Maures de Malartic et -vPaul Gafl'arel, Dijon, Damidot, édit.
Baron Hulot.
TEERE-NEDVE
RRE-NEUVE
eçit plusieurs constitutions avant 1853, qui la régit aujourd'hui.
îrre confia l'adminisl ration de l'Ile à !. L'un, sorte de conseil législatir et lé par la couronne ; l'autre, véritable itative, était élu par les colons de 5 à cet effet. Ce système ne donna pas les résultats qu'on avait espérés. Le conseil fut supprimé et ses membres vinrent siéger, comme membres de droit, à la Chambre des députés. C'était, au dire des Terre-Neuviens, une amalgamated législature, qui ne satisfaisait personne et qui, par sa composition même, était appelée à disparaître. Tout autre fut la constitution de 1855. Elle prononça, en quelque sorte, l'émancipation de Terre-Neuve et la fit entrer dans la catégorie des colonies à responsible government. Depuis celte époque, la reine est représentée, dans l'ile, par un gouverneur, nommé par elle pour six ans. Le pouvoir exécutif appartient à un « Conseil exécutif », responsable, pris dans la majorité parlementaire. Parmi les membres de ce cabinet se distinguent : l'attorney gênerai qui remplit les fonctions de premier ministre, le receveur général, le secrétaire colonial, le surveillant général. Le pouvoir législatif est confié à un parlement, composé de deux chambres : 1° le conseil législatif nommé par le gouverneur en conseil exécutif, 2° la Chambre d'assemblée, élue conformément au principe de la représentation proportionnelle. Sont électeurs tous les citoyens majeurs, installés dans l'ile et y possédant une maison depuis une année révolue. C'est le household suffrage, tel qu'il fut anisé par la constitution de 1832. Sont éligibles les els'anglais, résidant depuis deux ans dans le pays, i sont propriétaires d'un immeuble valant 12,000 ncs, ou s'ils peuvent justifier d'un revenu de 2,500 nca. Eu fait, l'ile de Terre-Neuve se gouverne elle-
même SOUS la tutelle nominale de la Grande-Bretagne.
Les séances de la chambre d'assemblée sont souvent orageuses, surtout quand s'agite la question de la pêche à la morue et des droits de la France. A première vue, la situation peut paraître singulière : d-une part, les colons anglais, maitres du sol, ne peuvent créer sur la côte ouest des établissements auxquels manqueraient les ressources de la pêche ; d'autre part, les Français, maitres de la mer dans ces parages, ne peuvent fonder sur le rivage que de simples stations.
Cependant celte anomalie s'explique. Elle est une conséquence des traités passés entre la France et l'Angleterre. Sans remonter à John Cabot ni à Jacques Cartier qui, les premiers, promenèrent les pavillons des deux nations sur ces terres inhabitées, notons que, pendant la première moitié duxvii* siècle, Terre-Neuve, comme TAcadie, fut occupée par les colons français. La guerre de Succession d'Espagne fut fatale aux armées françaises. Le traité d'Utrecht (1713), qui la termina, nous chassa de Terre-Neuve et ne maintint notre souveraineté que sur nos pêcheries et sur les îles Saint-Pierre et Miquelon. Nous perdions le sol; mais nous gardions nos droits sur la mer, du cap Saint-Jean jusqu'au nord de l'île et de ce point, le long de la côte occidentale, jusqu'au cap Raye. Et, pour que ces droits ne fussent pas illusoires, il fut stipulé que nous conserverions le rivage [french shoré) avec la faculté d'y construire des abris temporaires, d'y faire sécher nos poissons et d'y réparer nos agrès. En d'autres termes, le monopole des pêcheries, sur toute la zone que nous occupions avant le traité d'Utrecht, demeurait intact. Personne ne mit en doute le caractère exclusif de nos droits jusqu'au traité de Paris, qui termina la guerre de Sept ans. Mais alors, la perte du Canada par Louis XV suscita, de la part ^^'^ vainqueur, des prétentions nouvelles. Le cabinet Westminster se demanda, sérieusement dans la forme, notre « privilège » n'était pas une simple tolérance, n'i pliquant en rien la défense aux colons anglais de pécl
TEKUE-NEUTE 181
lUX que nous. Afin de démasquer cette uvernement français, représenté par exigea, en 1783, la reconnaissance de sultats de la guerre de l'Indépendance l alors de dicter nos conditions. Ces icceptées et deux déclarations, signées par les plénipotentiaires anglais et français, furent jointes au corps du traité. Biles établissaient expressément que « Sa Majesté britannique devra prendre les mesures les plus positives, pour que ses nationaux ne troublent, en aucune façon, par leur concurrence, les pêcheries françaises. » Les traités de 1813, qui nous enlevèrent l'tle de France, spécifièrent que nos droits de pèche sur les bancs de Terre-Neuve demeuraient tels qu'ils étaient en 1792. Aucun acte international n'p, jusqu'ici, modifié la situation.
Depuis la Restauration, l'Angleterre ne conteste plus la légitimité de nos prétentions. Un jour même, le 12 août 1822, elle obligea, en la personne de son gouverneur, les colons de l'ile à respecter notre monopole (1). Cependant, une complication inattendue empêcha les Français d'exercer librement leurs droits. Terre-Neuve s'était peuplée ; son commerce florissait et ses goélettes, qui avaient sillonné impunément les grands bancs pendant les guerres de l'Empire, occupaient en réalité toutes nos possessions. Certes, il était dur pour les Terre-Neuviens de voir, sur leur propre territoire, une douzaine d'armateurs et de pêcheurs étrangers leur faire la loi; mais n'est-il pas aussi dur pour les Boërs, par exemple, de voir les Anglais installés chez eux? Dans un cas comme dans l'autre, la situation paraît anormale ; elle n'en existe pas moins, et les plus belles argumentations ne peuvent rien contre les faits. Le jour où les navires français reparurent sur nos ics, les pêcheurs de la côte protestèrent. Terre-Neuve
se réclama du traité d'Utrecht, qu'elle interpréta à sa manière, considéra les déclarations de 4783 comme non avenues et n'admit pas que, propriétaire du sol, elle n'eût pas la faculté de faire concurrence à des « intrus » sur ses propres rivages. En présence de ces attaques, la France demanda à la Grande-Bretagne une nouvelle confirmation de ses droits, qu'elle obtint, non sans peine, après la guerre de Crimée. La Convention de Î857 dut être soumise par la couronne d'Angleterre au parlement colonial et celui-ci refusa sa ratification. Passer outre eût été plus conforme aux traités, mais une telle mesure eût impliqué un changement dans la constitution de l'île, irrité les Terre-Neuviens et, peutêtre, brisé le dernier lien qui rattache la colonie à sa n^étropole. Les arrangements conclus le 26 avril 1884 et le 14 novembre 1885 par le gouvernement de la République et celui de la Reine eurent le même sort que la convention de 1857.
Dans ces dernières années, une difficulté nouvelle fut soulevée. Comme l'importance des homarderies de Terre- Neuve s'accentue et devient considérable, on s'est demandé en Angleterre si les Français ont le droit de pécher le homard dans la zone qui leur est réservée. On s'est aperçu que le homard, n'étant pas un poisson, ne peut être péché, mais seulement capté. Cette belle découverte constatée, on a déclaré que le traité d'Utrecht concerne, non les capteries de crustacés mais lespêcheries de poissons. Cet argument spécieux, — nous allions dire puéril — triomphe à Londres. Il s'agit donc de le prendre au sérieux et de répondre sérieusement aux Anglais qu'en 1713 le homard, tout crustacé qu'il est, passait pour un simple poisson et se péchait en cette qualité.
A Terre-Neuve, où la théorie anglaise s'est transformée en axiome, on nous consteste la faculté de pr rer, sur le french-shore, nos conserves de homards, seulement les Terre-Neuviens réclament de nous l'a don de nos droits, mais ils demandent la reconnaissa
ÎBBE-NEUVE ISJ:
niable monopole. Le Parlement !nle à nos pêcheurs des appâts lent de la boëUe. Son mauvais »que jour davantage. Il est pro-
.. , juraient maintes fois éclaté, sans
la présence sur les lieux des divisions navales de France^ et d'Angleterre, qui parviennent jusqu'ici, sinon à faire respecter l'intégrité de nos droits, du moins k maintenir l'ordre et à éviter des complications graves.
Le modtis Vivendi adopté pour 1890 sera sans doute renouvelé. Il règle, à titre provisoire, laquestion deshomarderies qui est la principale des difficultés pendantes. Notre ministre de affaires étrangères, M. Ribof, engage en ce moment avec lord Salisbury des pourparlers, qui aboutiront vraisemblablement à un arbitrage, vivement désiré par l'opinion publique (i).
Baron Hulot.
(l) Le n mars !89l un Livre Jaune sur les affaires de Terre- Neuve a été distribué aux membres du parlement français. Cette publicatiOD, due au miniatère des affai.'es étrangères, établit avec méthode la marche des négociations qui viennent de se tenniner [MF un anoiigeiiient aux fins d'arbili-age signé à Londres te Il mars IS91 entre lord Salisbury et M. Waddington.
Politique intérieure
§ 1 . Les élections et les lois électorales; le spoils System et la ligue pour la réforme du civil service ; les lois y^elatives aux étrangers et aux Indiens^ et les Mormons,
L'année 1889 avait vu renouveler tout le personnel gouvernemental de l'Union ; Tannée 1890 a vu renouveler la chambre des représentants (4 novembre). Comme en 1889, la lutte électorale portait surtout sur la question économique. Le parti protectionniste détenant le pouvoir à la Maison Blanche, ayant la majorité dans les chambres, avait profité de sa toute-puissance pour faire voter les lois devenues célèbres sous le nom de bills Mac-Kinley et bill Edmunds, le premier tendant à protéger l'industrie, le second à protéger l'agriculture américaine.
Le pays a eu le mérite de voir les dangers qu'il y avait à s'engager dans la voie du protectionnisme à outrance. Après la promulgation du bill Mac-Kin une coalition se forma contre le parti républicain, comités s'organisèrent, et, au dire d'un témoin ocula
tel qui, il y a deux ans, n'aurait seulement pas traversé la rue pour aller voter, était cette fois décidé à faire vingt milles pour aller déposer son bulletin dans Turne. Les républicains furent battus; ils n'obtinrent que 92 sièges, tandis que les démocrates en conquirent 239 et furent vainqueurs dans 30 États ; le major Mac-Kinley, — le personnage qui pendant toute la législature avait tenu Tun des premiers rangs et joui de la plus grande popularité, — en dépit de Tintervention de M. le ministre d'État, M. Blaine, de M. Reed, le speaker^ et de plusieurs autres venus, à la demande de M. le Président Harrison lui-même, combattre en sa faveur, M. Mac- Kinley fut renvoyé à ses chères études par les électeurs désabusés de TÉtat d'Ohio.
Le 51® congrès avait une majorité républicaine. Le 52® a une majorité démocrate. La victoire des démocrates, bien que décisive, ne doit toutefois pas être exagérée. Le nouveau congrès ne commence à siéger qu'en novembre 1891. D'autre part, jusqu'en 1892, les républicains conserveront leur représentant à la Maison Blanche et la majorité au Sénat. Les lois d'ordre économique qu'ils ont votées et que le pays vient de condamner, ne sauraient donc être immédiatement rapportées; mais du moins peut-on croire que la situation, présente des deux partis en empêchera l'extension à d'autres sujets et amènera même quelques atténuations dans leur application.
Une des lois les plus considérables, au moins par ses conséquences éloignées, qu'ait votées le dernier congrès,, est celle qu'on a appelée Apportionment Bill. Aux termes de cette loi, au lieu d'élire un député par 152,000 habitants comme on le faisait jusqu'à présent, on en élira lin par 174,000 habitants. Ce changement d'appace bénigne est considérable. En effet, c'est dans, est et dans le Sud que la population s'accroît avec ►lus de rapidité. Celle'des États de l'Est et du Nord e plutôt stationnaire. Le nombre des représentantsil État étant déterminé par le résultat de l'opéra-
tion arithmétique appelée division, si le diviseur augmente, tandis que le dividende ici reste invariable et là s'augmente, le résultat ne saurait être douteux : les diouveaux États, où de préférence se porte l'immigration, l'emportant en nombre, l'emporteraient par suite en influence sur les anciens. Cela amènerait en un certain nombre d'années un déplacement do l'axe politique du pays.
Nous avons eu. Tan dernier, l'occasion de signaler les cfraudesqui accompagnent les élections américaines. Un grand nombre d'États, plus d'une vingtaine, ont, à la suite de scandales retentissants, été amenés à voter des lois protectrices des élections. Le système le plus souvent adopté, c'est le système dit australien. L'État -de New-York, à son tour, a voté une loi dirigée à la .fois contre celui qui. veut corrompre et contre celui qui se l9.isse corrompre; elle ne punit pas seulement les donations, promesses, prêts d'argent, procédés d'intimidation ou de violence, elle va jusqu'à punir le pari ofi*ert et tenu pour ou contre telle candidature. Elle oblige chaque candidat à déposer, dans un délai de dix .jours à partir de l'élection, un état détaillé dessomme.^ fournies ou dépensées directement, soit par lui, soit par toute autre personne au bénéfice de son élection. •€et état doit être dressé sous serment; il est rendu public et la loi sanctionne ces dispositions en édictant pour l'élu la peine de l'emprisonnement et de la perte -de la fonction à laquelle se rapportait l'élection; pour l'électeur coupable, un emprisonnement de trois mois à un an et la perle du droit de suffrage pendant cinq ans. Cette loi si énergique contient une lacune; elle n'oblige pas les comités à publier les comptes de l'élection, en sorte que le candidat pourra s'abriter derrière son comité.
Nous nous sommes déjà occupé du spoils syste.. du civil service. Les partisans de la réforme sont d'acc( ,pour reconnaître, selon les termes même du jou' J'he Nation^ qui a toiijours soutenu cette réforme,
radministration du président Harrison, « en ce qui concerne la loi du civil service, a été somme toute très fidèle. » En dehors de la loi même, on a trouvé place pour beaucoup de critiques, surtout dans le service postal où environ 33,000 changements ont eu lieu avant la fin de la première année. Le cas de M. Staltonstall, receveur des douanes à Boston, qui fut déplacé après avoir refusé de démissionner, a donné lieu à beaucoup de commentaires. M. Staltonstall était notoirement favorable à la réforme du service civil et avait dirigé l'administration de la douane strictement selon ses principes.
La Ligue nationale pour la réforme du civil service s'est livrée à une enquête du plus haut intérêt. S'adressant directement et indiviflueilement aux membres du Congrès, elle a demandé à chacun d'eux où en sont le patronage des candidats-fonctionnaires et la chasse aux fonctionnaires en place. Un questionnaire a été envoyé à chaque sénateur, à chaque représentant; vingt-quatre seulement ont répondu. Des réponses faites, il résulte que chaque représentant dispose, en moyenne, de 250 nominations, et reçoit, en moyenne, dans une année 1,700 demandes de nomination; quant au temps sacrifié à faire obtenir des places aux électeurs, il varie, suivant les réponses faites, depuis le dixième jusqu'aux trois quarts du temps de chaque représentant. Cette servitude volontaire et toutefois pesante des élus envers les électeurs suffirait presque à expliquer que le Congrès, pour ne point augmenter le nombre de ses maîtres, ait pris contre l'immigration les mesures restrictives que nous avons déjà signalées, et qui ont, en 1890, plutôt redoublé de rigueur.
Sur les réclamations des émigrants d'hier, en possession des avantages qu'offre à qui l'habite un pays isi riche en ressources, on a, plus strictement encore e par le passé, arrêté à la porte des États-Unis non dément les malfaiteurs, les anarchistes et autres 'enseurs de doctrines jugées dangereuses, mais les vailleurs engagés par contrat e t la classe plus nom-
breuse encore des pauvres gens qui vont aux États- Unis pour gagner leur vie. Malgré ces mesures rigoureuses, rimmigration a amené aux États-Unis, du 30 juin 1889 au 30 juin 1890, 451,219 personnes.
Ce n'est pas seulement la concurrence des pauvres que Ton redoute; c'est aussi, et maintenant peut-être surtout, celle des riches. Ce ne sont pas les ouvriers agricoles, ce sont les grands propriétaires que visait la Farmer's Alliance quand elle a émis (cette année même) le vœu suivant : « Nous demandçns le passage de lois empêchant les étrangers de devenir propriétaires fonciers, et que le Congrès prenne telles mesures qu'il appartiendra pour que les terres détenues actuellement par des étrangers et des syndicats étrangers, et aussi les terres possédées par les chemins de fer et autres corporations au delà de ce qui leur est présentement nécessaire et utile, leur soient actuellement réclamées par le gouvernement pour être concédées aux seuls colons présents. »
Le même esprit d'avidité a inspiré la politique envers les Indiens.
Quand les Européens ont pénétré en Amérique, ils y ont rencontré les Indiens, propriétaires de toutes les terres; ils les ont d'abord dépossédés purement et simplement; plus tard ils ent conclu avec eux des arrangements. Ils leur reconnurent en toute propriété des territoires qu'on appelle les réserves. Chaque tribu, d'ailleurs, pouvait à son gré disposer de sa réserve. En fait, spontanément ou non — car une pression assez vive semble avoir été de tout temps exercée sur eux, les Indiens ont depuis longtemps aliéné des portions considérables de leurs territoires. Ces aliénations étaient consenties moyennant des prix déterminés, payables à la fois et en argent et en nature. Les Indiens devenaient ainsi, vi vis des États-Unis, comme des pensionnaires viager! pension devant s'éteindre avec la tribu elle-même, ces contrats ont de tout temps été exécutés d'une fa assez peu fidèle, et c'est à ces manquements à la
ittribuer les derniers soulèvements.
iplades indiennes des Étals-Unis, la a plus belliqueuse était celle des le nom est Dakota, celui des Sioux on de Nodooessioux, terme de mépris naient les Algonquins. Très attachés Sioux ont été progressivement dé- ,e de traités qui sont trop souvent et d'arrangements dont le premier semblent n'avoir été faits que pour te d'une grave insurrection qui éclata ir un chef valeureux, Sitting-Bull, à se soumettre qu'en 1881,1a réserve sidérablement restreinte; en 1889, iminuée de moitié. En échange des iioux, le gouvernement s'engageait lions de francs et à leur allouer des Les fonds furent votés à cet effet par le i^oiigres, mais le gouvernement avait compté sans les exactions des fonctionnaires.
Souffrant du froid, réduits à une misère affreuse (les
rations n'étaient pas distribuées), voyant autour d'eux
des colons heureux, des fermiers riches et prospères sur
les terres qu'ils avaient été amenés à aliéner, les Sioux
ont eu recours aux armes. Un agitateur se disant le
Messie les a soulevés, les a lancés contre les blancs et
les autorités ont dû intervenir. Le vaillant Sitting-Bull
s'est mis encore à la tète des révoltés, mais ils ont été
écrasés sous le nombre, et Silting-Bull et l'élite des
Sioux ont été massacrés. Quelques combats, un
effroyable massacre qui eut lieu à Cherry-Creek, ont
détruit une grande partie de la tribu. Le 16 janvier 1891,
général Miles contraignait enfin les quelques Sioux
li tenaient encore la campagne à mettre bas les armes.
Clelui qui prétendait être le Messie a été arrêté;
.tait un malheureux idiot qui a assuré devant ses
jesque les Indiens s'étaient mépris sur ses intentions.
Au mois de novembre 1889, plusieurs étrangers résidant dans TUtah avaient demandé à être admis à la
/naturalisation. Il s'était alors élevé certaines objections contre la possibilité d'accorder la qualité de citoyen à cinq d'entre eux qui étaient Mormons. Après avoir
( entendu beaucoup de dépositions de Mormons apostats, le juge Anderson avait décidé qu'un étranger, membre
-de l'Église mormonne, n'est pas digne de devenir un citoyen des Étals-Unis. Il soutenait que les dépositions démontraient « sans qu'il y eût à en douter» que les enseignements, les pratiques et les tendances de l'Église
. mormonne sont en antagonisme avec le gouvernement des États-Unis, absolument subversifs des bonnes
: mœurs et du bien-être de la société, et que ses membres sont animés de sentiments d'hostilité envers le gouvernement et les lois. Les demandes de naturalisation des Mormons furent en conséquence repoussées. Celte affaire avait eu lieu peu de temps avant une élection locale à Sait Lake City, le 10 février. Dans cette éleclion, l'élément gentil obtint le contrôle du gouvernement municipal. Pour la première fois, les Mormons per-
-daientleur ascendant dans leur centre principal. L'application stricte de la législation anti-polygame du Congrès n'a pas peu contribué à ce résultat. Les Mormons, ou tout au moins ceux de leur secte qui sont polygames, ont d'autre part été durement atteints par une décision de la Cour suprême des États-Unis, en
' date du 3 février, laquelle a déclaré parfaite ment constitutionnelle la loi rendue dans l'Idaho, qui prescrit un serment préalable comme condition de l'obtention de
. la qualité d'électeur. Par ce serment, l'électeur déclare
' qu'il n'est pas bigame, ni polygame, qu'il n'encourage
•aucune pratique de polygamie et n'est membre d'aucun ordre qui pratique ou encourage des maria
. multiples. Cette décision empêche absolument qur Mormons, qui se sont, en nombre considérable, ré(
, ment installés dans l'Idaho, arrivent à prendre
^direction politique du Territoire. C'est même là
■IS DE L'AMÉRIQUE DU NOED *3l
S le courant de l'année 1890, de faire nEtat.
lent de l'éléiuenl polygame du morirachevée par la décision de la Cour its-Unis du 19 mai, qui affirme la de Vact qui a dissous la corporation lonne. Par cet act, la charte de la annulée, et un liquidateur désigné affaires; enfin tout ce qui dans la excédait $ 50,000 était confisqué au Jnis. La Cour a appliqué la loi dans iitions et la sévérité du coup ainsi rmons a été démontrée par leur sou- , l'automne suivant. L'abolition oflîmie en tant qu'institution de l'Église lerniers jours », a été accomplie à la aie de l'Eglise, à Sait Lake City, le nblée a ratifié, à. l'unanimité, un malent lancé par le Président Woodruff, t dit : <c Attendu que des lois ont été le Congrès, interdisant des mariages les lois ont été déclarées constitutionde dernier ressort, je déclare, par le ention de me soumettre à ces lois et lon influence auprès des membres de iide pour les amener à agir de même, v e cette proclamation appuie la renongamie sur le terrain de l'illégalité itatée, et non sur une conviction de a pratique. Les fonctionnaires fédénncérité de la renonciation à l'instia, en conséquence, abrogé la règle a naturalisation les étrangers mor- !ur de l'Arizona rapporte qu'il y a une ante de Mormons sur ce territoire et . I vigueur des restrictions qui leur ont ridaho et le Wyoming.
4î>2 LA VIE POLITIQUE A L'ÉTRANGER
§ 2. Les finances publiques; r activité économique du pays ; le protectionnisme.
Les finances sont toujours prospères. Néanmoins, grâce aux prodigalités du 5" Congrès, qu'on a appelé le Congrès du Milliard, parce qu'en deux années il a volé des crédits ordinaires ou extraordinaires s' élevant à plus de 1 milliard de dollars, les excédents risquent de ne plus gêner les ministres du Trésor, et Ton prévoit, au début de 1891, qu'il faudra peut-être ou créer des taxes nouvelles, ou émettre des rentes, à moins que Ton ne renonce à la politique suivie et que Ton diminue les dépenses.
En août 1890, la dette publique des États-Unis s'élevait à 998,175,173 dollars.
D'un rapport présenté le 4 décembre au Congrès par le secrétaire d'État pour les finances, M. Windom, il résulte que, pour l'année se terminant au 30 juin 1890, les recettes se sont élevées à la somme de 403,080,982 dollars, dont 229,668,584 dollars proviennent des douanes ; 142,606,705 dollars proviennent du revenu intérieur et 31,205,692 dollars de sources diverses.
Les dépenses se sont élevées à 297,736,486 dollars. Il faut y ajouter 6,875,036 dollars représentant le déficit du service des postes qui ne figure ni aux: recettes ni aux dépenses et dont les opérations ne sont pas contrôlées par l'administration du Trésor. Comparés aux résultats de 1888-1889, ces résultats montrent une augmentation de 16,030,923 dollars dans les recettes et de 15,739,871 dollars dans les dépenses.
La balance des recettes et des dépenses ordinaires a laissé un excédent de 105,344,469 dollars. Sur cette somme, 46,094,564 dollars ont été consacrés à l'amo tissement normal de la dette et au rachat de billets banque ; le reste, auquel on a joint diverses autr sommes, soit un total de 76,857,678 dollars, a été ce sacré au rachat anticipé de la dette publique n
ÉTATS-rXIS DE L'AMÉRIQUE DU XORD 4*^3
encore amortissable. La situation des Étals-Unis est donc florissante, et il n'y aurait pas de raison pour qu'il n'en fût pas toujours ainsi si la gestion lîuancière était plus raisonnable.
L'esprit de gaspillage semble faire des progrès. En 1889, les pensions accordés aux vétérans de Tarmée de la guerre civile atteignaient le montant de 8T,6i 4,779 dollars. En 1890, elles atteignaient 100,939,443 df>Uars. On sait que depuis vingt-cinq ans que la guerre civile a pris fin, le nombre des pensionnés, au lieu de diminuer, va sans cesse en augmentant.
Comme si les efforts individuels des membres du Congrès ne sufûsaient pas à augmenter ce nombre, une loi d'ensemble, modifiant, c'est-à-dire facilitant encore, les conditions d'obtention des pensions, le Dépendent pension bill, a été voté le 27 juin 1890, et a augmenté le service des pensions de près de 35 millions de dollars par an. Cet acte établit que toute personne ayant servi au moins trois mois dans l'armée ou dans la marine des États-Unis durant la guerre de Sécession et ayant reçu son congé régulierpour des causes honorables, peut, si elle est atteinte d'une maladie physique ou mentale d'un caractère permanent et entraînant une incapacité de travail telle qu'elle la mette dans Tim possibilité de gagner sa vie, être placée sur la liste des pensionnés. La pension ne pourra d'ailleurs excéder 1:2 dollars (un peu plus de 60 francs) par mois, et ne pourra être inférieure à 6 dollars. Si ces vétérans sont morts ou meurent laissant des veuves ou des enfants âgés do moins de seize ans, les veuves auront droit personnellement à une pension de 8 dollars par mois et chaque enfant mineur de seize ans à une pension de 2 dollars. Si l'enfant est frappé d'idiotisme, de folie, la pension durera autant que l'incapacité. On estimait, au moment ' cette loi fut votée, que l'ensemble de ces nouvelles sions représenterait plus de 50 millions de dollars, a situation et la gestion des finances locales sont > satisfaisantes. D'après des statistiques publiées à.
roccasion du recensement de 1890 — dont on ne con- ' naît pas encore les résultats complets — les dettes des États ne s'élèvent pas à beaucoup plus de 1 milliard de francs. Les dettes des Ëtats sont de deux catégories: la dette consolidée et la dette flottante. La dette flottante n'est qu'une avance faite à l'État, en attendant le paiement des impôts. Cette dernière dette est relativement peu de chose : 33,725,000 dollars. La dette consolidée est élevée : 195 millions de dollars. Ce chiffre toutefois n'est pas définitif. En effet, dans le plus grand nombre des États, l'amortissement de la dette est facultatif, c'est-à-dire assuré avec les excédents budgétaires, de telle sorte que l'amortissement n'est jamais fictif; mais dans d'autres États il est obligatoire, inscrit d'office au budget, en sorte qu'il n'aura fonctionné de façon efficace que si le budget se solde en excédent et si les sommes affectées à l'amortissement n'ont pas été compensées ou même dépassées ailleurs par des crédits supplémentaires ou complémentaires. C'est ce qu'on ne sait qu'à la fin de chaque année financière.
Dans les États de l'Est (Maine, New-Hamsphire, Vermont, Rhode-Island, Connecticut, Massachusetts), la dette consolidée est de 38,800,000 dollars contre 50 millions de dollars en 1880. Dans les États du Centre (New-York, New-Jersey, Pensylvanie, Delaware^ Marylan), elle est de 32,860,000 dollars au lieu de- 44,650,000 en 1880. Dans ceux de l'Ouest (quatorze États: Ohio, Indiana, etc., jusqu'à la Californie, mais non compris les derniers États créés), elle est de 26,600,000 dollars contre 35,800,000 en 1880. Le Sud (treize Etats : Virginies, Carolines, jusqu'au Tennessee), plus chargé, n'a pas laissé, comme les autres régions, d'amortir ; la dette consolidée qui en 1880 était de 128,500,000 dollars est aujourd'hui de 96,700,000.
LUndustrie, déjà si florissante, ne cesse de faire brillants progrès. A l'heure actuelle, les États-Unis redoutent aucune rivalité pour l'industrie métal'
gique. Pendant les six premiers mois de l'année 1890, la production du fer a été de 5,169,738 tonnes de 2,000 litres. C'est la production semestrielle la plus considérable qui ait été jamais enregistrée.
Les chemins de fer ont continué à s'étendre ; en 1890, leur développement était de 165,000 milles, à 1,609 mètres.
Le chiffre total du commerce extérieur, pour l'année finissant au 30 juin, s'élève à 1,635 millions de dollars, dépassant de 159,600,000 dollars le chiffre correspondant de 1888-1889 qui était le plus élevé qu'on eût atteint. Dans ce chiffre, les importations figurent pour 789,322,228 dollars, soit 44 millions de dollars de plus qu'en 1888-1889, et les exportations pour 845,293,828 dollars, soit 115 millions.de dollars de plus qu'en 1888-1889.
Malgré ces magnifiques résultats, les industriels ont néanmoins crié misère en vue d'obtenir une surélévation des tarifs douaniers qui les protègent contre la concurrence européenne. Et cette fois, comme leurs frères en protectionnisme du continent européen, ils ont eu l'habileté de lier à leur cause les agriculteurs.
La loi la plus considérable dans cet ordre d'idée a été le bill Mac-Kinley. Sous le nom de bills Mac-Kinley, on a souvent, en Europe, confondu deux mesures distinctes. L'un est un bill réorganisant sur certains points le service des douanes, donnant aux agents des pouvoirs plus étendus : c'est ce que les Américains ont appelé Y administrative bilL L'autre, c'est une loi remaniant le tarif des douanes et en faisant un instrument de protection ou de production : c'est le tariff bilL
V administrative bill est d'une exigence, d'une injustice et d'une rigueur sans précédents. 11 a existé autrefois dans la législation américaine des lois encourait la délation et l'espionnage en matière de doua- ;, autorisant la confiscation des marchandises non "larées ou déclarées à une valeur inférieure, attrimt aux agents auteurs de la découverte de la fraude
la moitié de la valeur recouvrée sur les fraudeurs. Mais ces lois étaient moins rigoureuses que ne Test le bill Mac-Kinley. Maintenant, Terreur, même de bonne foi, expose à de sévères condamnations, tandis qu'autrefois il fallait Tintention de fraude. Les agents du fisc sont donc investis d'un pouvoir très étendu en matière criminelle. Ces mesures draconiennes sont en contradiction formelle avec les garanties primordiales dont les Américains se montrent si jaloux ; elles ne tendent rien moins qu à supprimer le droit public eo ce qui concerne les relations de commerce.
Le taHffhiU^ le second fils de M. Mac-Kinley, a été voté le 30 septembre 1890; le nouveau tarif est entré en vigueur le G octobre.
Un certain nombre d'articles précédemment taxés ont été ajoutés à la liste des admissions en franchise , et on suppose que ces dégrèvements pourront faire perdre au Trésor 60 millions de dollars ; mais cette perle semble devoir être plus que compensée par les relèvements considérables dont beaucoup d'articles ont été Tobjet. Tout compte fait, on estime que le chiffre des perceptions douanières dépassera à Tavenir 200 millions de dollars.
Ce tarif, après des dispositions de détail relatives aux produits chimiques, huiles, couleurs, poteries et verreries, métaux, bois, sucres, tabacs, produits agricoles et alimentaires, spiritueux, coton, lin, chanTre, jutQ, laines, soie, papiers, livres, etc., etc., est complété par des dispositions générales dont quelqaesunes sont destinées à servir l'intérêt de FUnion dans Tordre politique autant que dans Tordre économique et que nous allons analyser.
Les premières visent les Ëtats du sud de TAmérique et tendent, malgré leur allure menaçante, à développer les relations de tous genres avec ces deux pays. C'est complément du fameux congrès Panaméricam tenr Washington à la fin de 1889. A partir du l*' janvier 18 lorsque le président jugera que le gouvernement c
pays produisant et exportant les sucres, mélasses, café, thé et cuirs à Tétat brut, ou Tun de ces articles, impose aux produits des États-Unis des droits ou autres taxes réciproquement inégales ou déraisonnables en raison de la libre introduction des sucres, mélasses, café, thé et peaux aux États-Unis, le président pourra et devra suspendre par une proclamation les dispositions de la présente loi en ce qui concerne la libre introduction du sucre, des mélasses, etc., produits dans ces pays pour le temps qu'il croira juste. Durant cette suspension, ces articles seront soumis à des droits très élevés (i).
Les dispositions suivantes, au contraire, s'adressent aux nations européennes et particulièrement à celles qui ont le monopole de transporter et d'importer les produits de l'Europe. A partir du i*"" mars d89i, tous les articles de manufacture étrangère, tous les colis contenant lesdits articles devront porter l'indication visible de leur pays d'origine, sinon ils ne seront pas admis à être introduits.
Un droit différentiel de 10 0/0 ad valorem en plus des droits imposés par la présente loi sera perçu sur les marchandises importées aux États-Unis par des navires étrangers, mais ce droit ne frappera pas les marchandises importées par les navires assimilés, par traité ou par une loi du Congrès, aux navires des États-Unis.
Sauf dans les cas prévus par traité, tous les articles provenant d'un port ou d'un point quelconque de l'étranger ne pourront être importés aux États-Unis que par des navires appartenant aux États-Unis, ou par des navires étrangers appartenant à des citoyens ou à des sujets du pays de production ou de celui dans I ael lesdits articles ont pu être embarqués pour la ] mière fois. Toutes les marchandises importées en < travention des dispositions de cet article, ainsi que
) On en trouvera le détail dans le Bulletin de statistique du istère des Finances ^ année 1890.
le navire qui les aura apportées avec sa cargaison, ses agrès, armements et apparaux, seront confisqués au profit des États-Unis. L'article précédent ne s'appliquera pas aux navires ni aux articles importés par des navires d'une nation étrangère qui n'assujettirait pas les navires des États-Unis à une réglementation identique.
Les dispositions du tarif qui sont les plus intéressantes sont celles qui ont rappport aux sucres, aux laines et à la soie. Nous avons déjà parlé des sucres. Disons quelques mots seulement des laines et de la soie.
La consommation de la laine est d'environ 600 millions de livres par an. Afin que la production indigène soit à la hauteur de la consommation, il faut dans le pays un effectif de 100 millions de bêtes. Pour en arriver là, il faut, selon l'évangile protectionniste, protéger les éleveurs. Les laines importées sont divisées en trois classes.
Celles de la première classe paieront 11 cents au lieu de 10 ; celles de la seconde 12 cents comme auparavant; oelles de la troisième, valant jusqu'à 13 cents la livre, paieront 32 p. 100 ad valorem; celles de la troisième classe valant plus de 13 cents la livre, paieront plus de 50 p. 100. Les tissus supporteront deux sortes de droits ; nn droit sur la laine brute qu'ils représentent et un droit sur le produit manufacturé (1).
(1) Il n'est pas sans intérêt de signaler une importante décision prise le 6 janvier par la Cour suprême des États-Unis, qui touchait à l'interprétation des tarifs alors en vigueur. Depuis longtemps il y avait doute sur la question de savoir si des rubans de soie, employés pour garnir des chapeaux devaient payer un impôt de 50 p. 100 comme soie, ou de 20 p. 100 comme garnitures de chapeaux. Le gouvernement avait finalement pris l'habitude de demander 50 p. 100. Les importateurs protestèrent, et l'affaire fut défiiiitivement décidée en leur faveur. La décision rendit nécessaire la restitution aux marchands de quelque 6,000,000 '''* dollars perçus^ par suite de l'interprétation déclarée illégale. T tefois les protestations des fabricants de soie contre l'impôt venait d'être déclaré véritable a eu pour résultat de faire proi tement passer, le 31 janvier, un bill mettant les rubans dan même catégorie que les autres soieries, au taux de 50 p. 100.
Pour encourager l'industrie de la soie, des primes sont données aux éleveurs de vers à soie ; un droit de 50 cents frappe Timportation de la soie cardée ou peignée ; la soie moulinée est frappée d'un droit ad valorem de 30 p. 100; de même la soie filée supporte un droit de 35 p. 100.
Parmi les admissions en franchise, qu'il nous suffise de citer : les œuvres d'art produites par des artistes américains demeurant provisoirement à l'étranger ; les œuvres d'art et appareils scientifiques apportés de l'étranger, à titre temporaire, par des artistes de profession, conférenciers, hommes de science, dans un but artistique ou scientifique et non pour être vendus.
Nous avons vu, dans le paragraphe consacré aux élections, combien cette fièvre protectionniste qui a atteint les représentants avait été mal accueillie par la partie intelligente du peuple américain. Les agriculteurs ne se font maintenant aucune illusion sur ce que le protectionnisme leur a valu; ils accusent les industriels de réaliser sur eux de gros bénéfices et ont protesté de plusieurs façons. La majorité des agriculteurs veut maintenant que l'État vienne au secours de l'agriculture, qu'il se fasse le banquier des agriculteurs qui ont besoin de crédit, qu'il leur prête à un taux modéré de l'argent •garanti par les récoltes. La Farmers* alliance^ puissante ligue des agriculteurs, qui cette année s'est réuni à Ocala dans l'État de Floride, a émis plusieurs vœux dont l'un est la condamnation même de la politique protectionniste. « Croyant, disent-ils, en la doctrine des droits égauxpourtouset des privilèges spéciaux pour personne, nous demandons que notre législation nationale soit organisée de f^çon à ne pas élever une industrie au détriment des autres. »
^f^ ne sont pas seulement les agriculteurs qui se plaiit de cette politique; ce sont aussi les ouvriers. Ne • avait-on pas dit et répété mille et mille fois que résultat du bill Mac-Kinley serait la hausse des ires et l'amélioration de leur position ? Or, d'une
-^"VTl^H
enquête dont le Times a rassemblé et publié les résultats, il résulte que cette hausse des salaires tant promise ne s'annonce ni de près ni de loin. Un grand nombre d'industries ont été dans l'obligation d'abaisser les salaires : notamment les industries du fer, de Tétain, du plomb, de la fonte, de la dentelle, du tabac, etc. L'industrie de la soie, si l'on en croit le secrétaire de la Fédération des ouvriers tisseurs en soie, n'a pas vu ses conditions s'améliorer, malgré la protection dont le bill l'a gratifiée. Durant les douze derniers mois, les ouvriers en soie ont eu à subir des réductions de salaire de 10 à 30 p. 100. A Paterson (New-Jersey), il y a 39 usines de la soie, renfermant 2,183 métiers qui tous étaient en activité avant le bill Mac-Kinley. Aujourd'hui il n'y a plus que 1,081 métiers.
Après les bills Mac-Kinley, il nous faut citer le bill Edmunds qui, depuis le 30 août 1890, est en vigueur. Le commerce, l'agriculture, irrités de la prohibition qui arrête, et des droits qui frappent à l'entrée en France, en Angleterre, en Allemagne, un certain nombre de leurs produits : céréales, viandes salées, bétail sur pied, ont réclamé et obtenu du congrès le vote du Méat Inspection bill, œuvre de M. Edmunds, communément appelé : bill de rep7*ésailles.
Avant l'exportation, les viandes salées, le bétail, devront subir un examen de la part de gens compétents : vétérinaires et chimistes. Cet examen entraînera la délivrance ou le refus d'un certificat de complète innocuité, et l'exportation ne sera permise que sur le vu de ce certificat. En conséquence, les nations qui, pour interdire à ces produits l'entrée de leur territoire, invoqueront le souci de la santé publique, altéreront sciemment la vérité, et s'exposeront de la part des États-Unis à des représailles. La loi indique quelles seront ces représailles. Le président aura le pouvoir de suspendre pendant telle pério qu'il lui plaira l'importation de tout produit alimentai étranger soupçonné d'être nuisible à la santé du peupl Bien plus, et c'est là le véritable but de la loi, si apr
là mise en vigueur de la loi sur Finspection de la viande [Méat Inspection bilt), les nations étrangères persistent à prohiber les produits américains, le président est investi du droit d'interdire le territoire des États-Unis aux produits de quelque nature que ce soit émanant de ces mêmes pays.
Au fond de la thèse protectionniste, il y a comme idée dominante cette formule: Le pays doit se suffire à lui même. Il y a en Amérique des mines d'argent, l'argent sera le métal national. Les producteurs d'argent, personnages puissants, ne sont pas, comme l'on pense, les moins intéressés à la mise en pratiqua d'une loi leur assurant l'emploi officiel de leurs produits.
Le Bland bill, en 1878, avait créé au gouvernement l'obligation d'acheter mensuellement 2 à 4 millions d'argent et d'en frapper des dollars de 412 grains 1/2, investis d'une force libératoire égale à celle des dollars d'or, malgré rinfériorité de leur valeur intrinsèque. Les divers ministres des finances, depuis 1878, s'en sont tenus au chiffre minimum de 2 millions de dollars par mois. Cette somme même était excessive. Comme, depuis la guerre de Sécession, le peuple s'est habitué à se servir principalement de papier monnaie, ces dollars eurent peu de succès, ils furent enfouis dans les caves publiques jusqu'au moment où on eut l'idée de les représenter par des certificats de dépôt. Sous cette forme, la plus grande partie est entrée en circulation.
Les sUvermeriy peu satisfaits, ambitionnaient le libre
monnayage de l'argent, le f7*ee coinage. Une vigoureuse
campagne fut conduite en ce sens, au moment de
l'élection présidentielle, et les propriétaires de mines se
flattaient que M. Harrison favoriserait leurs vues. Tout au
contraire, le président et son ministre du trésor, M. Win-
'^'^na, s'y sont formellement opposés, trouvant qu'il y
ait déjà de grands dangers dans une augmentation
terminée des frappes mensuelles. M. Windom propo-
t même l'interruption de ces frappes, offrant comme
mpensation aux producteurs ou détenteurs d'argent
la faculté d'apporter leurs lingots à la Trésorerie et de recevoir des billets d'État d'un chiffre égal à la valeur marchande des lingots au moment du dépôt; les billets ainsi émis auraient eu qualité de monnaie légale et auraient été remboursables à vue, soit en métal monnayé iau cours du jour du remboursement, soit en dollars d'argent si le porteur le préférait, soit en or si le gouvernement le décidait. Le ministre se réservait la faculté de suspendre exceptionnellement la réception des dépôts de métal si l'intérêt du Trésor l'exigeait. Ce projet, très discuté, a suscité de nombreux amendements et contreprojets ; c'est un de ces contre-projets qui fut voté le 11 juillet 1890 et qu'on a appelé le Silver bill.
D'après cette loi, le secrétaire d'État du Trésor est tenu d'acheter chaque mois 4,500,000 onces d'argent au cours du jour. Le paiement se fera en billets du Trésor remboursables à vue, en monnaie légale {Coin), c'est-à-dire en or ou en argent à l'option du secrétaire du Trésor. Deux millions d'onces seulement seront monnayées chaque mois jusqu'au l®"" juillet 1891 et, après cette date, autant d'onces seulement qu'il sera nécessaire pour le remboursement des billets du Trésor.
En vertu de cette loi, le gouvernement a acheté, du 13 août au l^"^ décembre 1890, 16,778,185 onces d'argent fin, valant 18,671,075 dollars au cours moyen de
dollar 1128 l'once. Les cours de l'argent, après avoir considérablement monté, ont décliné peu à peu et sont voisins de ce qu'ils étaient avant le bill. Aussi les silvermen sont loin de se contenter de ce qu'on leur a donné et réclament la frappe libre. Un bill à cet effet a été soumis au Sénat.
La question de la circulation des billets des banques nationales, sans avoir abouti à une législation positive, a fait l'objet de discussions à la fois et da'^'=^ l'administration du Trésor et dans le Congrès. Un pro^ de loi rédigé par M. John Kay Kox, et soumis au Cr grès, rattache jusqu'à un certain point la circulât] des banques à la question de l'argent. Ce système pr